PRESCRIPTIONS DIVERSES
Nous pouvons maintenant indiquer la série des opéra* tions que comporte l'attaque d*une position.
Les troupes sont en colonnes de route ou de manœuvres par brigade ou par régiment.
Dès que Tennemi est signalé par Tavant-garde, les colonnes se fractionnent en colonnes de bataillons, et dès que celles-ci arrivent dans la zone des feux d'artillerie (2,500 à 3,000 mètres), elles se forment en ligne de colonnes de compagnie à distance de peloton.
Les bataillons de la 2® ligne sont en colonnes doubles, parce que c*est la formation la plus avantageuse pour exécuter des mouvements hors de la portée du canon (E. de B., no 265).
Les troupes de P® ligne s'avancent ainsi jusqu'à ce que les feux d'artillerie deviennent très précis (1,800 mètres). Elles prennent alors la formation de combat^ ce qui veut dire que chaque bataillon détache 2 compagnies pour former la ligne de combat ou Yavant-ligne^ laquelle se subdivise en 8 échelons : la chaîne^ les soutiens et la réserve.
On commence par déployer une section ou 2 groupes par compagnie. Ces groupes avancent déployés sur un rang; ils sont conduits par leurs chefs, qui se placent à 2 pas en avant de la 1"* file, du côté de la direction. Les chefs de section précèdent un des groupes de leur section. Les uns et les autres n'ont plus de place fixe dès que le feu est engagé. Les chefs de peloton se tiennent en arrière.
La ligne de tirailleurs de chaque compagnie est dirigéd et surveillée par le capitaine. Les instructions russes près-
crivent à celui-ci de conserver auprès de lui un homme intelligent par peloton, pour sa garde personnelle et pour la transmission de ses ordres (1).
Les commandements se font à la voix et par signes. Les officiers ont un sifflet qui ne sert qu*à attirer Tattention des hommes et à les avertir qu*un commandement va être donné.
Si le terrain est couvert et accidenté, les groupes se font précéder, à une distance de 100 pas environ, par 2 éclaireurs choisis parmi les meilleurs tireurs et les soldats les plus intelligents. Ces hommes fouUlent et reconnaissent le terrain, observent l'ennemi, retardent la marche de ses éclaireurs, entravent ses reconnaissances, indiquent les points où le groupe pourra s'arrêter pour tirer avec efficacité sans trop s'exposer, les endroits qui devront être franchis rapidement et ceux qui ne pourront l'être qu'en prenant des précautions.
Quelquefois un officier accompagne les éclaireurs du bataillon, pour renseigner exactement le major sur la situation et les intentions probables de l'ennemi.
Les soutiens, les réserves et le gros suivent les groupes aux distances indiquées plus haut.
Le bataillon, dans sa formation de combat, aura ainsi environ 1,000 pas de profondeur en terrain uni et découvert et environ 500 pas en terrain couvert et accidenté, minimum nécessaire pour assurer la succession des efforts et éviter le mélange prématuré des subdivisions.
Sur un terrain découvert et sous le feu de l'artillerie
(I) Le règlemenl de manœuvre belge en ne plaçant auprès du capitaine qu un clairon, n*a tenu compte que de ce qui se pratique sur la plaine d'exercices où les 'commandements se font généralement (à tort selon nous) au moyen de signaux d'avertissement et d'exi^culion, absolument inadmissibles lorsqu'on est devant l'ennemi.
ennemie, les soutiens et les réserves se meuvent en ordre déployé et peuvent môme, si le feu est très vif, desserrer les files ou se former sur un rang.
Sur un terrain offirant des abris, il est préférable de conserver la marche en colonnes avec des subdivisions d*un front correspondant aux dimensions de ces abris, parce que cette formation permet mieux de maintenir Tordre et la cohésion.
Quand, à cause de la nature du terrain, la marche en ligne et la marche en colonne deviennent impossibles on trop difficiles, les soutiens et la réserve marchent par le flanc (1).
Afin de dérober plus aisément les soutiens à la vue et aux coups de l'ennemi, on pourra les porter d'un abri à Fautre, escouade par escouade, file par file, ou homme par homme. On pourra aussi, dans ce but, les faire avancer par le flanc, s'ils n'ont pas des feux d'écharpe à craindre (E. C, no303).
Le règlement belge admet que les soutiens, sous un feu très vif, se déployent par groupes (s'ils sont en marche), ou se couchent (s*ils doivent momentanément s'arrêter) ; il admet aussi que les réserves se fractionnent (E. C, no 301).
Les espaces découverts, battus par les feux en platesbandes, seront traversés au pas gymnastique ; on se reformera, en prenant le pas ordinaire, sur les parties abritées.
Lorsque les tirailleurs seront chargés par la cavalerie, ils éviteront de se rallier par groupes ou par sections, ce
(1) Il convient alors que les chefs des subdivisions et les serre-Ales se placent dans le rang, k la tôte et à la queue. Une troupe avançant diàns cet ordre fera d'autant moins defpertes que les subdivisions seront plus nombreuses et plus éloignées l'une de l'autre.
qui leur ferait perdre du temps, augmenterait Teffet du feu de la chaîne ennemie, et permettrait à cette chaîne d'avancer sans courir aucun danger.
Dans la plupart des cas, les tirailleurs laisseront passer la charge en se couchant ou en utilisant pour se couvrir les moindres ohstacles du terrain.
