FOSSES FIXES
Pour réduire à son minimum l'insalubrité inévitable provenant de l'accumulation de matières sous les habitations, il y avait deux dispositions principales à prendre :
i» Recevoir les matières solides et liquides dans des réservoirs étanches, destinés à être vidés périodiquement;
2° Évacuer les gaz de la fosse pour éviter la fermentation putride, les explosions et l'infection des cabinets d'aisances.
C'est ce que fit l'ordonnance de 1819, en imposant aux propriétaires la construction suivant un mode uniforme des fosses en maçonnerie étanche et l'établissement de ventilateurs débouchant à l'air libre.
Le tuyau d'évent doit s'élever jusqu'à la hauteur des souches de cheminées de la maison ou des maisons voisines, si elles sont plus hautes, et sou diamètre doit être de 25 centimètres au moins.
Le règlement ne dit point si ce tuyau doit être en tonte ou en poterie. Les tuyaux en poterie présentent un grand inconvénient, ils se disjoignent et se brisent au moindre tassement.
L'ordonnance porte en outre que, dans toute maison antérieure à 18 19, le tuyau d'évent ne pourra être exigé que s'il y a lieu de reconstruire des murs en élévation au-dessus de la fosse, ou que si ce tuyau peut se placer intérieurement ou extérieurement sans altérer la décoration de la maison.
Pour les tuyaux de chute, l'ordonnance autorise formellement les tuyaux en poterie de 25 centimètres de diamètre ; les tuyaux en fonte peuvent être réduits à 20 centimètres.
Dans un grand nombre de cas, cette réglementation ne suffit pas. Aussi la Commission demande-l-ellc, lorsque les circonstances l'exigent, des dispositions spéciales, par exemple :'
10 La substitution d'un tuyau de chute en fonte à un tuyau de poterie ;
2» Un tuyau d'évent en fonte avec un diamètre minimum de
om. 20;
3° Un tuyau d'évent dans une construction antérieure à 18 rg;
4» La surélévation du tuyau d'évent au-dessus de l'orifice des cheminées voisines, lorsque le tirage du tuyau est gêné par le voisinage ;
5» Le ramonage du tuyau d'évent lorsqu'il est obstrué ;
6» L'établissement, dans les tuyaux d'évent, d'appareils mécaniques ou de bec de gaz pour activer le tirage par réchauffement de la température du tuyau.
Dans ce dernier cas, on prescrit, en regard du bec de gaz, une petite porte vitrée pratiquée dans la paroi du tuyau et fermant hermétiquement.
Les expériences qui ont été faites à ce sujet, et l'emploi de ce système dans de grands établissements, tels que l'asile de Vinccnnes, les Halles centrales, la gare du chemin de fer du Nord, certaines écoles de la ville de Paris, ont démontré qu'en général, ce moyen de ventilation ne présente pas de danger. Cependant, si, par oubli, le bec de gaz restait ouvert sans brûler, le tuyau se remplirait d'un mélange explosif qui pourrait occasionner des accidents graves. Pour éviter le danger, la Commission prescrit, quand cela esl possible, l'établissement du bec de gaz à la base d'un tuyau d'aération pratiqué dans le plafond du cabinet d'aisances et débouchant à l'air libre audessus des habitations (i).
Pierres d'extraction. — La pierre d'extraction est la dalle qui ferme l'ouverture pratiquée dans la voûte de la fosse.
Elle doit êlre scellée dans son cadre, mais le scellement est rarement assez parfait pour empêcher toute émanation de la fosse. Il en résulte un double danger au point de vue de la salubrité et de la sécurité. Même avec un tuyau d'évent fonctionnant bien, le dégagement des gaz peut produire des asphyxies ou des explosions ;
Aussi, la Commission propose-l-elle le déplacement des pierres d'extraction quand elle en rencontre dans des lieux habités, tels que loges de concierge, cuisines, hangars fermes, ateliers, etc.
Si le déplacement de la pierre d'extraelion n'est pas possible, on prescrit, soit le remplacement de la fosse lixc par une fosse mobile, ou par une tinette filtrante, ou encore préférablement par le système du tout à l'égout.
. Quand aucune de ces mesures ne peut être obtenue, l'habitation de jour et de nuit dans ces locaux est interdite d'urgence.
Fosses ex second sous-sol et Fosses perdues. — Malgré les prescriptions de l'ordonnance de 1819, il existe encore à Paris un certain nombre de fosses en second sous-sol et des
(1) Jourdan, Législation sur les Logements Insalubres. — Voy Iouvuirs des maires en ce qui concerne les fosses d'aisances dans les habitations (Ann. d'Hyg., 1893, tome XXX, p. 286).
FOSSES MOBILES
fosses perdues. Le danger de. cette situation avait de souvent sio-nalé par la Commission.
