L. arboreus L. — Le lupin en arbre. C’est un sous-arbrisseau
de { à 2 mètres, originaire du Mexique et de la Californie, introduit dans les jardins de l’Europe comme plante d'ornement. Ses fleurs sont jaune pâle. En Amérique on s’en sert pour fixer les sables, ce à quoi il est très propre par l’extrême longueur de sa racine pivotante. Si le terrain est humide, le lupin ne tarde pas à le couvrir d’une épaisse verdure qui étoufle toutes les autres plantes.
L. Douglasit Amarpx. — Des mêmes régions que le précédent, et, comme lui, un peu ligneux et à tiges vivaces. On s’en sert aussi pour consolider les terrains sablonneux. Plusieurs autres espèces analogues peuvent rendre les mêmes services.
L. luteus L. — Le lupin jaune. Annuel et à fleurs jaunes comme son nom l'indique. Il est originaire du midi méditerranéen de lEurope, mais aujourd’hui cultivé dans plusieurs pays du Nord, où il rend de grands services dans les terres sablonneuses, qu’il améliore à la longue, tout en fournissant un bon fourrage à faucher et à faire pâturer. C’est, de tout le genre des lupins, le plus utile à l’agriculture. Ses graines elles-mêmes sont employées à la nourriture des bœufs et des vaches et contribuent d’une manière notable à leur engraissement. Ce que le sainfoin fait pour l’amélioration des terres calcaires épuisées, le lupin jaune le fait pour les sables les plus infertiles.
L. oarius L.— Le lupin bleu proprement dit, du midi de l’Europe. Souvent cultivé dans les jardins d'agrément, mais qui pourrait rendre aussi des services à l’agriculture, ainsi que le ZL. Termis de l'Egypte, si largement cultivé dans les sables imbibés de l’eau du Nil.
Tous les lupins recherchent les sols siliceux et alumineux, mais ils viennent mal dans les terres riches en calcaire, qui, au contraire, conviennent à beaucoup d’autres légumineuses. Dans le nombre des espèces il en est de vénéneuses, au moins par leurs graines, toujours plus ou moins amères, et qu’on devrait s'abstenir de donner aux bestiaux avant de les avoir soumises à l’ébullition, et même, dans ce cas, elles devraient être préalablement concassées.
LYCIUM. — Lyciet. Arbrisseaux de la famille des Solanées, dont quelques-uns ont un emploi dans la culture d'agrément. Il suffit de citer les espèces suivantes :
L. europœum L. — Le lyciet commun. Arbrisseau sarmenteux, à petites fleurs violettes et à baies rouge orangé, et dont on se sert pour couvrir des treillis ou des murs.
L. barbarum L. — Jasminoïde. Du midi de l'Europe comme le précédent, et servant aux mêmes usages.
L. afrum L. — Du nord de l'Afrique. Ses branches, plus raides que celles des autres et armées d’épines, le rendent propre à entrer dans la composition des haies vives. Il résiste à toutes les sécheresses.
L. sinense L. — Le lyciet de la Chine. Très analogue à celui de l'Europe et servant aux mêmes usages décoratifs. On peut d’ailleurs D Rviege comme lui à épaissir des haies composées d’autres ar-
ustes.
LYGEUM sparlum L. — Le sparte. Graminée des parties les plus chaudes de la région méditerranéenne, dont les feuilles étroites et tenaces servent à faire des nattes, des paniers ou de la pâte à papier. Les Espagnols lui donnent le nom d’Æsparto, qu’ils appliquent aussi au S'éipa où Macrochloa lenacissima, l'alfa des Français. Cette dernière plante a beaucoup plus d'importance commerciale que le sparte. Toutes deux, d’ailleurs, croissent également bien dans les sols les plus rocailleux et les plus arides.
LYPERIA crocea ECKLON. — Sous-arbrisseau de l’Afrique australe, dont les fleurs fournissent une belle teinture orangée. Elles ont aussi quelque emploi en médecine. Ce sous-arbrisseau appartient à la famille des Scrophularinées.
MABA geminata Rob. Br. — Ebénier d'Australie. Arbre de la famille des Ebénacées, dont le bois de cœur est noir et l’aubier rouge ou rougeâtre. Ce bois est dur, lourd, élastique, à grain très fin et susceptible d’un beau poli, aussi est-il fort recherché pour divers ouvrages d’ébénisterie et de lutherie. Plusieurs autres arbres de même genre, qui croissent en Australie, pourraient être utilisés de même dans l’industrie. La plupart, d’ailleurs, s’acclimateraient sans peine dans le midi de l’Europe et le nord de l’Afrique.
MACADAMIA {ernifolia Ferd. von Muizer; Helicia ternifolia Rob. Br.— Grande Protéacée de l’Australie orientale-subtropicale, haute de 18 à 20 mètres, croissant dans les vallées boisées de cette région, mais supportant aisément le climat de Melbourne. C’est presque un arbre fruitier, en ce sens qu’il produit des petites noix comestibles, qui ont le goût de nos noisettes. Sa croissance est assez rapide, et on le voit souvent fructifier à sa septième année.
MACHILUS odoratissima NEEs. — Le Soom tree de l'Inde. Grand arbre de l'Himalaya, de diverses parties de l’Inde, de la Cochinchine et des îles de la Sonde, croissant jusqu'aux altitudes de 2,000 à 2,500 mètres. C’est une Laurinée dont les feuilles servent à nourrir le ver à soie Mouga (Bombyx?). Leur odeur rappelle un peu celle des feuilles d'oranger.
MACLURA aurantiaca NuTTr. —- L’oranger des Osages. Arbre du groupe des Morées, originaire de l'Amérique du Nord, principalement du Texas, de l’Arkansas et de la Louisiane. Suivant les localités, il reste à l’état d’arbrisseau ou s'élève à la taille d’un arbre moyen. Ses feuilles tombent en automne, et il est rustique dans une grande partie de l’Europe, où on le cultive comme arbre d'ornement, ce qu’il justifie par la beauté de son feuillage lustré, et par ses fruits (analogues à celui du mûrier), du volume et de la couleur d’une orange, mais qui ne sont point comestibles. Il rend des
services plus sérieux, car on en fait des haies que ses grandes et fortes épines rendent très défensives, et on tire de ses racines une teinture jaune. Son bois n’est pas non plus sans utilité, mais c’est à tort qu'on a cru pouvoir substituer ses feuilles à celles du mûrier pour la nourriture des vers à soie. Tous les essais qu’on en a faits en Europe ont échoué.
Les M. excelsa PLANcH., de l'Afrique occidentale, et M. Mora Grises., de la République Argentine, sont de grands arbres dont le bois est estimé pour tous les genres de constructions. Le dernier produit en outre des fruits comestibles. Il serait certainement rustique dans le midi de l’Europe.
MAGNOLIA. — Principal genre de la famille des Magnoliacées, composé d’arbres et d’arbrisseaux originaires de l'Asie orientale, de l'Himalaya et de l'Amérique du Nord, jusqu'ici employés seulement à la décoration des jardins et des parcs. À ce point de vue toutes les espèces en sont intéressantes, principalement celles qui suivent, et qui sont plus ou moins rustiques en France.
M. grandiflora L. — Arbre de 25 à 30 mètres aux Etats-Unis, PHARE aussi grand dans le midi de la France et au voisinage de
‘Océan, très remarquable par son grand et abondant feuillage luisant et persistant, et par ses énormes fleurs blanches de 9 à 12 pétales. Ses fruits ont quelque ressemblance avec des cônes de pins, auxquels les graines, d’un rouge vif, restent quelque temps suspendues par de longs filaments. C’est le plus beau du genre, et il est d’un grand effet ornemental, soit isolé sur les pelouses d’un pare, soit planté en avenues. Dans le nord et le centre de la France il est quelquefois maltraité dans les hivers rigoureux.
M. Campbelli Jos. Hook. — De l'Himalaya, où il a été découvert par deux botanistes anglais, MM. Jos. Hooker et Thomson. Il est de la taille du précédent et rustique à peu près au même degré, mais ses feuilles sont caduques, défaut qu’il rachète par une exubérante floraison. Ses fleurs sont tout aussi grandes que celles du MW. grandiflora, avec d’autres teintes : elles sont blanches ou roses à l’intérieur, rouge carmin en dehors. Ce bel arbre est encore assez rare en Europe.
M. macrophyllaMicux. — Des Etats-Unis, où 1l paraît n'être pas commun. C’est un petit arbre de 8 à 10 mètres, extrêmement remarquable par la grandeur de ses feuilles, qui atteignent parfois à 1 mètre de longueur, sur 25 à 30 centimètres de largeur. Elles sont caduques, ce qui n'empêche pas l’arbre de produire un effet saisissant dans la belle saison, surtout lorsqu'il est orné de ses fleurs blanches, dont la largeur est proportionnée aux dimensions du feuillage. Il est très rustique dans les parties tempérées de la France et même en Belgique et en Angleterre.
M. Yulan L. — De la Chine et du Japon, où il est cultivé de temps immémorial. C’est un grand arbrisseau à feuilles caduques, remarquable surtout par son abondante floraison dès la fin de l'hiver, etavant l'apparition des feuilles. Les fleurs, semblables à de grandes tulipes, sont blanches, plus ou moins lavées de violet pâle à l’exté-
rieur. Sous le climat de Paris elles sont exposées, à cause de leur précocité, à être atteintes par les dernières gelées.
M. hypoleuca Sisorn. — Du Japon, encore très rare en Europe, où il est arrivé en passant par les Etats-Unis. C’est un grand arbre dans son pays natal, où son bois flexible est employé à de nombreux usages. Il est aussi très remarquable comme arbre d’ornement par son feuillage blanchâtre à la face inférieure, et surtout par ses fleurs plus parfumées que dans aucune autre espèce du genre. On peut regretter qu’il soit encore si peu connu chez nous, d'autant plus qu nl y serait probablement rustique au même degré que les espèces précédentes.
Une quinzaine d’autres espèces de Magnolias existent dans les jardins de l’Europe; on les trouvera citées dans les ouv rages spéciaux d’horticulture.
MALACHRA capitata L. — Malvacée de l'Amérique tropicale, annuelle ou du moins pouvant être cultivée comme telle dans le midi de l’Europe, et dont les tiges, hautes de 2 à 3 mètres, contiennent une fibre tenace, lustrée, d'apparence soyeuse, et qu’on dit équivalente au jute comme matière textile.
MALLOTUS philippinensis J. Muzz.; Rotilera tinctoria RoxBG. — Arbre ou arbrisseau de l’ordre des Éuphorbiacées, appartenant à l'Asie méridionale et au nord-est de l'Australie, variable de taille suivant les lieux, et pouvant atteindre exceptionnellement celle de 15 à 18 mètres. Quoiqu'il n’ait pas actuellement une grande importance dans l’industrie, il peut être utile de le signaler, parce qu’on tire de ses racines, mais surtout de la pulvérulence de ses capsules, une brillante teinture orangée, fortemployée dans l’Inde pour teindre la soie en cette nuance. Les Hindous lui donnentle nom de XKamala, etils en extraient la teinture en la faisant bouillir avec du carbonate de soude. Cette poudre à aussi quelque usage en médecine comme anthelmintique.
MAMMEA americana L. — Le Mammey des Antilles. Arbre fruitier de l'Amérique du Sud, du groupe des Clusiacées, dont les fruits volumineux sont presque aussi estimés entre les tropiques que ceux du Manguier. Il est généralement cultivé au Brésil, dans l'Amérique centrale et aux Antilles. On retire de ses fleurs, par distillation, une sorte de liqueur, l’eau de créole, qui facilite la digestion sous les climats chauds et humides, que les Européens supportent difficilement. On emploie en outre le suc des feuilles pour tuer les puces pénétrantes (Pulex penetrans), qui, en Amérique, se logent sous les ongles des orteils, et causent un prurit pénible et quelquefois des accidents beaucoup plus graves. Aux Antilles françaises le fruit du Mammea porte le nom d’abricot d’Amérique.
MANGIFERA indica L. — Le manguier. Grand arbre fruitier de l'Asie méridionale, appartenant à la famille des Anacardiacées ou
Térébinthacées, dont le fruit, connu sous le nom de mangue, est un des meilleurs qui se récoltent entre les tropiques. C’est une sorte de drupe, de forme ovoïde, dont la grosseur et la qualité varient suivant les races et les procédés de culture. Cet arbre a été propagé dans tous les pays où la température moyenne annuelle n’est pas inférieure à 20 degrés centigrades et où s’ajoute à cette chaleur une certaine humidité atmosphérique. Toutes les tentatives faites jusqu'ici pour acclimater le manguier dans le midi de l’Europe et le nord de l'Afrique ont échoué, mais il réussit passablement dans l’île de Madère, qui est le point le plus avancé qu’il ait atteint vers le nord. Il est commun aux Antilles, et il est même en quelque sorte redevenu sauvage à la Jamaïque depuis le commencement du siècle, car il y constitue aujourd’hui te massifs qui méritent presque la qualification de forêts.