« La cavalerie, dit notre règlement de manœuvre (Ë. de C, n^ 451), est impuissante à renverser les groupes, même les plus faibles, si elle attaque en fourrageurs ; les groupes se protègent alors efficacement par des objets en apparence insignifiants : des tas de pierres, des bas-fonds, des broussailles, etc. Un arbre isolé ayant quelques branches basses protège fort bien tout un groupe. »
Aussitôt que la chaîne ennemie commence à tirer sur les groupes (à 800 mètres environ), ceux-ci se déplojent en prenant des intervalles de 3 pas. Il reste alors entre les groupes un espace libre de 68 pas et entre les sections un espace double (ôg. I). Pour supprimer ces intervalles, il faudrait disperser les groupes au point que leurs chefs ne pourraient plus les surveiller ni les diriger, et que le mélange des unités se produirait inévitablement.
Les éclaireurs ouvrent le feu au môme moment, s'ils ont quelque chance d'atteindre un but important ; ils tirent alors par groupes (1). A 600 mètres environ de l'ennemi,
(i) Les tirailleurs de la défense peuvent ouvrir le feu avant ceux de Tatlaque, parce que, connaissant généralement les distances aux principaux points du terrain extérieur, ils tirent avec plus de précision.
Le msioT von Boguslawski prétend qoe Tinfanterie ne doit pas tirer au delà de 500 mètres. Il n.*admet qu'exceptionnellement des feux de salve jusqu'à 700 mètres. Sur Tarlillerie on peut, selon lui, tirer jusqu^aux distances de 600 à 700 mètres et, contre des troupes battant en retraite, jusqu'aux distances de SOO à 900 mètres. C'est ce qu*ll appelle des feux à longue portée.
D'après le capitaine autrichien von Horzetsky, on peut tirer à 4,100 on
la ligne de combat épronye assez de pertes pour qu'il soit néeeosaire de renforcer la chaîne et de riposter par un feu individuel lent et mesuré. En conséquence, les éclaireurs s'arrêteront, la ebaine les rejoindra, et les capitaines feront ayancer les 2®* pelotons pour les intercaler dans la ligne.
Cette opération se fera en resserrant les groupes vers les ailes, sans diminuer les distances entre les tiraiUeurs, et en intercalant dans Tintervalle laissé libre au centre, une section du 2® peloton de chaque compagnie, l'autre section leur servant de soutien (voir fig. 2).
A partir du moment où la chaîne est renforcée, elle avance au pas gymnastique par bonds successifs de 50 à 60 pas de longueur (1). Afin de conserver la liaison de la
1,300 mètres, dans des circonstances favorables, avec des groupes de tireurs choisis ; avec des groupes de tireurs ordinaires, cette distance maximum doit être réduite à i,000 mètres.
Le règlement allemand prescrit, lorsqu'on attaque, de tirer à 950 mètres an plus contre des fantassins isolés, et à SOO mètres au plus contre des buts plus étendus.
I^ous ferons remarquer : io que ce règlement ne fait pas mention des feux en plates-bandes au sujet desquels Topinion n*était pas encore fixée en Allemagne lorsqu'il parut (4876), et qui sont efficaces jusqu'à i,300 mètres, et S» que les fusils à âme cylindrique, permettent de tirer avec succès jusqu'à i ,000 mètres, et ceux à àme hélicoïdale jusqu'à i ,200 mètres contre des colonnes de troupes et des batteries de campagne.
(i) Le règlement allemand admet que, dans certains cas, il peut être avantageux d'avancer par bonds et de faire coucher les hommes pour tirer, mais comme il en résulte une déperdition de forces et un ralentissement dans l'attaque, il prescrit de ne commencer cette marche par bonds qu'à 500 pas de l'ennemi.
Le règlement belge (n» 428 de l'E. de G.) prescrit aux diverses subdivisions de la compagnie de se coucher ap^ès chaque bond et de faire une courte pause.
Nous avons cité plus haut des faits et des témoignages qui nous portent à croire que l'on ne doit faire prendre aux hommes la position cou-
chaîne^ les chefs des subdivisions auront soin de faire les commandements d*avancer et d*arrôter en se réglant les uns sur les autres.
Les groupes continueront le tir individuel. Ils n*emplojeront le tir par salves que lorsqu'il se présentera un but important (groupe d'ofiSciers, batterie, troupe en ordre serré, etc.) ou, en terrain accidenté, lorsqu'un groupe ennemi se montrera H découvert. Les soutiens, les réserves et le gros avanceront au pas ordinaire jusqu'à ce que ces fractions soient, elles aussi, entrées dans la zone des feux efficaces de l'infanterie ennemie. Pour diminuer les pertes, on mettra les soutiens en marche quand les tirailleurs s'arrêteront, et non quand ils se porteront en avant. De cette façon on réduira de moitié le nombre des hommes qui, à chaque bond, devront s'exposer au feu de l'ennemi.
Les bonds successifs se raccourciront à mesure qu'on approchera de la ligne ennemie.
A 500 mètres environ de cette ligne, le chef de bataillon cherchera à ébranler la défense par un feu rapide et nourri. A cet effet, il renforcera la chaîne en j intercalant les soutiens (voir fig. 3) (1).
Si le feu n'est pas trop vif, s'il est momentanément sus-
chëe que dans les cas très rares où la chaîne ou une partie de chaîne doit s'arrêter plusieurs minutes sur un terrain entièrement découvert, soumis à des feux violents d*artillerie ou d'infanterie.
(i) A cette distance, comme nous Tavons fait observer plus haut, les deux chaînes s'arrêtent généralement pendant 3 ou 4 minutes pour se t&ter, prendre haleine et rétablir la liaison entre leurs divers éléments. Après celte pause, si la chaîne du défenseur ne se replie pas, l'autre s'élance résolument en avant, pour en venir à Taction finale et décisive.
