‹ Manuel de fortification de campagneChapitre 52 sur 69 · DANS LA DÉFENSE · texte numérisé non relu

DANS LA DÉFENSE

FORMATION ET MODE DE DÉPENSE d'uN BATAILLON FAISANT PARTIE d'uNE LIGNE DE BATAILLE.

Dans la défense il ne se produit pas comme dans l'attaque des temps d'arrêt qui ont pour résultat de rapprocher les distances entre les échelons et de favoriser la tendance qu'ont ceux-ci à se fondre prématurément sur la ligne de combat. On peut donc diminuer notablement ces distances, d'autant plus que les échelons, étant généralement abrités ou retranchés, éprouvent moins de pertes et sont par conséquent moins enclins à se porter en ligne.

Dans la plupart des cas, on donnera à la formation de combat une profondeur totale de 400 à 500 pas, à savoir : 80 à 100 pas entre la chaîne et les soutiens, 80 à 100 pas entre les soutiens et les réserves et 240 à 300 pas entre les réserves et le gros. Souvent il sera avantageux de supprimer un échelon, en fondant les soutiens dans la chaîne. On rapprochera alors les réserves et le gros.

En terrain découvert et lorsque les échelons ne sont pas abrités ou retranchés, on augmente ces distances pour diminuer les pertes. Si le bataillon est isolé, on dispose les soutiens et les réserves de manière à protéger les ailes de la ligne de combat.

Les tirailleurs de la défense étant de pied ferme (1), on peut, sans craindre de les gêner, resserrer davantage le front de combat (pour augmenter Tintensité du feu) et en fixer rétendue à raison de un pas par homme. En conséquence, le front de défense d*un bataillon de 384 files de soldats sera de 384 pas (288 mètres) si l'on déploie 2 compagnies, et de 576 pas (432 mètres) si Ton en déploie 3.

En terrain couvert ou accidenté, la chaîne de la défense a, comme celle de l'assaillant, des éclaireurs pour signaler les mouvements de l'ennemi, indiquer la direction de son attaque et tenir à distance ses éclaireurs et ses reconnaissances.

Dès que l'action commence, les éclaireurs se replient sur la ligne des tirailleurs, qui dirige alors un feu lent et mesuré, particulièrement sur les soutiens et les réserves.

Ce feu est exécuté par groupes et au commandement.

Il serait plus rationnel cependant de laisser les tirailleurs répondre au feu de la chaîne opposée et de confier le tir éloigné, par salves, aux soutiens et aux réserves. Ces échelons pourraient, en effet, tirer à des distances comprises entre 700 et 1,200 mètres, sans danger pour les tirailleurs, puisque les ordonnées de la trsgectoire de 1,000 mètres du fusil Albini, par exemple, sont de 7°^85 à 100 mètres, du but, de 13™39 à 200 mètres, de 16^77

(1) Nous ne considérons pas le cas des batailles et des combats de rencontre où les deux adversaires marchent Tan vers Taulre, parce qu'alors il n'y a pas de défense proprement dite.

à 300 mètres, de 18"'34 à 400 mètres et de 18"'43 à 500 mètres. (Voir Vanneœe n® 3.)

Néamnoins ce tir ne serait à conseiller qui si la chaîne ennemie se trouvait sur un terrain en pente ascendante (flg. 35) ou si les troupes chargées de tirer contre cette chaîne, par-dessus leurs propres tirailleurs, occupaient une hauteur (ûg. 36). Il faut en un mot, pour que le feu des réserves ou du gros ne présente pas de dangers, que le but soit visible au-dessus de la chaîne, sinon les hommes, de crainte d'atteindre leurs camarades, viseraient trop haut.

Lorsque les groupes sont retranchés ou abrités, les tirailleurs se trouvent à un pas Tun de l'autre dans chaque groupe; le renforcement de la ligne sefieut alors en intercalant de nouveaux groupes dans les espaces libres entre les groupes postés. Dans ce cas, Tavant-ligne n*a généralement que deux échelons : la chaîne et les réserves, cellesci destinées à combler les vides, à renforcer les parties les plus exposées, et à repousser toute attaque contre les flancs de la chsâne.