La mangue est un fruit de premier ordre, très estimé dans les pays chauds, mais dont il ne faut user qu'avec modération, parce que, pris en excès, il occasionne des éruptions cutanées. L’amande contenue dans son noyau est amère et anthelmintique.
Génériquement le manguier est assez voisin du pistachier de PEurope, et il ne serait peut-être pas impossible de le greffer sur cet arbre, expérience qui pourrait avoir d’heureuses conséquences au point de vue de la culture. Il semble d’ailleurs probable que le manguier pourrait être cultivé avec profit en Europe, dans des serres suffisamment chaudes; mais l’arbre étant dioïque, il faudrait en féconder artificiellement les fleurs femelles avec le pollen des fleurs mâles, ou plus simplement greffier quelques rameaux mâles sur les arbres femelles, et laisser la fécondation se faire d'elle-même.
MANIHOT. — Genre d'Euphorbiacées de l'Amérique méridionale, dont deux ou trois espèces jouent un rôle considérable dans l’agriculture de cette région, et sont même cultivées aujourd’hui dans divers pays intratropicaux, où on leur donne le nom générique de cassaves. Le genre Manihot contient un grand nombre d'espèces, qui ne sont pour la plupart que des arbrisseaux ; quelques-unes se font remarquer par le volume énorme de leurs racines féculentes, ou plutôt de leurs tubercules. Deux surtout ont de l’importance :
M. Aipe Pour. — La cassave douce. Des parties tropicales de l'Amérique du Sud, mais s’avançant jusqu’au fleuve Parana. Son tubercule est rougeâtre et exempt de suc vénéneux, ce qui permet de l’employer directement, sans lui faire subir d’autre préparation que de le faire cuire à l’eau. On le mange alors en guise de pain, ou à la manière des pommes de terre, en potages ou autrement. Sa fécule, d’ailleurs, sert à fabriquer le tapioca. Les tubercules ou racines charnues de la plante sont parcourues de fibres ligneuses dont on les débarrasse par la cuisson. Ces fibres n’existent pas dans l’espèce suivante.
M. utilissima Pour. — La cassave amère, ou plante au tapioca. Des mêmes régions que la précédente, avec laquelle elle a de grandes ressemblances. On en connaît un grand nombre de variétés, les unes dont les tubercules sont pénétrés d’un principe âcre
très vénéneux, les autres chez lesquelles ce poison n’existe pas. Ces tubercules peuvent atteindre une longueur de près d’un mètre et peser de 12 à 15 kilogrammes. Ils sont riches en fécule, que l’on extrait en les râpant et en soumettant la pulpe à une forte pression, qui en chasse le suc vénéneux; on achève cette préparation en l’exposant à une forte chaleur, qui volatilise et fait disparaître ce qui pouvait y rester de poison. La pulpe ainsi purifiée, on en fait du pain, des gâteaux, des galettes et le tapioca du commerce. La cassave amère est cultivée sur une grande échelle dans la province de Caracas, dont le climat lui est particulièrement favorable, et où elle donne son produit en sept à huit mois ; mais c’est une culture épuisante, qui demande un sol riche et beaucoup d’engrais. Elle est d’ailleurs plus productive que la précédente, mais ses tubercules ne s’attendrissent pas par la cuisson comme ceux de cette dernière.
Une troisième espèce, le AZ. Janipha, fournit aussi une fécule comestible, un peu difficile à extraire, ce qui fait qu’il est comparativement peu cultivé.
MAOUTIA Puya WEpp. — Grande Urticée des montagnes de l'Inde, jusqu’à 1,200 mètres d’altitude, ce qui lui donnerait vraisemblablement assez de rusticité pour pouvoir être introduite dans beaucoup de pays tempérés-chauds. C’est une plante textile, analogue à la ramie (Bœhmeria nivea), mais de plus forte taille, et que l'industrie pourrait utiliser, quoique sa fibre soit plus difficile à extraire que celle de la ramie. Ses feuilles ne sont pas urtcantes.
Nous faisons remarquer en passant que beaucoup d'espèces d’urticées armées d’aiguillons, dont la piqûre cause de violentes douleurs, contiennent des fibres qui pourraient être employées à divers usages, ne fût-ce que pour être converties en papier ; mais on ne saurait en recommander la culture ni l'introduction dans les pays où elles n’existent pas, à cause des accidents qu’elles pourraient occasionner. Il en est, en effet, dont les piqûres sont si douloureuses qu’on a vu quelquefois la mort en être la conséquence. Au lieu de propager ces plantes dangereuses il y aurait avantage à les extirper partout où on les rencontre et à en faire disparaitre la race.
MARANTA arundinacea L.— Arrow-root. Plante herbacée, vivace par ses tubercules, analogue aux balisiers (Canna), si connus aujourd’hui dans l’horticulture d'ornement, et appartenant comme eux à la famille des Cannacées ou Marantacées. C’est de ses tubercules qu’on retire la fécule connue dans le commerce sous le nom d’arrow-root, corruption du nom d’arou-arou que lui donnent les indigènes du Brésil. Elle est cultivée en grand, non seulement au Brésil, mais dans les Antilles, au Mexique et jusqu’en Floride, où se trouve la limite septentrionale de sa culture. Elle y donne cependant des produits considérables, qu’on évalue à 2 ou 300 bushels par acre. D’autres espèces sont également utilisées, quoique avec moins de profit, telles que les A. nobilis, Allouya et nobilissima. Toutes, d’ailleurs, demandent un climat constamment chaud et un
peu humide.
MARLEA vitiensis BENTH. — Arbre de moyenne taille, des îles Fidji et de l’Australie orientale, à tronc noueux et dont le bois, d’une belle couleur jaune et veiné de brun, est noir au centre. Il
ourrait être utilisé en ébénisterie et en tabletterie. Les fruits de arbre sont d’ailleurs comestibles. Il appartient à la petite famille des Alangiées, qui a la plupart de ses représentants dans l'Inde, de l'Océan au pied de l'Himalaya.
MARLIERA glomerala BENTH. — Arbrisseau de la famille des Myrtacées, indigène du Brésil méridional, intéressant pour ses fruits, qu’on dit excellents et dont la grosseur est celle d’un abricot ordinaire. C’est le C'ambuca des Brésiliens.
Une seconde espèce, le M. {omentosa CAMBESS., vulgairement Guaparanga, se recommande également aux acclimateurs par sa rusticité probable dans le midi de l’Europe, et par ses baies de la grosseur d’une cerise. Comme le précédent, il appartient au Brésil méridional extratropical.
MAURITIA flezuosa L. — Grand et très beau palmier de la Guyane, du Pérou et du Brésil, qu’on croit pouvoir se naturaliser, au moins comme arbre décoratif, dans les parties les plus chaudes du midi de l’Europe et dans le nord de l’Afrique, mais avec un succès bien plus certain dans les colonies intratropicales. Une seconde espèce du genre, qui mériterait de fixer l’attention des acclimateurs, est le M. vinifera Marr., du Brésil, palmier de très grande taille (jusqu’à 40 mètres et plus de hauteur), qui fournit, par des incisions faites sur sa lige, une abondante sève sucrée, dont on fait une sorte de vin et qu’on peut même convertir en eau-de-vie. Toutelois cet arbre, pour être productif, ne pourra probablement pas sortir des régions à climat constamment chaud.
MAYTENUS Zoaria DC. — Arbre à feuilles persistantes, du Chili, qu’on rattache à la famille des Célastrinées, et qui arrive à de fortes proportions dans les provinces les plus méridionales et par conséquent les plus froides de ce pays. Son bois est excessivement dur, ce qui est une première recommandation ; 1l en a une autre dans la qualité fourragère de son feuillage, qui est une excellente ressource pour les bestiaux en hiver et pendant les sécheresses de l’été. À ce double titre, l’arbre rendrait indubitablement des services dans beaucoup de pays tempérés, et notamment dans le sud de l'Europe.
MEDICAGO. — Genre de Légumineuses herbacées ou plus rarement buissonnantes, qui compte de nombreux représentants dans l'hémisphère du nord, principalement en Europe et en Asie. Les caractères les plus saillants du genre sont d’avoir les feuilles composées de trois folioles, et le fruit, ou gousse, arqué en faucille ou contourné en spirale. Les espèces sont les unes annuelles, les autres vivaces. Citons celles qu’il importe le plus de connaître :
M. arborea L. — La luzerne en arbre. Buisson de ? à 3 mètres,
originaire du midi de l'Europe et de l'Orient, à fleurs jaunes et à végétation hivernale. En été elle perd ses feuilles, et ne les reprend qu'après les pluies de l’automne. C’est un bon fourrage d’hiver dans les pays où elle est indigène, mais elle n’est cultivée ailleurs que comme arbuste d'ornement.
M. sativa L. — La luzerne. Originaire d'Orient, mais aujourd’hui cultivée dans tous les pays tempérés de l’ancien et du nouveau monde. On sait que la luzerne est un des fourrages les plus importants de l’agriculture de l’Europe, pour la nourriture des chevaux et des autres animaux de la ferme; aussi est-elle partout cultivée sur une grande échelle, mais principalement sur les sols calcaires, quoiqu’elle réussisse assez bien dans les terres siliceuses, et même sur le sable, à condition qu’il conserve en tout temps une certaine humidité. Dans le midi de l’Europe la luzerne, lorsqu'elle est irriguée, peut donner de six à huit coupes par an, etelle dure plusieurs années, surtout si elle est sur une terre profonde et préalablement bien ameublie, où elle puisse enfoncer ses longues racines. Sa culture varie d’ailleurs suivant les climats et les natures de sol, mais ce sont là des détails qu’on trouvera dans les traités spéciaux d’agriculture.
La luzerne compte plusieurs ennemis, dont les plus retoudables sont la cuscute, plante parasite qui s’attache à ses tiges et l’épuise ; le rhizoctone, sorte de champignon souterrain, qui en détruit les racines et en amène la mort; enfin l’hispe noir, petit insecte coléoptère, qui en ronge le feuillage et fait subir des pertes considérables à l’agriculteur. Contre la cuscute et le rhizoctone, les meilleurs moyens de remédier au mal consistent à cerner les places attaquées par un fossé de 0"50 de profondeur, et à en retourner la terre, qu’on laisse quelque temps sans culture; il faut toutefois, en ce qui concerne la cuscute, faire cette opération avant que le parasite n’ait produit ses graines, qui infesteraient le sol les années suivantes. Souvent les graines de luzerne fournies par le commerce contiennent des graines de cuscute; on les purifie à l’aide de trieurs appropriés. Si la luzerne est attaquée par les hispes, le mieux est de la faucher immédiatement et de la convertir en foin, ou de l’enfouir pour servir d'engrais.
L’alfalfa, introduit du Chili en Europe, depuis quelques années, n’est autre chose que la luzerne proprement dite, et n’a aucune supériorité sur elle.
M. lupulina L. — La lupuline ou minette. C’est une autre espèce de luzerne, commune en Europe, et qu’on retrouve aujourd’hui dans l'Amérique du Nord. Elle est annuelle ou bisannuelle suivant le mode de culture. Moins importante que la précédente, elle rend cependant de bons services dans les terres médiocres et sujettes à la sécheresse. On peut la faucher ou la faire pâturer par les moutons, ce qui est plus avantageux, d'autant plus qu’elle les expose beaucoup moins à la météorisation que la luzerne proprement dite.
Beaucoup d’autres espèces du genre Medicago existent en Europe, et toutes peuvent servir au pâturage des animaux, mais ce ne sont point des plantes à cultiver, d’abord à cause de leur rendement
Fe
trop faible, puisqu’au lieu de s'élever elles étalent leurs tiges sur la terre, ce qui ne permet guère de les faucher; enfin, parce que leurs gousses contournées en spirales sont, chez la plupart de ces espèces inférieures, hérissées d’épines, qui peuvent blesser la bouche des animaux, ou s’introduire dans la toison des moutons et par là même la déprécier. Nous devons faire remarquæ que les graines de Iuzerne du commerce, surtout celles qui viennent de l’étranger, sont souvent adultérées par le mélange des graines de ces diverses espèces, qu’il est fort difficile de reconnaitre et à peu près impossible d'éliminer. 11 résulte de ces considérations que les agriculteurs ont tout intérêt à récolter eux-mêmes la graine de luzerne dont ils peuvent avoir besoin, ou du moins ne recourir qu’à des intermédiaires auxquels ils puissent se fier en toute assurance.
MELALEUCA. — Genre de Myrtacées, la plupart australiennes, comprenant des arbres el des arbrisseaux de toute taille, à feuillage délié et aromatique, et souvent remarquables par la grâce et la beauté de leurs inflorescences. Beaucoup d'espèces sont déjà introduites en Europe à titre d’arbrisseaux d'ornement. La plupart sont rustiques au voisinage de la Méditerranée.