L*arrêt momentané des chaînes, à 500 mètres environ Tune de l'autre, est un fait d'expérience. Il s'est généralement produit, l)ien que les règlements ne le prescrivent point. Nous croyons que dans la plupart des cas il sera utile de l'ordonner.
pendu on si la ligne est abritée, cette opération se fera comme suit: on resserrera les tirailleurs dans chaque peloton vers les extrémités de la ligne, de manière qu'ils ne soient plus qu'à deux pas l'un de l'autre, et l'on placera les soutiens dans les vides qui se produiront ainsi entre les pelotons.
Lorsque la chaîne, arrivée à 400 mètres environ de la chiûne opposée, devra préparer, par un feu des plus vifs, l'attaque finale, il sera nécessaire de faire entrer dans la ligne des tirailleurs le 3^ peloton de chaque compagnie, qui lui sert de soutien. Cette opération, dans les circonstances indiquées plus haut, se fera en resserrant les tirailleurs des deux premiers pelotons vers les ailes, de manière qu'ils ne soient plus qu'à 1 mètre l'un de l'autre, et en por^ tant ensuite le 3® peloton dans l'intervalle devenu libre. Par ce moyen on évitera le mélange des pelotons, qui nuit au bon ordre et à la prompte exécution des commandements.
Si le feu de l'ennemi est très vif, on n'obtiendra pas des tirailleurs qu'ils se resserrent vers les ailes; il faudra alors placer les honmies du soutien dans les intervalles de ceux de la chaîne. C'est le cas qui se présente le plus souvent à la guerre.
Le règlement français prescrit d'insérer les nouveauvenus dans les intervalles des tirailleurs, quand ceux-ci sont en action, et de les intercaler, par resserrement des tirailleurs, quand ils ne sont pas en action.
Le règlement autrichien pose également en principe que le renforcement d'une chaîne engagée avec l'ennemi se fait en insérant les hommes du soutien dans les intervalles des tirailleurs. Le soutien doit à cet effet se présenter derrière la chaîne, en ordre dispersé.
L'arirèt de la chaîne à 500 mètres environ de la chadne
opposée, ne devra pas se prolonger au delà de 3 à 4 minutes, pour les raisons indiquées plus haut.
Pendant ce temps, les réserves et môme le gros (1) lanceront quelques salves sur la ligne de combat de Fennemi,
en ayant soin d*occuper des emplacements qui ne soient pas en vue et qui n'aient pas été repérés par la défense.
Après l'arrôt, les réserves hâteront le pas pour se fondre dans la ligne, lorsque celle-ci sera arrivée à 400 mètres environ de Tennemi, distance à laquelle il devient nécessaire de donner à la chaîne le maximum de densité (1 homme par mètre courant de développement).
Lorsque le dernier peloton des compagnies de tirailleurs est fondu dans la ligne, le gros s'en rapproche le plus possible (à 80 ou 100 pas) pour Tappuyer et la protéger.
En ce moment, le feu de Tattaque acquiert une si grande intensité que le défenseur, s'il occupe une position retranchée, doit replier ses tirailleurs pour démasquer sa première ligne de bataille (2).
L'assaillant profitera de ce répit pour gagner du terrain avant que les feux de la position ne puissent agir. Immédiatement après, ses pertes deviendront énormes, parce que les bataillons retranchés de la première ligne de bataille dirigeront sur lui un feu de deux rangs, à volonté ou par salves, qui sera d'autant plus meurtrier, que ces
(i) Le g^8 sera généralement déployé; cependant, 8*U n*a qae des feax de mousqueterie à craindre, il pourra s'avancer en colonnes de compagnies, par peloton. Dans cet ordre, il lui sera plus facile de se mouvoir et d*entrer en action que dans l'ordre déployé, et ses pertes ne seront gaëre plus fortes, comme le prouvent les expériences citées page 5.
(2) La chaîne ne tiendra ferme, comme nous le verrons en traitant du combat défensif,que lorsque la première ligne de bataille n'est pas retranchée et que la ligne de tirailleurs occupe un terrain sur lequel il est avantageux d'engager le combat final, en y portant tons les échelons.
bataillons auront peu à souffrir du feu plus lent et plus incertain de l'agresseur.
Pour réparer ces pertes, le chef de bataillon fera entrer en ligne la l'^ compagnie du gros. Elle comblera les vides produits par le feu et s'introduira dans la ligne des tirail^ leurs qui, en ce moment, pourra compter 1 homme par pas de développement. Le surplus se serrera contre la ligne et tirera par les créneaux. On conservera la 2"^^ compagnie en réserve pour soutenir les troupes engagées, les mettre à Tabri de toute surprise, faire une attaque de ûanc ou repousser une contre-attaque.
Arrivée à 300 mètres environ de Temiemi, la chsdne s'arrêtera le temps nécessaire pour diriger un feu vif et concentré sur la partie de la ligne ennemie que le chef aura désignée comme devant être percée, et vis-à-vis de laquelle le gros se placera, dans la ligne de combat, aân d'j porter ses coups au moment décisif.
Dans cette préparation à lacté final, l'infanterie sera généralement secondée par rartLLlerie divisionnaire, qui se postera de façon à pouvoir tirer sans danger au-dessus des troupes assaillantes, jusqu'à ce qu'elles se trouvent à petite distance de l'ennemi.
Au moment de reprendre la marche en avant, on fera mettre la baïonnette au canon (1).
