‹ Manuel de l'acclimateur, ou, Choix de plantes recommandées pour l'agriculture, l'industrie et la médecine, et adaptées aux divers climate de l'Europe et des pays tropicauxChapitre 24 sur 62 · NET · texte numérisé non relu

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Plusieurs autres espèces du genre pourraient être ajoutées à cette liste; quelques-unes seraient probablement susceptibles de s’améliorer par la culture. Ce serait une intéressante expérience à faire.

ASPERULA odorata L. — La reine des bois. Plante indigène de la famille des Rubiacées, connue aussi sous le nom de petit muguet et d’hépatique étoilée. C'est une herbe vivace, élégante par son feuillage verticillé et comme en étoile, et par ses corymbes de fleurs blanches agréablement parfumées. On en fait grand usage en Allemagne pour parfumer les boissons et surtout pour fabriquer celle qu’ils nomment mattrank. La reine des bois est quelquefois cullivée comme plante d'agrément.

Une seconde espèce, l'A. tinctoria L. , assez commune dans les bois de la France, était jadis utilisée, sous le nom de petite garance, pour teindre les éloffes. Elle est totalement délaissée aujourd'hui.

ASPIDOSPERMA Quebracho GriseB. — Arbrisseau de la famille des Apocynées, indigène dans l'Amérique du sud, dontle bois est assez dur et à grain assez fin pour pouvoir servir à la gravure. Toutefois sa véritable utilité consiste dans la forte proportion de tannin contenue dans son écorce et même dans ses feuilles, ce qui le met presque au niveau de Acacia Cebil. Ce tannin offre l’avantage de ne pas colorer le cuir. L’écorce en renferme de 30 à 40 pour {00 de son poids, les feuilles de 25 à 28, et le bois lui-même 14 à 15. Dans la région de la Plata, cet arbrisseau joue le même rôle que le sumac ( Æhus coriaria) dans le midi de l’Europe et le nord de l'Afrique.

ASTRAGALUS. — Genre de Légumineuses papilionacées, dont on compte aujourd’hui plus de 700 espèces, presque toutes des contrées tempérées et tempérées-chaudes de Phémisphère septentrional. Plusieurs sont utlisées en agriculture et quelques-unes dans les arts et l’industrie.

À. arenarius L. — De l’Europe et de l'Asie occidentale. C’est un fourrage vivace, propre surtout aux terres sablonneuses.

A. cephalonicus Frscx. — De la Grèce. Sous-arbrisseau qui produit de la gomme adragante, comme d’ailleurs plusieurs autres espèces de l'Éurope orientale. La meilleure cependant est tirée de l’A. Parnassi Boiss., ou À. cylleneus HELDR., qui est également de la Grèce. L’A. strobiliferus ROYLE, qui appartient ! à l'Asie occidentale, donne aussi une gomme de couleur brunâtre qui entre dans le commerce de la droguerie. Une autre variété de gomme adragante, le Takalor ou adragante de Smyrne, se récolte en Turquie sur l'A. verus OLIv. Toutes ces espèces réclament les climats chauds et secs de l'Orient, ainsi que les À. cretieus Lamk. et qummifer La Bizz, qui participent à leurs propriétés.

À. cicer L. — Du centre de l’Europe et de l'Asie moyenne. Forte plante herbacée et vivace, qui donne un bon et copieux fourrage dans toutes les terres calcaires un peu légères. Il est surtout estimé comme fourrage vert pour les bœuis et les vaches.

À. glycyphyllos L.— D'origine plus septentrionale que le précédent et vivace comme lui. C’est aussi un bon fourrage, qu’on recommande plus particulièrement pour les terres fortes et un peu humides.

A. hypoglottis L. — Du nord de l’Europe, de l'Asie et de l'Amérique. Il offre les mêmes avantages que les deux précédents et s’accommode mieux des climats froids. Il se plaît dans les terres graveleuses un peu calcaires.

Beaucoup d’autres Astragales peuventencore servir à la nourriture des bestiaux, mais il y en a aussi de vénéneux, par exemple les A. Hornii et lentiginosus As. Gray, de Californie.

Dans ces derniers temps on a cherché à mettre à la mode l'A. bæticus L., d'Espagne, dont les graines torréfiées sont, dit-on, un assez bon succédané du café. Dans tous les cas ce serait une bonne plante fourragère.

ASTRANTIA major L.— Ombellifère vivace des régions alpines et subalpines de l’Europe, où elle se mêle aux autres plantes des prairies de ces localités élevées. Nous ne la citons ici que parce qu’elle est très recherchée des abeilles et qu’elle produit un miel excellent. Sous ce rapport elle est très estimée des apiculteurs suisses, qui transportent souvent leurs ruchers de la plaine dans la montagne, à l’époque de la floraison des plantes.

ASTREBLA. — Genre de Graminées détaché du genre Danthonia, mdigènes en Australie (Nouvelle-Galles du Sud, Queen's Land, etc.), où elles occupent les terrains les plus arides et sujets aux plus longues sécheresses. Deux espèces sont surtout recommandables, les A. pectinata et A. trilicoides Ferd. von Mu. (Danthonia Linpt.), toutes deux vivaces et également recherchées des bestiaux, surtout par les moutons, auxquels elles donnent beaucoup de chair. Ces utiles graminées fourragères méritent d’être introduites dans les pays de climats chauds et secs, tels que les régions désertiques du nord de l’Afrique. Il est assez probable que, même dans leur pays d’origine, elles seront un jour soumises à une culture régulière.

ATALANTIA.— Genre d’Aurantiacées, dont une espèce, l'A. glauca 3. Hook., de la Nouvelle-Galles du Sud et des régions plus septentrionales de l'Australie, est très digne d’attirer l'attention des acclimateurs. C’est un bel arbre, comme presque tous ceux de la même famille, dont les fruits sauvages ne sont pas comestibles, mais pourraient vraisemblablement être améliorés par la culture. A l'encontre de beaucoup d’autres Aurantiacées, il se plaît dans les terres arides. On pourrait d’ailleurs en faire un sujet pour les greffes

d’orangers, de citronniers et autres Aurantiacées à fruits comestibles.

ATRIPLEX. — Plantes herbacées et arbustives de la famille des Chénopodées, répandues sur une vaste étendue de pays, abondantes

surtout dans l’ancien monde et recherchant les terres imprégnées de sels (chlorures de soude, de potasse, etc.) que les eaux de pluie accumulent dans les dépressions marécageuses. Elles sont communes aussi dans les terrains salants du voisinage de la mer. On en connaît aujourd’hui plus de 60 espèces, sans compter celles qu’on a retirées du genre pour les reporter à des genres voisins qui, d’ailleurs, en difièrent à peine. Quelques-unes sont intéressantes comme plantes potagères, mais un beaucoup plus grand nombre le sont comme plantes fourragères pour certaines contrées où, soit par le fait du climat, soit par celui de la nature du sol, les fourrages ordinaires ne réussiraient pas.

Parmi les nombreuses espèces du genre nous citerons seulement les suivantes, qui ont le plus d’ intérêt pour les cultivateurs :

À. hortensis L. — Arroche, Bonne-Dame. De l'Asie moyenne, mais introduite depuis longtemps en TRE où ses larges feuilles, vertes, cendrées ou rouges, sont mangées en guise d’ épinards, sur tout mélées à l’oseille, dont elle adoucit l'acidité. La planté est annuelle et se ressème d'elle-même dans les jardins.

A. Halimus L.— Pourpier de mer. Arbrisseau du midi de l'Europe et du nord de l'Afrique, commun sur tout le périmètre de la Méditerranée, et très habituellement planté en bordures autour des champs ou le long des routes. Sa croissance est rapide là surtout où 1l recoit les embruns de la mer, et, par le ciselage, il forme des haies touffues et régulières. En Algérie il est brouté par les bestiaux aux époques de sécheresse et comme supplément à de meilleurs fourrages devenus rares. C’est le guetal des Arabes. Son feuillage, d’un blanc cendré un peu argentin, en peut faire un arbrisseau d'ornement. On le multiplie avec une extrême facilité par le bouturage des branches.

A. halimoides LiNpz. ans les déserts de l’Australie intérieure, et s’avançant, sur quelques points, jusqu’au bord de la mer, souvent accompagné d’une autre espèce, |A. 2olocarpa Ferd. vox Muzz., qui en est peu difiérente. Toutes deux constituent une importante ressource pour les moutons, quand la sécheresse a fait disparaître toute autre végétation herbacée. Ces deux Chénopodées sont désignées sous le nom de Salt bush (broussailles des terrains salants) par les colons australiens, ou squatters, éleveurs de bestiaux. Les À. vesicaria HEWERD et À. spongiosa Ferd. vox Muzz., des mêmes régions, rendent des services analogues.

À. nummularia LiNpz. — Des déserts australiens, surtout dans la partie orientale du continent. C’est la plus grande espèce du genre actuellement connue, car elle s’élève à la taille d’un arbrisseau de 3 à 4 mètres, ramifié, touflu, couvert d’un abondant feuillage gris argenté, qui leur donne un aspect singulier. Elle est peutêtre aussi la plus utile pour la nourriture des bestiaux, qui la broutent avec avidité aussi haut qu’ils peuvent atteindre, ce qui explique la forme en parasol que prennent ces arbrisseaux arrivés à une certaine hauteur. On prétend que les moutons qui s’en nourrissent ne sont point atteints de la douve ( Distoma), qui leur cause, comme chacun le sait, de graves maladies, en se multipliant dans leur foie.

L’A.nummularia, qu'on pourrait appeler le grand pourpier de mer, est rustique dans la Basse-Provence, où sa culture réussit fort bien. Il rendra certainement de bons services dans le Sahara algérien, si on parvient à ly établir, ce qui ne semble pas difficile.

ATROPA. — Genre des Solanées, appartenant à l’ancien continent, dont deux espèces ont acquis une grande renommée comme plantes médicinales, en même temps qu’elles sont vénéneuses. Ce sont les suivantes :

A. Mandragora L. — La mandragore. Du midi de l'Europe et de l'Orient. C’est une plante vivace par sa racine en forme de navet, et dont la courte tige reste enfouie sous terre, n’émettant au dehors que quelques feuilles et des fleurs auxquelles succèdent de grosses baies rondes. Aux époques de superstition, la plante servait aux incantations et passait surtout pour aphrodisiaque. Son usage est aujourd’hui complétement abandonné en Europe.