Outre les espèces purement ornementales, le genre en contient quelques-unes qui peuvent rendre des services plus importants ; ce sont principalement les suivantes :
M. ericifolia Surr. — Du sud-est de l'Australie. C’est un grand arbrisseau buissonnant, dont on se sert pour consolider les terres détrempées d’eau aux bords des rivières et de la mer, où il remplace avec avantage les mangliers des autres pays. Un point à noter c’est qu'il croît avec vigueur dans les terres imbibées d’eau salée, où aucun Eucalyptus ne pourrait vivre, et dont il atténue ou fait disparaître l’insalubrité. Cette remarquable propriété doit attirer l’attention dés cultivateurs et des colons établis au voisinage de marais et de lagunes dans tous les pays cireum-méditerranéens, en Algérie principalement. Les Melaleuca linarüfolia et genistifolia, qui s’accommodent des mêmes terrains salés et imbibés d’eau, sont également à recommander, d'autant plus qu’ils sont déjà introduits et très rustiques en Provence.
M. leucadendron L. — Du nord et de l’est de l'Australie, où il s’avance jusqu’au 34° degré de latitude sud. Celui-ci est un grand arbre, qui atteint de 20 à 25 mètres de hauteur, sur un troncde plus d'un mètre de diamètre. Tout autant que les précédents il peut servir à assainir l’air dans les lieux marécageux, car il se plaît comme eux dans les sols imbibés d’eau saumâtre. Son écorce, assure-t-on, est de telle nature qu’elle met l’arbre à l’abri des incendies. Son bois a d’ailleurs une certaine valeur; quoique dur, il se fend assez facilement en planches, il résiste aux attaques des termites, et dure presque indéfiniment, même enfoui en terre ; aussi l’'utilise-t-on, en Australie, pour les travaux les plus variés. Nous n'avons pas besoin d’insister pour faire comprendre les services qu'il rendrait en Algérie.
M. parviflora Lixpz. — De l'Australie extratropicale. Petit arbre
bi 2e.
ou grand buisson, très employé pour fixer les sables sur les bords de la mer.
M. styphelioides Suirn. — De l'Australie orientale. C’est un arbre d’une vinglaine de mètres, très beau de feuillage et de fleurs, à bois dur et pour ainsi dire incorruptible. L'arbre se plaît aussi dans les lieux marécageux.
M. trichostachya Linpz. — De l'Australie tropicale. C’est un petit arbre qui se plaît dans les terres salées, même dans celles qu'atteignent les marées, ce qui est une qualité précieuse à bien des titres. Le M. squarrosa, du sud-est de l'Australie, plus rustique que lui et beaucoup plus grand (15 à 20 mètres de hauteur), rendrait probablement les mêmes services.
MELANORRHŒEA usitata WaLricH. —: Le vernis de l’Inde. Arbre de la famille des Anacardiacées ou Térébinthacées, exploité dans l’Inde pour la résine qu’on extrait de sa sève, et qui fournit un vernis noir de haut prix. Il ne supporterait pas la gelée, mais comme il s’élève sur les montagnes de l'Inde centrale jusqu’à l’altitude de 1,000 mètres, on peut supposer qu’il s’accommoderait de tous les climats chauds ou tempérés-chauds exempts de gelées en hiver.
MELIA Azedarach L. — Azédarach, lilas des Indes. Arbre de moyenne taille, de la famille des Méliacées, originaire de l'Asie méridionale, d’où il a été successivement transporté en Arabie et dans toute la région méditerranéenne, et plus au nord jusque sous le climat de Paris et de Londres. On le retrouve d’ailleurs aujourd'hui dans la plupartdes colonies européennes intratropicales. En Europe et ailleurs on ne l’a guère considéré jusqu’à présent que comme un arbre d'ornement, par son feuillage etses fleurs, mais 1l a une valeur plus réelle dans son bois, qui est très beau et dont on se sert déjà pour faire quelques instruments de musique. Ses fruits sont des espèces de drupes, de la grosseur d’un gros pois, et servent à le multiplier. La pulpe de ces fruits passe pour vénéneuse, et on a signalé des empoisonnements de bestiaux qui s'étaient abreuvés dans des réservoirs ombragés par des azédarachs et qui en recevaient les fruits lorsqu'ils tombaient des arbres.
MELIANTHUS major L.— Grande plantefrutescente de l’Afrique australe, appartenant au groupe des Zygophyllées, qui est une tribu de la famille des Rutacées. Introduit depuis longtemps en Europe, le Melianthus major n’y est considéré que comme plante d’ornement, ce que jusüfient d’ailleurs son grand et beau feuillage, d’une teinte glauque, et jusqu’à un certain point ses fleurs bizarres de forme et de coloris; mais c’est surtout par ses propriétés médicinales et antiseptiques qu’il se recommande à l’acclimateur. Le suc qu’on retire de sa tige et de ses feuilles est souverain, dit-on, dans les maladies cutanées, principalement dans celles du cuir chevelu, qui sont à la fois si tenaces et si contagieuses.
MELICA. — Mélique. Genre de Graminées fourragères, de l'Eu-
rope et de l’Asie, la plupart vivaces et propres surtout au pâturage des moutons. Les espèces les plus recommandables sont les suivantes :
M. altissima L. — La grande mélique, du nord de l’Europe et de l'Asie centrale.
M. ciliata L. — De presque toute l’Europe, et qui se plaît surtout dans les sols calcaires, même les plus secs.
M. nutans L. — Des mêmes régions que la précédente, mais plus rustique dans le Nord, et produisant un bon fourrage, même sous le couvert des bois. La même chose peut se dire de plusieurs autres méliques, telles que les A. uniflora de l’Europe et M. mutica de l'Amérique du Nord, toutes plantes dont l’agriculture ne s’est pas assez occupée.
MELICOCCA bijuga L. — Arbre de la famille des Sapindacées, croissant sur les hautes montagnes de l'Amérique centrale, ce qui rend probable la possibilité de sa naturalisation dans les localités chaudes de la région méditerranéenne et des pays analogues par le climat. On peut le qualifier d’arbre fruitier, attendu que la pulpe de ses fruits est comestible et a le goût du raisin; les amandes de ses graines sont pareillement comestibles, et rappellent quelque peu la saveur de nos châtaignes.
MELILOTUS. — Mélilot. Genre de Légumineuses papilionacées, à feuilles trifoliolées, plus ou moins aromatiques, et dont les fleurs, toujours assez petites, sont disposées en grappes aux sommets des rameaux. Les espèces du genre, au nombre d’une trentaine, et appartenant pour la plupart à l’Europe et à l’Asie centrale, sont les unes annuelles, les autres bisannuelles ou vivaces. Partout elles sont considérées comme plantes fourragères. Quelques-unes peuvent être recommandées aux agriculteurs.
M. alba L. — Mélilot blanc, trèfle de Bokhara, trèfle de Sibérie. C’est le plus grand du genre, car il s’élève à 2 mètres ou plus. On l’a beaucoup vanté, dans la première moitié de ce siècle, comme fourrage de première valeur, tant pour ses qualités nutritives que pour son abondance, mais il n’a pas répondu à l’attente des cultivateurs. À cause de son arome prononcé les bestiaux ne l’acceptent qu'avec une certaine répugnance, et il est même plus dangereux pour eux que le trèfle et la luzerne lorsqu'il est consommé en vert. Il n'offre plus le même danger lorsqu'il est sec, mais la grossièreté et la dureté de ses tiges filandreuses rebutent les animaux. Ces défauts sont regrettables, car le mélilot blanc réussit sur les terres les plus médiocres, et la quantité de fourrage qu’il y donne est extraordinaire. Il a toutefois un mérile qui peut le réhabiliter aux yeux de ere bn personnes, c’est que ses fleurs, très abondantes et ge se succèdent pendant longtemps, sont avidement recherchées
es abeilles et leur font produire beaucoup de miel. On dit aussi que ses tiges si robustes peuvent ôtre utilisées pour leurs fibres corticales, ne fût-ce qu’en vue d’en faire de la pâte à papier. Le mélilot blanc est bisannuel et peut s’intercaler dans les assolements.
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M. cœrulea Lauk. — Le mélilot bleu. Du midi de l’Europe et du nord de l’Afrique. C’est une plante annuelle, trop odorante pour être recherchée par les bestiaux, mais qui est cultivée dans quelques cantons de la Suisse pour colorer et aromatiser certains fromages.
M. officinalis L. — De l'Europe et de l’Asie centrale. Il est bisannuel, mais peut durer plusieurs années s’il est fauché avant la floraison. Comme fourrage il a les qualités et les défauts du mélilot blanc, avec une taille beaucoup moindre. Mêlé au foin ordinaire, il est accepté par les bestiaux, mais il convient surtout aux abeilles pendant le temps de sa floraison. Tous les mélilots sont dans le même cas; ils doivent leur arome particulier à la coumarine.
MELOCANNA bambusoides TriNius. — Grand bambou des montagnes de l'Inde méridionale et des îles de la Sonde, remarquable entre tous par la nature de son fruit charnu et semblable à une petite pomme, dans lequel est logée une graine et dont le goût est agréable. Ce bambou croît sur les pentes sèches des montagnes; Il est dépourvu d’épines, et s'élève avec une rectitude parfaite jusqu’à la hauteur de 20 à 25 mètres. Une seconde espèce du genre, le A7. travancorica, des mêmes parties de l’Inde, est encore moins connu que le précédent. Tous deux mériteraient d’attirer l’attention des acclimateurs.
MENTHA. — Labiées herbacées, vivaces par leurs racines, comprenant un grand nombre d’espèces propres à l’Europe, à l’Asie et à l’Australie, toutes plus ou moins aromatiques et employées depuis les temps les plus anciens en médecine et dans l’art des parfums. Quelques-unes sont classiques sous ce rapport. Telles sont les suivantes :
M. laxifiora Bent. — Des forêts de l’Australie méridionale. Elle fournit par distillation une huile essentielle très analogue à celle de la menthe poivrée et employée aux mêmes usages.
M. piperita L.— La menthe poivrée,le Peppermint des Anglais. De l’Europe centrale et cultivée industriellement dans quelques pays. C’est la plus riche en huile essentielle et celle dont l’arome est le plus agréable, aussi donne-t-elle lieu à un commerce considérable. Outre son emploi en médecine, l’essence de menthe est fort usitée en confiserie, où elle sert surtout à aromatiser des liqueurs. Celle d'Angleterre passe pour la meilleure, ce qu’elle doit au climat humide et tempéré de ce pays. Des botanistes qui font autorité la regardent comme une simple variété de la menthe aquatique (M. aquatica) de l’Europe méridionale et du nord de l’Afrique, d’où seraient sorties également la menthe crépue (M. crispa) et la menthe bergamote (M. citrata), qui partagent les mêmes propriétés.
M. Pulegium L. — La menthe pouillot; le Penny royal des Anglais. De l’Europe, de l’Asie occidentale et du nord de l’Afrique. Plante très aromatique, mais dont l’essence est assez différente de celle de la menthe poivrée. Elle aime les terres humides, et s’y propage rapidement. Il est difficile de l’extirper des prairies, où elle
nuit au développement de plantes fourragères plus utiles aux besliaux.
M. rotundifolia L. — Des mêmes régions que la précédente et recherchant comme elle le bord des ruisseaux et les terres humides. | Son arome a quelque chose de celui de la mélisse. Elle fournit, en | France et en Italie, une partie de l’essence attribuée à la menthe crépue. Il en est de même des M. viridis et M. sylvestris, qu'on distille pour les mêmes usages. Nous ferons remarquer en passant que les espèces de ce genre sont difficiles à distinguer les unes des autres, et que les botanistes sont souvent en désaccord sur leurs caractères, ce qui tient à la variabilité de ces espèces autant qu’à leur grand nombre.
MERIANDRA abyssinica Ferd. voN MuLer. — Arbrisseau des hautes montagnes d’Abyssinie, dont l’odeur est pénétrante. Il est employé aux mêmes usages que la sauge, et appartient comme elle à la famille des Labiées.
MESEMBRIANTHEMUM. — Ficoïde. Genre unique de la famille des Ficoïdées ou Mésembrianthémées, dont toutes les espèces sont originaires de l’Afrique australe, à l’exception d’une seule qui habite le nord de l’Afrique et quelques îles de la Méditerranée. Ce sont des plantes charnues, suceulentes, très variées de figure, la plupart étalées sur le sol, qu’elles couvrent d’un épais tapis de verdure, et qu’elles ornent de leurs fleurs, souvent brillamment colorées. Tous les mésembrianthèmes se plaisent au soleil le plus ardent et conservent leur verdure dans les plus longues sécheresses. Leur culture est difficile dans les pays septentrionaux et humides, où on est obligé de les tenir sous verre, mais la plupart réussissent sans peine dans le midi de l’Europe, où même quelques-uns se sont naturalisés et devenus en quelque sorte sauvages. Jusqu'ici cependant on ne les a considérés que comme des plantes d'agrément, propres surtout à couvrir des rocailles, mais on ne peut pas douter que quelques-uns ne puissent devenir, dans certaines circonstances, des plantes fort utiles pour l’agriculture. Citons les espèces les plus remarquables.
