‹ Manuel de fortification de campagneChapitre 54 sur 69 · AS · texte numérisé non relu

AS

Un moyen pratique d'estimer sans mesurages la distance d'un point du terrain à un retranchement, consiste à faire avancer vers ce retranchement un bon tireur, qui réglera sa hausse pour tirer, par exemple, à 600 môtres. On lui donnera Tordre de s'arrêter lorsque ses balles porteront dans le talus extérieur à l'endroit visé ; on mesurera ensuite l'intervalle qui le sépare du point dont on veut déterminer la distance.

La chute des balles dans un talus non gazonné se voit à l'œil nu jusqu'à 800 métrés et, avec une bonne lunette, jusqu'à 1,500 métrés.

Si, au lieu d'un tireur isolé, on fait avancer un groupe de tireurs, l'opération sera plus facile et offrira plus de garanties.

On obtiendra également un bon résultat en chargeant l'artillerie d'estimer la distance à l'aide de quelques coups d'essai.

Préparation à l'attaque dans les deux oas.

L'attaque d'une redoute est généralement préparée par une vive canonnade, qui a pour objet :

P De réduire au silence l'artillerie ennemie;

2® De percer ou de bouleverser les parapets et les traverses, pour atteindre les défenseurs et faciliter l'assaut;

3' De détruire, au moins partiellement, les défenses accessoires établies devant le fossé;

4^ D'atteindre, par un tir indirect, les défenseurs abrités dans les tranchées intérieures (1).

Les batteries de l'attaque seront placées hors de la portée efficace de la mousqueterie, aux endroits les plus favorables pour enfiler la redoute et contre-battre les ouvrages ou les batteries qui la soutiennent. Elles occuperont de préférence les points dominants, d*où eUes pourront plonger dans l'ouvrage et continuer leur tir jusqu'au dernier moment sans danger pour les troupes assaillantes.

En général, on opposera une batterie à chaque batterie de la défense, sauf à concentrer momentanément le feu de toutes les batteries sur une seule, pour la réduire promptement au silence.

On aura soin d'établir l'artillerie de manière qu'elle ne soit pas trop exposée aux attaques de l'ennemi.

Cette recommandation est très importante lorsqu'il s'agit d'une redoute située en avant d'une position ou appuyée par une réserve extérieure. Dans ce cas, les batteries seront généralement placées en arrière des troupes assaillantes, car si on les faisait avancer latéralement, au delà du prolongement des faces du front de tête, il faudrait les soutenir par de forts détachements et l'on aurait encore beaucoup de peine à les préserver de la mousqueterie ennemie.

Dans tous les cas où l'artillerie devra tirer au-dessus des troupes, il sera nécessaire de convenir d'un signal que donnera le chef de ces troupes pour faire cesser le feu au moment où il s'apercevra que le tir devient dangereux.

(1) Le tir direct avec les canons de campagne s'exécute généralement à des distances variant entre 1,S00 et i,500 mètres, et le tir indirect, à ooe distance d'environ 3,000 mètres.

Bien que toute attaque de retranchement doive être préparée par des feux d*artiilerie, il j a lieu de remarquer cependant que ces feux ne sont pas très efficaces lorsque le profil offi[*e une grande résistance.

Dans une lettre que le général de Todleben nous adressa de Brestova, le 30 janvier 1878, il disait : - Les garni- » sons des redoutes (de Plevna) ftirent retirées et placées n dans des tranchées à une certaine distance de ces n ouvrages; les fossés profonds et étroits furent seuls » occupés par les Turcs. Il va sans dire que contre les »» tranchées et les fossés notre artillerie se trouvait impuisn santé. Quant aux réserves, elles étaient cachées dans *> les plis de terrain ou établies hors de la portée de notre « artillerie. En conséquence, l'artillerie n'a joué à Plevna ^ qu'un rôle assez secondaire. »

Ce n'en est pas moins un devoir pour l'attaque, lorsqu'elle a de l'artillerie, de lancer une grôle de projectiles sur les défenseurs de la redoute ou du retranchement, ptiisque ce feu, prolongé jusqu'au dernier moment, fera subir à la garnison des pertes qui ébranleront son moral d'autant plus fortement qu'elle sera dans Timpossibilité d'y répondre.

On pourra dans bien des cas suppléer au manque d'artillerie, en dirigeant sur la redoute un tir indirect de mousqueterie. Les effets de ce tir ont été constatés par les expériences suivantes, faites en Russie.

Première eaypérience : 10 tireurs d'élite brûlèrent chacun 30 cartouches, au chevalet, pour atteindre des cibles placées derrière un parapet.

A 780 met. de dist. 23 %de balles atteignirent la cible.

Deuxième expérience : 4 tireurs d'élite brûlèrent cha^ cun au chevalet 25 cartouches, à 996 et à 924 mètres de distance. A la première distance, il j eut 49 p. c. de coups réussis et à la seconde, 45 p. c.

Troisième expérience : On prit au hasard 110 hommes dans une compagnie d'infanterie. Ces hommes furent amenés le sac au dos et déployés en tirailleurs devant des cibles masquées par un parapet.

La distance au but était de 1,000 mètres. Les hommes n'avaient jamais tiré à cette distance, et le vent était très fort; néanmoins 18 p. c. de balles atteignirent les cibles (1).

Dans une quatrième expérience, les Russes cherchèrent à déterminer la distance maximum à laquelle un homme peut se tenir debout derrière la crête d'un parapet de 2'"13 de hauteur, sans être atteint.

Cette distance pour le fusil Berdan est de :

21™00 quand

le tireur est à . .

200 mètres.

Ces chiffres prouvent que Vespace dangereux derrière le retranchement augmente à mesure que les tireurs s'éloignent ou, en d'autres termes, que plus est grande la dis-

(1) Expérienccâ citées par le général Tchebitchev dans son écrit : Les principei du tir indirect de mouiqueierie. Pour bien apprécier les rêsul tats indiqués ci-dessus, il faudrait connaître les dimensions des cibles et leur emplacement exact par rapport au parapet.

tance au but, moins est large la zone de protection où les défenseurs ne peuvent être atteints par les balles.