A. Belladona L. — La belladone. Celle-ci est du centre de l'Europe aussi bien que du midi, mais elle n’est commune nulle part. Elle est vivace comme la précédente, et sa tige peut atteindre à un mètre de hauteur. Son feuillage est d’un vert foncé; ses fleurs tubuleuses sont violettes, et donnent naissance à de petites baies violet-foncé à la maturité, presque semblables à de petites cerises, avec lesquels les ignorants et les enfants les confondent; aussi en est-il résullé bien des empoisonnements. Toutes les parties de la

lante sont vénéneuses, ce qu’elles doivent à un alcaloïde particulier, ’atropine, qui, employée à propos et à dose convenable, est un précieux médicament. Cette plante, à la fois dangereuse et utile, ne devrait jamais être laissée à la portée des enfants, dans les jardins où on la cultive.

AVENA. — Genre de Graminées contenant des céréales et des plantes fourragères utilisées en agriculture depuis les temps les plus anciens, principalement originaires des pays tempérés de l’ancien continent. Dishnguons dans le nombre :

A. sativoa L. — L'avoine commune, plante annuelle, presque partout cultivée, en dehors des tropiques, pour son grain généralement employé à la nourriture des chevaux et assez souvent aussi à celle de l’homme, sous la forme de pain et de gruaux. Elle a produit dans le cours des siècles, par la diversité des sols et des climats, un grand nombre de races et de variétés, mégalement avantageuses, et sur lesquelles le lecteur intéressé se renseignera dans les traités spéciaux d'agriculture. Considérée d’une manière générale, l’avoine s’accommode de toutes les terres, mais principalement de celles qui sont argilo-siliceuses. Elle est cultivée depuis l'Egypte et le nord de l'Afrique jusqu’au 60° degré de latitude, où elle ne mürit pas toujours son grain et où elle est le plus souvent remplacée par l'orge, qui peut s’avancer plus loin vers le nord.

Souvent aussi l’avoine est cullivée comme herbe fourragère, à consommer en vert ou en sec. Gerlaines variétés y sont plus propres que d’autres. Celles qu’on préfère pour la nourriture de l’homme

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sont les avoines à grain nu, telles que PA. nuda, de l’Europe, et VA. chinensis, de PAsie centrale. On peut rattacher à l’avoine commune, comme simples races, l'A. orientalis, très productive en grains et dont les chaumes robustes résistent bien au vent dans les contrées montagneuses; l’A. brevis, à grains courts, avantageuse surtout comme fourrage, et l'A. s{rigosa, une des meilleures pour les terres sablonneuses et legères. En Russie on fait avec le grain de Pavoine une sorte de bière à l'usage du peuple des campagnes.

À. elatior L. — Le fromental, ou la grande avoine. De l’Europe et de Asie moyenne. C’est une espèce vivace et une des plus grandes du genre, une de celles aussi qui craignent le moins la sécheresse. Cette qualité, ainsi que lPabondance de son fourrage, dont on fait communément deux coupes en France, justifient la faveur dont elle jouit en agriculture. On est dans l’usage de lui associer des plantes légumineuses, comme le sainfoin, la lupuline, etc. Le seul reproche

w’on puisse lui faire est de tracer ou drageonner du pied et d’envahir ds places qui ne lui sont pas destinées, mais ce défaut peut devenir une qualité dans les terrains maigres où toute autre graminée ne donnerait que des produits imsignifiants.

A. flavescens L. — L’avoine jaunâtre. De l’Europe et de l'Asie moyenne jusqu’au Japon. C’est un de nos meilleurs fourrages à couper. Elle est vivace et s’accommode bien des terres sèches de nature calcaire, mais son foin est moins abondant que celui de l’espèce précédente. Elle vient médiocrement sur les sols sablonneux et maigres, à moins qu'ils ne soient irrigués. Dans ce cas elle peut donner deux coupes par an.

A. pratensis L. — L’avoine des prés. Des mêmes régions que la D bédente et vivace comme elle. Elle se plaît dans les mêmes terres et donne un produit presque identique, aussi les deux plantes sontelles fréquemment associées dans les prairies.

D’autres espèces d’avoines sont encore des plantes fourragères, mais d’un emploi plus local que celles que nous venons d'indiquer. Quelques-unes sont plus nuisibles qu’utiles, telles par exemple que VA. fatua L., ou folle-avoine, qu’on ne doit laisser pâturer par les bestiaux qu'avant le développement complet de ses panicules, à cause des soies raides dont ses grains sont hérissés, et qui peuvent devenir la cause de graves accidents.

AVERRHOA. — (Genre de la famille des Oxalidées, dont deux espèces de l’Inde sont remarquables :

A. Carambola L.— Arbrisseau dont le fruit tantôt doux et sucré, tantôt acide, entre dans la consommation générale comme fruit de table ou sous forme de compotes et de conserves. Le carambolier est cultivé dans toutes les parties de l'Inde jusqu’à Lahore, au pied de l'Himalaya.

A. Bilimbi L. — Analogue au précédent et des mêmes heux. Ses fruits sont utilisés de diverses manières, mais servent surtout à faire des tartes. Ce petit arbre est remarquable par la sensibilité de son feuillage composé, dont les folioles se meuvent au moindre contact, comme celles de la sensitive.

AVICENNIA. — Genre unique de la famille des Avicenniées, qui a quelque affinité avec celle des Verbénacées. Ce sont des arbrisseaux qui habitent exclusivement les bords de la mer, que leurs longues racines traçantes et enchevêtrées protègent contre les érosions des vagues et des marées. Ils forment en outre, par leurs nombreux rejets entrelacés, des barrières difficiles à franchir. Dans nos colonies des Antilles on leur donne le nom de palétuviers.

On n’en connaît guère que quatre espèces, qui habitent les rivages de l'Amérique du Sud, de l'Afrique et de l’Inde. Une d’entre elles, cependant, l’A. officinalis L., déjà connue des anciens, se rencontre depuis la mer Rouge jusqu’à la Chine méridionale, les Philippines, l'Australie et même la Nouvelle-Zélande, où le climat est fort tempéré. Cette espèce, ainsi que l’a conseillé le docteur Hermann Behr, pourrait être utilisée dans d’autres pays chauds pour consolider les grèves maritimes.

BACCHARIS L. — Genre de Composées, la plupart arbustives, toutes américaines et surtout des régions intratropicales, mais dont quelques-unes remontent vers le nord jusqu'aux Etats-Unis méridionaux et en Californie. On en compte aujourd’hui plus de 200 espèces, dont il n’y a guère que trois ou quatre qui aient jusqu'ici, que nous sachions, été introduites, comme plantes de pleine terre, dans le midi de l'Europe. Ce sont les Z. halimifolia L., de la Caroline du Sud, Z2. trinerois L., du Brésil, et B. æalapensis L., du Mexique. Ce sont des arbrisseaux de 3 à 4 mètres, à feuilles coriaces et persistantes, peu remarquables d’ailleurs comme plantes d'ornement. Leurs fleurs, en bouquets ou panicules au sommet des rameaux, font cependant un certain effet, mais elles ne tardent pas à se dessécher. Ces trois espèces, ainsi que plusieurs autres, pourraient servir à faire des haies ou des broussailles dans les lieux arides, tant du midi de l’Europe que du nord de l'Afrique. Peut-être leur découvrira-t-on un jour quelque autre utilité.

Le B. pilularis DC., de Californie, est un des plus grands du genre ; il s'élève à 4 ou 5 mètres, et peut servir à faire des clôtures.

BACKHOUSIA.— Genre de Myrtacées australiennes remarquable par le port, qui rappelle un peu celui de notre myrte d'Europe, et par les fleurs, dont le calyce très développé figure une corolle blanche. Les feuilles y sont parsemées de glandes oléo-résineuses et aromatiques. On en connait trois espèces : les Z. myrtifolia, B. riparia et B. citriodara Ferd. von Muzzer. Cette dernière, de l'Etat tropical de Queen’s Land, n’est qu’un petit arbre, mais que sa beauté décorative et le parfum de ses feuilles fera certainement introduire dans nos jardins du midi de l’Europe. Peut-être même trouverait-il un emploi plus sérieux dans la parfumerie.

BACTRIS. — (Genre de Palmiers de l'Amérique du Sud, dont plusieurs espèces existent dans les serres chaudes de l’Europe. Une seule, le B. Gasipæa Hums8orpr, nommé aussi Guillelma speciosa

Marr., peut nous intéresser, au point de vue de la naturalisalion. C’est un grand palmier du Haut-Amazone, qui monte sur les Andes jusqu’à la région tempérée chaude. Plusieurs tiges sortent de la même souche, et s'élèvent à 10 ou 12 mètres. D’après le botaniste Spruce, qui a longtemps parcouru l’Amérique du Sud, l'arbre produit de volumineux régimes de fruits, dont le péricarpe farineux est comestible cuit. Son goût tient de ceux de la pomme de terre et de la châtaigne, mais il est supérieur à tous deux. La demi-rusticité de ce palmier facilitera sans doute sa propagation dans diverses colonies européennes.

BACULARIA. — Palmiers des îles de la Sonde, à tiges grêles, arondinacées, exploitées par l’industrie pour faire des cannes, des manches d’ombrelles, etc. Les seules espèces à signaler aux acclimateurs sont les deux suivantes :

B. Arfakiana BEccanri, de la Nouvelle-Guinée, qui s'élève sur les montagnes de Pile j jusqu’ aux forêts d'araucarias, à 2,000 mètres de hauteur; et le B. monostachya Ferd. von Muzcer, de l'Australie orientale, qui s’avance vers le sud au-delà du tropique. Cet élégant petit palmier, élevé en pot ou en caisse, pourrait servir à orner les appartements et même les tables. De légers abris en hiver lui suffiraient dans le midi de l’Europe.

