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RÉSULTATS DES DERNIÈRES GUERRES

A, Les perfectionnements apportés à l'armement de l'infanterie ont eu pour résultat de donner aux feux de la défense et aux troupes retranchées une grande supériorité sur les feux de l'attaque et sur les troupes non retranchées.

Cette supériorité n'existe pas pour l'artillerie de la défense, qui tire sur un but mobile, tandis que celle de l'attaque tire sur des lignes fixes ou des retranchements.

S*il est incontestable qu'au point de vue matériel l'avantage appartient à la défense, il n'en est pas de même au point de vue moral, puisque l'offensive excite le courage, augmente la confiance du soldat et comporte une liberté de mouvements qui multiplie les combinaisons et favorise le succès.

B, L'ordre dispersé est la seule formation de combat de l'infanterie, et le feu son principal mode d'action (1).

(i) On trouve les conclusions suivantes dans le rapport de la Commismission chargée de reviser Tordonnance sur les exercices et les manœuvres de rinfanterie française :

« Impossibilité pour une troupe d'un effectif un peu considérable de

C. La colonne sert uniquement comme formation de mai'che ou de rassemblement, en dehors de la portée efficace du feu de Tennemi ou derrière des abris (1). Dans certains cas cependant, par exemple dans Tattaque des retranchements protégés par des défenses accessoires, on devra (comme nous le verrons plus loin) avancer en colonne de compagnie jusqu'au moment où Taction décisive s'engagera, ce qui n'augmentera sensiblement les pertes que si l'on a des feux d'artillerie ou des feux d'écharpe de mousqueterie à craindre.

D. Il ne faut pas exécuter des mouvements de flanc, des déploiements et des ploiements sous le feu de l'ennemi (2).

E. L'ordre- dispersé comporte l'emploi de fractions de troupe (sections, pelotons ou compagnies) en ordre serré, pour appuyer l'attaque, porter un coup décisif, repousser une contre-attaque (3), faire une attaque de flanc, compléter le succès de 1^ ligne de combat ou lui fournir des points de ralliement et de résistance en cas de revers.

F. La nécessité d'entretenir le combat et de le mener à bonne fin par des efforts successifs, de plus en plus éner-

» combattre en ordre serré dans la zone do feu eHlcacd de Tennemi, soit » en ligne» soit en colonne. Par suite, nécessité de fractionner les troupes » chargées de l'attaque et d^adopter pommies le mode d'action en ordre » dispersé. »

(t) « La colonne d'attaque (Qouble), les feux de salve par bataillon, ainsi que le carré de bataillon, appartiennent à une période surannée et ne sont plus employés que dans des cas exceptionnellement rares. » {Le combat moderne, par le général baron de Wechmar.)

(9) Général Lewal.

(8) La contre-attaque est une attaque faite par la défense; elle s*exécute ordinairement sur Tun des flancs de la ligne de combat et de l'assaillant.

— logiques, oblige dans roflfensive à transporter le combat sur la ligne des tirailleurs, qui autrefois était chargée seulement de le préparer.

Cette nécessité, comme nous le verrons plus loin, n'existe que rarement dans le combat défensif, bien que celui-ci exige aussi une résistance successive de plus en plus forte.

G. Une troupe engagée cesse d'être disponible pour un autre objet et doit rester déployée jusqu'à la fin du combat. Elle ne peut plus qu'avancer, reculer et faire de légers changements de direction.

H. L'opération de relever les tirailleurs est toujours fort difficile et très rarement possible sous le feu de l'ennemi (1).

Il en est de môme de l'opération qui consiste à relever des troupes engagées dans un combat. Le règlement de manœuvre autrichien n'en admet la possibilité, dans l'offensive, qu'après une attaque réussie et, dans la défensive, qu'après la retraite de l'assaillant.

/. Il est tout aussi difficile de resserrer les intervallQiB des tirailleurs, pour intercaler dans la chaîne de nouvelles fractions tactiques tirées du soutien, et prévenir ainsi le mélange de ces unités (2), qui offre de sérieux inconvénients

(1) Rapport de la Commission française. « Lorsque cela sera possible, » on fera, dit le rapport, dépasser res4buade en position par celle qui la relève. » Le règlement autrichien de 4874 n'admet la possibilité du relèvement des tirailleurs que lorsque le feu est momentanément interrompu par Tennemi.