Nous s^outerons qu'aux grandes distances |es écarts en portée sont plus faibles qu'aux petites distances, ce qui fait qu*à tous les points de vue l'efScacité du tir de position augmente avec Téloignement du but, pourvu que Ton vise juste, que la distance soit exactement connue et qu'elle ne dépasse pas la limite où l'arme cesse d*ôtre efficace : 1,500 mètres pour les fusils à noyau cylindrique, et 1,800 mètres pour les fusils à âme hélicoïdale de Witworth ou de Martiny-Henry (1).

Pour exécuter le tir indirect, on emploie une hausse supérieure de 50 mètres à la distance réelle, on vise à la crête du parapet, droit devant soi, et Ton ne tient compte ni de la force du vent, ni de la dérivation.

Les feux indirects produisent surtout un grand effet quand l'ouvrage à attaquer peut être entouré, car alors les balles qui passent au-dessus d'une face prennent à revers les hommes abrités dans la zone de protection de la face opposée.

Si l'on n'a pas d'artillerie à sa disposition, ou s'il n'y en a pas assez pour obtenir un grand effet, on détermine sur les prolongements des faces du front de tête (par l'un des procédés indiqués ci-dessus) des points favorables au tir de lamousqueterie. Ces points seront choisis à 1,200 mètres au moins et à 1,500 mètres au plus du saillant de l'ouvrage ; on pourra toutefois rapprocher les tireurs jusqu'à 900 et 1,000 mètres, s'il se trouve à cette distance des emplacements plus avantageux.

(1) La 38« brigade, en garnison à Belfort, a exécuté, en janvier et en août i879, sur un terrain accidenté, des tirs indirects, à 1,600 mètres de distance, sardes buts invisibles, et elle a obtenu des résultats sérieux (Voir le Bulletin de la Eéunion des offidtrs, n» du 17 janvier 1880).

Sur chaque prolongement on établira, derrière on masque naturel oa dans one tranchée-abri, nne section ou an peloton d*in£BUiterie, qui cherchera à atteindre par un tir indirect les défenseurs placés dans les tranchées intérieures du firont de tète et des firpnts latéraux.

Ce feu produira d'autant plus d*effet qu'il j aura plus de rangs de tireurs.

Voici les dispositions que nous recommandons pour un feu d'enfilade plongeant, exécuté par 4 rangs :

Les deux premiers rangs seront placés dans une tranchée dont le profil est indiqué par la figure 21, planche III. A 100 mètres en arrière de cette tranchée on élèvera on parapet ajant le profil de la figure 22. Placés derrière cette masse couvrante, les deux derniers rangs pourront tirer au-dessus des deux autres sans aucun danger pour ceux-ci. La figure 23 représente le profil d'un abri unique pour quatre rangs de tireurs (1).

Les deux premiers rangs se placeront dans la tranchée extérieure, qui a l'^OO de largeur au fond, et les deux derniers, derrière le parapet, sur une banquette qui a cette même largeur.

En avant de la tranchée extérieure et sur le parapet se trouve un bourrelet en terre (bonnette) dans lequel chaque tireur, suivant sa taille, forme un créneau.

Le fond de la tranchée extérieure et la banquette sont assez larges pour que les sous-offîciers puissent passer derrière les tireurs et vérifier les hausses.

Un abri de l'espèce, pour un peloton de 60 hommes, aura 15 pas de longueur, si les tireurs sont placés à 1 pas l'un de l'autre, et 12 pas, s'ils sont coude à coude.

(1) Un profil analogue a été proposé par le capitaine GROSsMA.inf. {Voir son étude sur le tir de l'infanterie dans la guerre de forteresse).

Les feux indirects sont surtout avantageux quand on peut les continuer jusqu'à ce que l*attaque arrive au bord du fossé, car dans ce moment la défense doit mettre en action toutes ses forces (à Texception de la réserve intérieure.)

A ce point de vue, les redoutes les moins favorables à l'attaque sont celles qui ont un saillant prononcé. {Voir âg. 18, pi. III.) En effet, un peloton établi en A tirera moins longtemps, sans atteindre la chaîne attaquante, qu'un peloton établi en B. Mais d'un autre côté ces redoutes battent moins efficacement le terrain extérieur que les redoutes à saillant aplati ab c fe.

Ce n'est pas, du reste, une obligation pour lagresseur d'établir ses tireurs de position dans le prolongement des fronts. Ainsi, contre la redoute a b c d e^ un peloton placé en B ne produirait guère moins d'effet qu'un peloton placé en A. Il prendrait, en effet, à revers les défenseurs des trois faces de, ea et a&, tandis que le peloton A n'en prendi*ait que deux à revers et battrait la troisième d'enfilade; or la supériorité du tir d'enfilade sur le tir à revers n'est appréciable que lorsqu'on employé de l'artillerie et que les faces ont une grande longueur.

En général donc, les subdivisions pour le tir indirect seront {lacées en dehors du terrain des attaques et aussi près de la position ennemie qu'on pourra le faire sans trop lea^ aventurer.

On n'aura pas à se préoccuper de leur sécurité lorsque la redoute sera isolée ou privée de l'appui d'une réserve extérieure. Dans ce cas, en effet, aucune attaque sérieuse n'est à craindre, la garnison ne pouvant faire des sorties que lorsqu'elle a la certitude d-obtenir un grand résultat en poursuivant un ennemi désorganisé ou démoralisé. Dans toute autre circonstance, elle s'exposerait, en livrant

un combat offensif après^ un assaut repoussé, à être prise en flanc, coupée de la redoute et mise dans Timpossibilité d'y rentrer, ou bien à être refoulée par une attaque de front sur cet ouvrage, ce qui permettrait à l'ennemi d*j pénétrer en môme temps qu'elle.

Il va sans dire que lorsque l'établissement des pelotons de tireurs sur les côtés du terrain des attaqués offre trop de dangers, ou lorsque sur ce terrain et à bonne distance, il j a des hauteurs favorables, c'est en arrière des troupes assaillantes que doivent se tenir les pelotons chargés de diriger des feux indirects sur la redoute.

DISPOSITION DES TROUPES POUR l'aTTAQUB.

PREBABR CAS. — Redoutc tsolée. (Voir fig. 17.)