Il est impossible, à moins d'avoir des troupes aguerries possédant au plus haut degré la discipline du feu^ de parcourir, sans tirer, la zone de 300 mètres de largeur que les Russes, dans leur dernière guerre, appelaient la région de la mort. Il n'est môme pas désirable que cela se fasse .
(1) Quelques tacticiens veulent que rinftinterie, lorsqu'elle attaque, ait toujours la baïonnette an canon. Le général de Todleben fixe la distance maximum à iOO pas. Cette opinion a beaucoup plus de partisans que l'autre.
^Sur ce point nous sommes de ]*ayis des officiers distingués qui Téàigenilei Revue militaire de f étranger {l),L8kmeirche sans tirer doit, disent-ils, être écartée, parce qu*elle ne stimule pas les hommes et qu'elle ne produit pas sur le défenseur Teffet terrifiant du nuage de fumée, sillonné par des éclairs, que forme une chaîne faisant feu.
" L'assaillant trouve dans ce nuage qui le couvre, dans » le hruit qui l'accompagne, dans la pluie de projectiles *> qui le précède, dans le mouvement continuel qui l'excite » et l'anime, un surcroît de confiance et de sécurité, tandis n que la confiance et la sécurité du défenseur sont dimin nuées d'autant. *>
Ces mêmes écrivains, après avoir résumé les opinions des militaires les plus compétents, préconisent le tir en marchant. Ce ne sont pas, disent-ils, les courts arrêts qu'exige ce tir qui entament le moral et affaiblissent l'esprit offensif; ce sont uniquement les station^ et les tirs prolongés.
Ils condamnent surtout la station couchée, « ces génun flexions et prosternations continuelles qui diminuent » l'homme au moral plus encore qu'au physique, l'inclinent » peu à peu vers la terre et lui enlèvent bientôt tout désir » de se relever pour faire face féroce à V ennemi, comme » le disait autrefois le fantassin espagnol (2). >»
(1) C*e8t également Tavis du colonel von Scherff.
(2) Le lir couché a cependant deux grands avantages, à savoir :
10 La fumée étant toujours moins forte à la surface du sol qu*à une certaine hauteur, le tireur couché voit plus tôt Tennemi que le tireur debout.
20 La zone dangereuse pour le tireur couché a plus d'étendue que pour le tireur debout. Ainsi le Manuel du tir de Tarmée belge constate qu*À 400 mètres la zone dangereuse pour la cavalerie est de 400 mètres, le tireur étant couché, et de 171 mètres seulement, le tireur étant debout.
Néanmoins on a reconnu qu*A la guerre le tir couché est peu efficace, parce que la plupart des balles vont dans le bleu.
ht tir en marchant donne, il est vrai, moins de résultats au polygone.
La commission française, chargée de réviser Tordonnance sur les manœuvres de Tinfanterie, propose, lorsqu'on est arrivé à 300 mètres de Tennemi, d'avancer par bonds successifs en utilisant les haltes pour exécuter des feux rapides de très courte durée. « On amènera ainsi » toute la ligne de combat à 60 pas environ de Tennemi. » A cette distance on peut habituellement regarder » l'attaque comme réussie (Ij. *•
Nous croyons que le feu en marchant est plus facile à exécuter que le feu par bonds et qu'il expose la troupe à moins de pertes, parce que la durée de la marche par bonds exige plus de temps, surtout si, après chaque bond, on permet aux hommes de se coucher (2). « Une troupe
mais le tir de guerre n^est pas un tir de précision ; il s*exécQte généralement en visant sur le nuage de fumée qui cache Tennemi. G*est un tir horizontal et rasant qui, aux petites distances, produit autant d'effet que celui des tirailleurs couchés.
(1) D'après les fouvelles instructions russes, lorsque la chatne est arrivée à une distance d'où elle pent atteindre la position de l'ennemi sans arrêt (150 à 200 pas au plus), elle doit exécuter un feu précipité, sous la protection duquel la réserve se rapproche.
Si alors elle reconnaît à des symptômes dp retraite, tel, par exemple, que le ralentissement du feu, que la ligne ennemie peut être culbutée, elle attaque sans attendre la réserve. Dans le cas contraire, elle attend la réserve qui arrive en ordre déployé, suivie du gros, formé dans le même ordre. Quand la réserve est près de rejoindre la chaîne, le commandant fait sonner la charge. La chaîne, si elle était couchée, se lève et précède la réserve de quelques pas. Arrivées à 50 pas environ de l'ennemi, la réserve et la chaîne se lancent au cri de hourrah sur la position et en chassent l'ennemi.
Dans son Manuel de tactique, le général Levitsky fixe à 100 pas la distance où doit commencer la charge à la baïonnette. Cette dibtance dépend, du reste, dit-il, du plus ou moins d'ébranlement qu'a éprouvé l'ennemi.
(3) Dans les feux en marchant, en terrain découvert, les tirailleurs, pour tirer, s'arrêtent et se couchent ; en terrain couvert ils s'arrêtent derrière des abris ou des masques. {Règlement français.)
" arrêtée et rasée sur le sol, dit le colonel Koaropatkine, » a perdu son impulsion et en attend une nouvelle pour " reprendre sa marche. >* Ce ne sera donc plus alors une seule attaque qu'il s'agira de faire, mais bien plusieurs attaques, autant qu'il y aura de bonds successifs.
Si, arrivée à 60 pas, la chaîne voit lennemi décidé à l'attendre, les chefs des subdivisions se placent devant les tirailleurs et cherchent à les en 'e ver par une attitude énergique.