^ (2) a Quand, pendant le combat, il arrivait des troupes fraîches soit 9 pour renforcer la ligne, soit pour faire Tattaque décisive, on était forcé D de les mélanger avec les tirailleurs d^à en position (car il ne fallait

(voir la conclusion L.) Cette opération ne pourra se faire que lorsque le combat sera peu vif ou lorsque les tirailleurs seront abrités.

K. Pour réglementer le désordre que produit le combat dispersé et pour empêcher que dans ce combat la transmission des commandements ne devienne impossible ou trop difficile et que les liens tactiques ne se rompent, on est obligé de donner une indépendance relative à la compagnie. Le bataillon est encore l'unité tactique de l'infanterie, mais il a cessé d'être l'unité de combat. Ce rôle est échu à la compagnie. Pour qu'elle puisse le jouer, on doit employer Tordre accolé dans toutes les formations de combat. Cet ordre, qui consiste à placer les compagnies les unes à côté des autres, (1) est également appliqué, mais pour des raisons différentes, aux formations de combat des brigades et des divisions.

- L. Les inconvénients de l'ordre dispersé étant la difficulté de diriger le combat et l'affaiblissement des liens tactiques, il importe d'éviter autant que possible le mélange des unités et leur dispersion prématurée ou exagérée.

B pas songer à flaire appuyer ces derniers de manière à ménager de la » place aux arrivants), et il arrivait ainsi que des hommes de tous les » régiments et de tons les bataillons combattaient côto 'à cdte. » (PhyêUmomie du combat d'infanterie par Voif Boguslawski.)

Ce fait prouve tpi^en 4870 rarmée prussienne n'était pas encore suffisamment exercée au combat en ordre dispersé. Le dangereux mélange des grandes unités tactiques, signalé par le major prussien, ne se reproduira sans doute plus à Tavenir.

(i) Quelques tacticiens, entre autres Von Scuerff, ont méconnu ce principe en proposant de déployer en tirailleurs une compagnie toute entière et de placer en arrière une deuxième compagnie pour servir de soutien.

Or. comme sous le fea de l'emiemi on ne peut généralement pas resserrer les intervalles des tirailleurs poar faire place aux unités tactiques du soutien et de la réserve, il s'ensuit que le mélange des sections et des pelotons se produira dans presque tous les cas. A la an du combat les compagnies elles-mêmes seront mêlées dans la ligne. Il n*en résultera pas de grands inconvéni^its si, en temps de paix, on a âkmiliarisé la troupe avec ce désordre inévitable et si on Ta exercée à reconstituer promptement ses unités après l'action.

En revanche, on doit empocher, comme étant très nuisible, le mélange des bataillons et des unités tactiques supérieures, mélange qui s'est produit souvent dans la guerre firanco-^emande (1), parce que les soldats et les ofSciers n'avaient pas encore été suffisamment exercés au combat ea ordre dispersé.

3f . Il j a dans le combat offensif cpmme dans le combat défensif une tendance générale à étendre la ligne des tirailleu]^, soit pour déborder l'ennemi, soit pour empocher qu'on ne soit débordé par lui. Il £uit résister à cette tendance, parce que l'état de fedblesse d'une ligne trop mince engage les chefs de bataillon à porter prématurément les soutiens et les réserves sur cette ligne, ce qui augmente leurs pertes et les expose à n'avoir plus sous la main, au moment

(i) Devant St-Privtt il y eut mélange entre les troopes dn 4S« corps (suons) et la i^ brigade de la garde prussienne, parce qne cette brigade avait trop étenda son front d'attaqie et fonda prématarément ses divers échelons dans la ligne des tirailleurs. « En terrain découvert » dit le major YoH BoGUSLàwsKi, on évitait assez bien le mélange » des unités, mais en terrain accidenté et coupé il y avait un incroyable » mélange et une affreuse dissolution des unités tactiques. » (A Woertb, par exemple).

décisif, «ne troupe en. ordre serré, pour sip^xxjev Tattaque et parer msoL danigers impré^iui.

Il 7 a également chez les tiraillears itne tendance marquée à resserrer les groupes à la vue d'un danger imprévu et au moment oti ime attaque est imminente. Voila pourquoi, so«s le feu de r^meoid, t'entass^nent des troupes est plus difficile à éviter que leur éparpHlement.