On suppose qu'à 600 ou 800 mètres en arrière de la redoute il y ait une batterie pouvant atteindre les assaillants, sans danger pour les défenseurs, jusqu'à ce qu'ils soient arrivés à 300 mètres environ de l'ouvrage et que cette batterie se retirera aussitôt que son feu aura cessé.

Les dispositions à prendre pour l'attaque seront dès lors les suivantes :

Arrivés dans la zone des feux efficaces de l'artillerie (à 1,800 mètres environ de la redoute), les deux premiers bataillons prendront leur formation de combat; le troisième suivra à une distance de 500 mètres ; cette distance diminuera à mesure qu on se rapprochera de l'ouvrage.

On dirigera un demi-bataillon contre chacune des quatre faces qui constituent le front de tète et les fronts latéraux ; et avec 2 compagnies du 3^ bataillon on fera, contre le front de gorge, une démonstration qui pourra, si les

circonstances sont favorables, être convertie en une attaque

réelle.

La compagnie du génie, munie des outils, engins et matériaux nécessaires, sera divisée en 6 sections (1); 4 se tiendront derrière les réserves des 4 compagnies de la ligne de combat et 2 derrière les compagnies 1 et 4 du 3* bataillon. Ces dernières compagnies suivront les extrémités de la ligne de combat et se dirigeront de façon à pouvoir se déployer devant le front de gorge au moment où la ligne de combat s'arrêtera pour protéger de ses feux les opérations des travailleurs. (Voir ûg. 20.)

Si Ton ne veut faire qu'une fausse attaque contre le front de gorge ou si ce front n'a pas de défenses accessoires, les 5® et 6^ détachements de travailleurs formeront une réserve qui suivra l'une des compagnies du gros des 1« et 2^ bataillons.

Le commandant du 1^^ bataillon donnera pour point de direction à la gauche de sa ligne le saillant de la redoute, et pour point de direction à la droite, un point du terrain (arbre, maison, etc.) situé en dehors et à petite distance de l'extrémité du front de gorge. Le commandant du 2® bataillon agira de même.

A mesure que la compagnie formant l'aile extérieure de ces bataillons approchera du but, elle appujera vers le centre pour se lier à la compagnie formant Taile intérieure (Voirûg. 17 et 20).

(1) Les compagnies da génie belge o^ont que 2 pelotons on 4 sections. Dans le cas où Ton opérerait avec une de ces compagnies, chaque compagnie d'infanterie de la ligne de combat serait suivie d'une escouade (S5 hommes) dirigée par un sous officier. Le second peloton fournirait deux escouades aux ir« et 4* compagnies du 3^ bataillon, et une section suivrait la réserve, formée par les â<^ et 3« compagnies da même bataillon.

La ligne de combat avancera d*an pas décidé vers la redonte, en se conformant aax indications données pins haut pour Tattaque d'une position.

Toutefois, comme il n'j aura pas, en général, de ligne de tirailleurs en avant de l'ouvrage attaqué, la chaîne assaillante ne devra pas s'arrêter, pour entamer une vive fusillade avec l'ennemi, à moins qu'il ne se trouve à 400 on 500 mètres un pli de terrain d'où elle puisse tirer à couvert sur les défenseurs de la banquette. Dans ce cas, si le terrain s'y prête, le gros de chaque bataillon se déployera et cherchera par un feu de salve à atteindre les hommes qui se tiendront dans les tranchées intérieures de la redoute.

Aussitôt que le feu aura produit quelque effet, les réserves viendront se fondre dans la chaîne et la porteront en avant.

Les détachements du génie, formés sur un rang, suivront cette chidne et se dirigeront, masqués par elle, vers les endroits qui leur auront été désignés, pour pratiquer des passages de 7 à 8 mètres de largeur (1) à travers les défenses accessoires. (Voir fig. 20.)

Il conviendra d'en ouvrir au moins un devant chaque face du front de tète et un devant chaque front latéral.

La ligne de combat ayant 660 mètres environ de développement embrassera le front de tète et les fronts latéraux et débordera même ceux-ci, comme le montre la figure 20.

Les tirailleurs des deux premiers bataillons s'arrêteront dans une dernière station, très rapprochée des défenses

(i) D'après le général aulrichien Wasserthal, ces passages devraient avoir 20 à 35 pas de largeur pour favoriser le passage des colonnes d'assaut ; mais ceUe grande largeur, difficile à obtenir, n'est plus nécessaire depuis que les progrès de Tarmement ont obligé Tinfanterie à renoncer aux attaques en colonne.

accessoires (1), s*y abriteront le mieux possible ou s'y coucheront, pendant que les soldats du génie les dépasseront pour entamer avec la plus grande rapidité leur dangereux travail (2).

Les deux compagnies du 3° bataillon chargées de faire soit une fausse attaque, soit une attaque véritable contre le front de gorge, suivront, Tune Taile droite de la ligne de combat du l®*^ bataillon, l'autre Taile gauche de la ligne de combat du 2® bataillon. Lorsqu'elles arriveront à la hauteur du front de gorge, elles déploieront leur premier peloton en tirailleurs par le flanc et engageront une vive fusillade avec les défenseurs de ce front.

Les tirailleurs des deux premiers bataillons continueront à diriger un feu nourri contre les défenseurs du front de tête et des fronts latéraux, et le gros, faisant office de soutien, se rapprochera des points où les passages doivent être pratiqués.

Les 2** et 3® compagnies du 3® bataillon se seront avancées pendant ce temps jusqu'à 300 mètres environ de la

(i) Il ne faat pas, toutefois, qu'elle se trouve à moins de 80 on iOO mètres du bord du fossé. A cette distance, le front est encore assez étendu pour contenir \eê deux compagnies de la ligne de combat de chacun des bataillons qui fournissent Tattaque. Si Ton rapprochait davantage la chaîne, le tir ne serait pas plus efficace, Tespace ferai défaut et les chances de désordre, ainsi que les pertes, augmenteraient.

(S) Le travail de la destruction des défenses accessoires est si difficile en plein jour que souvent on sera obligé d'attendre l'obscurité pour l'entamer; s'il est terminé avant Taube, on examinera si les troupes ont assez de solidité et de discipline pour qu'on puisse tenter avec succès un assaut dans les ténèbres.