BALOGHIA lucida ENpzicH.; Codiæum lucidum Rumpx. — Petit arbre de l’Australie orientale, de la famille des Euphorbiacées, et dont la sève fournit, sans aucune addition d’ingrédient quelconque, une belle teinture rouge indélébile. Il semble probable que l’industrie aura quelque parti à tirer de cet arbre, quand son produit sera mieux connu.

BALSAMODENDRON. — Genre de la famille des Amyridées, contenant plusieurs arbres renommés pour les baumes et les drogues médicinales qu’ils fournissent au commerce. Tous appartiennent à l’Afrique, à l'Arabie et à l'Asie méridionale. Les plus célèbres sont le B. myrrha L., arbuste d’Abyssinie, dont on üre la myrrhe habali ; le B. opobalsamum KuNTx., qui produit le baume de La Mecque; le B. africanum L., du pays des nègres, dont la sève concrélée est un des bdellium de la droguerie et ‘des pharmacies. Au dire du botaniste Griffith, une espèce > du genre est cultivée en grand dans l’Afghanistan, pour ses propriétés aromatiques et stimulantes. Citons encore le B. Mukul Hook, de l'Inde, et le B. capense, de l’Afrique australe, très voisin du B. opobalsamum, dont il paraît avoir toutes les propriétés. Cette espèce et plusieurs autres sans doute mériteraient d’être introduites en Algérie et autres contrées du nord de l’Afrique.

BAMBUSA. —- Bambou. Genre de Graminées, remarquables entre toutes par les formes presque arborescentes d'un grand nombre d'espèces et la haute taille à laquelle elles s'élèvent. Tous les bambous sont des plantes vivaces, au moins par leur souche, qui, cha-

d) gneuses et dures, sont néanmoins de véritables roseaux par leur structure, étant, comme eux, fistuleuses et entrecoupées de nœuds. Ordinairement elles se ramifient à leurs articulations, et comme ces rameaux sont feuillus il en résulte que la tige prend tout l’aspect d’un arbre élancé, dont les peupliers de nos climats peuvent donner une idée.

Lestiges ou chaumes de bambous vivent ordinairement plusieurs années, et elles sont d'autant plus dures et plus solides qu’elles ont vieilli davantage. La plupart restent stériles, mais on en voit apparaître de loin en loin, souvent à des intervalles de plusieurs années, qui portent de grandes panicules de fleurs, puis de graines, qui ont beaucoup d’analogie, par leur grosseur et leur forme, avec celles de nos céréales, et peuvent même servir à la nourriture de l’homme et des animaux. Les feuilles des bambous sont aussi très caractéristiques : au lieu d’être longuement et étroitement linéaires comme dans la plupart des graminées, elles sont comparativement courtes et larges, en forme de fer de lance, plates et fermes, avec leurs nervures toutes dirigées vers la pointe. Les feuilles qui naissent directement sur la tige, surtout celles du bas, sont ordinairement réduites à une large gaîne qui enveloppe la nouvelle pousse, et se termine par un limbe rudimentaire ou presque nul. Ces gaînes sont caduques; elles tombent au fur et mesure que la tige grandit et se durcit. Les feuilles des rameaux sont au contraire persistantes, au moins pendant une année.

Les grandes graminées arborescentes, presque toutes réunies en un seul genre par Linné, ont été successivement réparties en un grand nombre de genres différents par les auteurs qui s’en sont occupés après le grand botaniste suédois. Le travail le plus récent et le plus complet est celui du major-général Munro, publié en 1868 dans les Transactions Linnéennes, travail que devraient consulter tous ceux qui s'intéressent à la culture et à la propagation de ces utiles végétaux. Un rapide coup d'œil sur leur distribution dans la nature, d’après un chapitre des Select plants du baron Ferd. von Müller, ne sera pas déplacé ici. Le lecteur y verra combien ce vaste groupe de graminées est riche en espèces ; avec quelle facilité la plupart d’entre elles peuvent s’accommoder aux divers climats de pays fort éloignés de ceux où la nature les a fait naître, et combien sont variés les services qu'on peut leur demander, soit au point de vue de l’industrie, soit à celui de la décoration des parcs et des paysages.

Quoique la majeure partie des bambous appartienne à la zone intratropicale, on ne doit pas perdre de vue qu’un nombre considérable de leurs espèces est propre aux régions montagneuses, où elles atteignent à des altitudes dont les climats se rapprochent beaucoup de ceux du midi de l’Europe, du nord de l'Afrique, du cap de Bonne- Espérance et de l'Australie méridionale. Même pour des climats plus froids, tels que ceux du nord de la France, de l'Angleterre et du centre de l’Europe, il y a des espèces subalpines dont l’acclimatation ne rencontrerait aucune difficulté. Nous pouvons en citer

que année, donnent naissance à de nouvelles tiges. Ces tiges, li-

quelques-unes : ce sont, par exemple, le Chusquea aristata, qui monte sur les Andes de Quito à 4,000 mètres de hauteur, c’est-àdire presque à la limite des neiges éternelles; les Arundinaria falcata, racemosa et spathifiora, des hautes montagnes del’Inde, entre 3,000 et 3,500 mètres, où la neige les recouvre presque tous les hivers. Il existe aussi des bambous dans l'archipel des Kouriles jusque sous le 46° degré de latitude, et au Japon sous le 51°. Des essais de culture ont d’ailleurs déjà prouvé cette rusticité des bambous montagnards; c’est ainsi qu'on a vu l’Arundinaria macrosperma s'élever à plus de 12 mètres aux Etats-Unis, même au nord de Philadelphie; et qu’un autre bambou du Japon y a atteint de 18 à 20 mètres. Le nombre de ces bambous rustiques s’accroîtra considérablement, on n’en peut douter, quand les grandes régions montagneuses de l'Afrique, de Bornéo et de la Nouvelle-Guinée, aujourd’hui à peine connues, auront été mieux explorées par les botanistes et les voyageurs.

À quelque point de vue qu’on les envisage, les bambous se présentent comme des végétaux éminemment utiles. Sans rappeler les ustensiles de toutes sortes qu’on tire de leurs chaumes ligneux, leur emploi dans les constructions rurales et même dans la navigation chez les peuples de Asie et de la Malaisie, il n’est pas hors de propos de dire que leurs graines, bien qu’elles ne se produisent qu’à de longs intervalles, servent à l’alimentation des hommes, et sont quelquefois plus recherchées que le riz. Quelques espèces de petite taille sont de véritables légumes, dont on mange les turions à leur sortie de terre. Dans les exploitations rurales, les bambous peuvent être employés pour faire des clôtures et des brise-vent, et cela avec d’autant plus d'avantage que leur croissance est, pour bien des espèces, d’une extrème rapidité.

La monographie du major-général Munro comprend 170 espèces bien définies, réparties en une vingtaine de genres, qui sont les suivants : Arthrostylidium, Arundinaria, Aulonemia, Bambusa, Beesha, Cephalostachyum, Chusquea, Dendrocalamus, Denochloa, Gigantochloa, Guadua, Merostachys, Nastus, Oxytenanthera, Phyllostachys, Platonia, Pseudostachyum, Teinostachyum, Thamnocalamus.

Malgré la division de l’ancien genre linnéen, beaucoup d'espèces ont conservé le nom générique de Zambusa. Nous allons en décrire sommairement les plus intéressantes au point de vue des acclimateurs et des agriculteurs.

B. arundinacea Rox8@.— Le bambou épineux de l'Inde. Grande espèce, dont les chaumes atteignent de 10 à 12 mètres, sur environ 10 centimètres de diamètre à la base. De nombreuses tiges issues de la même souche forment des massifs serrés, dont les rameaux se recourbent gracieusement vers la terre; les nœuds sont épineux. Ses graines, lorsqu'il en donne, sont employées dans l’Inde pour la nourriture des volailles et quelquefois des hommes. Cette espèce se plait dans les bonnes terres profondes et fraîches, cependant il est moins exigeant sous ce rapport que d’autres espèces. Il réussit par-

faitement en Algérie.

B. aspera Poirer. — De l’archipel indien. C’est une des plus grandes espèces du groupe, car il peut atteindre à 35 mètres et plus. Dans sa contrée natale 1l s’élève jusqu’à 1,000 ou 1,200 mètres sur les montagnes. Le bois de ses chaumes est épais et très dur.

B. Brandisii Muxro.— De l’Inde continentale. Tout aussi grand que le précédent; ses tiges ont jusqu'à 20 centimètres ou plus de diamètre. Débitées en tronçons de longueur convenable, elles servent à faire des vases et des seaux, dont la cloison nodale forme le fond.

B. Balcooa RoxgG. — Des plaines du Bengale et des régions environnantes. Il s'élève à une vingtaine de mètres, et ses tiges, ainsi que celles du B. Tulda, des mêmes lieux, sont principalement employées à construire les cabanes des paysans et les hangars pour les bestiaux. Roxburg fait observer que pour procurer une longue durée à ces chaumes ligneux il faut les avoir fait tremper longtemps dans l’eau. Ses jeunes pousses, d’après Routledge, pourraient servir à faire du papier, comme d’ailleurs celles de beaucoup d’autres bambous. Cette espèce s’est montrée rustique au cap de Bonne-Espérance, ce qui indique qu’elle le serait dans le midi de l’Europe.

B. Blumeana ScouuLTes. — Des îles mdiennes. C’est une petite espèce, très épineuse, à branches retombantes, qui ne sert guère qu'à faire des haies autour des parcs à bestiaux. Le B. nana, et même le /?. arundinacea sont employés aux mêmes usages. Toules ces haies de bambous doivent être soumises au ciselage, pour rester régulières.

B. flezuosa Muxro.— De la Chine. Petite espèce dont leschaumes, de la grosseur du doigt, n’ont guère que 4 à 5 mètres de longueur, mais en revanche très rustique, jusque sous le climat de Paris, où on l’a vue résister à 13 degrés centigrades au-dessous de zéro.