« Il arriTait souvent (dans la gueire fraBco-^îlemanâe), n dit von Boguslawski, que peu après le commencement n d'un condbat, tout un régiment était déployé et ne for- » malt plus qu'une seule ligne de feu, et que la deuxième m ligne était — ^qmnd les circonstances ne l'avait pas 9» forcée à se diriger sur les ailes — le soutien immédiat f> de la première ligne (1). *»

N. L'emploi des fusils à chargement rapide et à longue portée eft Tapplicatîon de plus en plus fréquente 4es tranchées-abris ayant rendu les attaques de front extrêmement difficiles, les attaques de flanc ont acquis plus d'importance qu'elles n'en avaient autrefois. On peut môme dire qu'elles sont devenues indispensables,

f Quand une troupe réassit à prendre l'ennenn en flanc » et à l'attaquer un peu à l'improviste, son feu rapide n produit un tel effet que l'instinct de la conservation l'em- » porte chez la masse et amène une pronipte retraite de »» l'ennemi (2). »

Dans tous les cas, une adstaque de flamc augmentera les chances de succès d'une attaque de front, tentée au moment où l'effet moral indiqué ci-dessus se produira (3).

(i) Physionomie du combat d'infanterie : 4872. (9) Von Bogvslawski.

(3) Le règlenent de stanœaTre de l'inliiaterie belge porte (no 417 de rÉcole de Compagnie) :

0. Les trouped doivent tirer avec calme et éviter de commencer le feu de trop loin. Notre règlement de manœuvres et le règlement prussien de 1876 insistent avec raisoû sur ce point.

Il est prouvé, en effet, que le feu contre une ligne de tirailleurs est inefficace, produit une grande consommation de munitions et ralentit inutilement la marche de Tattaque, lorsqu'on Tentame à plus de 700 mètres (1). On ne doit donc ouvrir le feu individuel à 1,000 mètres que pour tirer contre une batterie dont on a beaucoup à souffrir, ou pour relever le moral d*une troupe que de grandes pertes ont vivement impressionnée. A 600 mètres

« Une attaqne de flanc sarprend presque toojonrs rassaillant : elle a généralement plus de chances de snccès qQ*ane attaque de front. »

On lit d'un antre côté dans la dernière instractîon russe pour le combat de la compagnie et da bataillon :

< Les attaques de front à la baïonnette présentant des difficultés considérables, il faut toi^ours s'efforcer d'atteindre les flancs de l'en- Demi. »

(1) Notre rhgUment de tir fixe comme suit les limites du tir :

800 mètres, contre des hommes isolés, couchés on couverts sur la moitié de leur hauteur ;

300 mètres, sur des hommes isolés, visibles sur plus de la moitié de leur hauteur ;

350 mètres contre un groupe à moitié couvert ;

450 » îd. si la distance est bien connue ;

500 » contre un groupe découvert;

650 > id. si la dislance est bien connue.

A 700 mètres tous les buts peuvent être atteints par des feux de groupes. Au deU on ne tire plus que sur des batteries et des masses de troupes.

Le tir individuel donne de bons résultats entre 850 et 500 mètres ; le tir par groupes entre 300 mètres et 700 ; le tir de position (ou en plates-bandes); entre 700 mètres et i ,300 mètres.

le feu de la mousqueterie devient efficace (1), et à partir de 800 mètres il produit son maximum d'effet (2). Quant au tir de Tartillerie, il commence à devenir redoutable à 2,500 mètres et il est très meurtrier entre 1,500 et 1,800 mètres.

P. Le tir aux grandes distances, exécuté par salves, avec des hausses différentes et par des hommes exercés, produit de bons effets. On peut dans quelques circonstances en charger les réserves et le gros d'une chaîne de tirailleurs se portant à l'attaque ou couvrant une position. L'examen des trajectoires à longue portée prouve, en effet, que ce tir n'est dangereux pour la chaine que lorsqu'elle approche du but. (Voir annexe n^ 3.)

(1) Jusqu'à 300 mètres tout Tespace est dangereux pour le fantassin. Jusqu'à 400 mètres il Test pour le cavalier, si le tireur est couché. Les zones dangereuses de la trajectoire moyenne du fusil Albini (en visant an pied du but) sont :

kiètrei.