Plus d'une fols les Russes se sont bien trouvés d'avoir fait des attaques de nuit

Noua citerons comme exemples l'attaque des forts de Kars et l'assaut des ouvrages de Gornt-Dubnic pendant le siège de Pievna.

ligne des tirailleurs, soit pour prendre part à Tattaque, si leur intervention doit décider du succès, soit pour repousser une attaque de flanc si le commandant de la redoute ordonnait à une partie de la réserve intérieure de faire une sortie, soit pour servir de point de ralliement aux assaillants repoussés, soit enfin pour arrêter leur mouvement rétrograde et tenter ensuite avec eux un nouvel assaut, si le commandant de Tattaque jugeait que cette opération a des chances de réussite.

La fausse attaque, bien conduite, c'est-à-dire entamée avec vigueur et dans le moment môme ou les deux autres bataillons aborderont le front de tôte et les fronts latéraux, inquiétera la garnison et produira un très grand effet moral. Dans le cas particulier qui nous occupe, c'est surtout contre le réduit qu'elle devra être dirigée.

On ne perdra jamais de vue en la faisant, qu'il peut être nécessaire à un moment donné de rallier les troupes pour couper la retraite à la garnison ou la poursuivre vivement, si elle tentait de s'échapper.

Dès que la besogne des troupes du génie est terminée, celles-ci se retirent derrière la chaîne, et les quatre compagnies du gros, protégées par le feu le plus vif de ces tirailleurs, se jettent dans le fossé, s'y développent et prennent leurs dispositions pour monter à l'assaut avec ensemble.

Une question importante à régler est celle de la formation du gros pour franchir les trouées pratiquées dans les défenses accessoires.

La redoute, dans l'hypothèse admise, n'ayant pas d'artillerie et n'étant pas soutenue latéralement par des batte-^ ries ou des tranchées-abris, on pourra, sans inconvénient, faire avancer les compagnies du gros en colonnes par section ou par demi-section, ou môme par le flanc (en dou-

blant les files), selon que les trouées auront plus ou moins de largeur. Cette formation, en effet, n'est dangereuse que sous le feu direct de Tartillerie ou le feu d*écharpe de la mousqueterie.

Lorsqu'il y a des défenses accessoires dans le fossé, les travailleurs du génie doivent les détruire, les enlever ou y pratiquer des ouvertures. Cela étant fait, le gros s'avance par les trouées des défenses accessoires établies en avant du fossé, et les travailleurs s'apprêtent à le suivre dans la redoute.

Au moment où les compagnies du gros se trouvent dans le fossé et où les défenseurs montent sur la plongée pour les repousser, le feu des tirailleurs doit atteindre son maximum d'intensité.

Dès que les troupes d'assaut commencent à gravir le talus extérieur, les compagnies déployées cessent de tirer, après avoir toutefois fait une dernière décharge contre les défenseurs montés sur la plongée.' Les deux compagnies du centre se jettent aussitôt dans le fossé, s'élancent à la suite des assaillants, s'arrêtent sur la plongée et s'étendent jusqu'aux extrémités des fronts latéraux, pour agir de là suivant les circonstances (tirer sur le réduit ou soutenir les assaillants sur les points où ils sont près de faiblir).

Les tirailleurs, placés sur les fronts latéraux, dans le prolongement du parades, prennent d'enfilade les défenseurs de celui-ci.

Les travailleurs accompagnent le gros pour détruire les obstacles qui pourraient se trouver à l'intérieur de l'ouvrage, particulièrement devant le réduit, et pour exécuter les travaux nécessaires à la sécurité ou à la protection des troupes chargées de combattre un retour offensif. En même temps la réserve j composée des 2® et 3* compagnies du 3® bataillon, se rapproche de la contrescarpe pour

parer aux événements imprévus et soutenir la retraite en cas de besoin.

La première condition à remplir pour que Tassant réussisse est d*aborder le parapet sur tous les points à la fois (1). C'est pourquoi il faut convenir d'un signal destiné à prévenir l'ofScier qui dirige Tattaque que tous les passages sont ouverts, sinon une colonne précéderait Tautre dans la descente du fossé, et Tassant serait successif an lieu d*ôtre simultané.

Arrivés dans la redoute, les assaillants chercheront à entourer la réserve intérieure et ce qui reste des défenseurs des fronts. Si en ce moment les compagnies lancées contre la gorge pénètrent dans Touvrage, par Tentrée ou en franchissant le parapet, les défenseurs déposeront vraisemblablement les armes, à moins qu'il nj ait un réduit. Dans ce cas, la garnison se retirera derrière le parades de la gorge, d'où elle pourra diriger contre les assaillants un feu des plus efficaces, grâce à l'appui qu'elle recevra du

{i) AucuD lait n*a mieux mis en évidence la nécessité de ce principe que rattaqae du village de Gorny-Dubnik (devant Plevna) dans la journée du 94 octobre 4877. Ce village était défendu par des redoutes et des tranchées-abris, et l'effectir de sa garnison s'élevait à 4,000 hommes.

L'artillerie rasse tirait sur les redoutes depuis 8 i/2 heures du matin avec 80 bouches à feu, à 1,700 mètres de distance. A 3 heures devait avoir lieu l'assaut, de quatre côtés à la fois. Par suite d'un signal mal compris, il fat livré successivement et échoua. Les troupes restèrent couchées près des retranchements et se cachèrent le mieux possible. Il y en avait à 50 et à 160 pas des redoutes. A l'entrée de la nuit, toutes se portèrent en avant et le village fut pris, parce que cetio fois l'attaque avait eu lieu simultanément. On y trouva S3 officiers et 3,S35 soldats non blessés, plus 4 canons à longue portée. Les Russes, qui avaient assailli le village avec SO bataillons, eurent dans ces deux attaques i47 officiers et 3,195 soldats tués et blessés, c'est-à-dire, que leurs pertes furent à peu près égales k l'eff'ectifde la garnison.

réduit, qui âaiique ce parados et bat tout l'intérieur de la redoute.