M. acinaciforme L. — Plante étalée sur le sol, à feuilles trigones, glauques ou grisâtres, presque de la grosseur et de la longueur du doigt, et qui est surtout remarquable par la grandeur et l’éclat de ses fleurs, d’un pourpre violet. Aucune plante n’est plus propre à orner les rochers exposés au soleil, aussi la trouve-t-on fréquemment employée à cet usage aux alentours de la Méditerranée. Son fruit, de la grosseur d’une petite figue, est mangé par les Hottentots, ainsi que celui de plusieurs autres espèces.
M. edule I. — La figue des Hottentots proprement dite. Cette espèce a beaucoup d’analogie avec la précédente, ayant comme elle des feuilles trigones, mais ses sarments ou tiges rampantes sont beaucoup plus longs, et sa verdure est d’une teinte plus vive. Ses fleurs, aussi grandes que celles de l’acinaciforme, sont peu remarquables à cause de leur coloris jaunàtre indécis, tirant quelquefois
sur le violet. Elle est naturalisée dans divers lieux du midi de la France, au voisinage de la Méditerranée, couvrant les murs, les sables arides du voisinage de la mer et d’autres lieux incultes. Ses fruits sont récoltés par les indigènes de l'Afrique australe, et il est vraisemblable qu'ils ne seraient pas sans utilité dans le nord de l’Afrique, dans le Sahara principalement, ne fût-ce que pour la nourriture des bestiaux. La plante se propage d’elle-même par l’enracinement de ses tiges étalées sur le sol.
M. crystallinum L. — Glaciale, cristalline. Plante annuelle, dont les tiges et les rameaux s’étalent en tous sens sur la terre, à feuilles planes, mais épaisses, charnues et très aqueuses. Toute la plante est comme hérissée de papules ou vésicules remplies d’un liquide incolore, qui lui donne l’air d’être couverte de petits glaçons, et la fait miroiter au soleil. On la cultive ordinairement comme simple plante de curiosité, mais quelques personnes en mangent les feuilles accommodées à la façon des épinards. Beaucoup d'oiseaux, les passereaux entre autres, sont avides de ses feuilles, et il est quelquefois difficile de la conserver dans les jardins à cause de leurs déprédations.
Tout récemment un célèbre chimiste agriculteur, M. Hervé-Mangon, a appelé l'attention du public sur cette modeste plante, qui semble devoir rendre d'importants services à l’agriculture sur les terressablonneuses, car elle contient une forte proportion de nitrates, qu’elle paraît composer de toutes pièces dans ses tissus, à l’aide de l’azote atmosphérique. Ce serait donc un excellent engrais vert, et d'autant plus précieux qu’elle croît sur les plus maigres terrains. Elle a aussi la propriété de les dessaler quand ils sont imprégnés de sel.
M. capitatum HAwoRTH. — Espèce vivace, de croissance rapide, étalée et s’enracinant d'elle-même à tous les nœuds de ses tiges et de ses rameaux, formant ainsi une protection pour le sol qu’elle envahit, à l'exclusion de presque toutes les autres plantes, qu’elle étouffe. Sous ce rapport elle ressemble au 47. edule, dont il a été question plus haut, mais elle couvre la terre plus rapidement et y est mieux fixée, aussi s’en sert-on communément, dans le sud de l'Afrique, pour fixer et retenir les sables au voisinage de la mer.
Beaucoup d’autres mésembrianthèmes pourraient rendre des services analogues, et même devenir alimentaires pour les bestiaux dans les pays où les longues sécheresses de l’été rendent rares les fourrages verts en cette saison; c’est un point qu’il est bon de signaler aux colonisateurs de ces pays.
Aujourd’hui plus de cinquante espèces de mésembrianthèmes sont cultivées dans nos jardins méridionaux, où elles se font remarquer les unes par l’étrangeté de leur port, les autres, et c’est le plus grand nombre, par le coloris brillant de leurs fleurs, où l’on trouve toutes les nuances, excepté le bleu.
MESPILUS germanica L. — Le néflier. Petit arbre ou grand arbrisseau indigène de l’Europe centrale et méridionale, à feuilles caduques, cultivé communément pour ses fruits, qui sont excessi-
vement acerbes avant leur maturité, mais agréables à manger quand ils sont devenus blets. Ces fruits ont le défaut de contenir quatre ou cinq noyaux qui en occupent une partie considérable, aussi a-t-on cherché à obtenir, par le semis et la sélection, des variétés sans noyaux. On y a réussi en partie, mais les fruits de ces variétés sont moins sucrés que ceux de la variété ordinaire, D’autres variétés se distinguent par des fruits plus volumineux, et qui ont presque la grosseur d’une petite pomme. Toutes se propagent par la greffe, sur des sujets obtenus de semis.
METROSIDEROS f{omentosa CUNNGH.— Grand arbre du groupe des Myrtacées leptospermées, de l’île septentrionale de la Nouvelle-Zélande, haut de 20 à 25 mètres, sur un tronc massif, qui paraît court relativement à la grandeur de l’arbre. Le bois en est solide et d’une longue durée, même dans l’eau, ce qui le fait rechercher pour les pilotis, les constructions navales et autres ouvrages de charpente exposés aux causes extérieures de détérioration. Cette espèce n’est pas la seule du genre qui puisse être utilisée comme arbre forestier ; les AZ. lucida et robusta, du même pays, peuvent rendre des services analogues. Leur feuillage persistant et leur brillante floraison en font d’ailleurs des arbres d'ornement dignes d'intérêt.
MICHELIA excelsa BLum. — De la famille des Magnoliacées. C’est un bel arbre forestier de l'Himalaya, aux altitudes de 2,000 à 2,500 mètres, où on le considère comme fournissant le meilleur bois de charpente de ces localités. Le tronc droit et filé, quand l’arbre a crû en massifs, a communément 3 à 4 môtres de circonférence à la base. Dans la même région à climat tempéré se trouvent d’autres Magnoliacées du même genre, les A7. lanuginosa, Kisopa, Cathcarii, Champaca, nilagirica, elc., qui jusqu'ici n’ont pas encore été introduits en Europe.
MICROSERIS Pforsteri J. Hook. — Composée chicoracée de l'Australie méridionale etde la Nouvelle-Zélande, où elle représente d’une certaine manière la scorsonère de l’Europe. C’est une plante vivace, dont la racine charnue et tendre est mangée par les populations indigènes. Cette modeste chicoracée mérite d’attirer l’attention des horticulteurs, qui pourraient l'améliorer par le semis, la sélection et une bonne culture, procédés auxquels nous devons tous nos légumes usuels et nos meilleurs arbres fruitiers. Le Microseris ne croît nulle part mieux que sur les montagnes dont les sommets se couvrent de neige, ce qui indique une suffisante rusticité pour tout le centre de l’Europe. ;
MILIUM efjusum L. — Graminée vivace, des parties tempérées de l’Europe et de l’Asie, commune dans les bois du nord de la France. C’est un bon fourrage, qui rend considérablement dans les terres fraîches non imbibées d’eau stagnante. La graine pourrait en être utilisée comme celle du millet cultivé pour la nourriture des
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volailles et surtout des faisans, qui en sont avides. La paille est de première qualité pour la confection des chapeaux.
MILLETTIA cafjra Meissx. — De la Cafrerie orientale, où les colons européens lui donnent le nom d’Zron wood, c’est-à-dire bots de fer. C’est un arbre de la famille des Légumineuses, de petite taille, ne dépassant guère 10 mètres de hauteur, sur 030 à 040 de diamètre à la base du tronc. Ce qui en fait la valeur c’est la dureté, la finesse de grain et la beauté de son bois, d’une nuance jaune vive et parsemé de macules rouge- brun ou noir d’ébène. Ce bois a été fort admiré à l'exposition coloniale de Londres, et on regrettait qu’il ne fût pas de dimensions assez fortes pour entrer largement dans l’ébénisterie, où il aurait peu de rivaux. On en fait toutefois beaucoup de petits ouvrages de tabletterie, des amulettes en usage chez les Cafres, des ornements sculptés, des boîtes de toutes formes, et surtout des cannes (cannes de Cafrerie), remarquables par leur force et leur élégance et déjà recherchées par le commerce.
Une seconde espèce du genre, le M. Sutherlandi, des mêmes régions, moins Connu, mais tout aussi digne de l’être, est un grand arbre forestier de 25 à 30 mètres, sur plus de 1 mètre de tour à la base du tronc. Nous n’avons pas encore de renseignements suffisants sur les qualités de son bois, mais il est à présumer qu’il participe dans une certaine mesure à celles de l'espèce précédente. Ces deux arbres seraient à introduire dans tout le nord de l'Afrique et autres pays de climats analogues.
MIMOSA. — Genre de Légumineuses, dont la corolle est fort différente de celle des papilionacées, mais qui leur ressemblent par tous les autres caractères. Il a donné son nom à la tribu entière des Mimosées, dont le genre le plus nombreux est celui des acacias.
Les mimosas proprement dits sont en général des arbrisseaux très épineux, à feuilles doublement composées, et dont les fleurs, toujours très petites, sont réunies en capitules sphériques, le plus souvent de couleur rose ou carmin. Quelques espèces sont cultivées dans les jardins botaniques ou dans les jardins d'agrément ; la plus intéressante est la sensitive (M. pudica L.), petite plante à rameaux étalés, dont les feuilles et les folioles se meuvent au moindre contact, comme si elles étaient douées de sensibilité. D’autres espèces, plus arbustives et très épineuses, servent à faire des haies défensives dans les pays chauds ou tempérés-chauds. Tels sont les AZ. rubricaulis de l'Inde, et AZ. acanthocarpa de l'Afrique australe, qui s’accommodent tous deux du climat de l'Europe méditerranéenne et du nord de l’Afrique. Beaucoup d’autres mimosas peuvent être employés aux mêmes usages.
MIMUSOPS. — Arbres et arbrisseaux de la famille des Sapotées, indigènes de l’Inde et de l'Amérique intratropicale, utilisés les uns pour leurs fruits comestibles, les autres pour leurs propriétés médicinales. Citons particulièrement les suivants :
M. Elengi L. — De l’Inde, où il est renommé pour l’arome vio-
lent de ses fleurs, dont on retire par distillation une huile essentielle qui entre dans la composition d’une liqueur échauffante très recherchée des indigènes. Son fruit, à la fois acerbe et sucré, est à peu près comestible. Ses graines fournissent par pression une huile | grasse qui sert à fabriquer des savons et qui a aussi quelque em- | ploi en médecine obstétricale.
M. Kaki RoxB@. — De l'Inde. Ses fruits, plus comestibles que ceux du précédent, rappellent, par leur saveur, ceux des Diospyros ou kakis de la Chine et du Japon.
M. Sieberi DC. — Des Antilles et de la Floride. C’est un petit arbre dont les fruits sont assez agréables à manger, quoiqu'il soit encore à l’état sauvage. On ne peut guère douter que la culture et la sélection ne puissent les améliorer, comme elles l’ont fait pour tant d’autres espèces. Il semble assez probable que cet arbre endurerait le climat tempéré-chaud du midi de l’Europe et du nord de l'Afrique.
MONARDA didyma L. — Labiée du nord de l'Amérique, vivace, très aromatique, dont on retire la drogue médicinale connue sous le nom de baume ou {hé d'Oswego. Des espèces voisines (AZ. punctata, M. fistulosa, etc.) sont également très aromatiques et pourraient être exploitées de même.
MONODORA angolensis WELW. — Anonacée de l'Afrique tropicale-occidentale, qu’on rencontre sur les montagnes jusqu’à 1,200 mètres de hauteur, ce qui peut faire supposer qu’elle pourrait être cultivée à l’air libre dans le nord de l’Afrique, peut-être même dans les parties les plus chaudes du midi de l’Europe. C’est un petit arbre d’une dizaine de mètres, dont les graines aromatiques, comme celles de la muscade, se vendent sur les marchés. Il en est de même de celles du M. Myristica, arbrisseau moins élevé que le précédent, et des mêmes régions.
MORCHELLA. — Morille. Genre de champignons comestibles, comprenant un grand nombre d’espèces de toutes les parties du monde, mais dont aucune n’a encore été soumise à la culture, malgré l’intérêt qu’il y aurait à le faire. Jusqu'ici on s’est contenté de les recueillir dans les bois, surtout dans ceux de pins et de sapins, qu’elles semblent affectionner, quoiqu’elles se montrent aussi dans le voisinage d’autres arbres. C’est ainsi que le baron Ferd. von Müller a récolté la morille commune (M. esculenta) dans les forêts d'Eucalyptus de la Nouvelle-Hollande. Les chimistes Kohlrausch et Siegel ont trouvé dans cette espèce de 29 à 35 pour 100 de protéine à l’état sec, ce qui explique sa haute qualité alimentaire. Les principales espèces européennes sont les AZ. esculenta où contca, M. gigas, M. deliciosa (qu'on a rencontrée jusqu’à Java), AZ. rimosipes, M. bohemica et M. patula. Beaucoup d’autres espèces, d’ailleurs, existent dans d’autres parties du globe. Toutes sont comestibles et très saines, et on peut les dessécher et les conserver longtemps pour les usages culinaires.