Au commandement: En avant! les clairons sonnent la charge et la troupe pousse des hourrahs (1).
Le gros, placé vis-à-vis de l'endroit sur lequel doit porter l'effort principal, suit de très près le mouvement, pour exciter, encourager et rassurer les assaillants, se jeter en avant si Tattaque hésitait, décider le succès s*il était rendu incertain par une contre-attaque , et recueillir la ligne de combat si elle était repoussée.
Il avance en ligne déployée et à rangs serrés (2); s'il doit amener le dénouement en renforçant la ligne des tirailleurs, il n'essayera pas de faire ouvrir celle-ci, comme le prescrivent certains auteurs et certains règlements (3), pour
(i) Notre règlemenl et le règlemeot français ne prescrivent pasaax soldats de pousser des hourrahs. On est cependant généralement d'avis que ce cri excite le soldat et produit un effet qui n^est pas à dédaigner.
(S) Si Ton avait à faire un très grand effort et si les troupes n'étaient pas bien solides, il y aurait avantage à former le gros en colonne par pelotons, car, à celte distance, la mousqueterie pouvant seule agir, une compagnie en colonne ne subirait guère plus de pertes qu'une compagnie déployée {Voir p. 5). Il va sans dire que, dans ce cas, la formation en colonne devrait être prise à 600 mètres du but et non au dernier moment. {Voir conclusion D, p. 15.)
(3) D'après quelques tacticiens, la dernière opération du combat offensif de l'infanterie doit être conduite de la manière suivante :
< Les réserves sont entrées dans la ligne. Le gros, chargé de l'attaque
démasquer ses feux (ce qui est impraticable à la guerre); mais il se serrera contre la ligne de tirailleurs (1), qui restera en tôte de la marche sans cesser de faire feu (2).
décisive, abordera Tennemi par fractions en ordre serré. Ces fractions traverseront-elles la ligne ou la pousseront- elles en avant ? Gela dépendra de Tétat moral de la ligne et de la contenance de Tennemi. Plus Tennemi sera près de quitter sa position «t plus la ligne de Tassaitlant aura conservé de courage et d*élan, plus les tirailleurs auront de cœur pour se lever à rapproche des fractions à rangs serrés et seront capables de se jeter sur Tennemi avant leur arrivée.
> En temps de paix, on exercera ces fractions à pénétrer au travers de la ligne des tirailleurs, et ceux-ci k se joindre à elles comme tirailleurs dans les intervalles. G*est le moyen de bien lier les attaques et d'avoir toutes ses troupes dan s la main pour le suprême effort. On doit apprendre aux sous- officiers et aux hommes à toujours s'attacher, lorsqu'ils àont en tirailleurs, aux flancs de toute fraclion à rangs serrés qui traverse la ligne et de marcher avec elle jusqu'au point où elle s'arrête. » {De la Préparation de Vinfanteriey etc,^ brochure publiée à Berlin en 4875.)
(t) En ce moment Tartillerie de la défense ne pouvant plus agir, il n'y a pas grand inconvénient à placer plusieurs rangs les uns derrière les autres, les balles ne traversant pas 3 ou 4 hommes à la file, comme font les obus.
(3) Le règlement belge dit (E . de G. , no 425) : < L'attaque à la baïonnette 9 sera menée avec entrain et résolution. La réserve (ou le gros) restera 9 en ordre serré : les tirailleurs, groupés aux ailes, continueront le feu. »
Quelques tacticiens prescrivent au gros de franchir la ligne des tirailleurs et d'attaquer sous la protection de cette ligne, qui restera en place.
Ce n'est pas ainsi que les attaques ont été menées dans les dernières guerres; toujours les tirailleurs se sont jetés sur l'ennemi en même temps que le gros ou avant celui-ci.
Les tirailleurs ne doivent rester en arrière et laisser agir le gros que lorsqu'il s'agit d'attaquer un ravin ou un retranchement. Dans ces deux cas, la chaîne s'arrête sur la dernière position occupée et dirige contre l'ennemi un feu des plus vifs, pendant que le gros descend dans le fossé ou dans le ravin.
En dehors de ces cas, le feu des tirailleurs deviendrait dangereux pour le gros, dès que celui-ci aurait dépassé la ligne d'une cinquantaine de pas, puisque la fumée empêcherait de le voir.
La plupart des tacticiens recommandent de faire exécuter en ce moment des feux de salve, par les fractions en ordre serré, qui sont appuyées contre la ligne des tirailleurs ou intercalées dans cette ligne, et de diriger ces feux sur les points de la chaîne ennemie que l'on veut percer.
Les feux de salve ou à commandement (feux de masses ou feux de rang) ont en effet de très remarquables propriétés. Ils permettent de régler l'intensité du tir, de contrôler les effets qu'il produit et de rectifier les hausses après une première décharge. Ils permettent aussi d'arrêter simultanément le feu et de passer, sans hésitation ni perte de temps, de la fusillade au combat à la baïonnette.
Le règlement belge, qui prescrit de les employer pour ébranler Tennemi avant de Taborder à Tarme blanche, dit (E. de C, n«» 406 et 412, et E. de B., n« 306) :
« Indépendamment de Teffet moral plus grand, les » hommes qui ne tirent qu'au commandement restent plus » attentifs à la voix du chef et sont mieux préparés pour ■y» une charge à la baïonnette (1). »
Tout cela est vrai ; malheureusement l'expérience de la
(i) Les dernières instrucUods russes pour le combat d*infanterie prescrivent également l'emploi des saWes, lorsque la troupe avance en ordre serré.