B. Simonit Horr. — Très analogue au précédent, auquel il faudra peut-être le réunir, est également rustique. Cette petite espèce a le défaut de drageonner fort loin du pied et d’envahir peu à peu le terrain. Toutefois, ce défaut peut devenir une précieuse qualité là où il s'agirait de maintenir et de consolider des terres en pentes ou d'arrêter les érosions des remblais, le long des chemins de fer, des canaux, etc.

B. senaensis FRANCH. et Sav.— Du Japon. Grande etbelle espèce, remarquable par la largeur de ses feuilles, qui en font une plante essentiellement ornementale. MM. Franchet et Savater, les deux botanistes explorateurs du Japon, nous apprennent que ses pousses, jeunes et encore tendres, constituent un légume recherché de toutes les classes de la population japonaise. D’autres espèces sont d’ailleurs utilisées de la même manière. L'espèce sera certainement rustique dans le midi de la France.

B. spinosa RoxB&. — Du Bengale. C’est une grande espèce de 30 mètres et plus de hauteur, remarquable surtout par l'épaisseur de son bois, qui acquiert par là une grande force; aussi emploie-t-on communément dans les constructions rurales qui demandent une certaine solidité. Il sert d’ailleurs à beaucoup d’autres usages.

B. culgaris WENDL.— Grand bambou inerme du Bengale, s’élevant à 20 ou 25 mètres, el dont les tiges croissent avec une étonnante

rapidité. Introduit dans l'Australie méridionale, il y résiste aux petites gelées de ce climat, ce qui permet de croire qu’il sera rustique dans les parties chaudes du midi de l'Europe.

B. Thouarsiü Horr. — De Madagascar et des îles Mascareignes. Superbe plante à tiges vertes et très feuillues. Elle existe dans plusieurs jardins de la Basse-Provence, mais depuis trop peu de temps pour qu’on sache quelle taille elle peut acquérir. Telle qu’elle est cependant, elle y atteint ou même dépasse celle du Phyllostachys mitis, sans être tout à fait aussi rustique que lui.

B. Beecheyana Munro. — De Chine. Tiges de 5 à 6 mètres de hauteur.

B. marginata Munro. — Du Tenasserim comme le Z.Brandisu, mais s’élevant un peu plus haut sur les montagnes. Chaumes longs et grêles, s'appuyant sur les arbres.

Citons encore pour mémoire les Z. nutans WaLr., de l'Himalaya, jusqu’à 2,000 mètres d'altitude; pallida Muxro, des basses montagnes du nord de l'Inde; polymorpha, grand bambou de plus de 20 mètres de hauteur, dans les forêts de Teck ; Tulda Rox8&., de 20 à 22 mètres de hauteur, etc. Plusieurs autres espèces pourraient être ajoutées à cette liste. Voyez d’ailleurs, pour les autres espèces de bambous, les mots Beesha, Phyllostachys, Arundinaria, Dendrocalamus, Gtgantochloa, Guadua, etc.

Plusieurs autres bambous, déjà communs en France et habituellement désignés sous l’appellation de Bambusa, se retrouveront plus loin à l’article PAhyllostachys.

BAPTISIA. — Genre de Légumineuses de l'Amérique septentrionale, la plupart à fleurs jaunes. Quelques-unes ont été introduites en Europe à titre de plantes d'ornement, telle, entre autres, que le B. australis L., à fleurs bleues. Une autre espèce semble avoir plus d'intérêt : c’est le B. tinctoria, sous-arbuste à fleurs jaunes, dont les feuilles étaient employées en teinture, sous le nom d’indigo du Canada, avant la découverte des véritables indigotiers. Sa grande rusticité, dans toute l’Europe, la remettra peut-être un jour en honneur.

BARBAREA. — Genre de Crucifères, indigènes de presque toute l'Europe. Deux de ses espèces, les Z. præcoæ L. et B. vulgaris L., sans étre cultivées, sont cependant utilisées en guise de cresson, dans les salades. Ce sont des plantes bisannuelles, dont la végétation entre en activité dès la fin de l'hiver. Il y aurait quelque avantage à les améliorer par la culture. Toutes deux sont très recherchées des abeilles, au premier printemps.

BAROSMA. — Genre de Rutacées, de l'Afrique australe, réuni par quelques botanistes au genre Diosma. Ce sont des arbrisseaux et des sous-arbrisseaux généralement à petites feuilles étroites et raides, parsemées de glandes aromatiques. Quelques-uns ont été introduits dans les jardins de l’Europe comme arbustes d'ornement.

Une de ces espèces, le B. serratifolia Wizzo., du Cap, fournit à la

pharmacopée le médicament connu sous le nom de feuxlles de bucco,

qui doit ses propriétés à une huile volatile particulière, à une résine et à une substance cristalline, la diosmine.

BASELLA. — Genre de Chénopodées, de l’Inde, de la Chine et de l'Amérique tropicale. Ce sont des herbes grimpantes, à tiges et feuilles charnues et tendres, qui tiennent lieu d’épinards dans divers pays, où elles sont cultivées comme plantes potagères. Deux espèces sont particulièrement à citer : le Z. rubra L., plante bisannuelle du Japon, et le 2. lucida L., qui vit plusieurs années. Ses feuilles ont une légère odeur de basilic. La première est commune en France, où elle porte le nom d’épinard rouge, et elle est assez estimée à Paris. La plante y craint le froid, et doit être un peu abritée par des murs orientés au midi.

BASSIA. — Arbres de la famille des Sapotées, appartenant aux îles de la Sonde, à l’Asie et à l'Afrique intratropicale, qui rendent de nombreux services aux populations de ces contrées. On en connaît une douzaine d'espèces, parmi lesquelles nous distinguerons les suivantes :

B. latifolia RoxB&.; Zllipe latifolia Ferd. vox Muzzer.—De l'Inde, où 1l porte les noms de AMaluca et Madhuca. C’est un arbre d’une quinzaine de mètres, qui croît dans les terrains secs et rocailleux. Il endure sans dommage de petites gelées. Ses fleurs, ou plutôt ses corolles charnues, servent d’aliment aux hommes et aux bestiaux, Un arbre adulte en fournit de deux à trois quintaux, et chaque quintal distillé donne environ trois gallons d’une sorte d’alcool, en même temps qu'une huile essentielle employée à divers usages. Par pression on retire des graines une huile assez médiocre, mais abondante.

B. bulyracea RoxB&. — Des mêmes régions que le précédent. C’est le Fuliwara des indigènes. L'huile qu’on tire de ses graines est épaisse, comme butyracée, et n’est guère employée qu’en pharmacie ou dans l’industrie pour le graissage des machines.

B. Ærskineana Ferd. von Muizer. — De la Nouvelle-Guinée. Arbre de 15 à 20 mètres, dont le fruit, de la grosseur d’une belle orange, est aussi recherché des Européens que des indigènes de cette ‘île, qui le connaissent sous le nom de Posi-posi. Ce bel arbre, dont la découverte est encore récente, semble appelé à un grand avenir, comme producteur de fruits, dans toutes les parties équatoriales du globe.

B. Maclayana Ferd. vox Muzer. — De la même contrée que le précédent. C’est le Dim des indigènes. Son fruit, qui est comestible, atteint presque la grosseur d’un petit melon.

Le Z. Cocco Scuerr., qui est aussi de la Nouvelle-Guinée, où il porte le nom de Nate, donne des fruits beaucoup plus petits. Il est d’ailleurs encore peu connu. Citons seulement pour mémoire les Z. longifolia L. et B. oleifera L., comme pouvant rendre des services dans les climats chauds et humides. On croit que plusieurs arbres, à peine connus de nom dans l'Afrique centrale, et dont les indigènes relirent par pression des graines une sorte de beurre végétal, appartiennent au genre Bassta.

BASSOWIA solanacea BENTH.; Wätheringia solanacea L'HÉRr. — Solanée perennante, de l'Amérique du Sud, qui produit de gros tubercules comestibles, analogues à ceux de la pomme de terre, Elle mériterait d’être soumise à des expériences de culture.

BATIS maritima L.— Plante de famille incertaine, croissant sur les bords de la mer dans l'Amérique centrale et jusque sur les côtes de la Floride. On la trouve aussi aux îles Sandwich. On ne lui a donné jusqu'ici aucune attention, cependantelle pourrait servir à fixer et à consolider les sédiments apportés par les vagues et à les transformer peu à peu en terres cultivables.

BEESHA capitata MUNRO.— Grand bambou de Madagascar, haut de 15 à 18 mêtres. Une seconde espèce du genre, le Z. stridula Muxro, habite l’ile de Ceylan, et une troisième, le Z. elegantissima, du même auteur, les montagnes de l’île de Java. Ce dernier est remarquable par la longueur de ses chaumes, dont les ramifications supérieures sont gracieusement retombantes. Ces trois espèces pourraient être introduites partout où la température ne descend pas ou ne descend que rarement à zéro.

BELIS jaculifolia SALISBURY, voyez Cunninghamia.

BENINCASA cerifera SAV. — Cucurbitacée à fruits comestibles, très répandue dans l'Asie orientale, la Chine, l’Inde, le Japon, etc., introduite en Europe à diverses reprises, mais néanmoins peu cultivée, parce qu’elle demande plus de chaleur que les courges pour mürir ses fruits. On en connaît plusieurs variétés, qui se distinguent au volume et à la forme des fruits. La plus commune est celle dont les fruits sont allongés, presque cylindriques, de la grosseur d’un très grand concombre. La peau en est lisse, d’abord d’un vert foncé, plus ou moins revêtue de poils courts et hérissés; en mürissant, ce fruit se couvre d’une efflorescence blanche qui lui donne un aspect particulier. Sa chair est épaisse, très blanche, d’une saveur peu prononcée. Elle entre dans diverses préparations culinaires, ordinairement associée à la viande. Le Benincasa est, au total, un bon légume qu’on a trop négligé.