11 faudra donc que Tassaillant fasse de nouveau avancer des travailleurs pour déblayer les défenses accessoires du réduit. Comme les feux de cet ouvrage feraient essuyer de grandes pertes aux troupes victorieuses, si elles restaient pendant ce temps massées sur le terre-plein intérieur, on les établira dans les tranchées intérieures des fronts ou, à défaut de ces tranchées, sur les talus extérieurs, pour tirer à couvert contre les défenseurs du réduit (1) et ceux du parados (que Ton s'efforcera de prendre d*enâlade). Lorsque, sous la protection de ce feu, les soldais du génie auront accompli la dernière partie de leur tâche, les assaillants, à un signal donné, se porteront en avant et se jetteront sur le réduit et sur les défenseurs du parados de la gorge. En même temps les l"' et 4® compagnies du 3® bataillon, appuyées à distance par les deux autres compagnies de ce bataillon, chercheront à couper la retraite aux défenseurs.

Pour éviter Tattaque séparée du réduit, on pourrait, au lieu de menacer simplement le front dégorge, diriger contre ce front et contre le réduit une attaque vigoureuse, en même temps que Ton assaillirait les autres fronts de la redoute.

Mais nous ferons observer que cette attaque offrirait peu de chances de succès à cause du âanquement très efScace que le front de gorge procure aux faces du réduit. C'est incontestablement le front le plus fort de la redoute, alors même que la résistance n'en a pas été augmentée

(i) Gela ne serait pas possible toutefois si les assaillants occupaient les tranchées intérieures, parce qu'ils attendraient les travailleurs chargés de déblayer ou de détraire les défenses accessoires qui défendent l'approche du réduiU

par un' réseau de fils de fer ou par un abatis placé devant le saillant.

Aussitôt qu*on se sera emparé de la redoute, on devra garnir de fusiliers le front de gorge, occuper fortement le réduit et prendre toutes les autres dispositions nécessaires pour empocher que Tennemi ne reprenne Touvrage par un vigoureux retour offensif.

Si les défenseurs parviennent à s'échapper, la réserve est lancée à leur poursuite avec les compagnies qui ont exécuté la fausse attaque contre le front de gorge.

Dans ce moment Tintervention d'une troupe de cavalerie serait des plus utiles pour couper la retraite aux défenseurs.

Toute attaque pouvant échouer, de grandes précautions doivent être prises pour empêcher que l'échec ne se transforme en déroute et que l'assaillant ne soit mis dans l'impossibilité de tenter un nouvel assaut. Dans ce but, nous avons laissé en position la 1^ compagnie du 1^ bataillon et la 4® compagnie du 2^ (établies en ordre dispersé devant les fronts latéraux), au moment où la 4® compagnie du V^ bataillon et la l** du 2® se sont jetées dans le fossé pour monter à la suite des assaillants sur les plongées de la redoute. Ces compagnies ont pour mission d^ protéger la retraite des troupes qui ont pénétré dans l'ouvrage, en dirigeant un feu des plus nourris contre les défenseurs, au moment où ceux-ci se montreront sur la plongée, pour fusiller les assaillants qui chercheront à s'abriter dans le fossé.

Sous la protection de ce feu, les troupes repoussées pourront s'arrêter, se reformer et tenter un nouvel assaut ; mais plus souvent elles seront obligées de sortir du fossé et de défiler par les passages étroits des défenses accessoires pour gagner un pli de terrain ou tout autre couvert qui leur permette de se rallier. Si la défense est

vigoureuse et bien conduite, elles subiront alors de très grandes pertes, Néanmoins, pour peu qu'une circonstance favorable se présente, elles devront, au lieu de continuer leur mouvement rétrograde, se joindre à la réserve et reprendre Toffensive, en ayant soin toutefois de laisser une partie de cette réserve sur le bord du fossé pour parer aux événements imprévus et soutenir la retraite en cas d'un nouvel échec.

DEUXIÈME CAS. — Redoute appuyée par Tartillerie et par une réserve extérieure (voir ûg. 17).

Cette redoute étant appuyée de chaque côté par une batterie A et des tranchées-abris a a, occupées par deux compagnies d'infanterie, et pouvant, au moment de Tassaut, compter sur l'appui d'une réserve extérieure composée de deux bataillons, il sera nécessaire, pour assurer le succès de l'opération, de renforcer les 3 bataillons du cas précédent, par 4 bataillons placés en échelons derrière les ailes et servant spécialement à attaquer les batteries, les tranchées-abris et la réserve extérieure.

Les deux premiers bataillons, chargés de l'attaque du front de tète et des fronts latéraux, seront disposés et dirigés comme dans le premier cas; le 3® se trouvera en réserve derrière le centre de la ligne de combat ; le 4® et le 5® devanceront un peu les ailes de cette ligne ; le 6®. et le 7® formeront la réserve spéciale.

Avant de mettre ces troupes en mouvement, on devra réduire au silence ou tout au moins affaiblir notablement l'artillerie ennemie. Dans ce but on élèvera, en B et C, des épaulements pour un nombre de pièces supérieur à celui des batteries qu'il s'agit de combattre. Ces épaulements

devront se trouver à plus de 1,200 mètres de la redoute et des tranchées-abris, et être dirigées de manière qu'elles puissent tirer alternativement t)u simultanément sur la redoute et sur la batterie A.

La figure 17 indique l'emplacement des divers bataillons au moment où la chaîne est arrivée à 500 mètres de la redoute.

Comme on doit supposer que l'artillerie ennemie ne sera pas entièrement éteinte ou qu'un certain nombre de pièces, tenues en réserve, ne seront mises en batterie qu'au dernier moment, on fera avancer le gros des 1®^ et 2® bataillons, la réserve et les réserves spéciales, autant que possible en ordre déployé, si le terrain est découvert ou peu accidenté. Dans le cas contraire, on pourra les faire marcher en colonnes de compagnie par peloton.

Les 4® et 5® bataillons devanceront un peu les ailes de la ligne de combat pour attaquer les tranchées-abris a a et les batteries A, qui doivent être évacuées par l'ennemi avant que la chaîne puisse occuper sa dernière position, à 80 ou 100 mètres des défenses accessoires. Ces bataillons seront suivis à petite distance par les 6^ et 7®, qui se réuniront, le cas échéant, pour attaquer la réserve extérieure. Si cette réserve intervient après la prise des batteries et des tranchées-abris, les réserves spéciales seront renforcées par ce qui reste des 4° et 5® bataillons, et si elle intervient avant la prise, pendant l'attaque, elle seront renforcées seulement par le gros, de ces bataillons, ce qui suffira pour leur donner la prépondérance du nombre.