La culture industrielle des champignons n’a encore été appliquée
qu'à un petit nombre d'espèces, entre autres au champignon de couches (Agaricus campestris) et à la truffe noire (Tuber melanosporum), mais elle a si bien réussi qu'on ne peut guère douter qu’elle ne dût être suivie du même succès pour beaucoup d’autres espèces. Il y a là une voie nouvelle ouverte à l’expérimentation et peut-être à des spéculations lucratives.
MORINGA PÉRYIOTENMe GÆRTN. — Arbre des montagnes de l'Inde, cultivé aujourd’hui dans tousles pays chauds ; c’est le Jorse radish des Anglais, le Pois quenique des Français dans les Antilles. Il est devenu le type d’une petite famille, les Moringées, qui a des affinités avec les Capparidées.
Par son feuillage composé le Moringa se rapproche des Légumineuses, mais il s’en éloigne considérablement par son fruit, qui est une longue gousse à trois valves, et aussi par la structure de ses graines. Ses produits utiles sont de plusieurs espèces. Sa racine, dont l’odeur est pénétrante et la saveur âcre, est employée en médecine, ainsi qu’une sorte de gomme-résine, analogue à la gomme adragante, qu’on extrait de son écorce par incisicn. Toutefois son produit le plus utile est l'huile (l’ancienne huile de Ben) qu’on retire de ses graines et qui est très employée en parfumerie pour fixer les odeurs. Comme elle ne rancit pas et qu’elle ne se concrète pas facilement, les horlogers s’en servent pour lubréfier les rouages des pendules et des montres. Les gousses jeunes et encore tendres sont comestibles et servent de condiment dans les pays chauds.
Le M. aptera, de l'Abyssinie et de l’Arabie, a été peu utilisé jusqu'ici.
MORUS. — Mürier. Genre type de la petite famille des Morées, que quelques botanistes regardent comme faisant partie de celle des Urticées. Tous les müriers sont des arbres ou des arbrisseaux de l'ancien et du nouveau monde, dont les fruits, plus ou moins comestibles, sont formés par l’agrégation de petites baies succulentes, contenant chacune une graine. Quelques-uns de ces arbres jouent un rôle considérable en agriculture et, par suite, dans l’industrie. Tels sont les suivants :
M. alba L. — Le mûrier blanc, de la Chine, aujourd’hui cultivé en Europe sur une immense échelle, principalement en France et dans les pays circum-méditerranéens. C’est, par excellence, l’arbre sur lequel repose la sériciculture, aucun autre n’ayant pu le remplacer convenablement pour la nourriture du ver à soie (Bombyx ou Sericaria Mori).
La culture du mûrier en Chine remonte à une époque si reculée, qu’on en a perdu tout souvenir. Si on en croit certaines traditions elle daterait d’au moins 2,000 ans avant l’ère chrétienne. Ce qui est certain c’est que les tissus de soie étaient connus en Europe antérieurement à l’expédition d'Alexandre le Grand, sans qu’on sût de quelle manière s’obtenait la soie. De proche en proche l’industrie séricicole s’est avancée vers l'Occident, et dès le douzième siècle elle commençait à s'établir en Italie. C’est sous Henri IV, à l’instiga-
360 s ÉNUMÉRATION DES PLANTES
tion d'Olivier de Serres, qu’elle a commencé en France, et elle n’a pas tardé à devenir une source de richesse pour plusieurs de nos provinces du Midi, mais on a fait de vains efforts pour l’introduire sous les climats plus septentrionaux, en Angleterre et en Allemagne par exemple, où la gelée détruit trop fréquemment les feuilles du mûrier.
La sériciculture est aujourd’hui une des plus grandes industries des peuples civilisés chez lesquels le climat permet la culture du mûrier; elle est surtout florissante en Chine, au Japon, dans l’Inde, en Perse, en Turquie et dans tout le midi de l’Europe, et, après le coton, il n’est pas de matière textile qui occupe un aussi grand nombre d'ouvriers et donne lieu à un commerce plus étendu que la soie, brute, filée ou tissée. Personne n’ignore que le tissage de la soie est la grande industrie de la ville de Lyon, industrie qui s’alimente non seulement de ce qui se récolte en France, mais aussi de ce qu’on tire de l’étranger.
Le mûrier, comme tous les arbres soumis depuis des siècles à la culture, a produit un grand nombre de variétés, diversement estimées suivant les lieux, les sols ou les habitudes du pays. En Europe ce sont principalement le mürier à feuilles luisantes, le plus habituellement cultivé dans le midi de la France, le mürier Moretti, le mürier Lou et le mürier d'Italie. Vers le milieu du siècle on a introduit en France une nouvelle race, ou peut-être une espèce distincte, le mürier des Philippines, ou multicaule, simple arbrisseau buissonnant, à très grandes feuilles, moins rustique et moins productif que la race ordinaire, ce qui n’a pas tardé à le faire abandonner.
Le mûrier blane, en dehors de son utilité pour la nourriture des vers, rend quelques services qui, pour être très secondaires, ne sont point à mépriser. Ses fruits, qu'il produit en grande abondance, sont très recherchés des volailles, qu’ils entretiennent en santé, et il est toujours avantageux de planter quelques mûriers dans les basses-cours. Ses feuilles, quand elles ne sont pas employées à nourrir les vers à soie, sont un excellent fourrage pour les moutons et les bêtes à cornes, et elles constituent un très bon engrais, lorsqu'elles ont été avariées et ne peuvent servir autrement; à plus forte raison en est-il ainsi de la litière des vers, composée des déjections de ces derniers et des débris de feuilles. L'écorce des branches et des rameaux du mûrier peut être employée à faire des liens, et, dans quelques parties de la Chine, on en tire même une filasse grossière dont on fait des tissus communs ou du papier.
Le müûrier blanc se propage avec une égale facilité par le semis de ses graines et le bouturage des rameaux. $
M. rigra L. — Le mûrier noir. De l'Asie occidentale, mais devenu aujourd’hui commun dans le centre et le midi de l’Europe, où on le considère comme un arbre fruitier de troisième ordre. Il s'élève plus haut que le müûrier blanc, avec des feuilles plus grandes, plus rudes au toucher, et moins avantageuses que celles du mûrier blanc pour la nourriture des vers à soie, mais cependant pouvant y servir à défaut de ces dernières. C’est ce qui a lieu aux îles Canaries. Tou-
‘io
tefois la soie ainsi obtenue n’a pas la force ni le lustre de celle qu'on obtient à l’aide du mûrier ordinaire. Ses fruits sont plus gros que ceux de ce dernier, d’une belle couleur rouge-noir, juteux, sucrésacidulés et assez agréables au goût. Les volailles en sont friandes, aussi plante-t-on fréquemment un ou deux mûriers noirs dans les basses-cours ; mais l'arbre étant souvent unisexué, on greffe quelques rameaux femelles sur les pieds mâles ou réciproquement. Le M. atropurpurea, de Cochinchine, n’est peut-être qu’une variété du mûrier noir; il s’en distingue cependant par ses fruits cylindriques, du double plus longs.
M. rubra L. — Le mûrier rouge de l'Amérique du Nord. C’est le plus grand arbre du genre, car il atteint où même dépasse la taille de 20 mètres. Son fruit est sucré et comestible, mais le meilleur service que cet arbre ait rendu jusqu'ici est de fournir un bois très solide et qui se conserve longtemps en terre, ce qui fait qu’on l’emploie communément pour les poteaux, les pilotis et les traverses de chemins de fer. Il ne paraît pas qu’on ait essayé de nourrir les vers à soie avec ses feuilles,
M. celtidifolia HumwB. — Du Pérou et du Mexique, principalement de la région montagneuse. On sait peu de chose de cet arbre, ainsi que du M. insignis de la Nouvelle-Grenade, qui peut-être n’en diffère pas spécifiquement. Leurs fruits sont comestibles.
MUCUNA cochinchinensis BENTH.— Plante annuelle, grimpante et volubile, comme le haricot, auquel elle ressemble, et dont les gousses el les grains sont comestibles. On dit que cette légumineuse a été cultivée avec succès à l’air libre en Angleterre. Nous ignorons si de pareils essais ont été faits en France.
MUEHLENBERGIA mexicana TRINIUS. — Graminée fourragère, vivace, du Mexique et de la Californie, propre surtout aux terres humides. Une autre espèce voisine, le AZ. diffusa, des Eltats- Unis méridionaux, pareillement vivace, croît également bien dans les localités sèches ou humides.
MURRAYA exotica KogNiG. —- Petit arbrisseau de la famille des Hespéridées ou Aurantiacées, répandu dans toute l'Asie méridionale, la Polynésie et la partie tropicale de la Nouvelle-Hollande. L’élégance de son feuillage, à 5 ou 7 folioles, d’une verdure très vive, etses fleurs blanches très parfumées le font rechercher pour l’ornementation des jardins. En Europe on le cultive en serre chaude ou en orangerie, mais il est à peu près rustique dans les pays du Midi, même en Provence, aux expositions les mieux abritées.
MUSA. — Bananier. Grandes plantes herbacées, vivaces par la souche, à tiges monocarpiques, c’est-à-dire périssant après avoir fleuri et fructifié une seule fois, se reproduisant par graines ou par œilletons nés de la souche. Toutes ces plantes, remarquables par la grandeur de leurs feuilles et la majesté de leur port, constituent le genre type de la famille des Musacées, et elles appartiennent presque
sans exception à la zone intratropicale. Il est douteux qu’une seule espèce du genre soit primitivement originaire de l'Amérique, quoique les bananiers y soient aujourd’hui cultivés sur une grande échelle.
Les bananiers occupent un rang très élevé dans l’agriculture des pays tropicaux, principalement dans l’Amérique du Sud, où le produit en est énorme eu égard à l’étendue du sol cultivé. Ce produit n’est autre que les fruits, qui, avant leur maturité complète, contiennent une forte proportion de fécule, et servent alors à préparer des galettes ou se mangent cuits tels quels. En mürissant, une partie de cette fécule se convertit en sucre et rend les bananes fort agréables à manger crues. De cette manière aussi il s’en fait une grande consommation dans les pays producteurs, et le commerce en exporte pour des sommes considérables dans les pays où le bananier n’est pas cultivé.
Le produit d'une plantation de bananiers est d'autant plus grand que le climat est plus chaud, la terre plus riche et l'humidité de l'air plus constante. La température la plus favorable à cette culture est une moyenne annuelle de 24 à 25 degrés centigrades; avec une moyenne annuelle de 22 degrés la culture du bananier est encore profitable, quoique déjà notablement diminuée; elle est cependant encore possible au-dessous de ce degré, mais alors elle n’est plus qu’une culture de fantaisie ou de luxe, d'autant plus incertame que la température est plus basse. C’est dans ces conditions que le bananier est cultivé dans quelques jardins du midi de l’Europe, et seulement au voisinage des villes où ses fruits peuvent trouver des acheteurs. On récolte d'assez bonnes bananes à Alger; on en récolte même dans quelques localités très abritées du littoral de la Provence, où elles atteignent une maturité suffisante dans les années ordinaires, mais c’est le point le plus avancé vers le nord où cette culture à l’air libre soit possible.
Les bananes comestibles se ratlachent aux deux espèces suivantes :
M. paradisiaca L. — Le bananier proprement dit, le Plantain des Anglais et le Platano des Espagnols. On le croit originaire de l'Inde, mais il est répandu dans toute la zone intratropicale, sur les continents et dans les îles. C’est une plante d’un aspect grandiose par la hauteur de sa tige, toujours herbacée, et par l’ampleur de ses feuilles, qui peuvent atteindre à 2 mètres de longueur, mais qui perdent beaucoup de leur beauté lorsque le vent les a déchiquetées. Ses fleurs, en grand nombre, sont rapprochées en une sorte de grosse grappe, qui devient un régime de fruits volumineux. Ces fruits sont oblongs, un peu anguleux, variables de grandeur suivant les races, pulpeux, et habituellement dépourvus de graines. Dans les pays les plus favorables à la culture du bananier, une seule plante peut donner jusqu’à 25 kilogrammes de fruits.
Les botanistes ont décrit sous le nom de M. sapientum une race sauvage de bananier, qui paraît être la souche de toutes les variétés du bananier commun. Ses fruits n’ont pas de valeur, mais ils contiennent des graines dont on peut obtenir des variétés nouvelles,
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En revanche, ses fortes tiges et ses feuilles sont utilisées pour les fibres qu’elles contiennent, et dont on fait divers ouvrages de sparterie.
M. Cavendishit LAMBERT. — Le bananier de la Chine, ou bananier nain. Il est originaire des parties les plus méridionales de la Chine, et beaucoup moins haut que le précédent, car il ne s’élève guère à plus de 1"50, ce qui le rend plus commode à cultiver dans les serres. Il est d’ailleurs très productif, donnant souvent plus de 100 fruits par régime, et ces fruits sont de première qualité. Sa culture est fort répandue, principalement dans les îles de l’océan Indien et de l'océan Pacifique. C’est aussi celui qu’on préfère en Europe, pour la culture productive en serre chaude.