On pourra, môme aux distances inférieures à 700 mètres, diriger contre l'assaillant le feu de plusieurs lignes, lorsqu'il sera possible d'étager les échelons sur un terrain en pente. Pour prévenir alors tout danger et obtenir plus d'effet, les troupes placées en arrière des tirailleurs n'exécuteront que des feux à commandement, ce qui leur sera toi\j|^ours possible, ces troupes n'étant pas directement menacées et ayant, par conséquent, plus de sang-froid que celles placées en première ligne.

Dès que l'ennemi renforcera ses tirailleurs, les soutiens de la défense se porteront en ligne et seront remplacés par les réserves. Celles-ci ne prendront part au combat qu'au moment où la chaîne opposée s'arrêtera à 500 mètres environ, pour accentuer son feu, remettre de

l'ordre dans ses rangs et donner aux hommes le temps de reprendre haleine.

La chaîne renforcée dirigera des feux convergents, par salves si c'est possible (1), sur les parties les plus denses du front d'attaque, celles qui sont destinées à faire le principal effort.

Elle saisira surtout, pour accélérer son feu, le moment où la chaîne assaillante ou une partie de cette chaîne franchira par bonds un espace découvert.

Lorsque la ligne ennemie sera plus rapprochée, on combinera les feux de front de la défense avec des feux de flanc. Les résultats seront d'autant plus beaux qu'en ce

moment le feu de l'assaillant aura moins de rapidité et de précision que celui de la défense, et que son artillerie, pour ne pas atteindre la ligne de combat, devra allonger son tir et se borner à fouiller le terrain occupé par la deuxième ligne de bataille (2). L'artillerie de la défense pourra, au

(1) Bien que, dans la dëfeasive, les troupes aient plus de calme et obéissent mieux aux commandements que dans TofTensive, les feux de masse sonl cependant très difficiles à exécuter au dernier moment Analysant les résultais de la guerre franco -allemande, von Boguslawski fait la remarque suivante : < La défensive a toujours eu Tinteniion de faire » des feux d'ensemble, mais elle n*a jamais réussi qu'à faire des essais » défectueux et surtout infructueux. »

Ce qui est vrai pour les salves l'est également pour le tir à cartouches comptées, prescrit dans certains cas par les instructions russes. Ce tir a Tavantage de calmer les hommes et de permettre au chef d'apprécier l'effet produit, quand la fumée s'est dissipée. Mais, de même que les feux de masse, il n'est exécutable k la guerre qu'avec des soldats possédant à un haut degré la discipline du feu. (Voir VAnnejce n^ 7.)

(2) Nous avons dit, page 55, alinéa 3, que l'artillerie, pendant Tarrêt momentané de la chaîne, à 300 mètres de l'ennemi, peut encore tirer sans danger au-dessus de cette chaîne. C'est Textréme limite. Â partir de ce moment, le tir doit être relevé et dirigé contre la 2« ligne, à moins que les batteries n*occupent un point culminant.

contraire, si elle est bien placée, produire alors ses plus grands effets. Quant à la cavalerie divisionnaire, elle trouvera facilement l'occasion de se signaler, en chargeant une partie de la ligne d'attaque, ou en la prenant en flanc, mais elle devra éviter avec soin de masquer les feux de la défense.

Si, malgré ces charges et le feu intense des trois premiers échelons, fondus ensemble, l'ennemi continue d'avancer jusqu'à 40 ou 50 mètres de la position, le moment sera venu de passer à l'offensive.

A cet effet, le chef de bataillon fera approcher le gros et en dirigera une partie sur le flanc de la ligne d'attaque, pendant que toute la ligne de défense se portera en avant au son des clairons et en poussant des hourras.