BERBERIS. — Genre principal de la famille des Berbéridées, dont les espèces sont disséminées sur l’Europe, l'Asie centrale, l'Amérique du nord et celle du sud. Toutes sont des arbrisseaux ou des sous-arbrisseaux souvent épineux, les uns à feuilles caduques, les autres à feuilles persistantes, à fleurs en grappes, toujours jaunes, et dont les fruits sontdes baies acidules, rigoureusement comestibles, mais plus ordinairement employées à faire des confitures et des conserves.On divise les Berberis en deux sections, l’une caractérisée par des feuilles simples, l’autre par des feuilles composées, à 3, 5, 7, 9 folioles, suivant les espèces. Citons parmi elles :

B. oulqaris L. — L’épine-vinette, de l’Europe. Grand buisson drageonnant du pied et souvent employé à faire des haies. Ses grap-

pes de baies roses ou rouges sont trop acides pour être mangées directement; mais, assaisonnées de sucre, elles font d'excellentes confitures. Le bois, qui contient un suc jaune, était employé autrefois dans la teinture. On renonce aujourd’hui à planter l’épine-vinette au voisinage des terres à blé, parce qu’il est reconnu qu’elle communique la rouille à cette céréale et occasionne parfois de grandes pertes aux cultivateurs.

B. buxifolia LAuk. — Joli arbrisseau, à feuilles persistantes, de l'Amérique australe, depuis le détroit de Magellan jusqu’au Chili. Il se recommande comme arbuste d'ornement et comme arbuste fruitier, par ses baies, qui sont comparativement grosses, noires à la maturité et très peu acides, mais légèrement astrimgentes. On en fait usage dans les lieux où il croît, et il est vraisemblable que si on prenait la peine de le cultiver on en obtiendrait des variétés supérieures. Ce serait une expérience à faire.

B. Darwinit Hook. — Des mêmes régions, à feuilles persistantes et luisantes et à fleurs jaune orangé. C’est un de nos jolis arbrisseaux d'ornement.

B. nepalensis SPRENG. — De l'Himalaya. Arbrisseau qui serait rustique dans le midi de l’Europe, et où il mériterait d’être introduit, tant pour ses fruits comestibles, meilleurs que ceux de l’épine-vinette commune, que pour orner nos bosquets de son feuillage persistant. D’autres espèces de l'Inde, telles que les 2. asiatica ROXBG., aristata DC., Lycium ROYLE, etc., auraient aussi quelque intérêt pour l’acclimateur.

Parmi les espèces du nord de l'Amérique, il en est deux qu’il convient de signaler. Ce sont les Z. aquifoliumDC. et B. repens DC., qu’on a séparés sans raison des autres espèces du genre, sous le nom de Mahonia, à cause de leurs feuilles composées de folioles. Le B. repens, des Montagnes-Rocheuses, est un sous-arbuste dont les branches sont presque étalées sur le sol, et qui produit en abon- . dance des baies noires, un peu âpres au goût, mais dont on fait une sorte de vin ou de cidre et aussi des confitures et des conserves. Le Z. aquifolium, dont les folioles sont un peu épineuses sur leur contour, est de l’Orégon, et un peu moins rustique que le précédent, mais de plus grande taille. Ses nombreuses baies noires forment de petits raisins, dont on fait aussi des boissons alcooliques qui ne sont pas sans valeur. Il est à regretter que ces deux arbrisseaux aient été jusqu'ici négligés par la culture, qui aurait pu en obtenir des races plus méritantes, et fournir par là des plantes vinifères à beaucoup de pays dont le climat ou le sol trop pauvre ne permet pas la culture profitable de la vigne. k

Beaucoup d’autres Zerberis de simple agrément existent aujourd’hui dans les jardins de l’Europe.

BESCHORNERIA. — Genre d'Amaryllidées anomales, des montagnes du Mexique, très analogues aux Agaves, dont elles diffèrent surtout par l’absence totale d’épines. Les plus remarquables sont le B. yuccoides Hook., forte plante dont la tige atteint à ? ou 3 mètres, et est couronnée par un volumineux faisceau de grandes feuilles, et

les 2. tubiflora et Parmentieri, à tige courte ou presque acaule, Ces trois espèces sont introduites dans les jardins du midi de PEurope à titre de plantes pittoresques ; mais leurs feuilles, celles de la première surtout, sont exploitées industriellement au Mexique pour leurs fibres fines et très résistantes, qu’on utilise de diverses manières.

BETA. — Genre de Chénopodées, comprenant sept ou huit espèces, de l’Europe et de l’Asie, dont une seule est devenue, par le fait de la culture, une des plantes économiques les plus importantes. C'estle B. oulgaris L., la bette proprement dite, dont on compte aujourd'hui un grand nombre de variétés, qu'on peut rattacher à deux races principales, la betterave et la poirée, toutes deux bisannuelles.

La betterave se distingue à la grosseur de sa racine charnue, tantôt sphérique, tantôt allongée en forme de navet, et qui atteint, dans certaines variétés, une taille énorme. Elle est blanche, jaune, rose ou carmin foncé, et contient du sucre cristallisable dont la proportion varie suivant les races, les terrains et le mode de culture. C’est cette racine qui fournit aujourd’hui la plus grande partie du sucre consommé en Europe, et elle est devenue la base d’une vaste industrie en France, en Belgique, en Allemagne, en Suède et en Russie. Elle gagne insensiblement l'Amérique du Nord, et peutêtre pénétrera-t-elle bientôt en Asie. La betterave est aussi une plante potagère; sa racine, cuite et coupée en rondelles, se mange en salade, soit seule, soit mélangée à la laitue.

La poirée n’est qu’une plante potagère; sa racine ne grossit pas et ne contient pas assez de sucre pour être utilisée ; mais son ample feuillage se mange accommodé à la manière des épinards; on ne l’emploie guère cependant que mêlée à l’oseille, dont elle corrige l'acidité. Une de ses variétés, la bette à cardes blanches, estun des meilleurs légumes. Les larges pétioles de ses feuilles se cuisent à l’eau salée et se mangent à la sauce blanche comme les asperges et les salsifis. On la cultive beaucoup dans les jardins maraîchers de Paris, mais elle ne vient bien que dans les bonnes terres profondes et fraiches.

Il serait superflu d’entrer ici dans les détails de la culture et de l'exploitation de la betterave, du choix des variétés les plus profitables suivant les climats et la nature des terrains, de l'emploi des pulpes et des résidus de sucrerie pour la nourriture du bétail et principalement des vaches laitières, etc. Tous ces sujets sont traités à fond dans les ouvrages spéciaux et même dans des publications périodiques exclusivement consacrées à l’industrie sucrière. Rappelons seulement que la betterave appartient aux climats tempérés et humides, et qu’elle ne réussira point entre les tropiques, où rien ne remplacera, pour la production du sucre, la canne à sucre proprement dite, le classique Saccharum officinarum de Linné.

BETULA. — Bouleau. Genre de Bétulacées, composé d’arbres et d’arbrisseaux à feuilles caduques, propres aux pays septentrionaux,

froids ou tempérés-froids, s’élevant aussi sur les grandes chaînes de montagnes presque jusqu’à la limite des neiges éternelles, affectionnant partout les terrains humides et plus ou moins tourbeux. Plusieurs espèces ont de l'intérêt pour le sylviculteur et pour l’acclimateur, principalement les suivantes :

B. alba L. — Le bouleau commun, ou bouleau à balais, du centre et surtout du nord de l'Europe et de l'Asie; commun en France au nord du 48° degré de latitude, mais cultivé çà et là dans le Midi, où il vient difficilement, par suite de la sécheresse. C’est en Suède, en Norwège et jusqu'en Laponie qu'il atteint ses plus belles proportions. 11 s'élève à 20 ou 25 mètres, couronné par une tête large, mais peu touffue, dont les rameaux déliés retombent avec grâce. Le tronc est couvert d’une écorce blanche, dont les couches superficielles s’enlèvent en pellicules dans le sens transversal. C’est un des plus beaux arbres paysagers de l’Europe, mais c’est aussi un arbre utile, par son bois léger, propre à confectionner de petits ouvrages, par son écorce qui sert au tannage des cuirs, et enfin par les brins menus de ses rameaux, qui servent à faire des balais communs en grand usage dans le centre de la France. Dans le Midi, c’est un simple arbre d'ornement qui réussit dans les terres humides.

B. lenta Wizzo. — Le bouleau-cerisier ou cherry Birch de l’Amérique du Nord. C’est un arbre de moyenne taille (12 à 15 mètres), qui se plaît dans les terres humides, mais s’accommode encore passablement de celles qui sont sûches. Son bois rose, plus ou moins foncé, a le grain fin et est recherché par la menuiserie; 1l est si lourd qu’à l’état frais il va au fond de l’eau. On l’emploie, non seulement à faire des meubles, mais aussi à faire des quilles de navires, des ustensiles pour les machines et pour beaucoup d’autres usages qui demandent des bois durs et résistants. Ses rameaux, principalement ceux de la variété rouge, servent également à faire des balais communs, et l'écorce au tannage des cuirs.

B. lutea Micux. — Le bouleau jaune ou bouleau gris, du nordest des Etats-Unis. Grand arbre de 25 mètres et plus, se plaisant dans les sols imbibés d’eau des forêts. Son bois a toutes les qualités de celui de l'espèce précédente.

B. rigra L. — Le bouleau des rivières, de l'Amérique du Nord. C’est un des plus grands du genre. Lorsqu'il croit sur les bords des rivières et des torrents, il défie les plus fortes chaleurs. Son bois est de couleur claire, compacte, néanmoins facile à travailler, excellent pour les ouvrages de tour, l’ébénisterie, le charronnage, ete. Les repousses du pied fournissent des cercles de tonneaux, et son écorce, enlevée par grandes pièces, sert à couvrir les toitures d'habitations rustiques.

B. papyracea AtTON. — Le bouleau à papier, ou paper Birch. Du nord de l'Amérique. Arbre plus grand que l'espèce d'Europe, et dont le bois est souvent employé dans les constructions. Ce qui le rend surtout remarquable et utile, c’est la texture fibreuse et résistante de son écorce, dont on se sert pour construire des canots à la fois solides et assez légers pour être transportables à dos d'homme d’une rivière à l’autre Get usage, toutefois, tombe de plus en plus

en désuétude, à mesure que les moyens de communication se multiplient et deviennent plus faciles.