Lorsque les 4® et 5® bataillons auront fait évacuer les batteries et les tranchées-abris, ils dirigeront une ou deux de leurs compagnies vers le Jfront de gorge pour faire une fausse attaque qui, dans certaines circonstances, pourra se trans-

former en attaque véritable. Les compagnies restantes se tiendront en arrière, pour les soutenir s'il en était besoin ou pour couper la retraite à Tennemi, s*il tentait de s'échapper.

Quant aux réserves spéciales, elles occuperont, en arrière ou sur l'un des côtés, le point le plus favorable pour écraser ou contenir la réserve extérieure, si elle faisait un nouvel effort soit vers la gorge de la redoute, soit sur lun des flancs de la ligne de combat.

Les dernières opérations qui précèdent l'assaut se feront dans ce cas-ci comme dans le cas précédent. Toutefois, si la redoute a tenu des canons en réserve pour les mettre en batterie au dernier moment, les compagnies formant le gros des 1®"^ et 2® bataillons se serreront derrière la chaîne, non pas en colonne, mais en ligne déployée (voir âg. 20).

Aussitôt que les trouées dans les défenses accessoires seront terminées, ces compagnies procéderont comme suit :

Si les passages sont étroits (voir la 2® compagnie, fig. 20), elles feront par le flanc en doublant les Aies et passeront au pas gymnastique par une ouverture de la ligne des tirailleurs pour traverser ces passages et se jeter dans le fossé ;

Si les passages sont suffisamment larges (voir la 3® compagnie), elles se ploieront en colonne par section ou par escouade, à distance entière, ou mieux encore à double distance, pour qu'il n'y ait pas d'arrêt de la colonne devant la contrescarpe, ce qui arriverait indubitablement si les subdivisions se suivaient de trop près.

Lorsque les assaillants traversent les passages par le flanc, on donne l'ordre aux deux premiers rangs de prendre à gauche en arrivant au fond du fossé, et aux deux derniers, l'ordre de prendre à droite; et lorsque cette opération se fait en colonne, on prescrit aux subdivisions de s'écouler alternativement à droite et à gauche.

C'est le seul moyen d'éviter qu'il y ait de rencombrement dans le fossé, et que, par suite, une partie de la colonne reste exposée au feu à bout portant de la défense.

Pour que ces mouvements s'exécutent avec précision en temps de guerre, il est nécessaire d'y exercer fréquemment les troupes en temps de paix.

REMARQUE

Les mesures indiquées ci-dessus pour diminuer les pertes causées par l'artillerie ennemie et pour vaincre la résistance qu'opposent à l'attaque les défenses accessoires prouvent :

1^ Combien il est utile d'établir des bouches à feu sur les côtés des redoutes ou dans les redoutes mêmes ;

29 De qu'elle importance sont les défenses accessoires devant la contrescarpe et dans le fossé.

Les dispositions d'attaque recommandées pour le 2* cas sont applicables aiux ouvrages ouverts à la gorge et aux lignes de retranchements.

Si Ton s'est bien pénétré de l'esprit de ces dispositions, on n'éprouvera aucune difficulté sérieuse à les modifier d'après les circonstances locales, la nature des ouvrages et l'état des forces en présence.

COMPARAISON DU MODE d' ATTAQUE PROPOSÉ AVEC d'autres modes d'attaque; examen et DIS- CUSSION.

Il sera utile de comparer le mode d'attaque que nous venons d'exposer à celui que prescrivent la plupart des

traités de tactique et de fortiâcation, et aux instructions qui ont été données en France à propos d*une opération exécutée à Satory en 1878.

Cette opération consistait dans une fausse attaque et deux attaques -réelles dirigées contre un front bastionné de fortification de campagne de 200 mètres de longueur, avec fossé palissade précédé de deux lignes de défenses accessoires, dont la plus éloignée était composée d'abatis rapportés et, la plus rapprochée, de trous de loup, de réseaux de fils de fer, de petits piquets et de fougasses.

Les trois attaques furent exécutées par des colonnes qui avaient la composition suivante :

Une tête de colonne ;

Des travailleurs suivis à distance par une réserve de travailleurs et d'outils ;

La colonne d'assaut;

La réserve de la colonne d'assaut (1).

(i) Les colonnes qui donnèrent Tassant aux redoutes de Duppel, en 4864, étaient composées comme suit :

Une compagnie de tirailleurs ; «

Une compagnie de travailleurs précédant la colonne ;

Deux compagnies pour la colonne d'assaut proprement dite;

Deux compagnies en réserve.

Dans les conférences données à Versailles aux officiers d'infanterie (voir les Travaux de campagne) se trouvent les prescriptions suivantes :

La ligne de tirailleurs doit prendre une disposition enveloppante en ordre concave.

Chaque colonne d'assaut est divisée en 5 parties, à savoir :

io Une tète de colonne composée de 4 échelons (chaîne, soutiens, réserve et gros);

So Une colonne de travailleurs avec sa réserve ;

3o Une colonne d'assaut ;

4o La réserve de la colonne d'assaut (de même force que la précédente colonne) ;

Ko Un détachement d'artillerie proportionné au nombre de pièces à mettre hors de service. Les travailleurs marcheront à SOO-300 mètres en

Voici, en résumé, les indications qui furent données à ces colonnes :

La distance entre les divers échelons de chaque colonne dépend du terrain et doit être d'autant plus grande que le terrain est plus découvert et plus exposé aux feux.

Chaque tôte de colonne forme un essaim de tirailleurs avec soutien et réserve.

A un signal donné, les têtes de colonne s'ébranlent jusqu'aux premiers couverts naturels et engagent la fusillade. Elles gagnent du terrain et sont successivement renforcées par les soutiens et les réserves, jusqu'au moment où elles obtiennent la prépondérance du feu. Les défenseurs

arrière du gros, la colonne d'atuque à 500 mètres en arrière des travailleurs et la réserve de la colonne d'attaque à 500 mètres en arrière de cette colonne.