Il pourra également, si le terrain le permet, embusquer sur le flanc de l'attaque quelques escouades, qui dirigeront des feux de salve contre l'ennemi dès qu'il s'apprêtera à donner l'assaut. « Ce feu produira toigours plus d'effet " qu'une attaque à la baïonnette, laquelle obligerait les « défenseurs du front à interrompre le feu. « (E. deC, n*' 416.) Dans de pareils moments, tout ce qui est imprévu, tout ce qui surprend l'assaillant et Tinquiôte soit pour ses flancs, soit pour ses derrières, produit toujours un très grand effet et décide souvent du succès de l'attaque.

La fraction disponible du gros suit à petite distance et à rangs serrés la ligne de combat, pour être prête à soutenir les troupes engagées ou à les recueillir en cas d'insuccès.

Si l'offensive réussit, la ligne qui a repoussé Tassaillant s'arrête et le poursuit de ses feux.

Si elle échoue, au contraire, le gros recueille et rallie

les combattants (1) et cherche par un vigoureux retour offensif à reconquérir le terrain perdu.

En ce moment une contre-attaque, dirigée sur le flanc des troupes plus ou moins épuisées et désorganisées de l'assaillant, aura de grandes chances de succès.

Si Tennemi parvient néanmoins à repousser les défenseurs, la 2® ligne avancera résolument et tentera un second et plus énergique retour offensif, avant que Tassaillant n'ait eu le temps de 8*établir et de se retrancher dans la position.

On admet généralement que la 2® ligne doit ôtre plus

(1) Le règlement belge conlient les prescriplions saivantes pour diriger la retraite des tirailleurs après une attaque infructueuse ou devant une ligne ennemie à laquelle on juge ne pas pouvoir résister.

« Le mouvement rétrograde et simultané de tous les tirailleurs pouvant 9 être dangereux devant un ennemi hardi et pressant, il sera souvent » avantageux de se retirer en échelons ou en échiquier. (E. de G., » no S9â). >

Le n^ Adfi dit que cette retraite en échelons ou en échiquier est surtout avantageuse en terrain ondulé : c À cet effet, les groupes impairs, » par exemple, quitteront leur position et se porteront vivement en » arrière; ils s'arrêteront sur remplacement choisi par les chefs de » groupe. Pour protéger ce mouvement de retraite, les groupes pairs 9 feront un feu rapicfe sur Tennemi; ils se retireront à leur tour quand » les premiers seront postés, etc. »

Enfin, le no 443 prescrit, « lorsque Tennemi poursuit trop vivement, 9 de le refouler par le feu de la réserve, sur les ailes de laquelle on » rappellera momentanément les tiraillefurs. »

Ces prescriptions, toutefois, ne sont guère exécutables que sur la plaine d'exercices.

Généralement, quand une chaîne sera repoussée ou forcée de céder le terrain, elle se repliera plus ou moins désorganisée sur la fraction en ordre serré (réserve ou gros) qui doit lui servir de point d'appui. Alors tout mouvement régulier exécuté au commandement deviendra impossible, et Ton devra s'estimer heureux si Ton peut éviter que la retraite ne se fasse à la débandade.

forte dans la défense que dans l'attaque, parce que, pour la défense, un mouvement de recul équivaut à l'abandon de la position et que, par suite, la possession du terrain occupé au moment du choc lui est plus nécessaire qu'à l'attaque.

FORMATION RT MODE DE DÉPENSE d'uN BATAILLON ISOLÉ.

Dans la défensive, le front devant être fortement garni dès le début de l'action, on déploie d'ordinaire 2 compagnies ; en outre, les soutiens sont souvent utilisés tout d'abord sur la chsûne, et les réserves dans ce cas en prennent la place, de telle sorte que la ligne de combat n'a, par le fait, que deux échelons.

Une des deux compagnies du gros se rapproche alors de la ligne de défense pour remplacer les réserves et veiller à la protection des flancs. L'autre est tenue sous la main comme dernière ressource; une partie sert, au besoin, à exécuter les contre-attaques et à menacer les flancs de l'ennemi (1).

La réserve se tient en arrière de Faile la plus menacée. Il est très important de ne jamais l'engager entièrement.