Outre les espèces de bouleaux dont nous venons de parler, il en

existe beaucoup d’autres, en Amérique, en Asie, en Chine et au

Japon, qu’il serait utile de mieux connaître etde propager. Plusieurs espèces, qui n’ont qu'un intérêt de curiosité, sont de simples sousarbustes d’un mètre ou même moims de hauteur, tels par exemple que le Z. nana L. des Alpes et le 2. humilis de Sibérie. Par la culture et les semis, on a obtenu des bouleaux à feuilles pourpres et d’autres à feuilles lacimiées d’un aspect singulier et pittoresque.

BŒHMERIA. — Genre d'Urtlicées, autrefois confondu avec les Urtica, dont il diffère par plusieurs caractères, entre autres par linnocuité des poils ou du duvet, qui n’est point urticant comme chez les orties. On en connaît aujourd’hui une soixantaine d’espèces réparties entre l’ancien et le nouveau monde, dont elles occupent surtout les régions intratropicales. Une seule de ces espèces doit nous occuper, c’est le Z. nivea GauD., la Ramie, ou Rhia, plante herbacée et vivace, largement cultivée en qualité de textile dans toute l'Asie méridionale, de l'Inde à la Chine et au Japon, ainsi que dans les îles de la Malaisie. Ses fibres rivalisent d’éclat et de finesse avec la soie, aussi sont-elles devenues l’objet d’un commerce très important. L’Angleterre en consomme une quantité considérable sous le nom de China-grass, pour l’entretien de ses fabriques.

La plante a été mtroduite en Europe dans la première moitié de ce siècle, mais ce n’est guère que depuis une vingtaine d'années qu’on a commencé à s’en occuper sérieusement. Elle a réussi dans le midi de la France, mais sa culture n’y est encore que dans la période des essais. Elle semble cependant sur le point d'y prendre un certain développement, depuis qu’on a inventé des machines à décortiquer économiquement les tiges de la plante, ce qui a été longtemps le principal obstacle à l’introduction de cette industrie nouvelle.

Ses progrès en Asie ont été beaucoup plus rapides, non seulement parce qu’on y a trouvé des climats plus favorables, mais aussi parce que la main-d'œuvre y est beaucoup moins chère qu’en Europe, ce qui permet de simplifier les procédés d'exploitation. La fibre est extraite à la main, après qu’on a ramolli les brins dans l’eau chaude ou à la vapeur. La meilleure est celle qu’on tire des tiges encore jeunes; elle est blanche, brillante, très fine et néanmoins très forte. Sa valeur moyenne, sur le marché, est de 40 livres sterling par tonne, mais on l’a vue momentanément atteindre le prix de 120 livres. On sème la graine sur une terre préalablement remuée et fumée, et, dès la troisième année, quelquefois dès la seconde si les circonstances ont été exceptionnellement favorables, on commence à récolter. On fait jusqu’à trois coupes par an, et cela se continue pendant bien des années. On estime que, dans les terres de choix et quand la culture est bien conduite, un acre de terre (0k.-402.) rend annuellement deux tonnes de fibre (2,000 kil). La plante n’est pas absolument rustique dans les pays tempérés; dans les plaines découvertes de la colonie

de Victoria, en Australie, les jeunes pousses sont mortifiées par les gelées nocturnes de l'hiver, ce qui arrive aussi dans le midi de la France; mais la plante n’en est pas autrement maltraitée, et elle repousse avec vigueur aussitôt que le temps s’adoucit. On l’y multiplie exclusivement par éclats de la souche, les graines ne mûrissant qu’exceptionnellement sous ce climat. Les fibres y acquièrent d’ailleurs toutes leurs qualités, et des expériences y ont fait voir que leur résistance à la traction était trois fois celle du chanvre.

Divers procédés ont été inventés pour rendre plus expéditive l’extraction des fibres de ramie. Un des plus simples est celui du docteur Collyer, de Saharunpore, qui fait bouillir les tiges dans de l’eau additionnée de savon, méthode adoptée aussi pour le traitement du phormium. En procédant ainsi, il a obtenu d’une tonne de tiges brutes 150 livres (75 kilogr.) de fibre nette, les frais d’extraction, pour la main-d'œuvre et l'outillage, capital et intérêts compris, s’élevant à 10 livres (250 fr.), le bénéfice est considérable; et il le deviendra de plus en plus, à mesure que l'outillage tout entier se perfectionnera. Une société s’est récemment constituée en France pour l’exploitation de la ramie indigène, ce qui en encouragera sans doute la culture dans nos départements méridionaux et en Algérie.

D’autres espèces du genre pourraient être utilisées; ce sera peutêtre le cas du ZB. calophleba Ferd. vox Muzrer, d'Australie; mais il reste bien des recherches à faire sur ce point.

BOLETUS. — Genre de Champignons, qui diffère des Agarics en ce que l’hyménium, au lieu d’être disposé en lamelles rayonnantes au-dessous du chapeau, forme une masse continue percée d’une multitude d'ouvertures. Plusieurs espèces, connues sous le noms de bolets et de ceps, sont comestibles, tels, par exemple, que les B. bovinus L., B. circinans PErs., B. edulis Buzz., B. luteus L., B. sapidus Harz., B. scaber BuLz., B. subtomentosus L. et B. variegatus SW., qui se vendent sur les marchés de l’Allemagne. Aucune espèce de bolets n’a encore été cultivée. On se contente de les récolter dans les bois.

BONGARDIA Pauvolfi C. À. MEYERr.— Herbe vivace, de Grèce et de Turquie, de la famille des Berbéridées, dont les feuilles se mangent à la manière de l’oseille.

BORASSUS. — Palmiers de l’Inde et de l'Afrique intratropicale, remarquables par leur grande taille et par leur utilité pour les peuples de ces contrées. L’un d’eux, le B. æthiopieus Marr., le Rondier du Sénégal, occupe toute la largeur de l’Afrique, de l’est à l’ouest, entre les 25° degrés de latitude nord et sud. Ses dimensions sont énormes: son süipe, qui atteint etmême dépasse quelquefois 20 mètres de hauteur, s’épaissit à la partie inférieure, au point d’avoir 3 et quelquefois 4 mètres de diamètre. Ses frondes, ou feuilles, larges de 2 à 4 mètres, servent aux nègres pour couvrir leurs cases, ou, découpées en lanières, à faire des nattes, des cordes, des paniers, des cribles et autres ustensiles de ménage. Les fruits du rondier sont

des drupes, jaunes ou orangées, de la grosseur d’un melon, et dont la chair, quoique filandreuse, est comestible. La plus grande utilité de l'arbre vient de sa sève sucrée, dont on fait le vin de palme, boisson ordinaire des nègres et que les Européens eux-mêmes ne dédaignent pas.

Une autre espèce, plus intéressante encore, est le Z. flabelliformis L., de l'Inde, dont le tronc, presque cylindrique, s'élève à 12, 15 et quelquefois à 25 ou 30 mètres. Ses feuilles, ou frondes, sont proportionnées à cette taille. Il est cultivé sur une grande échelle, dans presque toute l’étendue de l’Inde, où 1l porte, suivant les lieux, les noms de T'ala, Tari, Lontar et Palmyra. I s’avance au nord jusqu’au 30° degré, le long du golfe Persique. Le fruit en est comestible à sa maturité, mais on le cueille souvent plus tôt, parce qu’alors le suc qu'il contient fournit une boisson sucrée et rafraîichissante. Ce beau palmier est un des plus grands producteurs de sucre de toute la famille, et on en obtient d'énormes quantités de sève, facile d’ailleurs à extraire, par la simple amputation du pédoncule des inflorescences avant leur entier développement. Suivant les manipulations qu’on lui fait subir, cette sève fournit du sucre eristallisables, des mélasses, du rhum et autres boissons alcooliques, connues dans l’Inde sous le nom de {oddy.

Les Borassus pourraient être introduits avec profit dans toutes les colonies intratropicales ; il est même assez vraisemblable que l'espèce de l’Inde, plus particulièrement, pourrait être cultivée dans le midi saharien de l’Algérie.

BORONIA. — Genre de Rutacées, dont toutes les espèces connues habitent la Nouvelle-Hollande. Ce sont des sous-arbrisseaux ou de simples sous-arbustes, à feuilles opposées et à jolies fleurs, dont la corolle est de 4 pétales. Plusieurs espèces, dont nous n’avons pas à parler ici ( B. tetrandra, alata, serrulata, anemonæfolia, crenulata, etc.), existent depuis longtemps dans les jardins et les serres de l’Europe. Nous ne faisons exception que pour une seule, le B. megastigma N£es., de l'Australie occidentale, où elle croît au bord des marais, et dont les fleurs, noirâtres à l'extérieur, pourraient être considérées comme un emblème de deuil et servir à orner les tombes. Au point de vue mdustriel, la plante aurait aussi un certain intérêt par le parfum très développé de ses fleurs, qu’il serait facile d'extraire par les procédés en usage.

BORAGO officinalis L. — La bourrache commune. Plante indigène du midi de l’Europe, aujourd’hui cultivée presque partout, en qualité de plante médicinale. Quelques personnes en mangent les feuilles en salade.

BOSWELLIA. — Genre d'Amyridées, composé d'arbres producteurs de résines aromatiques. Citons, parmi les plus intéressants au point de vue de l’acclimatation, les suivants :

B. papyrifera À. Ricu. — Des régions septentrionales de l’Afrique, depuis le Maroc jusqu’à l’Abyssinie. Il en existe, dans l’Atlas

marocain, aux environs de Bertat, des forêts entières. Sa résine est une sorte d’oliban de deuxième qualité. Cet arbre est, avec le suivant, une des espèces les plus rustiques du genre.

B. thurifera CorxBr. — Du nord de l’Inde, où il constitue des forêts dans les terrains les plus arides. Ses feuilles sont caduques, et sa résine, très aromatique, pourrait servir d’encens. Toutefois, le véritable encens oliban est le produit d’une autre espèce, le 3. Carteri, de l'Arabie et de l’Afrique tropicale. Le Z. serrata, de l'Arabie et de l’Inde, est aussi un producteur d’oliban, connu depuis les temps les plus anciens. D’autres Boswellia sont recherchés pour leurs bois aromatiques, et mériteraient d’être introduits dans nos colonies intratropicales.