Front d'infiftnterie

Front de eavalerio

de 1-80 de

de 2-40 de

b&utenr.

hAutear.

(2) No 468 de notre Ecole de compagnie. Le no 459 porte que des groupes de tireurs d'élite postés peuvent attaquer jusqu'à 1,200 mètres une batterie dont l'infanterie a à souffrir : « Ces groupes dirigeront sur la batterie un feu continu pour l'inquiéter et la forcer à changer de position. >

Le tir indiyidael dtaDt plus exael qmnd rhomaie cobserve son sasg-froid, on deyra rempkryer de préférence pour atteindre des buts de pen de profondeor, en indiqinant toutefok le nombre de balles à tirer, pour ériter le gaspillage des munitions. Le feu de salve aux grandes distances ne pourra être utilement employé que sur des buts de dimensions considérables.

0. Les résultats obtenus dans les polygones ne sont pas à beaucoup près atteints sur le champ de bstaiDe. Ils ne donnent que des indications sur la Taleur reialiTe des for^ niati<»is de combat au point de Tue des pertes qu*^es font essuyer aux combattants. Dans la pratique, le tir est influencé par rémotion des hommes, Finégalité de leurs aptitudes, la difficulté d'apprécier exactement les distances et, quelquefois, par Timpossibilité de distinguer les objets sur lesquels on doit viser»

FROirr DE COMBAT DU BATAILLON.

Le premier point à examiDer est Fétendue que doit avoir le &ont de combat du bataillon dans Toffensive.

Prenons pour exemple un bataillon de 1,000 hommes, dont Teffectif, après quelques jours de campagne, sera réduit à 2S4 files de soldats (1). Ce bataillon est divisé

(i) La force totale de ce bataillon, en le supposant organisé conune le sont les balafllens belges, sera donc de M4 hommes.

A savoir : 7tt soldats^

M aous-olAciers.

4a caiwraïuL

41 cuirons.

Total : 864

en 4 compagnies de 96 files, en 12 pelotons de 32 files, en 24 sections de 16 files et en 48 esconades de 8 files.

On admet comme donnée d'expérience, qa*aa moment où le bataillon commence à préparer Tattaque décisive par ses feux, la moitié de l'effectif du bataillon doit occuper la ligne des tirailleurs.

On admet également, au même titre :

10 Qu'on ne peut pas établir les hommes sur cette ligne à moins de 1 mètre de distance (1) sans les gêner et sans nuire à la précision du tir;

2^ Que dans la marche, depuis le déploiement en tirailleurs jusqu'au point où Taction déoisive du feu doit commencer (à 500 mètres environ), 1/7 de l'effectif est mis hors de combat.

En conséquence^ deux compagnies de 96 files pourront mettre en ligne, au moment de la préparation à l'attaque décisive, 384 moins 1/7, ou 330 hommes.

Le front de combat du bataillon sera donc de 330 mètres ou de 440 pas (2).

Un bataillon opérant isolément devra souvent déployer

(i) Le Règlement de manœavre de rarmée française fixe la distance minimaiB des UraiUeure à i mètre. Le colonel Von Schiiff propose delà porter à i 1/â pas dans Toffeosive et à i pas dans la défensive (le pas allemand est de C^SO).

Notre règlement de manœavre ne donne aucun renseignement k cet égard. Il se borne à dire (E.B n» SSO) que Tespace à occuper par les tirailleurs chargés de couvrir (expression impropre) un bataillon fiûsant partie d'une ligne de plusieurs bataillons» comprend le front de ce bataillon, plus la moitié des intervalles qui le séparent des bataillons voisins.

(9) Ce front, d*après le règlement belge, devrait être égal an front du bataillon déployé, augmenté d*un intervalle de bataillon, oa de SO mètres. Or, 896 files occupent, à raison de (HM) par file, un espace de S3S mètres, ce qui porte le front total à 358 mètres. Pov qu*il y eût

3 compagnies en tirailleurs pour déborder Tennemi ou empêcher qu'il ne soit lui-môme débordé. Dans ce cas, le front d'attaque sera de 440 mètres ou de 586 pas.

Un bataillon opérant isolément devra, de plus, envoyer dans la direction de ses flancs ou de son flanc menacé, de petites patrouilles pour être averti de l'approche de l'ennemi. La force de ces patrouilles dépendra de la distance qu'elles auront à parcourir et ne sera jamais inférieure à 3 hommes.