Le bataillon isolé doit, en cas de succès, entamer la poursuite avec prudence et, en cas de revers, choisir une bonne ligne de retraite.

{i) Règlement français.

EXAMEX DBS DISPOSITIONS PRESCRITES POUR LB COMBAT DÉFEXSIF PAR LE RÈGLEMENT DE MANŒUVRE DE L ARMÉE BELGE.

Les dispositions et les prescriptions qae nous Tenons <rindiqaer poor le combat défensif, ne concordent pas avec celles qne contient le ré^ement de manœuvre de Tannée belge.

Ce règlement porte en effet ce qoi soit {voir les n^ 270 à 276 de rÈcole de bataillon) :

* Lorsqu'une troupe sera chargée de défendre une posi- « tion, chaque bataillon, déployé et couTcrt, s'il est pos- *» siUe, par des plis de terrain, par des tranchées, 8*«^ f prêtera à lancer ses feux.

»* Quand, après les préludes du combat, rennemi pro- " noncera son mouvement offensif, les tirailleurs, profitant >* de tous les couverts du terrain, rétrograderont peu à ** peu et iront s'établir sur 1à ligne choisie par les sou- •* tiens ; ceux-ci prendront alors part aux feux.

^ Si l'ennemi, par ses renforts, réussit à prendre un >* ascendant marqué sur la défense, les tirailleurs et les ** soutiens se replieront à hauteur des réserves, et les deux " compagnies exécuteront un feu rapide.

" Si, favorisé par le terrun, l'ennemi parvient à braver » ce feu, les deux compagnies se rapprocheront du batail- >* Ion sans cesser de tirer. Arrivées à petite distance, elles n s'écouleront vivement par les deux ailes et se porteront » en arrière de celles-ci pour se reformer rapidement et " se préparer soit à soutenir le bataillon, soit à appuyer » son mouvement offensif.

** Si le terrain est tel que la ligne des tirailleurs doive - être établie sur la position même à défendre, le batail-

• Ion s'y portera au moment décisif pour recueillir les f» tirailleurs et recevoir l'ennemi. La ligne ouvrira le feu n et, dès que l'ennemi sera ébranlé, elle marchera réso- » lument en avant, n

Ce dispositif de défense diffère de celui décrit précédemment, en ce qu'il prescrit la retraite de l'avantligne (tirailleurs, soutiens et réserves) en arrière de la ligne principale occupée par le gros (1), tandis que

(i) Notre règlement n^est pas le seul qui préconise d'ane manière générale cette retraite de l*ayant-ligne. '

On lit, en effet, dans le règlement italien : c La troupe en ordre dis-

> perse inquiète Tennemi et retarde sa marche par son feu. Elle se

> retire peu à peu sur les ailes du bataillon, dont elle découvre le froot, » à moins que la configuration du terrain ne lui permette de rester devant » le gros sans intercepter son feu, auquel cas elle continue de tirer. »

Nous ferons remarquer toutefois que l'instruction du 95 mai 1879 modifie en quelques points les prescriptions du règlement belge. Elle porte en effet :

€ Dans la défensive, le déploiement et le renforcement successifs dès tirailleurs se feront d'après les mêmes principes que ceux qui viennent d'être prescrits pour Toffensive ; mais on engagera dès le début un plus grand nombre de groupes et Ton évitera de déplacer les tirailleurs convenablement postés.

» Ici on s'attache autant que possible à défendre la ligne même où sont établis les tirailleurs, Texpérience montrant que les plus grandes pertes suivent les retraites quand l'assaillant, ayant conquis les premières positions, peut tirer sans être inquiété.

> D'ailleurs, comme Toccupation des points avancés offre rarement de grands avantages pour la suite de la défense, il vaut mieux, dans la plupart des cas, porter sur Tavant-ligne, sinon tout d'un coup, au moins peu à peu toutes les troupes qui doivent concourir à la lutte. Gomme conséquence, sauf les exceptions commandées par le terrain et les circonstances, l'avantligne sera établie sur la lisière ou sur la crête même de la position choisie pour recevoir l'effort de Tennemi. »

On verra plus loin pourquoi nous n'admettons qu'exceptionnellement la prescription de livrer le combat principal sur l'avant-ligne.