BOUSSINGAULTIA baselloides Hums.— Chénopodée, du Pérou, vivace par ses tubercules, qui émettent de longues tiges sarmenteuses et enroulantes. Cette plante, introduite en France vers le commencement du siècle, était préconisée comme un légume nouveau, dont les feuilles pouvaient se consommer à la manière des épinards, et les tubercules comme un succédané de la pomme de terre. D’aucune manière la plante n’a répondu à cette attente, et son rôle se réduit aujourd’hui à celui de plante d'ornement. On l’emploie à garnir des treillis, qu’elle orne de ses grappes de fleurs roses. Elle est tout à fait rustique dans le midi de la France.

BRABEIUM. — Genre de Protéacées, de l'Afrique australe, dont une espèce, le 2. stellatifolium L., produit des fruits analogues à des noix et dont l’amande est comestible, mais qu’il ne faut manger qu'après les avoir torréfiés ou rôtis sur le feu, sans quoi il y aurait danger d’empoisonnement.

BRACHYCHITON. — Arbres d'Australie, de la famille des Sterculiacées. Deux espèces du genre sont actuellement cultivées dans le midi de l’Europe, le Z. acerifolius Ferd. von MuLLER, ou Flame tree (arbre enflammé) des Australiens, ainsi nommé de l'effet que produisent ses magnifiques inflorescences rouges ou cramoisies; et le B. populneus R. Br., qui est aussi un arbre très ornemental. Tous deux sont rustiques en Provence. On réunit quelquefois ce genre aux Sferculia, qui en diffèrent à peine.

BRAHEA. — Palmiers du Mexique, la plupart montagnards, ainsi que des parties méridionales de la Californie et de la province d’Arizona, jusque sous les 33° et 34° degrés de latitude, ce qui explique leur rusticité dans le midi de l’Europe. Leurs frondes, ou feuilles, sont flabelliformes, c’est-à-dire en éventail, et leurs fleurs hermaphrodites. Leur élégance et leur rusticité relative en font des arbres précieux pour la décoration du paysage et des parcs. Tels sont les suivants :

B. dulcis MarT. — Des montagnes du Mexique, jusqu’à plus de 2,000 mètres d'altitude, où il croit au milieu des chênes. Son stipe, haut de 4 à 6 mètres, est couronné par de larges frondes, qui se re-

De:

lèvent et lui forment une têle arrondie. Ses spadices, énormes pour la taille de l'arbre, ont jusqu’à 2 mètres de longueur. Ils se couvrent de milliers de petites baies, noires ou fauves, qu’on utilise pour la nourriture des bestiaux.

B. edulis WE ENDL. s analogue au précédent, dont il n "est peut-être qu'une variété. - spadices fructilères pèsent jusqu’à 20 kilogrammes, et sont également utilisés dans le pays pour la nourriture des animaux domestiques.

B. Rœzliü Wexbz — De la Basse- Californie, où il recherche les lieux les plus arides. C’est un palmier de 3 à 4 mètres, à feuilles flabelliformes, qui rappelle par sa taille et son aspect le palmier-nain de l'Europe (C'hamaærops humilis),mais avec une teinte de feuillage toute différente, car au lieu d’être vert comme chez ce dernier il est glauque bleuâtre. Ses fruits sont des baies d’un jaune orangé. Ce curieux et joli palmier est déjà assez commun dans les jardins de la Provence, où sa rusticité ne laisse rien à désirer.

BRASSICA. — Genres de Crucifères indigènes de l’Europe, herbacées et bisannuelles ou annuelles, dont la culture et les usages économiques remontent à la plus haute antiquité. Nous y trouvons des plantes potagères de première valeur, des plantes fourragères d’une grande importance et quelques espèces oléifères. Tant par le fait d’une longue domestication que par les diversités des sols et des climats, il est sorti un nombre prodigieux de variétés des trois ou quatre espèces primitives dont la culture s’est emparée.

B. oleracea L. — Le chou proprement dit. On le croit mdigène des côtes océaniques de l’Europe, mais il est répandu aujourd’hui dans tous les pays tempérés et tempérés-froids de l’ancien et du nouveau continent. Ses principales races sont : le chou cabus ou chou à pomme, subdivisé lui-même en nombreuses variétés ou sousvariétés ; le chou de Milan, où pommé-frisé; les choux verts non pommés, dont plusieurs variétés sont principalement cultivées pour

a nourriture des vaches ; les choux-raves, dont la tige se renfle en boule au-dessus du sol; les rutabagas, où choux-navets, dont la racine devient grosse et charnue ; enfin, les choux-fleurs et les brocolis, remarquables par l'énorme développement de leur inflorescence, qui en est la partie comestible. On rattache encore à l'espèce du chou le colza, très cultivé en France et en Allemagne pour sa graine, dont on fait une huile bonne à manger. Pour plus amples détails, ainsi que pour les divers procédés de culture, nous renvoyons le lecteur aux ouvrages spéciaux de jardinage et d'agriculture.

B. napus L. et 7. rapa L. — Le navet et la rave. Cette espèce se distingue des choux en ce que les feuilles en sont poilues et non glabres comme dans ces derniers. Cette espèce a aussi produit de nombreuses variétés, dont le caractère principal est le renflement souterrain de la tige, ou, si l’on aime mieux, de la racine. Ces sortes de tubercules sont de loutes formes et de toutes grosseurs, en général plus allongés, cylindriques ou ventrus, dans les navets proprement dits, plus sphériques ou plus déprimés, en forme de disque dans les raves. Toutes ces variélés sont en général d’excellents

légumes et très utiles pour les provisions d'hiver. Les grosses races, moins succulentes et moins sucrées que les autres, sont ordinairement réservées au bétail.

Une variété du Z. napus est la navette, plante moins développée que les autres et dont la racine, petite et dure, n’est pas utilisée, mais dont on mange les feuilles, cuites et assaisonnées. Toutefois, le principal produit de la navette est l'huile assez fine et comestible qu'on retire de ses graines.

B. chinensis L.— Le chou de la Chine, ou Pé-{sai. Petite espèce, de la taille et de la figure d’une grosse laitue. C’est un légume assez délicat, mais de simple fantaisie, dont la culture ne paierait pas ses frais s’il était destiné au marché.

Plusieurs autres crucifères analogues, décrites sous le nom de Brassica, sont entrées dans le genre Sinapis. (Voyez ce mot.)

BROMUS. — Genre de Graminées, qui fournit quelques espèces fourragères en Europe et ailleurs. Signalons les suivantes :

B. asper Mur. — Le grand brome, de l’Europe centrale et méridionale, ainsi que de l’Asie moyenne. C’est une espèce de forte taille (1"50 à 2 mètres), vivace, mais peu utilisée en Europe, où on possède beaucoup d’autres fourrages graminés plus tendres et meilleurs, pouvant cependant rendre des services dans les pays calcaires et secs, pour le pâturage du bétail.

B. erectus Hups. — Désigné sous le nom de B. pratensis L. C’est notre brome ordinaire des prés. Il est de qualité médiocre, mais très utile cependant sur les terres pauvres, calcaires ou sablonneuses, sur lesquelles d’autres fourrages ne réussiraient pas. Son fom est peu abondant, mais il offre une bonne pâture aux moutons; en outre il gazonne bien et se maintient plusieurs années sur le sol, même de la plus médiocre qualité. D'un autre côté il est précieux pour faire des gazons et des pelouses, dans des lieux trop secs et trop maigres pour la plupart des graminées qu'on emploie à cet usage. On le sème à raison de 45 à 90 kil. par hectare.

B. ciliatus L. — Du nord de l'Amérique. Il est vivace et vert en toute saison, même en été quand la sécheresse ne se prolonge pas trop; il reverdit d’ailleurs rapidement à la première pluie. Aux Etats- Unis, on le considère comme un bon fourrage, mais il ne paraît pas avoir été l’objet de la culture en Europe.

B. unioloides Humezor ; 2. Schraderi KuNTH. — Des régions tempérées de l'Amérique du Sud, d’où il a été introduit en France, il y a une quarantaine d'années, sous le nom de brome de Schrader. Quoique presque abandonné aujourd’hui en Europe, ce n’en est pas moins un fourrage recommandable; aussi a-t-il été transporté dans beaucoup de pays, même à la Nouvelle-Hollande, où, dès 1847, M. Ferd. von Müller l’a trouvé naturalisé. Il y est d’ailleurs fort estimé, et considéré comme un des fourrages les plus avantageux que celte contrée ait acquis. Son foin est abondant et nourrissant, également propre à être fauché et pâturé. Peut-être rendrait-il les mêmes services en Algérie. L'analyse chimique, faite au printemps, sous la direction de M. Ferd. von Müller, a donné : albumine 2.8

pour 100; gluten, 3.8; fécule, 3.3; gomme, 1.7; sucre, 2.3 ; ce qui est la composition normale d’un bon fourrage.

BROSIMUM. — Genre d’Artocarpées, confiné dans les parties les plus chaudes de l'Amérique du Sud, et dont les espèces sont encore peu connues. L'une d'elles, toutefois, est célèbre : c’est le B. galactodendron, vulgairement nommé Palo de vaca, c’est-à-dire arbre à la vache, ce qui fait allusion à une propriété remarquable, celle de fournir en grande abondance une sève colorée, très semblable à du lait, et qui en a presque la composition; aussi en fait-on grand usage dans les localités où il croit. D’autres espèces du même genre, ou de genres très voisins, sont utiles, les unes par leurs fruits comestibles, telles que le 2. Alicastrum Sw., les autres par leur sève riche en caoutchouc ou en substances médicinales. Tous ces arbres mériteraient d’être étudiés au point de vue de l’industrie et du commerce, et d’être cultivés dans les colonies équatoriales, la Guyane par exemple, où se rencontrent les conditions climatériques qui leur conviennent.