En terrain accidenté et couvert, le front de combat aura généralement plus d'étendue qu'en terrain uni et découvert, parce qu'il n'est pas nécessaire que toutes les parties de la ligne soient garnies de tirailleurs et parce que, d'un autre côté, la chaîne éprouve alors moins de pertes, ce qui permet soit de diminuer la force du soutien et d'augmenter la densité, soit l'étendue de la ligne des tirailleurs.

On resserre les tirailleurs dans les parties abritées, et on les 7 place môme coude à coude, tandis que l'on dégarnit à peu près complètement les parties découvertes, exposées à tous les feux. Il faut toutefois dans ce cas prendre de grandes précautions pour que la chaîne ne se rompe pas ou qu'il ne s'y forme pas de trop larges intervalles. La principale de ces précautions consiste à rapprocher les réserves et à prescrire aux chefs de groupes de ne pas perdre de vue les hommes des groupes voisins.

égalité entre le front de bataille et le front de combat, il faudrait que l'on établit les tirailleurs, au moment de la préparation à l'action décisive, à on pas de distance, ce qui n'est gaère admissible, an moins dans l'offensive. En France, on a égalisé à peu près le front de combat et le front de bataille, en exigeant qu'il y ait entre les hommes, à rangs serrés, un intervalle de 42 centimètres, ce qui porte à 0>n75 enuron (un pas) l'espace occupé par chaque file.

PROFONDEUR DE l'oRDRE DE COMBAT.

Après le front de comblât il y a lieu de déterminer la profondeur de l'ordre de combat ou, en d'autres termes, les distances qui doivent séparer les échelons successifs de cet ordre, à savoir la ligne des tirailleurs ou la chaîne^ les soutiens^ les réserves (de compagnie) et le gros (ou réserve de bataillon).

Si les trois premiers échelons, que Ton désigne souvent sous le nom Savant-ligne ou de ligne de combat (1), étaient fort rapprochés, ils seraient trop vivement impressionnés par le feu et prendraient trop tôt part au combat. On a constaté, en effet, que lorsque les soutiens sont à une petite distance de la chaîne, ils reçoivent une partie des coups dirigés contre la première ligne (2), et qu'alors ils se portent à la hauteur de celle-ci pour répondre au feu de l'ennemi. C'est ce que le général Trochu appelle se sauver en avant.

Une des raisons pour lesquelles les Russes firent, en 1877, des pertes sensibles aux grandes distances, est la faute qu'ils commirent d'attaquer dans un ordre compact. « Nos troupes, dit le général Zeddeler, étaient trop serrées, » nos différents échelons trop rapprochés. Nous offrions " donc un but trop étendu au feu de notre adversaire. » C'étaient de véritables plates-bandes que les Turcs » inondaient de violents et continuels coups d'arrosoir. »

(1) C'est le terme employé par le règlement de manœuvre de Tannée française.

(S) En thèse générale, il ne faut pas que les échelons soient rapprochés au point qu'ils se trouvent dans la zone dangereuse des coups dirigés contre l'échelon plus éloigné, ou dans la zone dangereuse des coups un peu trop longs, dirigés contre l'échelon moins éloigné.

Si les échelons étaient, au contraire, fort éloignés Tun de Tautre, ils auraient trop de chemin à parcourir au moment où ils devraient se fondre dans la ligne des tirailleurs pour augmenter l'intensité du feu ou pour repousser avec cette ligne une attaque de la chaîne ennemie.

En terrain déconyert on place généralement les soutiens à 150 pas de la chaîne.

Lorsque le terrain présente des obstacles ou des couverts qui permettent d'abriter les soutiens, il convient de réduire cette distance, même au tiers, non seulement parce que les échelons sont ainsi plus à portée de se soutenir, mais encore parce que l'on remédie plus facilement de la sorte aux inconvénients de la rupture de la chaîne, accident qui se produit assez ô^équemment en terrain couvert.