Malgré son origine plus septentrionale que celle du bananier commun, il semble plus sensible au froïd ; nous l’avons vu geler en Provence à côté de ce dernier, qui n’avait pas sensiblement souffert du froid. En Angleterre il y a des serres spéciales consacrées à cette espèce de bananier, comme il y en a pour la vigne et les ananas, et la culture en est assez bien entendue pour rémunérer suffisamment ceux qui l’entreprennent.
M. Ensete GMEziN.— Le bananier Ensette, ou bananier de Bruce, d’Abyssinie, introduit en Europe dans la première moitié du siècle. C’est une plante gigantesque et très imposante, partout recherchée aujourd’hui pour la décoration des serres et des jardins. Il est plus rustique que le bananier commun, et on le cultive à l’air libre non seulement à Alger et dans les villes méridionales de l'Espagne, mais jusqu’en Provence, où il mûürit quelquefois ses graines. Le fruit est dépourvu de pulpe, mais la souche et le bas de la tige sont comestibles chez les peuples de l’Afrique orientale. Cette espèce de bananier ne donnant pas de rejetons, c’est par graines seulement qu’on le reproduit et le multiplie.
M. Livingstoniana Kirk. — De la région du Niger et des parties orientales de l'Afrique. Il ressemble beaucoup au M. Ensete, et n’en est probablement qu’une variété à graines beaucoup plus petites.
M. corniculata RüuMPH. — De la péninsule de l’Inde. Espèce remarquable par la grosseur de ses fruits, qui atteignent le volume d’un concombre, mais ne sont pas mangeables crus. C’est au contraire un assez bon mets lorsqu'ils sont cuits. La variété connue sous le nom de Zubang est, dit-on, énorme.
M. simiarum RumPx. — Le Pisang de la Malaisie et des îles de la Sonde. On connaît une cinquantaine de variétés de cette espèce, qui se confond peut-être avec le M. corniculata. Ses fruits, de bonne qualité, atteignent quelquefois une longueur de 0"50, ou même davantage. Il est beaucoup plus cultivé dans les îles que sur le continent.
M. Troglodytarum L. — De l'Inde, et peut-être aussi de quelques îles de l’océan Pacifique. Il diffère de tous les bananiers précédents en ce que son régime, au lieu de se courber vers la terre, reste dressé. Ses fruils sont comparativement petits, rougeätres ou orangés, rigoureusement comestibles, quoique fades.
Les espèces suivantes n’ont guère de valeur que comme plantes d'agrément, elles sont d’ailleurs de petite taille si on les compare aux espèces cultivées pour leurs fruits.
M. coccinea ANDREWS. —- Le bananier écarlate de Chine; cultivé dans les serres de l’Europe, où il produit un certain effet par la brillante couleur rouge des enveloppes de son régime.
M. rosacea JAco. — De l'Inde, plus grand que le précédent, avec le régime enveloppé de spathes roses d’un bel effet. Il produit quel ques fruits, mais qui sont à peine mangeables.
M. textilis L. — De l'Inde et de la Chine méridionale, où on le cultive uniquement comme plante à produire de la filasse. Sesfibres, fortes et abondantes, connues sous le nom d’Abaca, servent à faire des tissus.
Tous les bananiers pourraient fournir de même des fibres utilisables, ne füt-ce que pour faire du papier. Dans l’Inde on tire souvent parti des vieilles tiges des bananiers ordinaires, pour en extraire les fibres, ainsi que nous l’avons dit plus haut.
MUTISIA viciæfolia CAVANILL. — Composée arbustive et grimpante des montagnes de la Bolivie et du Pérou, où elle est connue des habitants sous le nom de Chinchircoma, et qui passe pour le spécifique de la plus meurtrière des maladies de l’espèce humaine, la phtisie. Usitée de temps immémorial par les indigènes dans toutes les affections des voies respiratoires, c’est seulement dans ces dernières années qu’elle a été annoncée à l’Europe par un médecin français, le docteur Sacc, établi depuis longtemps en Bolivie, et qui s’en est servi avec succès dans plusieurs cas de tuberculose pulmonaire. Si les propriétés curatives attribuées à cet arbuste étaient confirmées par de nouvelles observations faites en Europe, on pourrait lui prédire un avenir aussi grand, en thérapeutique, qu’au quinquina lui-même.
Le genre Mulisia renferme plusieurs autres espèces, peut-être douées des mêmes propriétés. L'éveil étant donné, il est à croire que les expérimentateurs ne tarderont pas à vérifier les faits annoncés, et, dans le cas de succès, de propager ces plantes partout où la culture en serait reconnue possible.
MYOPORUM lætumFonsr.— Arbre de la Nouvelle-Zélande, appartenant au groupe des Myoporinées. C’est le Nqaio des indigènes. Cet arbre, qui recherche le voisinage de la mer, est, sous cette latitude, un des meilleurs abris qu’on puisse se procurer contre les érosions des terrains sablonneux par les vagues. Il donne en outre beaucoup d'ombre, et son bois, susceptible d’un beau poli, n’est point à mépriser. Il a encore l’avantage de nourrir les bestiaux par son feuillage. Sa reproduction est des plus faciles : elle se fait à l’aide de boutures simplement piquées dans les sables maritimes, toujours un peu humides.
Plusieurs autres Myoporum, qui rendraient peut-être les mêmes services, mais qu’on n’a regardés jusqu'ici que comme de simples arbres el arbrisseaux d'agrément, existent dans les jardins du midi
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de l’Europe, et particulièrement de la Provence maritime. Ce sont principalement les M. parviflorum, tuberculatum, debrle et elliptcum, qui seront peut-être considérés un jour comme arbrisseaux fourragers, pour les pays chauds et sujets à de longues sécheresses, comme le nord de l'Afrique et beaucoup de contrées de l'Orient.
MYRICA. — Genre unique de la petite famille des Myricacées, dont les affinités sont obscures, mais qui a quelque analogie avec les Bétulacées, peut-être aussi avec les Casuarinées. Ce genre ne renferme que des arbrisseaux, dont les espèces sont disséminées dans l’ancien et le nouveau monde. Toutes sont plus ou moins aromatiques et possèdent des propriétés médicinales aujourd’hui presque oubliées. Néanmoins quelques-unes ont un certain intérêt pour l’acclimateur, ce sont surtout les suivantes.
M. cerifera L. — Cirier. Des côtes sablonneuses de l'Amérique du Nord, où on l’emploie pour fixer les terrains au voisinage de la mer. Ce qui a donné à cet arbrisseau une certaine notoriété, c’est qu’il produit une sorte de cire qu’on utilise pour la fabrication des bougies. Pour l’obtenir on fait bouillir les fruits, et la cire qu’ils contiennent vient flotter à la surface de l’eau, où on la recueille à l’aide d’écumoires. A diverses reprises on a essayé, sans y réussir, de cultiver cet arbrisseau en Europe, dans l’espoir d’en tirer quelque profit. Il est vraisemblable que ces essais n’ont échoué que faute d’avoir connu les conditions dans lesquelles il croît dans son pays natal.
M. cordifolia L. — De l'Afrique australe, où 1l sert, comme le précédent, à consolider les sables maritimes. On l’exploite de même pour la cire contenue dans ses fruits.
Plusieurs autres Myricas de l’Afrique australe, entre autres les M. quercifolia et M. serrata, rendent des services analogues. Tous sont des arbrisseaux cérifères. Leur cire est plus compacte, plus dure et plus fragile que la cire d’abeilles, mais elle fond plus facilement. On la récolte pendant la saison froide, c’est-à-dire quand les fruits sont arrivés à maturité. Les graines se sèment aussitôt que les premières pluies ont donné de la consistance aux sables maritimes, maisles plantes se multiplient aussi par bouturage. La souche souterraine développe des racines qui avec le temps deviennent fort longues et donnent beaucoup de solidité au terrain. Il nous paraît fort probable que ces arbrisseaux, qui recherchent les terrains salés, rendraient de véritables services dans le nord de l’Afrique, au voisinage des chotts, où le sol est imbibé d’eau saumâtre.
M. Faya Airon. — De Madère, des Açores et des Canaries. Les fruits de cette espèce sont succulents et comestibles, et ils servent principalement à faire des confitures. Le M. sapida, des montagnes de l’Inde, donne aussi un fruit comestible.
M. rubra Sigs. et Zucc. — De la Chine et du Japon. Son fruit a comestible ; on retire en outre de l’écorce de l’arbre une teinture
rune.
M. gale L. — Des lieux marécageux de l’Europe occidentale et méridionale. C’est un petit arbrisseau aromatique, jadis utilisé en
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médecine, mais qui ne sert guère aujourd’hui qu’à fournir des fagots pour le chauffage des fours.
MYRTUS. — Myrte. Genre type de la grande famille des Myrtacées. Tous les myrtes sont des arbres ou des arbrisseaux à feuilles persistantes el aromatiques et à fleurs blanches. Leurs fruits sont des baies, comestibles dans quelques espèces. Les myrtes diffèrent à peine des eugénias. Plusieurs espèces méritent plus parliculièred’être citées.
M. acmenioides Ferd. von MuzLer. — De l'Australie orientale. Ses feuilles, très odorantes, servent, ainsi que celles du AZ. fragranlissima, à aromatiser le thé.
M. communis L.— Le myrte proprement dit,ou myrte commun. De l’Europe méridionale, au voisinage de la Méditerranée et de l'Afrique du Nord, où il est le seul représentant de la famille des Myrtacées. C’est un petit arbre, ou si l’on veut un grand arbrisseau de 7 à 8 mètres, mais qui n'arrive qu’exceptionnellement à cette taille, parce que, partout où il croît naturellement, on le met en coupe réglée pour en faire du bois de chauffage. De tout temps le myrte a été célébré pour la gracieuseté de son port, son élégant feuillage et ses fleurs parfumées; de tout temps aussi on l’a cultivé comme arbrisseau d'ornement dans les pays où le climat est trop rude pour lui permettre d’y être indigène. Il est commun sur les collines de la Provence maritime.
Par suite de la culture, le myrte a produit de nombreuses variétés, qui différent les unes des autres par la grandeur du feuillage, la taille et le port, ou par quelque autre particularité. C’est ainsi que les horticulteurs distinguent le myrte romain, le myrte d’Andalousie, le myrte panaché, etc.
M. edulis BENTH. — De l'Uruguay. Arbre de 7 à 8 mètres, dont les baies, à peu près de la grosseur d’un œuf de pigeon, sont comeslibles. Cet arbre fruitier serait à introduire dans le midi de l’Europe.
M. Luma MoriNa. — Du Chili méridional. C’est un véritable arbre forestier par sa haute taille (25 à 30 mètres) et par la dureté deson bois, dont on se sert principalement pour faire des vis d’écrou, des jantes de roues et autres ouvrages auxquels on demande une grande solidité. Si l’on tient compte du climat où cet arbre est indigène on peut s'étonner qu’il n’ait pas encore été introduit dans nos pays tempérés. On en peut dire autant du A7. Meli Parzipri, des régions tempérées de l'Amérique du Sud, et qui rend les mêmes services industriels que le précédent.
M. nummularia Porrer. — Celui-ci n’est qu'un simple arbuste, à rameaux déliés etun peu grimpants, qui a quelque analogie de végétation avec les myrtilles( Vaccinium) de l'Europe et de l'Amérique du Nord, recherchant comme eux les sols marécageux et tourbeux. Comme eux aussi il produit des baies comestibles d’un goût agréable et très parfumées. Originaire des parties les plus froides du Chili, et s’avançant même jusqu’à la Patagonie, la Terre de feu et les iles Falkland, il trouverait probablement sur les côtes
océaniques de l’Europe les conditions climalériques qui lui conviendraient.
M. Ugni MoriNa. — Le goyavier du Chili. Ce nom indique son origine. C’est un simple arbuste buissonnant, auquel ses baies comestibles et aromatiques ont valu une certaine notoriété en horticulture. Introduit en Europe vers la moitié du siècle, il n’a donné jusqu’ici d'assez bons résultats que dans les parties occidentales de l'Angleterre et en Irlande. On a vainement cherché à l’acclimater dans le midi méditerranéen, soit parce que le terrain ne lui convenait pas, soit plutôt par le fait de la chaleur et de la sécheresse de l'été. II semble que cet intéressant arbuste aurait de meilleures chances dans l’ouest de la France, surtout en Bretagne.
M. tomentosa AITON.— De l’Inde et de la Chine. C’est un bel arbrisseau deslocalités montagneuses de ces pays, où il s'élève jusqu’à plus de 2,000 mètres de hauteur supramarine, ce qui semble lui assurer un notable degré de rusticité. De tous les myrtes fruitiers c’est peut-être le meilleur. Ses baies, d’un pourpre noir, sont de la grosseur d’une cerise, juteuses, sucrées, agréablement parfumées, très dignes, en un mot, de figurer sur les tables. On pourrait citer plusieurs autres espèces de myrtes à fruits comestibles.