Les colonnes d^assaut sont dirigées sur les points d*attaque (saillants mal flanqués précédés découverts on de pentes accessibles, surtout ascendantes).

Entre ces colonnes il y a d'antres colonnes {grandes réterves) qui se couvrent également de tirailleurs et entrent en action à l'arrivée des réserves extérieures de, la défense. Elles servent aussi à repousser les contre-attaques et à soutenir les colonnes d'assaut en prenant l'offensKe.

Il y a, en outre, une réserve générale qui suit le mouvement des grandes réserves, prend part il leurs attaques et soutient lear retraite suivant les circonstances.

Les colonnes d'assaut et leurs réserves avancent jusqu'il SOO-300 mètres de la ligne de combat, dès que celle-d est arrêtée, pour faciliter, par un tir soutenu, la t&che des travailleurs. « Les obstacles étant détnrils et les » passages déblayés, on donne le signal de l'assaut. Les colonnes d'as- 9 saut suivies de leurs réserves pénètrent dans la position > (ou dans l'ouvrage).

N.B. Ces dispositions sont plus compliquées que les nôtres, et nous les croyons moins efllcaces, parce que les troupes assaillantes se trouvent dans une formation trop profonde au moment très critique qui précède l'attaque décisive.

da parapet sont accablés par ce feu rapide à la faveur duquel les travailleurs atteignent les abatis et y font des trouées. Us pénètrent par ces trouées avec quelques bommes de la cbaîne et déblayent la deuxième ligne de défenses accessoires.

Le feu rapide continue toigours, et une partie des tôtes de colonne aborde le chemin couvert.. Quelques tirailleurs descendent dans le fossé, posent des charges de dynamite au pied de la palissade, y mettent le feu et se retirent en arrière des réserves ; immédiatement après, les colonnes d*assaut s'avancent au pas de charge, se jettent dans le fossé, s*y répandent, après avoir franchi les brèches pratiquées dans la palissade, et se préparent ensuite à attaquer le parapet avec ensemble et vigueur.

Au moment où les colonnes amassant gravissent le talus extérieur et arrivent sur la plongée, les têtes de colonne (en tirailleurs) cessent de tirer et franchissent à leur tour le fossé et Tescai'pe ; les réserves des colonnes les remplacent sur la contrescarpe pour soutenir la retraite en cas de besoin.

Ces prescriptions qui diffèrent peu de celles du règlement de manœuvre de Tarmée belge (1) semblent moins efficaces que les nôtres, parce qu'elles exigent la formation de colonnes profondes qui exposent l'assaillant à de grandes

(i) Ce règlement ne consacre que i7 lignes à l'attaque des retranchements. Ses prescriptions sont les suivantes -. Les tirailleurs s'approcheront jusqu'à SOC pas de Touvrage, pendant que la colonne destinée à Tattaque sera amenée, en profilant du terrain, le plus près possible et établie à couvert. Au signal donné pour Tattaque, la colonne se portera en avaoi, précédée des tirailleurs et de quelques travailleurs destinés à enlever ou à détruire les obstacles. Les tirailleurs s'arrêteront au bord du fossé et continueront le feu contre les défenseurs qui apparaîtront sur le parapet : pendant ce temps la colonne franchira le fossé.

Si l'ouvrage est ouvert, une subdivision attaquera la gorge pendant que se donnera Tassaut.

pertes, surtout quand la redoute est pourvue d'artillerie.

Les compagnies qui, d'après nos prescriptions, se jettent dans le fossé, pour donner Tassaut sous la protection du feu rapproché des tirailleurs, sont, suivant la largeur des trouées, formées en colonnes par sections ou par escouades. Ces subdivisions descendent dans le fossé, s*y développent les unes à droite, les autres à gauche, et franchissent ensemble le talus d'escarpe et le talus extérieur sur deux rangs, suivis d'une partie de la ligne des tirailleurs.

Il ne reste alors, formée en ordre serré, près de la contrescarpe, que la réserve.

Cela est bien plus pratique que de faire avancer, comme le proposent certains auteurs, des colonnes de plusieurs compagnies, précédées de travailleurs, jusqu'à une petite distance du fossé, de les arrêter le temps nécessaire pour détruire les obstacles sous la protection du feu des tirailleurs couchés sur le bord de la contrescarpe, de les lancer ensuite au pas de course dans le fossé pour les mettre à l'abri des feux, et de prescrire à une partie de chaque colonne de gravir l'escarpe et le parapet sur un large front, pour repousser les défenseurs à coups de baïonnette, pendant que l'autre partie, en ordre serré, se tiendra en réserve au pied du talus d'escarpe.

Pour que ce mode d'attaque fût admissible, il faudrait que le fossé eût beaucoup plus de largeur que n'en ont généralement les fossés des ouvrages de campagne. Si Ton voulait, en effet, traverser ceux-ci en colonne^ une subdivision seulement pourrait y descendre à la fois, et pendant, ce temps les autres resteraient exposées sur le bord de la contrescarpe où elles essuyeraient des pertes considérables.

En outre, l'assaut n'étant donné que sur un petit nombre de points, serait moins enveloppant et aurait par conséquent moins de chances de succès.

DONNÉES POUR CALCULER LE NOMBRE DE TRAVAIL- LEURS QUI DOIVENT ACCOMPAGNER LES TROUPES CHARGÉES DE l' ATTAQUE D UN RETRANCHEMENT.

Le nombre des travailleurs dépendra de la nature et de rimportance des obstacles. Autant que possible, on disposera, dans la colonne, les catégories d'ouvriers dans Tordre où se présenteront les obstacles à détruire. Les indications suivantes serviront de base pour calculer la force des détachements de travailleurs (réserve comprise).

Pour faire une brèche dans un abatis, il faut trois hommes par charge de poudre ou de dynamite et trois hommes munis de haches.

Diverses expériences faites à l'école régimentaire du génie, à Versailles, prouvent qu'un sac contenant 15 kil. de poudre et 2 kil. de dynamite fait une brèche de 5 à 6 mètres dans un abatis d'une rangée d'arbres (7 à 8 mètres de profondeur) et que deux sacs' semblables font une brèche de 2 à 3 mètres dans un abatis de deux rangées d'arbres (8 à 10 mètres de profondeur). Les arbres employés avaient de 15 à 20 centimètres de diamètre, et il en fallut 220 pour construire 290 mètres d'abatis simple.

