‹ Manuel de génie sanitaire. II, La Maison salubreChapitre 9 sur 96 · NÉCESSITÉ DES LOGEMENTS A BON MARCHÉ · texte numérisé non relu

NÉCESSITÉ DES LOGEMENTS A BON MARCHÉ

Londres renferme, avec ses faubourgs, près du huitième de la population des Iles Britanniques.

Dans les grandes villes même, la répartition de la population est très inégale.

A Paris, tandis que le quartier d'Auteuil comprend 5o habitants à l'hectare, la proportion s'élève à plus de75o pour le quartier Bochechouart et dépasse 1.000 pour le quartier de Bonne-Nouvelle, ce qui correspond à plus d'un habitant par 10 mètres superficiels, c'est-à-dire pour un carré de moins de 3m. 20 de côté! Et cette situation s'aggrave de plus en plus!

Sur 806.000 locaux d'habitation que Paris comportait en 1890, plus des trois quarts, plus de 622.000, ont un loyer inférieur à 5oo fr.

Il y a plus de 3o.ooo chambres uniques, dont quelques milliers n'ont pas même de croisée I

Le D r Du Mesnilaparléde ces bouges sordides (1), qu'on appelle le clos Naquart, où campent chaque nuit 3oo chiffonniers, déserteurs de l'ancienne « cité des kroumirs » ; lacité Doré, véritable cloaque; la citéPhilippe, où i^ooindividus s'abritent dans les trous pratiqués dans des bâtiments enruine ; la cité des « biffins », celle des « singes », toutes évoquant des ombres affreuses de misères et de crimes.

« De toutes les conditions de bien-être, a dit le D r Bochard, la première est la possession d'un logement commode et salubre. »

Lord Disraeli a dit aussi:

« La meilleure garantie de la civilisation, c'est le logement. Le home est l'école des vertus domestiques. »

Il est donc à la fois humanitaire pour les malheureux et d'importance primordiale pour la sécurité générale, de chercher les moyens de donner à tous un logement sain et suffisant, où l'homme pourra se reposer, où la femme

(1) Du Mesnil, Habitation du pauvre à Paris.

pourra élever ses enfants dans de bonnes conditions d'hygiène, en un mot de créer un «intérieur », un « foyer », qui fasse échapper le travailleur manuel aux attractions funestes du dehors.

Dès i835, André Kœchlin, maire de Mulhouse, faisait bâtir pour ses ouvriers 36 logements avec jardin, du prix de 12 à i3 fr. par mois. Ce premier essai ne devait se développer à Mulhouse que 20 ans plus tard, mais l'Angleterre tenta des efforts louables dans ce sens.

En i844, était en effet construit à Deanston-Works, près de Stirling (Ecosse) un village ouvrier fondé par James Smith ; la même année de semblables maisons étaient bâties àBirkenhead, près de Liverpool. En 1848, Londres inaugurait. sa première maison ouvrière. Le système s'est beaucoup développé depuis en Angleterre." Les environs de Londres sont couverts de petites maisons à bon marché et dans l'intérieur de la ville se trouvent de grands édifices où les petites bourses trouvent un asile économique. D'après M. Georges Picot, plus de 100.000 individus occupent les logements à bon marché de Londres.

L'impulsion a été suivie aux États-Unis, en Italie, en Autriche, 'etc.

En i853, fut fondée enFrance, à Mulhouse, la Société des cités ouvrières, par Jean Dollfus. Elle a construit environ 1.200 maisons, qui appartiennent aujourd'hui, pour la plupart, aux ouvriers, grâce à un système d'amortissement ingénieux.

L'exemple a été suivi par de grands industriels et des Sociétés privées, au Creusot, au Havre, à Anzin, à Orléans, Marseille, Lyon, Lille, Paris, etc.

La Société française des habitations à bon marché, fondée en 1889, et dont le champ d'action s'étend sur toute la France, donne un ensemble à ces efforts trop dispersés

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