Il est cependant prouvé, qu'à moins d'avoir des soldats d'un calme et d'un sang-froid qui ne peuvent s'acquérir qu'à la longue, les feux à commandement ne produisent de grands effets que de loin. On ne peut espérer en tirer parti de près que lorsque les troupes sont abritées par des tranchées ou des couverts naturels, ce qui arrive rarement dans l'offensive.
D'après von Scherff, la salve n'est possible, pendant le combat, que si elle est exécutée à un signal donné, par une troupe dans V ordre individuel (un coup de sifflet pour avertir d'être prêt, et un coup de sifflet pour donner le signal do Jeu /).
guerre prouve que les feux à commandement sont presque toigours inexécutables aux petites distances.
Le major von Boguslawski, dans un exposé lucide des résultats tactiques de la guerre franco-allemande, dit en effet : « Quand les tirailleurs étaient arrivés dans la zone d'action la plus efficace des feux de mousqueterie (500 à 200 pas), ni les Allemands ni les Français ne réussissaient à amener dans un pareil combat des fractions en ordre serré, et à faire avancer la ligne de feu des bataillons ou des compagnies pour former des feux cCensemble. Tous les officiers reconnaissaient si bien l'impossibilité absolue de ces feux, si usités sur le terrain de manœuvre, qu*on ne les essayait jamais dans loffensive. »•
Les derniers feux seront donc des feux à volonté, non seulement parce qu'ils s'appliquent mieux à l'état moral du soldat, lequel dans ces moments ne prête pas une attention soutenue au commandement, mais encore parce qu'ils permettent d'atteindre une plus grande rapidité dans le tir, et qu'ils n'exigent pas un sang-froid et une force morale, exceptionnels.
Lorsque, arrivée à 30 pas environ, la ligne de combat trouve l'ennemi prêt à le recevoir, elle croise la baïonnette et sp jette tête baissée sur lui.
Le gros, toigours en ordre serré (sur 2 rangs) et conduit par le chef de bataillon, pénètre dans la position en même temps que les autres troupes.
Si, au moment où cette attaque se prononce, la cavalerie divisionnaire parvient à percer sur un point la ligne ennemie, son apparition subite derrière cette ligne produira un effet immense et décidera vraisemblablement l'ennemi à se retirer.
Dans l'offensive un bataillon isolé obtiendra généra-
lemeDt un résultat décisif en combinant son attaque de front avec une yigourense attaque de flanc.
Plus efficaces encore sont les mouvements tournants, mais on ne peut les tenter sans danger qu'en terrain coupé ou accidenté (E. de C, n® 427)-, à moins que Ton n^ait une grande supériorité numérique.
La ligne de combat, après avoir repoussé Tennemi, s'avance jusqu'à ce qu'elle ait atteint un point d'où elle puisse tirer avantageusement sur les lignes en retraite. Elle profite ensuite du premier moment de répit pour rétablir Tordre et le lien tactique, en prévision d'un retour offensif (1).
Le gros pendant ce temps organise la position, s'j installe et prend des mesures pour le cas où l'ennemi ferait un nouvel effort.
En ce moment Tintervention de la cavalerie sera très utile pour harceler l'ennemi et inquiéter sa retraite. A défaut de cavalerie, on confiera la poursuite à des troupes fraîches de la 2® ligne ou à la réserve générale (3* ligne), parce qu'on doit toigours chercher à mettre en pleine déroute un adversaire qui bat en retraite. La poursuite avec les bataillons qui viennent d'emporter la position n'est permise que lorsque l'ennemi n'a plus de troupes fraîches pour s'y opposer, et lorsque l'on peut espérer, en agissant ainsi, de s'emparer d'une seconde position sur laquelle le vaincu se retire.
Si l'attaque échoue, le gros recueille la ligne de combat et oppose une première résistance à l'ennemi, ce qui permet généralement à la 2* ligne d'arriver et d'entrer en action.
(1) Ge retour offensif est fait quelquefois par les troupes repoussées qui s'arrêtent et font face à l'ennemi, plus souvent par les troupes de la seconde ligne, dans les intervalles desquelles s'écoulent les troupes repoussëes de la i*^ ligne.
Les troupes de cette ligne ont alors pour mission principale, de rétablir le combat, de Tempécher de dégénérer en déroute, de limiter les mouvements de recul qui peuvent se produire, et de tenter un nouvel effort, s'il se présente quelque circonstance favorable.
On les chargera également de retrancher la position, à moins qu'elles ne soient engagées, auquel cas on 7 employera la réserve ou 3* ligne.
REMARQUE
Le mode d'attaque que nous venons d'exposer en détail difiére peu, dans ses dispositions générales, de celui que prescrivent les règlements de manœuvre de l'armée française et de l'armée allemande, et il est conforme aux idées récemment émises par les écrivains militaires les plus distingués. Il s'éloigne par contre assez fort des prescriptions du règlement de manœuvre belge, qui a été rédigé avant la guerre franco-allemande (voir les n"^ 229 à 283 de Y École de bataillon).
Ce règlement suppose que les tirailleurs ennemis se replieront devant Tattaque et que la ligne qu'ils couvrent, ébranlée par les feux, sera abordée par le gros, formé en colonne double ou en colonnes de compagnie^ ayant sur ses ailes les tirailleurs, qui se sont resserrés à son approche pour le démasquer (1).
