DÉFENSE DES BATIMENTS CONTRE L'HUMIDITÉ
faire était trop considérable, vous voudriez bien m'en aviser: je mettrais à votre disposition une étuve supplémentaire. Mais la destruction des objets sans valeur devra être recommandée.
Le paragraphe IX des instructions signale que les puits sont le plus souvent contaminés par des matières organiques, qui proviennent principalement des puisards absorbant et des fosses d'aisances. Après les inondations qui viennent d'avoir lieu, les matières de vidanges et autres ayant été diluées, on peut dire que la nappe souterraine est presque tout entière contaminée et que les puits ne peuvent plus donner d'eau potable. Il en résulte un danger dont la gravité ne vous échappera pas. Vous devrez rappeler aux populations l'intérêt qu'il y a pour elles à ne faire usage que d'eau préalablement bouillie, quand elles n'auront pas à leur disposition d'autre eau potable. Dans le cas où un groupe important d'habitations serait privé d'eau, vous m'en informeriez, afin de me mettre à même de provoquer l'installation d'appareils à stériliser l'eau.
Je vous serais obligé de me tenir au courant de ce qui sera fait pour réaliser l'ensemble de ces mesures, dont je confie le soin à votre pressant intérêt.
Instructions sur les mesures d'assainissement à prendre dans les quartiers et localités inondés. — I. Soustraire les habitations, les terrains, les voies publiques et privées, à l'action de l'humidité par un prompt écoulement des eaux.
II. Assurer cet écoulement au moyen de rigoles plus profondes que les sols inondés et rejoignant des cours d'eau, des fossés, des canalisations ou des égouts à proximité.
Dans le cas où la maison serait très humide, établir sur tout le pourtour une rigole d'environ 0m.5o de profondeur, communiquant avec celles qui viennent d'être indiquées.
III. Pour prévenir tout danger d'épidémie, les habitants doivent éviter de rentrer dans les maisons avant leur assainissement.
IV. Nettoyer les habitations et les débarrasser de toutes les immondices déposées par l'eau: au moment de leur enlèvement, arroser ces immondices avec un mélange de 5oo grammes de sulfate de fer pulvérisé et i kilogramme de chaux vive par mètre cube de matières à désinfecter.
V. Après enlèvement des immondices, saupoudrer le sol des caves ou de tous les locaux souillés par des matières organiques, avec un mélange composé de ioo grammes de sulfate
de fer pulvérisé et de 200 grammes de chaux vive par mètre carré.
Retourner le sol des terrains immédiatement continus aux habitations et qui auraient été recouverts d'eau.
VI. Gratter à vif et badigeonner à la chaux vive les parois des caves et sous-sols souillés par les dépôts ou par le contact des eaux.
VII. Passer à l'étuve les objets de literie ou, dans le cas où Ce sera possible, les détruire.
VIII. Faire sécher l'intérieur des maisons et, à cet effet, allumer un grand feu, portes et fenêtres largement ouvertes. Tout en utilisant les foyers existants, installer au milieu de la pièce un poêle communiquant soit avec un coffre de cheminée soit avec l'extérieur.
^ IX. Les puits étant le plus souvent contaminés par des matières organiques, ne faire usage que d'eau bouillie pour les besoins alimentaires lorsqu'on ne pourra se procurer une autre eau potable.'
X. Laver le mur et le sol des étables et des écuries avec un désinfectant et blanchir les murs à la chaux vive dans toute leur hauteur.
Préjugés anti-hygiéniques dans la construction des maisons d'habitation. — M. Statham, directeur de The Budder, a présenté au Congrès d'hygiène et de démographie de Londres,, en 1891, une note que nous résumons ci-après :
Dans les villes, les impuretés en suspension dans l'air se déposent sur toutes les surfaces susceptibles de les retenir ou de les absorber. Nos maisons doivent donc être construites avec des matériaux impropres à absorber ou à retenir ces impuretés et ne doivent point renfermer de places obscures ou inaccessibles.