Les réserves des compagnies doivent se trouver hors de la portée efficace de la mousqueterie ennemie au moment où les chaînes s'arrêtent pour accentuer le feu et décider la chaîne opposée à céder le terrain, ce qui arrive généralement quand les deux chsdnes sont à 500 mètres l'une de l'autre.*

Cette condition est remplie, en terrain découvert, lorsque les réserves sont à 500 pas en arrière de la chaîne. Plus éloignées, elles arriveraient trop tard au secours des tirailleurs si, au moment de l'arrêt, la ligne opposée se portait* vivement en avant pour attaquer ceux-ci. Plus rapprochées, elles auraient trop à souffrir du feu de Tennemi et seraient, à cause de cela, trop disposées à se fondre prématurément dans la chaîne, conune le firent souvent les réserves russes dans la campagne de 18T7. « Nos réserves, » dit le général Zeddeler, étaient beaucoup trop près de la f* chaîne, de sorte que, poussées par l'élan irrésistible qui n anime les troupes de deuxième ligne soumises au feu, f» elles se trouvaient rapidement fondues dans la chaîne. *»

Le gros do bai&illoii, en terrain découyert, devra se tenir hors de la portée efficace de l'artillerie ennemie pendant la première période de rengagement, qui finit an moment où la chaîne' s'arrête à 500 métrés environ de la chaîne opposée pom* accentaer son tir, reprendre haleine et préparer l'attaque décisive. En ce moment l'artillerie de la défense sera à 1,200 métrés an moins de la ligne des tirailleurs (1) pour ne pas essuyer des pertes trop sensibles. Si donc le gros suit cette ligne à 1,000 pas (750 mètres), il se trouvera à 1,950 mètres des batteries ennemies, par conséquent hors de la portée très efficace du canon, qui est de 1,800 mètres.

Cette distance de 1,000 pas, de même que celle de 500 pas pour la réserve et de 150 pas pour le soutien, pourra être réduite notablement en terrain accidenté et couvert.

Toutes sont supérieures à celles que prescrit le règlement de manœuvres de l'infanterie belge (n^ 299 à 302 de l'École de compagnie); mais il est à considérer que ce règlement a été fiedt avant la guerre de 1870 et que, depuis lors, les règlements de manoeuvre de plusieurs armées étrangères ont assigné à l'ordre de combat une plus grande profondeur, justifiée par la longue portée des nouveaux fusils et l'emploi du tir en plates-bandes (2).

{i) Lewal place Fadillene k 550 mètres de h chaîne. Elle peat alors, dit* il, tirer an-dessus sans danger quand le but est à pins de 4 ,500 mètres on qnaod il est à i,000, et que les pièces occupent un point plus élevé.

Dans la défensive on pent rapprocher davantage rartEIerle, parce que les échelons au-dessus desquels elle doit tirer sont fixes et abrités dans des tranchées. Yon Scherff rétablit à une distance moyenne de 400 pas. Vannexe vfi 4 fait connaître les ordonnées des tngectoires des nouveaux canons prussiens qui, au calibre près, ne différent pas des nouveaux canons de campagne belges.

(9) En Italie, on a porté la profondeur du bataillon, dans Information de combat, k 500 mètres, et en France, M, 000 mètres. En Autriche, elle est

Les partisans des formations moins profondes se basent sur la grande difficulté qu*éprouye la défense à tirer contre une troupe en marche lorsqu'elle se trouve à plus de 400 mètres de distance. Ce tir exige, en effet, de continuelles modifications de hausse (1) qui font perdre du

de 600 pas, comme en Belgique. Le règlement de manœuvre allemand de 4876 prescrit une dislance minimum de 400 pas (iSO entre la chaîne et les soutiens, 400 entre les soutiens et la réserve ou échelon avancé, et 450 enlre la réserve et le gros ou échelon princ^HU), mais il a ajouté que ces distances, < fixées pour la plaine d'exercices », sont agrandies à la guerre suivant les circonstances.

D'après les dernières instructions russes sur le combat de Tlnfonterie (4879), la distance entre la réserve et la* chaîne ne doit jamais être supérieure à celle qui existe entre les chaînes des deux adversaires. Au début du combat et en terrain découvert, la réserve de la compagnie se tient à environ 500 pas de la chaîne, c A mesure qu'on se rapproche de Tennemi, » la réserve doit se rapprocher de la ligne des tirailleurs, de manière à » toujours devancer l'adversaire qui se proposerait d'attaquer ceUe » dernière. *

Le gros, au début et en terrain découvert, est à 800 pas de la réserve. Cette distance diminue aussi au fur et k mesure que l'on se rapproche de l'ennemi.