Tautre exige que les soutiens, les réserves et le gros se portent sur la ligne des tirailleurs. Les tacticiens qui ont donné la préférence à ce dernier mode de combat, prétendent que la retraite successive des tirailleurs sur les soutiens, sur la réserve et en arrière du gros, augmente l'ardeur et accroît Tespoir de l'assaillant en môme temps qu'elle ébranle le moral du défenseur. Cet argument a une grande importance ; mais, d'un autre côté, le combat défensif en avançant présente de sérieux inconvénients dans tous les cas (et ils sont nombreux) où les tirailleurs se trouvent sur le versant ou en avant du versant d'un plateau dont l'armée couronne le bord supérieur. Alors, en effet, le combat décisif a lieu sur ce terrain, bien moins favorable à la défense que ne Test celui qu'occupe la 1^ ligne de bataille.

A cause de cela, le mode de défense prescrit par le règlement belge est préférable pour une armée «n position, surtout si elle a soin de retrancher ses lignes. Le combat en avançant ne conviendrait que si une armée en marche était attaquée sur un terrain défavorable, avant qu'elle n'eût atteint sa position, car c'est, sans nul doute, celui qui, en pareil cas, agirait le plus favorablement sur le moral de la troupe (une cause de succès qu'il n'est jamais permis de négliger).

Toutefois, nous proposerons d'apporter à ce mode de défense une modification qui a pour but d'atténuer le fâcheux effet que produit toujours la retraite de l'avantligne, et d'augmenter l'efficacité de la défense au moment de l'attaque décisive.

Cette modification consiste à établir peu de troupes sur Tavant-ligne et à emprunter ces troupes à la 2® ligne de bataille. De cette manière, les bataillons de la 1^ ligne resteraient entiers dans les tranchées-abris, et le combat

décisif serait soutenu par des troupes fraîches, tandis que le mode de défense prescrit par le règlement belge oblige chaque bataillon à mettre en action deux compagnies épuisées par le combat de tirailleurs qui précède l'action anale et n'ayant souvent plus de cartouches dans le moment même ou elles devraient pouvoir diriger un feu des plus rapides sur l'ennemi, de concert avec les compagnies du gros (1).

D'un autre côté, si Ton n'établit en avant de la 1^ ligne que les troupes nécessaires pour harceler l'ennemi, l'arrêter sur des points défavorables, lui faire essuyer des pertes, le fatiguer avant qu'il ne tente Teffort décisif, mettre du désordre dans sa ligne de combat et le forcer à épaissir prématurément celle-ci (but que l'on peut atteindre au moyen de quelques groupes bien postés et d'un petit nombre de détachements occupant les postes avancés de la ligne de bataille), on obtiendra deux résultats importants : les défenseurs seront moins impressionnés au moment de la retraite de Tavant-ligne que si une moitié de chaque bataillon se repliait sur l'autre moitié restée de pied ferme, et les commandants de bataillon seront moins tentés de venir au secours de cette avant-ligne qui n'appartient pas à leur unité tactique, que si deux de leurs compagnies s'y trouvaient engagées, moins tentés aussi de la renforcer pour compléter ses succès et en tirer parti (deux cas où le combat décisif risque d'être livré sur un terrain peu favorable à la défense).

Aân d'éviter tout désordre et tout mélange d'unités tactiques, on empruntera à la 2® ligne des bataillons entiers et non des compagnies seulement, pour composer les

(1) On D*aura généralement pas le temps d'approvisionner ces troupes que Tennemi suivra de près.

groupes de tirailleurs et les garnisons des postes avancés de la position.

La défense, dès lors, opérera comme suit :

Les groupes et les postes avancés qui constituent Tavant-ligne feront à l'ennemi le plus de mal possible et lui disputeront le terrain pied à pied, pour le fatiguer et raffaiblir.