En Angleterre et en France, les usages suivis ne s'accordent pas avec cette nécessité.
Plancher.— Le plancher ordinaire en bois se compose de solives sur lesquelles on cloue, d'un côté le parquet,
PRÉJUGES ANTI-HYGIENIQUES
de l'autre le plafond. Entre le parquet et le plafond,il reste un vide qui devient un réceptacle de poussière, de moisissures, de pourriture de bois. Au point de vue de la salubrité, le vieux plafond à solives visibles vaut cent fois mieux.
Les planchers massifs en fer et béton, avec parquet fixé par dessus sans vide intermédiaire, devraient être adoptés dans toutes les maisons particulières comme dans les maisons à loyers.
Toit. — Le toit en pente, avec le dernier étage de chambres prenant en partie dans sa hauteur, produit des chambres affreuses et ime espèce d'antre impropre à tout usage, où la poussièrepeut s'accumuler et la vermine proliférer en toute liberté. Si l'on veut absolument des toits en pente, qu'on y loge des chambres de toute leur hauteur, ou bien que le plafond du dernier étage soit au ras de la crête des murs, et que les combles deviennent un grenier bien éclairé et accessible. Le toit plat, nous débarrasserait de toutes ces misères.
Menuiserie. — La tradition des « coffres en belle menuiserie » n'a d'autre fin que de ménager une réserve d'infections clans chaque water-closet et dans chaque cabinet de bains.
La menuiserie décorative est comprise de façon déplorable pour les cimaises et boiseries murales. La cimaise devrait être massive et ne faire que la saillie que comporte l'épaisseur d'un panneau de bois joignant parfaitement la surface du plâtre. Au lieu de cela, on lui donne une saillie de 7 à 8 centimètres, et on la fait en planches clouées sur lisses, derrière lesquelles les souris sont bien à leui aise.
Les coffres à tuyaux, auxquels on ne touche que lorsqu'il y a quelque chose de détraqué dans les tuyaux, sont le séjour favori des cloportes. On déviait les pourvoir d'un devant mobile qu'on ouvrirait tous les jours.
Fenêtres. — Les fenêtres à coulisse comportent tout un système de rainures et de vides inaccessibles.il serait possible de supprimer ces vides, car les poulies et contrepoids nesontnullementindispensables.Lafcnêlre à battants vaut encore mieux, mais cause une perte de place.
Un autre préjugé, d'après M. Statham, c'est celui en vertu duquel les fenêtres doivent être garnies de rideaux. On dirait que le principe est de faire des fenêtres plus grandes que de besoin, et d'arrêter la majeure partie de la lumière en les obstruant de rideaux, qui sont de terribles nids à poussière.
Si les fenêtres étaient plus petites, mais le cadre et le vitrage plus décoratifs, on se passerait de rideaux; ce serait plus sain (i).
Papiers peints.— Le papier peint fournit un mode peu coûteux de décoration des murs d'une chambre, mais il doit joindre parfaitement au mur, et être à surface lisse. Les papiers à dessins en relief ne peuvent pas se bien nettoyer; les papiers floconneuxramassentlesmicrobes. Enfin, la colle se pourrit à la longue. Néanmoins, si les papiers sont assez fréquemment renouvelés et le mur gratté à vif chaque fois, les éléments d'insalubrité du papier sont assez réduits pour qu'on les admette, en raison de leur valeur décorative.
Mobilier. — La construction du mobilier est l'objet de divers préjugés. Le pire est celui qui veut que les armoires, buffets, bibliothèques, etc., soient surmontés d'un fronton ou d'une corniche, avec derrière, une sorte de caisse à poussière, qu'on ne peut épousseter.
ji) Pourtaut, les physiciens ont prouve que les rideaux avaient au moins comme utilité, de maintenir, dans les pièces, des températures plus modérées; en hiver, parcxemple, des carreaux sans rideau laissent perdre heaucoup de chaleur intérieure.