A Anvers, le régiment du génie a fait des brèches de 4 mètres de largeur, bien nettes et bien faciles, dans un abatis de 7 à 8 mètres de profondeur, formé de deux rangées de grosses branches de 15 à 20 centimètres de diamètre, enterrées de 1 mètre, axées au sol par des piquets à mentonnets et reliées entre elles par des ôls de fer. On avait placé à cet effet, aux extrémités et au milieu

de Tabati», troÎB charges de dynamite ordinaire de 3 kil. chacune, dont l'explosion fdt rendue simnltanée an mojen de l'électricité. Ces charges étaient fixées an bout d'nne perche. Il âdlnt on homme pour porter la perche, on homme pour soutenir les conducteurs et deux hommes pour porter la pile et dérouler les conducteurs.

Pour franchir les petits piquets, on compte trois honmies par claie et un homme et demi par botte de foin.

Pour faire des trouées dans les haies, il faut par mètre courant, deux hommes avec haches et serpes.

Pour ouvrir des passages dans un réseau de fils de fer, il faut deux hommes par mètre courant de firent et une hache par homme. Le moyen le plus rapide pour détruire les réseaux consiste à les couper à la hache dans la partie où le fil de fer contourne les piquets.

Pour masquer des trous de loup, il faut une claie par trou et trois hommes par claie. On attache aux claies, à l'aide de fils de fer, deux rondins de 2 mètres, placés perpendiculairement à la longueur de la claie. Deux hommes portent ce système comme une civière et le jettent horizontalement sur le trou.

Pour les palissades, il faut (d*après les expériences de Versailles), par mètre courant à détruire, 2 kil. de dynamite, un homme et demi pour faire détoner cette dynamite, et un homme avec hache.

Pour les palanques de 0"^30 de diamètre moyen, il faut, par mètre courant à détruire, 6 kil. de dynamite, deux

hommes pour la faire détoner et un homme avec hache«

Le Mémorial de Vofficier du génie (2* série, t. V) résume comme suit une longue série (inexpériences faites dans divers pays.

u 10 Pour faire broche dans un palissadement dont les » palis sont en bon bois de 0™36 à O^'ST, il suffit de placer » librement au pied de ce palissadement des saucissons de » simple toile, ayant 0"*052 de diamètre et contenant au » moins 2''650 de dynamite par môtre courant ;

n 2^ Pour rompre des palanques composées de palis- » sades ordinaires de O^'SÔ à 0™37 et de rondins de 0"20 n à 0™23, il suffit d'une charge de dynamite, librement " placée contre le pied du tambour en palanques et con- » tenue dans un saucisson de simple toile à raison d'en- » viron 5^340 par mètre courant. »

Le régiment du génie belge a toujours réussi à faire brèche dans une palisse (dont les palis avaient 0'"30 de diamètre) au moyen de saucissons de dynamite pesant 2 kil. par mètre courant, placés au pied de la palissade. Les brèches étaient bien nettes et n'exigeaient pas l'emploi de la hache pour être complétées.

Avec la dynamite à cellulose, il ne faut que ^400 par mètre courant.

Des charges de poudre ordinaire, placées contre la palissade, à 1 mètre de distance (d'axe en axe) et enterrées de 0">50, produisent le môme effet.

Pour fedre brèche à une palanque de 0*"30 de diamètre, on a placé au pied de cette palanque des saucissons de dynamite ordinaire pesant 4''500 au mètre courant. Avec la cellulose, 3 kil. au mètre courant suffisent.

Le même résultat a été oblena avec des charges de pondre ordinaire de 20 kil. placées à 1 mètre de distance (d*axe en axe) et enterrées de 0™50.

Pour ùÂre des trouées dans les grilles, il font, par mètre courant, deux hommes et deux cartouches de dynamite de 3 kil.

Pour faire brèche dans un mur de clôture, il faut, par mètre courant, trois hommes et 4 kil. de dynamite (1).

« Le moyen le plus commode de faire brèche à un mur n non terrassé est de pratiquer dans ce mur une tranchée ** horizontale par une charge de dynamite d'une longueur » égale à celle de la section à produire, posée sur le sol, " au contact du mur, et dont le poids par mètre courant n serait représenté par le cube de l'épaisseur, exprimé en » mètres, multiplié par le coefficient 8.85.

>» Pour que le mur s'écroule, il faut que la longueur ** de cette tranchée soit suffisamment grande par rapn port à la hauteur du mur, sans quoi il ne se fait qu'un n trou (2). "

On démolit une maison en faisant détoner, dans une chambre du rez-de-chaussée, une charge de dynamite de 6 à 12 kil., suivant l'importance de l'immeuble.

Pour ouvrir, dans un fossé à eau dont la glace a O'"20 d'épaisseur, une cunette de 8 à 10 mètres de largeur, il faut des saucissons de coton-poudre pesant l''400 par mètre courant. Un homme peut porter et dérouler

{i) Expériences faites k l'école régimentaire da génie, à Versailles, (te) Mémorial de Voffieier du génie, t. V.

20 mètres de saucissons (expérience faite à Anvers par la compagnie des artificiers du génie, en 1879).

La dynamite produit les mômes effets avec des saucissons d'un poids équivalent.

La glace (de 17 centimètres d'épaisseur) d*un fossé de 45 mètres de largeur a été complètement rompue au moyen de charges de poudre ordinaire de 12 kil. placées dans des dames-jeannes, à 1""50 sous l'eau, à 20 mètres Tune de l'autre, et jouant simultanément (1).

Pour enclouer une pièce, il faut trois hommes, avec cartouches de dynamite, masses et gros clous barbelés (pour les pièces à lumière).

Il suffît de 500 gi'ammes de dynamite introduits dans l'âme ou de 1 kil. placé sur la volée pour mettre une pièce de campagne hors de. service. Il est avantageux, quand la charge est placée dans l'âme, de fermer la bouche soit avec un tampon en bois ou en argile, soit au moyen de gazons.

(i) Nous donnons ce renseignement poar le cas où une troupe aurait à défendre, en temps de gelée, un retranchement précédé d'un cours d'eau ou entouré d'une inondation.

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