(i) Le règlement italien admet également que les tirailleurs démasquent le gros. On lit, en effet, dans VÊcole de compagnie : « La troupe
> déployée 8*avance en faisant feu. Elle s'arrête et se couche à 150 ou
> 200 pas de l'ennemi ; elle attend qu'elle soit rejointe par le gros de la » compagnie. Elle découvre alors le front de celui-ci et l'accompagne » à l'attaque, en se tenant sur ses ailes et en continuant à tirer. La
On y trouve, en effet, les prescriptions suivantes : Le gros « apprêtera les armes, lancera ses feux (feux n sur quatre rangs ou feu d'un seul échelon), et dôe que J n Tennemi sera ébranlé, reprendra sa marche en avant;^ J' • enlevé par la voix et l'exemple du megor. Les compaf» gnies de tirailleurs chercheront à déborder Tennemi.
« Dans certaines circonstances, le bataillon (gros) fran- ^ chira la ligne des tirailleurs sans faire feu ; ces derniers » se coucheront sur le sol pour le laisser passer (1).
n Si l'attaque réussit, le bataillon lancera des salves au ** signal ^En avant ; les tirailleurs commenceront la n poursuite.
n Si, au contraire, l'attaque échoue, le bataillon se reti- •* rera; les tirailleurs chercheront à ralentir la poursuite •* en couvrant le gros, si c'est possible, et en menaçant •» les flancs de l'ennemi. » (E. B., n^» 278 à 283).
Ce n'est plus ainsi que les choses se passent à la guerre.
Dans la défensive, la ligne de tirailleurs ne se replie que
» Iroupe en ordre serré exécute eofln Taltaque comme il a éié dit à
> Y École de peloton . >
V École de bataillon porte ce qui sait : « Le gros, formé ordinairement i> en colonne de compagnie on en une seule colonne, ou bien encore partie » en colonne, partie déployée, accélère sa marche pour rejoindre la chaîne » des tirailleurs. Gelld -ci, par un dernier hond, cherche à s^avancer jus-
> qu'à 100 mètres de la position ennemie ; là, elle continue son feu rapide » avec la plus grande intensité; aussitôt qu^elle est rejointe par le gros, » tout Tensemble se précipite à Tatlaque, la chaîne continuant à faire » feu et cherchant à envelopper Tennemi, le gros chargeant conlre le
> point décisif. >
(i) Le règlement ne dit pas ce que feront ensuite ces tirailleurs. Von Scherff prétend qu'on n'a jamais vu les tirailleurs rester couchés pour laisser passer les colonnes d'attaque, et qu'on les a vus, au contraire, souvent donner à eux seuls des assauts fructueux. Les tirailleurs couchés atteindraient d'ailleurs les colonnes, quand elles auraient avancé d'une cinquantaine de pas, la fumée empêchant de les voir distinctement.
lorsque la position est retranchée, ou lorsque la première ligne de bataille, sans être retranchée, occupe un emplacement où elle a tout intérêt à attendre Tennemi (1). Dans les autres cas, c'est sur le terrain occupé par la chsdne que le combat décisif a lieu.
Quant à resserrer les tirailleurs pour démasquer le gros, cette opération est jugée impraticable, sous le feu intense et rapproché de Tennemi, par tous ceux qui ont pris part aux dernières guerres.
En outre, la formation du gros en colonne double ou en colonnes de compagnie constitue un ordre trop profond pour qu'on puisse le prendre, sans subir de grandes pertes, à une si petite distance de Tennemi.
Il est peu admissible aussi qu*on parvienne à faire exécuter par ce gros, comme le prescrit le n** 280 de notre Ecole de bataillon, des feux sur qicatre rangs ou éCun seul échelon.
Enfin, lorsqu'on opère conformément à notre règlement, il ne reste plus de réserve pour le cas où il se produirait une contre-attaque ou une attaque tournante, ni pour le cas où la ligne de combat serait repoussée.
Le mode d'attaque que nous recommandons ne présente pas ces inconvénients.
AUTRES MOYENS PROPOSÉS POUR FORMER ET REN- FORCER GRADUELLEMENT LA LIGNE DES TIRAIL- LEURS.
Le déploiement et le renforcement successif d'une ligne de tirailleurs, indiqués page 47 et suivantes, s'écartent peu
(1) Nous le prouverons plus loin entrailant de la défense des positions.
des dispositions de notre règlement de manœuvre et de Tinstruction du 25 mai 1879, qui prescrivent, l'un (n^ 329 de rÈcole de compagnie et n^ 225 de TËcole de bataillon) de prendre pour points de direction du déploiement les extrémités de la ligne à occuper, Tautre de resserrer les tirailleurs vers les ailes lorsque de nouvelles unités tactiques doivent entrer dans la chaîne.
Nous croyons que dans bien des cas, suHout quand un bataillon opère isolément, il sera préférable de prendre le point de direction au centre. Généralement, en effet, le chef de bataillon a pour objectif un point qu'il doit occuper ou attaquer. Il dirige alors son centre vers ce point et n*a plus à déterminer sur le terrain les extrémités de sa ligne de combat, opération toigours difficile et qui donne lieu quelquefois à des erreurs importantes.
Quant au resserrement des tirailleurs, prescrit pour éviter le mélange anticipé des pelotons, il ne faut pas songer à le réaliser par une marche de flanc, absolument impraticable devant l'ennemi ; il présente également de très grandes difficultés quand on veut l'opérer par une marche oblique en avançant, parce que les hommes, dès que le feu est engagé, sont peu attentifs aux commandements et cherchent bien plus à trouver de bons abris ou des emplacements favorables, qu'à observer les intervalles qu'on leur ordonne de prendre.