Lorsque le moment sera venu de battre en retraite, on évacuera les postes avancés où Ton ne pourra plus tenir aussitôt qu'ils seront débordés, et Ton tiendra ferme dans les autres, pour obliger lennemi à s*en emparer avant d'aller plus loin, ou l'exposer, s*il passe outre, à des feux de flanc et de revers dont l'effet sera surtout désastreux pour lui en cas de revers.

En même temps, on prescrira aux groupes, qui se trouveront exceptionnellement dans les intervalles des points d'appui de l'avant^ligne, de se replier lentement ou par bonds successifs (1). La retraite continuera ainsi jusqu'à ce que la ligne de combat de Tennemi se trouve à 600 mètres environ des tranchées-abris de la 1^ ligne de bataiUe (2).

Alors les tirailleurs démasqueront vivement ces tranchées, en se retirant au pas gymnastique par leurs intervalles, pour laisser agir le feu des bataillons qui les occupent. Le but de ce feu (3) est de retarder la marche de

(1) On n'opère la retraite par bonds successifs que pour autant que Tennemi se porte en avant de la même manière. S*il avance au pas, on se repliera k la môme allure, pour gagner du temps et lui faire essuyer plus de pertes.

(2) Si la configuration du terrain permet aux tirailleurs de rester devant la i^ ligne de bataille sans intercepter le feu de celle-ci, ils continueront à tirer jusqu*à ce que rapproche de Tennemi les oblige à battre en retraite.

(3) Ce feu aura une grande efBcacitë, parce que la défense, ayant

l'ennemi et de forcer ses tirailleurs à entamer de loin le tir nourri qui doit précéder l'assaut. Au moment où celui-ci conmience (à 300 mètres environ), on pourra exécuter des feux à commandement, qui produiront un grand effet moral et seront, À cette distance, très meurtriers (1). Mais il faut pour cela que les troupes aient peu souffert et que leur moral soit resté ferme, circonstance qui se présente rarement à la guerre, comme on Ta constaté en 1870 en France et en 1877 en Orient, Quoi qu'il en soit, les feux à commandement ou les feux à Yolonté exécutés à partir de 300 mètres, auront une telle efficacité, qu'ils arrêteront et culbuteront vraisemblablement Tagresseur dont les feux mal sgustés ne sont guère redoutables pour des troupes tirant derrière une masse* couvrante de 1"*20 de hauteur.

Pendant que l'assaillant s'avancera au milieu d'une grêle de projectiles, une contre-attaque dirigée sur l'un de ses flancs of&*ira de grandes chances de succès.

Un moment plus favorable encore sera celui où le défenseur se portera en avant pour prendre l'offensive.

La contre-attaque se fait avec des troupes tirées de la réserve ou de la 2® ligne de bataille ; on établit ces troupes à couvert, derrière les ailes de la l'® ligne, afin qu'elles aient moins d'espace à parcourir et qu'elles soient mieux placées pour s'opposer aux mouvements enveloppants et aux attaques de flanc.

Si, malgré cette contre-attaque, l'ennemi continue d'avancer, la V^ ligne ne doit pas hésiter à se porter en avant

repéré les points importants du terrain, connaîtra exactement la dislance à laquelle la chaîne ennemie se trouvera.

{i) Von Scherff dit : « La résistance doit toujours se réserver la possi- » bilitt*. des feux de masse* ; il est vrai qu'ils seront presque impossibles • à exécuter sous la forme de salves. »

et & lutter corps à corps au delà de ses tranchées. Alors même que cette tentative ne. réussirait point, la défense éprouverait moins de pertes que si elle se retirait et tournait le dos aux baïonnettes ennemies (1)/

Le règlement prussien sur les manœuvres d'infi&nterie dit avec raison : « C*est en tournant le dos À Tennemi que Ton subit les pertes les plus sensibles. Alors Tassaillant qui 8*est établi sur la position, peut exécuter son tir avec tout le calme nécessaire et se servir de son feu, môme à longue distance, pour chasser entièrement les défenseurs. »

11 sera cependant de plus en plus rare qu'une bonne in&nterie retranchée, qui saura mettre à profit les avantages'du fusil à tir rapide et à longue portée, muni du chargeur de Krenka, voyant arriver Tattaque sur elle, se portera en avant pour prendre roffensive.