(4) Un général russe, membre du comité d'artillerie, fait k ce sujet le raisonnement que voici : Quand l'ennemi se trouve à plus de 500 pas, la hausse doit être changée tous les 400 pas, opération qui exige une minute, pendant laquelle l'ennemi s'approche de 400 pas. Il faut donc, pour ne pas tirer au-dessus de la chaîne, avancer le curseur d'une hauteur correspondante à 200 pas. Lorsqu'on ouvre le feu à 4,500 pas contre une ligne de tirailleurs en marche, et que l'on a très exactement réglé la hausse, on constate qu'après 8 secondes, si la ligne prend le pas gymnastique, et 45 secondes, si elle prend le pas ordinaire, la ligne est sortie de la zone dangereuse.

Or l'appréciation exacte des distances est k la guerre presque impossible. La moyenne des erreurs est de 4/10 de la distance. Si donc on ouvre le feu contre une ligne à 800 pas, on aura très peu de chances de l'atteindre, l'erreur d'appréciation de la distance étant de 80 pas, tandis que la moitié de la zone dangereuse n'est que de 49 pas. A 500 pas la

temps et exposent à d'importantes erreurs provenant les unes du manque de sang-froid des hommes , les autres de la difficulté d'apprécier exactement les distances, surtout quand la ligne des tirailleurs est enveloppée de fumée.

Il est dès lors avantageux pour le défenseur que Tassaillaht s'avance sur 4 échelons très espacés, parce que les coups trop longs qui manquent le 1®^ échelon atteignent les échelons suivants.

En discutant cette question au point de vue des principes de la halistique et d'après les résultats ohtenus dans les écoles de tir, le général Tchebichev, du comité d'artillerie russe, a démontré que les pertes de l'assaillant augmentent avec la profondeur de la formation de combat (1) et que, p^ suite, la formation idéale serait la concentration de tous" les échelons sur la ligne des tirailleurs.

Les partisans ded, formations profondes ont réfuté cette théorie, en soutenant que le fractionnement des troupes en plusieurs lignes est une prescription tactique qu'impose, d'une part, l'obligation d'entretenir et de mener à bonne un le combat par des efforts successifs et, d'autre part, la nécessité de repousser les contre-attaques et de faire échouer les mouvements tournants. Se plaçant à ce point

moitié de la zone dangereuse est de S5 pas et l^erreur d'appréciation de 80 pas.

Deceraisonnement, le général Tchebichev tire la conclusion suivante: « Si la défense ne présente qu'une ligne, i) est inutile d'ouvrir le feu » avant la distance du but en blanc, c'est-à-dire 450 pas. »

Cette conclusion nous semble trop absolue, parce qu'elle repose sur des données dont l'exactitude peut être contestée, notamment le temps pour changer la hausse (i minute) et l'erreur moyenne dans l'appréciation des disUnces (4/10).

(1) Les écarts en portée et les erreurs commises dans l'évaluation des distances conduisent en effet à la conclusion que < l'efficacité des feux augmente avec Taccroissement de profondeur du but. »

de vue le général Lear, de Fétat-inigor rasse, a fait obseryer jadicleasement qae pour diminuer les pertes dans les combats d'infanterie, sans yiolerles principes de la tactique, il n'existe qn'un seul moyen pratique; c'est d'augmenter les distances entre les échelons et de diminner la profondeur de ceux-^i autant que le terrain le permet.

Les grandes (fistances entre les échelons sont nécessaires encore pour que ceux-ci ne se fondent pas prématurément sur la ligne de combat, ce qui arriverait in&iUiblement s'ils étaient trop rs^prochés, parce qu'il se produit toujours dans une marche en avant des à-coups, dont le résultat est de resserrer les échelons.

Dans la défensive, les troupes étant de pied ferme et généralement abritées par des plis de terrain ou des retranchements, la fusion prématurée des échelons n'est pas à craindre. On placera, en conséquence, les soutiens à 100 pas de la chûne, les réserves à 100 pas des soutiens et le gros à 300 pas des réserves. Les trois échelons seront ainsi plus à portée de se soutenir, et la voix des cheft pourra se faire entendre du premier au deuxième et de celui-ci au troisième (1).

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