Le • resserrement des tirailleurs est difficile à obtenir même quand la chsdne est momentanément arrêtée dans un pli de terrain ou derrière un abri, parce que les hommes qui ont choisi leur but et apprécié la distance, et surtout ceux qui ont trouvé un abri, répugnent à quitter leur
place.
Ce resserrement a d'ailleurs pour effet d'interrompre momentanément le tir.
Le général Berthaut a donc raison de soutenir (1) : » qu'il « ne faut pas faire resserrer les intervalles des tirailleurs n déjà établis sur la ligne, pour faire place à ceux qui « arrivent, parce qu'il se produirait une diminution très » sensible dans Tintensité du feu, et des mouvements de » flanc très dangereux dans le voisinage de Tennemi. »
Tenant compte de ces faits, nous croyons pouvoir recommander le mode de déploiement et de renforcement successif dont voici la description sommaire :
Le bataillon est supposé avoir 384 files de soldats et 14 files de créneaux; il occupe donc un front de bataille.de 238 mètres (318 pas) sans les intervalles, et un front de combat de 330 mètres (440 pas) avec les intervalles.
Pour éviter le resserrement des tirailleurs et le mélange anticipé des pelotons, on procédera comme suit :
Première disposition (voir fig. 4). Le premier peloton de chaque compagnie se porte en avant en prenant le centre pour point de direction ; il déploie sa 1"* section en tirailleurs à 3 pas d'intervalle; la 2® section forme le soutien.
Deuxième disposition. Le 2® peloton de chaque compagnie se porte en avant et déploie conune le précédent sa V^ section, qui prend pour point de direction Tune des extrémités a et & des sections déjà en ligne.
Troisième disposition. Les soutiens se fondent dans la -chaîne en intercalant leurs hommes dans les intervalles des tirailleurs, et le 3® peloton de chaque compagnie vient occuper leur place. Le gros se rapproche.
Lorsque les points de direction donnés par le chef de bataillon aux commandants des compagnies à déployer seront aux ailes (par exemple, les extrémités du front de
(i) bt$ marches et des eomhats, t. I. p 117.
combat d'an bataillon ennemi), on pourra réaliser les diverses dispositions, sans resserrer les tirailleurs, en opérant comme suit (âg. 7).
Première disposition. Chaque compagnie déploiera sur la ligne, la l'^ section du 1"^ peloton, en espaçant les hommes de trois pas.
Il y aura ainsi, au centre de la ligne, un espace vide d'environ 250 pas, qui ne présentera pas d'inconvénient sérieux, puisque la 1" disposition se prend à 800 mètres de Tennemi et que l'intervalle vide sera fermé promptement, s'il est nécessaire, par un des pelotons de la réserve. En outre, les feux des deux sections en ligne pourront, en tirant obliquement, agir sur tout le front de l'ennemi et battre de feux croisés le terrain en avant de la trouée.
Deuxième disposition (fig. 8). Le 2^ peloton de chaque compagnie fera occuper par sa 1^ section l'espace vide au centre, en prenant pour point de direction approximatif l'extrémité de la section déjà déployée.
Troisième disposition (fig. 9). Les soutiens renforceront la ligne en intercalant leurs hommes dans les intervalles de ceux de la 1" section. Le 3* peloton les remplacera, et la 2* compagnie se détachera du gros pour venir occuper l'échelon de la réserve.
Qvuitrième disposition (fig. 10). Le 3® peloton renforcera la ligne des tirailleurs en intercalant ses hommes dans les intervalles de ceux des premiers pelotons. La 2^ compagnie avancera pour jouer le rôle de soutien, et la 3^ pour occuper Péchelon de la réserve, qui doit en ce moment se rapprocher beaucoup de la ligne.
Les deux moyens de déploiement et de renforcement successif que nous venons d'exposer doivent, pour les
raisons indiquées plus haut, ôtre préférés à celui que nous avons décrit page 47 et suivantes, en prenant pour guide le règlement de manœuvre belge et l'instruction du 25 mai 1879.
Ce dernier, toutefois, a l'avantage de couvrir de tirailleurs tout le ôx)nt du bataillon, dès l'origine du déploiement ; mais, en revanche, il a le défaut d'étendre tellement le front des sections qu'il devient impossible à leurs chefs de surveiller et de diriger les groupes, pour peu que le terrain soit couvert ou accidenté.
C'est ce qui nous porte à croire que dans les circonstances où il faudra dès l'abord garnir de tirailleurs tout le front du bataillon, il conviendra de déployer immédiatement dans chaque compagnie le 1^' peloton tout entier (fig. 11) et de placer le 2® en soutien.
Il est vrai qu'alors le mélange des pelotons se fera dès que les soutiens devront entrer en ligne, mais nous n'y voyons pas d'inconvénient, puisque, dans tous les systèmes de déploiement et de renforcement, ce mélange s'opère inévitablement dès que le 3® peloton est engagé dans la ligne de combat.
REMARQUE
Nous avons indiqué pages 23 et 24 les raisons qui oblîgent à donner au front de combat du bataillon plus d'étendue qu'au front de bataille. Au point de vue des manœuvres du temps de paix, cette différence de longueur présente des inconvénients que l'on peut toutefois faire dispartdtre en donnant aux bataillons des intervalles plus grands que les intervalles réglementaires. Ces intervalles varieront nécessairement avec l'effectif. Pour des bataillons de
398 files, ils seront de 96 pas. Loin d'être nuisibles, ils permettront — chose fort utile dans bien des cas — à la cavalerie et à Fartillerie de traverser la ligne de bataille par escadron et par batterie en ordre déployé.