Dans sa séance du 22 février 188G, à la amie dune motion et d'un rapport de M. Bonnamaux, elle émettait un vœu tendant à obtenir de l'Administration :
1. Le relevé des fosses d'aisances placées sous le sol des caves et qui ne sont pas ou ne peuvent pas être mises en commun.ca.ion immédiate avec l'air extérieur, en vue de Papphcauon rigoureuse de l'article 18 de l'ordonnance de 1819, prescrivant le'comblement des fosses à la première vidange ;
a . Le relevé des maisons où il [n'est pas fait de vidanges et la "recherche des fosses à fond perdu ainsi que des fosses non étanches.
Explosions —Aux inconvénients dus à l'accumulation à Ion- terme des matières fécales dans des fosses fixes et étanches et aux accidents toujours trop fréquents de meph.t.sme observés parmi les ouvriers vidangeurs et maçons au moment de la vidange ou des réparations des fosses (1), il convient d'ajouter les dangers sérieux qui résultent parfois de 1 inflammation des gaz qui s'y trouvent contenus. ,
Dans chacun de ses précédents rapports généraux, la Commission a relevé des cas d'explosions et a cherche a en déterminer les causes.
M. le docteur Perrin est l'auteur de plusieurs études sui ce
sujet (2).
Fosses mobiles. — Les fosses mobiles sont formées de tonneaux ou récipients en bois ou en métal, de dimensions vanables, qu'on place sous les chutes ou sous les sièges d aisances et qu'on enlève quand ils sont pleins. , r • •
Elles sont, réglementées par l'ordonnance de police du .> ,)uin ,834 qui exige'que les appareils de fosses mobiles soient approuvés par l'autorité municipale et qu'ils soient établis sur un
(,) Voy. Empoisonnement par le gaz des fosses d'aisances (Ann.
^Yo^^^rînfLmation des gaz produits dans les fosses diisances et des accidents d'explosions et autres qui peuvent en résuit r [Ann. d'Hyg. 1867, tome XXVII. p. 5) et Accidents rcsul- ZntdTl'inflammatJn ou Ju mépkilisme chs gaz contenus dan, les fosses d'aisances (Ann. £Hyg. 18G7, tome XXVIII, p. 731 — Brouardcî. le. Explosifs et les explosions, aa point de vue medicc légal, Paris, 1897.
SALUBRITE DES HABITATIONS
sol rendu imperméable jusqu'à un mètre au moins au pourtour des appareils et disposés en forme de cuvettes.
Les caveaux à usage de fosse mobile doivent être construits et voûtés en maçonnerie, et pourvus de moyens de ventilation de manière à prévenir toute insalubrité pour le voisinage. Ils doivent avoir au moins 2 mètres de hauteur et être assez spacieux pour que le service des appareils y soit facile. Lorsque les caveaux sont en sous-sol, l'ouverture doit èlre fermée au moyen d'une trappe en bois ou en métal suffisamment solide, d'une manœuvre commode et munis d'un anneau de fer. Cette fermeture doit toujours se trouver en dehors du cabinet d'aisances.
Le système des fosses mobiles a des avantages sur les fosses fixes, mais il a aussi ses inconvénients. Les caveaux sont souvent mal ventilés, ou mal entretenus ou infectés par le débordement des tinettes.
Dans ces cas, la Commission propose de ventiler le caveau directement et de le réparer lorsque cela est nécessaire.
Quand les travaux ne sont pas possibles ou que leur exécution ne suffirait pas, à cause de circonstances spéciales, à remédier à l'insalubrité, elle demande la suppression du caveau de fosse mobile et son remplacement par des appareils filtrants à l'égout ou préférablement l'application du tout à l'égout.
Il arrive assez fréquemment que les tinettes mobiles ne sont pas enlevées à temps et que les caveaux sont inondés; dans ce cas, l'Administration peut dresser des contraventions et même intervenir d'office pour faire cesser cette cause d'insalubrité.
Tinettes filtrantes. — Les tinettes filtrantes ou appareils diviseurs permettent d'envoyer à l'égout d'une manière continue les matières liquides et les matières solides qui peuvent être diluées par l'eau projetée dans les tuyaux de chute. On a dit de ce système qu'il est l'hypocrisie du tout à l'égout; c'est à notre avis son principal mérite. L'évacuation permanente, et aussi rapide que possible, débarrasse l'habitation des matières putrides avant qu'elles n'entrent en fermentation. C'est un progrès incontestable, mais ce système ne donne tous ses bons résultats qu'à la condition que la maison et les cabinets soient pourvus d'une quantité d'eau suffisante pour le fonctionnement et le lavage des tinettes.
Les appareils diviseurs qui ont été autorisés par l'arrêté pré-