NAGEIA. — Arbres et arbrisseaux de l’ordre des Conifères, tous des parties orientales et méridionales de l'Asie et des îles voisines, à fleurs monoïques et dont les fruits sont des sortes de drupes ou des baies contenant un noyau. Ce genre, très voisin des Podocarpus, et confondu avec lui par beaucoup d'auteurs, s’en distingue cependant à première vue par son feuillage largement ovale et dépourvu de nervure médiane. Les espèces en sont peu nombreuses et quelques-unes assez mal connues. Citons dans le nombre :
N. japonica GÆR1IN. — Le Nagides Japonais. Arbre de moyenne taille, originaire des îles méridionales du Japon, mais cultivé comme arbre d'ornement dans des parties plus septentrionales de cet empire. Il a été introduit en France vers le milieu du siècle; il n’est qu'à demi-rustique sous la latitude de Paris.
N. Blumei GorboNw; Podocarpus Blumei ENpuicx. — Des parties montagneuses de l’île de Java. C’est un arbre de 20 à 25 mètres, très beau de port et d'aspect, mais qui ne peut réussir que dans les régions intratropicales chaudes et humides.
N. latifolia GorpoN; Podocarpus latifolius WaLz. — Arbre de moyenne taille (10 à 12 mètres), qu’on dit originaire du Bengale, mais qui n’en est pas moins rustique dans le midi de la France, au moins aux alentours de la Méditerranée. On le trouve çà et là dans les jardins et les parcs de la Provence maritime. Ses fruits sont des drupes de la grosseur d’une petite prune et de couleur violette.
NARDOSTACHYS Jatamansi DC. — Nard de l'Inde. Plante herbacée vivace, de la famille des Valérianées, mdigène sur les montagnes du Népaul et du nord de l’Inde, célèbre depuis les temps les
plus anciens pour les propriétés aromatiques de sa racine et les vertus médicinales qu’on lui attribuait. Aujourd’hui encore elle est l'objet d’un certain commerce dans les pharmacopées de l’Asie. Plusieurs autres espèces du même genre ou de genres voisins sont aussi récoltées dans l’Inde,et sont pareïllement employées dans la parfumerié et la médecine. On croit que c’est de l’une d’elles que provenait l’aromate répandu sur les pieds du Sauveur par Marie. Le Jatamansi, cultivé en Angleterre, dans ces dernières années, y a passé l'hiver sans protection, ce qui indique qu'il serait rustique et facile à cultiver dans la plupart des pays tempérés.
NASTUS borbonicus MUNRO.— Grand bambou de l’ile de la Réunion (ancienne île Bourbon), qui croît sur les montagnes aux altitudes de 1,000 à 1,200 mètres. Cette belle espèce serait à introduire, ainsi que beaucoup d’autres, dans le midi de PEurope.
NELUMBIUM. — Nélombo. Genre de plantes aquatiques, vivaces par leurs rhizomes enfouis dans la bourbe, et remarquables par la largeur de leurs feuilles orbiculaires émergées, par leurs fleurs d’un grand effet ornemental et par la singularité de leurs fruits. Les graines, semblables à de petites fèves, contiennent beaucoup de fécule et entrent même pour une petite part dans l’alimentation des peuples chez lesquels ces plantes croissent à l’état sauvage. On n’en connaît jusqu'ici que deux espèces, qui constituent à elles seules la petite famille des Nélombonées, famille très voisine de celle des Nymphéactes. L'une des deux espèces était déjà célèbre en Egypte dès les temps les plus anciens; c’est le :
N. speciosum L.; Nelumbo nucifera GærTN. — Le nélombo proprement dit, ou fève de Pythagore. Indigène dans les eaux du Nil, des fleuves de la Perse et de l’Inde, du Cachemire jusqu’à la hauteur de 1,600 mètres, du Volga sous le 46° degré de latitude, de la Chine, du Japon et de l'Australie tropicale jusqu’au 23° degré de latitude sud. La vaste étendue de cette aire géographique, qui embrasse des climats si différents, explique la facilité avec laquelle cette belle plante s’est introduite dans le midi de l’Europe, notamment en Italie et dans la région méditerranéenne française. Elle fleurit et mürit ses graines même à Montpellier, où elle a été importée d'Egypte par le botaniste Delille vers la fin du siècle dernier. Il suffit pour qu’elle s’y conserve que la gelée n’atteigne pas la couche de boue où rampent ses rhizomes. Chaque année elle pousse des feuilles orbiculaires, légèrement creusées en forme de vasque, larges de 0"50 à 070, et portées hors de l’eau par de longs pétioles. Ces feuilles sont bientôt suivies de grandes fleurs roses ou blanches, dont le centre est occupé par un ovaire de forme obconique, qu’entourent de nombreuses étamines. Les graines, de la grosseur d’une petite olive, sont enchâssées dans des logettes ouvertes à leur partie supérieure, et d’où elles s’échappent d’elles-mêmes à la maturité. Le nélombo d'Egypte est un des grands ornements des bassins et des lacs artificiels. Hors de la région méditerranéenne il ne fleurit qu’à la condition d’être abrité pendant l’hiver et exposé aux rayons du
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soleil pendant l'été. Souvent même la chaleur artificielle lui est nécessaire pour montrer ses fleurs. Les graines conservent leur vitalité pendant plusieurs années, et elles germent aisément dans la bourbe couverte d’eau où elles tombent, si le climat du lieu est assez chaud.
N. luteum L.— Cette seconde espèce est américaine, et elle ressemble beaucoup à la précédente, avec la différence que ses fleurs sont de couleur jaune. Elle habile l'Amérique du Nord jusqu’au 44° degré de latitude, et descend au sud jusqu’à la Jamaïque. Elle semble plus rustique que le nélombo d'Egypte, et néanmoins on ne la voit que rarement fleurir en Europe. Elle y est d’ailleurs peu commune, malgré l'intérêt qu’elle offre comme plante de grand ornement. Ses fruits contiennent de 20 à 40 graines, dont les amandes ont un goût agréable. Ses rhizomes, comme ceux du nélombo d'Egypte, contiennent une assez forte proportion de fécule.
NEPHELIUM.— Arbres et arbrisseaux de la famille des Sapindacées, la plupart de pays tropicaux, et dont quelques-uns produisent des fruits comestibles d’une certaine valeur. Les plus intéressants pour nous sont les suivants :
N. pv L. — De l’Inde et de la Malaisie. Son fruit, assez estimé des Européens, porte les noms de Rambutan et Rampostan.
N. Zitchi Causess. — De la Chine méridionale et des îles Philippines. Son fruit, sous le nom de ZLi-{chi, jouit d'une grande réputation dans l’extrême Orient.
N. Longanum GausBEess. — Le longan, de l'Inde et de la Chine méridionale. Son fruit est plus petit et moins bon que celui du précédent, et néanmoins on l’exporte jusqu’en Europe. L'arbre, qui n’a guère que 4 à 5 mètres, réussit fort bien en Algérie, ce qui peut faire supposer que les autres espèces y réussiraient de même. Le N. Longanum à été décrit par divers auteurs sous les noms génériques d'Euphoria, Dimocarpus, Sapindus et Scytalia, qu’on a aussi appliqués aux espèces précédentes.
NERIUM Oleander L. — Laurier-rose, oléandre. Grand arbrisseau ou petit arbre des parties les plus chaudes de la région méditerranéenne, commun surtout dans le nord de l'Afrique, en Orient et jusqu’en Arabie, recherchant partout le bord des ruisseaux ou le fond des ravins qui conservent de l’humidité. La beauté de ses fleurs rose ou carmin l’a depuis longtemps fait introduire dans les jardins d'agrément, et l’art en a obtenu des variétés blanches et d’autres légèrement teintées de jaune ou mordorées. Rustique dans le midi de la France, il gèle en hiver hors de cette région, et par conséquent doit y être abrité en orangerie, comme les autres arbrisseaux de même tempérament et de même provenance.
La sève laiteuse du laurier-rose est vénéneuse, ainsi que celle de beaucoup d’autres Apocynées. On en a séparé comme espèces disünctes les N. odorum, maskatense et salicinum, de l'Inde et de P'Arabie, qui différent si peu du laurier-rose commun qu’on peut, sans inconvénient, les considérer comme ne formant avec lui qu’une seule espèce.
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NEURACHNE Mitchelliana Nxes. — Le Mulga des colons australiens. C’est une graminée vivace et fourragère des déserts de l'Australie orientale et sud-orientale, où se trouve aussi le N. Munroi, qui possède les mêmes qualités nutritives pour le bétail. Les deux espèces aflectionnent les terres stériles, arides et sablonneuses, où elles résistent aux plus longues sécheresses, ce qui indique l'usage qu'on en pourrait faire dans les pays de climats analogues. Elles constituent d’ailleurs un bon fourrage, très apprécié des colons à certaines époques de l’année.
NICOTIANA. —- Nicotiane. Tabac. Genre de Solanées comprenant des espèces annuelles et des espèces vivaces, même un peu arborescentes, toutes originaires d'Amérique, d’où elles sont successivement arrivées dans l’ancien continent. Lune d’elles, comme tout le monde le sait, est devenue en peu de temps une des plantes commerciales et industrielles les plus importantes.
N. glauca Granam. — De l'Argentine et de l’'Uruguay, peut-être aussi du Brésil méridional. C’est un arbrisseau de 4 à 6 mètres, dont la croissance est très rapide, et qu’on trouve aujourd’hui naturalisé dans beaucoup de lieux incultes de l'Europe méridionale et du midi de la France, où il s'implante dans les rochers etles vieilles murailles. Il ne paraît pas qu’on ait jusqu'ici songé à tirer parti de ses feuilles, mais l’arbrisseau lui-même pourrait être utilisé sur les pes mauvais terrains, ne fût-ce que pour procurer de l'ombre aux
estiaux, où pour consolider les sables mouvants, ce à quoi ses racines traçantes le rendent propre. Il fleurit très abondamment, et ses longues corolles jaunâtres sont recherchées par les abeilles. Malgré la grande différence du N. glauca et du tabac proprement dit, les deux espèces se croisent très facilement et donnent des plantes hybrides de plus grande taille que le N. Tabacum, auquel elles ressemblent d’ailleurs plus qu’à l’autre espèce.
N. mullivalois LiNpz. — Le tabac de la rivière Colombia. Espèce annuelle, peu utilisée jusqu'ici, mais qui pourra acquérir un jour plus d'importance.
N. persica Linpz. — Le tabac de Perse, très probablement originaire d'Amérique, mais qu'on ne connaît aujourd’hui qu’à l’état cultivé. C’est lui qui fournit le célèbre tabac de Chiraz. On le cultive en Perse sur des montagnes où le climat est un peu froid, et c’est là qu’il acquiert sa meilleure qualité. La manière de récolter et de préparer cette espèce de tabac est un peu différente du mode adopté pour le tabac ordinaire.
N. rustica L. — De l'Amérique tropicale et annuel. Ses feuilles sont largement ovales, vertes ou grisâtres, et ses fleurs d’un blancverdâtre. On le cultive en Europe, mais davantage dans l'Inde et les îles voisines, où ses feuilles servent à préparer le tabac de Manille et quelques autres sortes moins connues. Le tabac turc est aussi, en partie, tiré de cette espèce.
NN. Tabacum L. — Le tabac proprement dit. C’est l'espèce la plus ' importante du genre, et on peut dire qu’elle est une des plantes qui donnent lieu aux plus vastes transactions commerciales; aussi plu-
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sieurs gouvernements, dans un but fiscal, s’en sont-ils réservé le monopole.
Le tabac est originaire de l'Amérique centrale, et son usage était déjà fort répandu parmi les indigènes du nouveau monde quand les Espagnols abordèrent à l’île de Tabago, dans le golfe du Mexique, où pour la première fois ils virent des fumeurs de tabac. De là le nom donné à la plante. En 1518 Fernand Cortez en envoya des graines à Charles-Quint, et quarante-deux ans plus tard, en 1560, l'ambassadeur français en Portugal, Jean Nicot, le fit connaître en France, où il fut mis à la mode parle grand-prieur François de Lorraine et par la reine Catherine de Médicis. Les fumeurs et les priseurs de tabac furent d’abord tournés en ridicule, puis perséeutés dans quelques pays, mais cela n’empêcha pas l'usage du tabac de se répandre et de devenir général. On peut dire qu'aujourd'hui tous les peuples de la terre usent du tabac sous une forme ou sous une autre, et chez quelques-uns d’entre eux la consommation en est énorme.