Nous avons démontré en effet plus haut que, à égalité de nombre, les chances entre Tattaque et la défense sont comme 1 est à 6 ou comme 1 est à 18 si le défenseur est retranché. La défense peut, en outre, dans la plupart des cas, mieux utiliser le terrain que l'attaque, et elle n'est pas, comme celle-ci, limitée sous le rapport du nombre des cartouches à brûler.

L'infériorité de l'attaque n'est que partiellement compensée par la supériorité morale qui lui est acquise et par l'avantage qu'elle a de pouvoir s'étendre, déborder, tourner, agir par surprise et faire converger ses efforts sur le point qu'elle veut assaillir. On n'est donc pas fondé à

(i) « La meilleare manière d'exécuter le retour offensif et décisif est » d'attaquer les flancs de l'assaillant quand il marche de front à la charge, » ou de l'attaquer immédiatement après l'assaut dans la position qu'il » vient d'enlever. » (Von Scherff.)

soutenir, comme le font quelques tacticiens (1), qu'à égalité de nombre, la défense doit toigours attaquer et ne doit jamais attendre Tassaillant.

Il serait plus judicieux de dire que, lorsque l'art de retrancher les positions sera rendu familier aux officiers et aux soldats, et lorsque tous auront constaté que, grâce à Tappui des retranchements et aux conditions favorables dans lesquelles il se trouve, le défenseur subira dix-huit fois moins de pertes que l'assaillant, l'effet moral dont les partisans de l'offensive se prévalent pour soutenir leur thèse, sera acquis à la défensive, laquelle verra hésiter, chanceler et tourbillonner devant elle les bataillons essoufflés et plus ou moins désorganisés de l'attaque.

** Au point de vue stratégique, dit le général Berthaut, l'offensive a une supériorité incontestable sur la défensive en ce qu'elle a l'initiative et est complètement maîtresse de ses mouvements, tandis que la défensive, obligée d'être toigours prête à repousser l'attaque de l'adversaire sur quelque point qu'elle se produise, se trouve forcément placée dans une situation subordonnée.

» Il n'en est plus tout à fait de même quand on arrive au dénouement tactique des opérations stratégiques, c'est à dire au combat; l'avantage appartient alors à la défense en raison de la force considérable que les armes nouvelles donnent aux positions.

» La guerre d'Orient de 1877 a confirmé cette opinion et mis en évidence les causes de la prépondérance tactique de la défensive. "

Mais pour acquérir cette prépondérance, il faut que la défensive ait des soldats bien dressés et surtout bien disci-

(1) Fotr, enlre autres, les Etudes de guerre, par le général Lewal. T. II, page 370.

plin^, car autremeot le tir aux courtes diftanees, dans les tranc^iée^, ne pruduira pas à beancoop près les rêsuhats que Ton obtient dans les poljgooes.

Le colonel Konropatkine dh, en effet, dans ses notes sur la 3^ bataille de Plema :

• Les feox d'une position retranchée n'augmentait pas d'intensité à mesore que l'assaillant arance; il semble même que la précision des coops soit la plos grande de 2^000 à 600 pas, poor aller ensuite en s*affiûblissant. Les hommes les moins coorageox cessent de tirer ; la plupart des autres chargent et pressent la détente sans se montrer an-dessus de l'épaulement. Les balles voient en masses au-dessus de la tète de FadTersaire. *

Nous terminerons ces réflexions sur les chances relatives de Tattaque et de la défense par une remarque importante, à savoir que la constatation de la supériorité de la défense, lorsquelle est bien conduite, ne doit pas empêcher de reconnaître que, dam toute défensive, il arrive toi^ours un moment où Von doit prendre (offensive pour compléter Veffet des feux et obtenir de grands résultats.

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