BROUSSONNETIA. — Genre de la famille des Morées, comprenant trois ou quatre espèces, dont la plus importante est le Z. papyrifera VENT., le mürier à papier de la Chine, introduit depuis longtemps en Europe et ailleurs. Chez nous, c’est un arbre de 7 à 8 mètres, à feuilles indifféremment indivises ou lobées, couvertes d’une pubescence grisâtre. Ses fruits (syncarpes) ont quelque ressemblance avec de grosses mûres, de couleur orangée. Cet arbre est célèbre dans l’extrême Orient, où il rend d'importants services à l’industrie par les fibres de son écorce, dont on fait un papier très fort, ainsi que des tissus. Pour obtenir ces fibres, l’arbre est cultivé à la manière de nos osiers, c’est-à-dire en têtards, sur lesquels on coupe successivement les repousses lorsqu'elles ont atteint la grosseur d’un brin d’osier ou d’une tige de chanvre. Ce qui donne un nouveau prix à cet arbre, c’est qu'il croît dans les terrains les plus pauvres et les plus secs, et on peut s'étonner qu’on n’ait pas su jusqu'ici en ürer un meilleur parti dans le midi de l’Europe, pour la confection du papier et des cordages. Les étoffes faites avec la fibre du Broussonnetia deviennent, dit-on, imperméables à l’eau quand on les a fait tremper dans l'huile de lin. On a vainement essayé, en France, de nourrir les vers à soie avec ses feuilles.

BUCHLOA dactyloides Tor. — Graminée fourragère de l’'Amérique du Nord, nommée vulgairement Buffalo grass (Vherbe aux bisons), répandue sur une immense étendue, du Canada au Texas. C’est elle qui fait le fond des prairies sur lesquelles vivent les troupeaux de bisons. Elle est dioïque, couchée à terre, ne relevant que l'extrémité de ses tiges, à la hauteur de 20 à 25 centimètres, ce qui fait qu’elle n’est pas fauchable ; mais c’est une excellente pâture, qui engraisse remarquablement les bestiaux.

BUDDLEIA madagascariensis Lx. — Scrophularinée orne-

mentale, sarmenteuse, pouvant s'élever à l’aide de soutiens à 15 ou 20 mètres, très propre à couvrir des berceaux, des treillis, des murs dont on veut dissimuler la nudité, et qu’elle orne de son feuillage un peu gris et de ses grappes de fleurs orangées. Quoique indigène de Madagascar et del Afrique australe, elle est sulfisamment rustique en Provence. Elle est aujourd’hui répandue partout où on s'occupe d'horticulture d'agrément.

Plusieurs autres espèces du genre, quoique moins connues el encore rares en Europe, méritent d'attirer l’attention des amateurs. Ce sont les B. globosa Laux., du Pérou et du Chili; Z. macrostachya BENTH., B. paniculata Wazz. et B. Colvillei J. Hoox., toutes trois de l'Himalaya, et remarquables par la beauté de leurs fleurs et leur parfum. Il est hors de doute qu’elles seraient rustiques dans le midi de l’Europe.

BURSERA elemuifera J. Hook. — Arbre du Mexique, de la famille des Burséracées, qui donne la gomme copal ou élémi du Mexique. Il croît jusque sur le plateau mexicain où le climat est tempéré, ce qui est l'indice d’une certaine rusticité.

BUTEA.— Genre de Légumineuses papilionacées, de l’Inde, comprenant trois espèces, qui sont des arbres superbes. Le plus intéressant est le 2. frondosa Roxg@., le Dhac ou Pulas des Indous, qui croit sur l'Himalaya jusqu’à plus de 1,000 mètres d’altitude, où il endure de petites gelées. Cet arbre n’est pas seulement magnifique de feuillage et de fleurs, il est directement utile par l’abondante résine kino qui exsude de son écorce, et qui, d’après les analyses de Muspratt, contient jusqu’à 73 pour 100 de tannin. L’insecte à laque vit de ses feuilles. Il semble probable que cet arbre remarquable pourrait être introduit avec succès dans les parties les plus chaudes du midi de l'Europe et le nord de l'Afrique.

Deux autres espèces, les 2. superba el parviflora, des montagnes one conviendraient davantage aux colonies intratropi-

cales

BUXUS. — Genre de Buxacées, dans lequel on distingue aujourd’hui une quinzaine d'espèces, qui se partagent entre l'ancien et le nouveau monde. Jusqu'ici, une seule a de P’importance comme plante industrielle : c’est le B. semperoirens L., le buis proprement dit, du midi de l’Europe et de l'Asie occidentale, aujourd’hui propagé presque partout par la culture. Livré à lui- même, il devient à la longue un arbre de 8 à 10 mètres, dont le tronc peut acquérir la grosseur du corps d’un homme; mais des échantillons de cette taille sont devenus fort rares par suite de l'exploitation sans règle dont il a été l’objet. Son bois est incomparable pour la dureté et la finesse du grain, et nul autre jusqu'ici n'a pu le remplacer pour la gravure sur bois. On en confectionne d’ailleurs une multitude de menus ouvrages de tour et de tabletierie, des instruments de musique, flûtes, clarinettes, etc. Ses souches et ses racices noueuses servent en outre à faire des boîtes à tabac, des fourneaux de pipes et des

poignées de cannes, ce qui a encore contribué à le faire disparaître des pays où il croissait naturellement. Aujourd’hui c’est presque uniquement de l'Orient que l’Europe tire le buis dont elle se sert pour les diverses industries que nous venons de nommer.

Dans le jardinage d'agrément le buis joue un rôle considérable. On en fait des bordures le long des allées, et aucune autre plante ne le vaut pour cet usage. En le laissant grandir, on en obtient des arbrisseaux très décoratifs par leur verdure dense et perpétuelle, auxquels la fantaisie peut donner, par le ciselage, toutes les formes imaginables. Il s’accommode d’ailleurs de tous les terrains, mais 1l préfère les sols calcaires à tous les autres. Sous le climat de toute la France il est absolument rustique et résiste aux plus rigoureux hivers. Comme d’autres plantes, il a produit de nombreuses variétés, soit spontanément, soit par le fait de la culture, variétés qui ne diffèrent guère les unes des autres que par le feuillage, plus grand ou plus petit, arrondi ou oblong. On le multiplie habituelle ment par éclats du pied, qui reprennent aisément, mais on pourrait aussi le multiplier de graines, ce qui donnerait le moyen d’en obtenir des variétés nouvelles.

Une seconde espèce de buis, qui n’est peut-être qu'une variété spontanée et locale du buis ordinaire, estle 2. balearica L., ou buis des Baléares, indigène dans ces îles de la Méditerranée. Il se distingue du buis proprement dit par des proportions beaucoup plus fortes et un feuillage deux ou trois fois plus grand. C’est quelquefois un arbre de 15 à 18 mètres; malheureusement il a été presque entièrement extirpé de son pays natal. Cette race, ou espèce, qui croît plus rapidement que le buis commun, mériterait d’être prise en considération par les sylviculteurs.

Plusieurs autres espèces de buis existent en Amérique, au Japon, dans l'Himalaya, en Cafrerie et même à Madagascar, mais on ne sait encore rien des services qu’elles pourraient rendre.

CÆSALPINIA. — Genre type de la tribu des Césalpinées, de la famille des Légumineuses ; composé d'arbres et d’arbrisseaux, la plupart des régions chaudes de l'Asie et de l'Amérique du Sud. Les espèces de ce genre sont encore assez mal déterminées; nous pouvons cependant indiquer les suivantes :

C. Bonduc Roxg&.; Guilandina Bonduc L. — Arbrisseau épineux de l’Inde, naturalisé aujourd’hui en Amérique, et principalement employé à faire des haies défensives.

C. brevifolia BeNTH. — Du Chili, où il porte le nom d’A/goborillo. C’est un arbrisseau renommé pour la richesse en acide tannique de ses siliques, qui, d’après Philippi, en contiendraient jusqu’à 80 pour 100 de leur poids à l’état sec. D’autres chimistes en ont trouvé une moindre proportion, mais encore très considérable ; aussi l’utilise-t-on sur une grande échelle au Chili pour le tannage des cuirs, auxquels il communique une odeur particulière et qui n’est point déplaisante. Son action, dans le tannage, est trois fois plus rapide que celle des

écorces de chêne. Si on considère que cet arbrisseau est originaire d’un pays tempéré-chaud, on ne peut pas douter qu’il ne puisse être facilement acclimaté dans le midi de l’Europe et le nord de l’Afrique.

C. coriaria WiLzp. — Des contrées humides et basses de l'Amérique centrale. De même que le précédent c’est un grand producteur de tannin. Ses gousses ou siliques, connues dans le commerce sous le nom de Divi-divi, sont l’objet d’une exportation considérable. L'arbre a été introduit dans l’Inde anglaise, où on le regarde comme le plus rapide producteur de matière tannante. Le prix des siliques, sur place, varie de 8 à 15 livres sterling (de 200 à 325 francs) par tonne. Cet arbre ne pourrait être cultivé avec profit que dans les plaines humides des pays intratropicaux.

C. echinata Lauk. — Du Brésil. C’est l’arbre le plus important du genre, par la matière colorante rouge dont son bois est imprégné. Ce bois fait l’objet d’un commerce considérable, sous le nom de bois du Brésil, bois de Fernambouc. La substance tinctoriale qu’il contient est la brésiline, qui existe d’ailleurs dans d’autres espèces ou variétés voisines de celle-ci. Il ne faut pas confondre ce bois avec le bois de Campèche, qui appartient à un autre genre de Césalpiniées, l'Hæmatoxylon campechianum.

C. Sappan L. — De l’Inde. Arbrisseau dont le bois fournit une teinture rouge. Il en est de même du C. sepiaria, de l'Asie méridionale, qu’on retrouve en Chine et jusqu’au Japon. Ces deux arbrisseaux servent aussi à enclôre les champs.

D’autres espèces, qui sont américaines, offrent encore quelques ressources à l’art du teinturier. Ce sont principalement les C!. {inetoria Humgcr., du Chili, et C. vesicaria L., des Antilles, qui, concurremment avec le C’. echinata, fournit en partie le bois de Fernambouc.

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