D'abord libre, la culture du tabac finit par être monopolisée dans plusieurs Etats, où le gouvernement s’en est réservé la vente, sous le nom de régie. En France, de 1811 à 1814, la vente des tabacs produisait au Trésor plus de 25 millions de francs par an, mais ce revenu à rapidement progressé, et aujourd’hui il dépasse 300 millions. Le tabac est également monopolisé en Autriche, en Italie, en Espagne et en Portugal. En Angleterre la fabrication et la vente en sont hbres, mais la culture en est interdite. Tout le monde sait que le tabac se présente dans le commerce sous trois formes, le tabac à priser ou tabac en poudre, le tabac à fumer (scaferlati), découpé en lanières pour la pipe, ou en feuilles roulées, qui constituent les cigares, et le tabac à mâcher ou à chiquer, qui n’est guère en usage que chez les marins et les soldats.
Le tabac proprement dit, le MNicotiana Tabacum des botanistes, est une plante annuelle sous nos climats, ou du moins cultivée comme annuelle. Elle se distingue des autres espèces par la grandeur de ses feuilles et par ses fleurs tubuleuses, roses ou rouges, mais elle a produit plusieurs races, qui pourraient même être regardées, au point de vue de l’industrie, comme autant d'espèces distinctes, et qui varient aussi par la qualité de leurs feuilles. Au surplus, ici comme pour beaucoup d’autres plantes, la valeur des produits dépend en grande mesure de la nature des terrains et aussi des préparations auxquelles on les soumet. La régie française opère divers mélanges entre les tabacs indigènes et ceux qui viennent de l'étranger, principalement ceux du Kentucky et du Maryland pour le tabac haché, et ceux de Hongrie, de Hollande et de Guayaquil, pour la confection des cigares; elle vend d’ailleurs des tabacs étrangers, surtout des cigares de la Havane et de Manille.
La culture du tabac est une des plus rémunératives, mais en même temps une des plus épuisantes. Elle ne réussit bien que dans les bonnes terres fortement fumées, et qui ne sont pas sujettes à de longues sécheresses ou qui peuvent être irriguées. Elle est compatble avec des climats très différents, tels que ceux des pays in-
tratropicaux et ceux de l’Europe centrale, où cinq ou six mois de belle saison suffisent pour amener les plantes à maturité.
Les effets du tabac sur l’économie ont été fort discutés, et il a toujours eu plus d’adversaires que de partisans parmi les hygiénistes et les médecins. On s'accorde aujourd’hui à reconnaître que le tabac, à priser ou à fumer, lorsqu'on n’en use qu’à très petites doses, et lorsqu'on en a une certaine habitude, ne nuit pas sensiblement à la santé, qu'il est même utile dans certaines professions fatigantes et monotones, ou s’exerçant dans une atmosphère humide ou viciée, comme celles des marins, des mineurs et des égoutiers. Au-delà d’une certaine limite, qu'il est d’ailleurs difficile de préciser, et qui varie avec les tempéraments individuels, le tabac entraîne des altérations de la santé générale par son action sur le système nerveux. Il produit l’engourdissement de l'esprit, l’affaiblissement de la sensibilité, la diminution et quelquefois la perte totale de la mémoire. On lui attribue en outre certaines maladies, générales ou locales, véritables empoisonnements dûs à la nicotine qu'il contient. Ces cas extrêmes sont cependant des exceptions, mais au total il vaudrait mieux s'abstenir de l’usage du tabac, et, si on ne le peut, n’en user qu'avec beaucoup de modération.
NIEMEYERA prunifera Ferd. voN MULLER ; Lucuma prunifera BeNTu. — Le caïnito d'Australie. Arbre à feuilles persistantes, de la famille des Sapotées, qu’on trouve çà et là dans les massifs boisés de la Nouvelle-Galles du Sud et de l'Etat de Queen’s Land. Comme d’autres Sapotées, il produit des fruits comestibles, assez semblables à dés prunes. Jusqu'ici il est resté à l’état sauvage, mais il est vraisemblable que la culture pourrait améliorer.
NYMPHÆA. — Nénufar. Genre type de la famille des Nymphéacées, entièrement composé d'espèces aquatiques, vivaces par des rhizomes enfouis dans la vase, à larges feuilles orbiculaires ou elliptiques flottantes à la surface de l’eau, et à grandes fleurs émergées, remarquables parle nombre quelquefois très grand de leurs pétales, dont le coloris, blanc, bleu, jaune ou rouge, contraste avec celui du faisceau d’étamines qui en occupe le centre. Aucune de ces plantes n’a d'utilité bien réelle; elles sont néanmoins fort recherchées par l’horticulture d'agrément, pour la décoration des bassins et des lacs artificiels.
On en connaît aujourd’hui une trentaine d'espèces, disséminées sous tous les climats,mais bien plus nombreuses entre les tropiques que dans les pays tempérés ou froids. L'Europe en possède trois ou quatre, dont deux sont communes dans les mares et les cours d’eau peu rapides à fond vaseux, le nénufar jaune (N. lutea L.., Nufar luteum Su.) et le nénufar blanc ou lis d’eau (N. alba L.). Aux Etats- Unis se trouvent les N. advena et mullisepala, à fleurs jaunes, et cultivés, comme nos espèces indigènes, dans les pièces d’eau des pares et jardins de l’Europe.
Les Nymphéacées des pays intratropicaux tiennent une bien plus large place dans l’horticulture d'agrément, et là où le climat en m-
terdit la culture à l'air libre on leur construit des bassins tout exprès dans les serres chaudes. La plupart en effet justifient cette dépense par la beauté de leur feuillage et surtout de leurs fleurs, souvent très grandes et brillamment colorées. Telles sont, pour ne parler que des plus remarquables, les N. dentata de la côte de Guinée, à larges corolles blanches, scutifolia de l'Afrique australe, cærulea de l'Egypte, stellata de l'Inde, gigantea d'Australie, toutes quatre à fleurs bleues; Amazonum de l'Amérique équatoriale, à fleurs jauneverdâtre ; rubra et versicolor de l’Inde, la première à fleurs rougeearmin, la seconde à fleurs roses. Ces diverses espèces, croisées artificiellement dans les serres, ont donné naissance à plusieurs formes hybrides (N. Ortgiesiana, Boucheana, etc.), non moins belles que les espèces d’où elles sont sorties.
Nous n’avons pas besoin d’insister pour faire comprendre que le nombre des Nymphéacées cultivables à Pair libre sera d'autant plus grand que le climat sous lequel on voudra en essayer la culture sera plus chaud. Entre les tropiques toutes réussiront plus ou moins, suivant les lieux et les expositions. Ajoutons que cette culture est des plus simples, et qu’elle se réduit presque à fournir à ces plantes des pièces d’eau, dont la profondeur varie de quelques centimètres à un mètre, suivant les dimensions des plantes.
NYCTANTHES arbor-tristis L. — Sous-arbrisseau de l’Inde et de l’Assam, dont les fleurs délicieusement parfumées fournissent une notable partie de l’essence de jasmin du commerce. Cet arbrisseau, assez voisin des jasmins proprement dits, pourrait vraisemblablement être cultivé avec profit dans le midi de l'Europe et le nord de l'Afrique.
NYSSA. — Genre d'arbres et d’arbrisseaux américains, constituant à lui seul la petite famille des Nyssacées, que les botanistes rapprochent, avec doute, de celle des Santalacées. Plusieurs espèces sont intéressantes au point de vue de leur utilité, mais néanmoins fort rares encore en Europe. Distinguons particulièrement les suivantes :
N. aquatica L. — Le tupelo commun des Américains du Nord. C’est un grand arbre à feuilles caduques, qui croît dans les marais et même dans les terres inondées, très propre par conséquent à occuper des sites analogues dans les parties tempérées de l’Europe. Son bois n’est pas sans valeur, et ses racines, d’une texture spongieuse et très légères, remplacent le liège, comme flotteurs, pour les filets.
N. angulisans L. — Le tupelo de la Caroline. Bel arbre des parties méridionales des Etats-Unis, qui se plaît, comme le précédent, dans les lieux marécageux. Sous le climat de Paris il est souvent atteint par la gelée etil s’y réduit à un arbrisseau d’orangerie.
N. multifiora WANGENH. — Le tupelo des bois, nommé aussi Black qum tree et Sour qum tree par les Américains. C’est un arbre d’une quinzaine de mètres, habitant les forêts, à branches étalées horizontalement. Son bois est très dur et cependant léger, et ses
fibres sont tellement entre-croisées qu’il est à peu près impossible de le fendre ; aussi l’emploie-t-on à une foule d’usages, principalement à faire des ustensiles non sujets à se fendre, des objets de tour et même des chaussures. Sous ce rapport c’est un arbre éminemment utile, mais c’est aussi un arbre d'ornement par son feuillage, qui en automne prend une belle teinte rouge vif. On pourrait aussi le ranger parmi les arbres fruitiers, à cause de ses baies sucréesacidulées, dont on confectionne des conserves et des confitures. Il se multiplie également de graines et de boutures.
N. uniflora WALTER. — Du nord-est des Etats-Unis, où 1l croît dans les marais, ce qui lui a valu son nom vulgaire de Swoamp Tupelo. Ce n’est qu'un grand arbrisseau, dont la racine spongieuse supplée au liège dans divers emplois. Ses fruits, comme ceux de plusieurs autres espèces (N. capitata, N. candicans, etc.), sont comestibles.
N. oillosa L.. — Le tupelo velu. De la Virginie. C’est un des plus grands arbres du genre, et comparable sous ce rapport au N. multiflora. Quoique incomplètement rustique à Paris on l’y a vu plusieurs fois fructüifier. Selon toute probabilité, les tupelos trouveraient des conditions de sol et de climat favorables dans le sud-ouest de la France, principalement dans les terres imbibées des landes de Bordeaux. C’est une expérience à recommander.
OCIMUM. — Genre de Labiées odoriférantes, propres aux climats chauds et secs de l’ancien continent, peut-être aussi de l'Amérique du Sud et de l'Australie. Plusieurs espèces sont cultivées pour la parfumerie et quelquefois sont usitées comme condiments dans les mets. Telles sont les espèces classiques qui suivent :
O. basilicum L. — Le basilic. Herbe annuelle des régions les plus chaudes de l'Asie et de l'Afrique orientale. Elle a produit, par le fait de Ja culture ou par d’autres causes, un grand nombre de variétés qui diffèrent considérablement les unes des autres par la nature de leur parfum. Le basilic est cultivé dans presque tous les jardins de l’Europe.
O. gratissimum L. — De l’Inde et des îles qui en sont voisines, peut-être aussi du Brésil. Plante vivace, un peu ligneuse, une des plus odoriférantes du genre et dont l'essence est des plus estimées. 1/0. viride WizLn., de l'Afrique tropicale, semble n’en être qu’une variété.
O. sanctum L. — De l'Arabie, de l'Inde et même de l’Australie tropicale ; son parfum rappelle celui de l’anis ou du girofle, suivant les régions où on le récolte. La plante a d’ailleurs plusieurs variétés, au nombre desquelles il faut ranger probablement VO. tenuiflorum de Linné. Toutes sont utilisées dans la parfumerie et quelques-unes jouissent d’une grande réputation. L’O. suave, de l'Afrique orientale, plante un peu ligneuse, est surtout utilisé par les Arabes.
OLEA. — Genre d'arbres de la famille des Oléacées, comprenant
une trentaine d'espèces, la plupart asiatiques et africaines, à feuilles persistantes, et dont le fruit est une sorte de drupe contenant un noyau à deux loges. Une seule espèce est devenue économique, mais elle tient un des premiers rangs dans l’agriculture des pays qui entourent la Méditerranée, et elle est célèbre depuis les temps les plus anciens.
©. europæa L.— L'olivier proprement dit, l’arbre favori des Grecs etdes Romains, le symbole dela paix et de la prospérité des peuples. L'origine de sa culture se perd dans la nuit des temps, mais tout semble confirmer l’opinion de ceux qui le regardent comme originaire des parties chaudes de l’Asie occidentale, d’où il aurait été introduit en Europe et en Afrique par les Phéniciens d’abord, puis propagé dans le midi de la France par les Phocéens établis en Provence. Il s’y est si bien naturalisé qu’il y croît depuis des siècles à l’état sauvage ou demi-sauvage dans les terres abandonnées par l’agriculture, et cela sans s’être beaucoup modifié dans son aspect extérieur. C’est alors l’oleaster des anciens, l’oléastre des modernes, qui ne se distingue des formes cultivées que par des feuilles plus courtes et plus raides, et par des fruits plus petits.
La grande importance de l'olivier est due à ce que la pulpe qui entoure le noyau du fruit contient une grande quantité d'huile, et de telle qualité que, de tout temps, on l’a regardée comme la meilleure de toutes pour l’usage de la table. Cette huile, qu’on obtient par la pression des drupes, est ordinairement verdâtre, quelquefois légèrement colorée en jaune, etelle se concrète par l’abaissement de la température au point de perdre presque toute fluidité à quelques degrés centigrades au-dessous de zéro. Elle varie beaucoup de qualité, suivant les arbres qui l’ont produite et suivant la nature des sols, les climats et les procédés dé fabrication. L'huile de Provence, ou huile d’Aix, est à juste titre la plus estimée.
Livré à lui-même dans les terres substantielles et profondes, et sous un climat favorable, l'olivier, dont la vie se prolonge pendant des siècles, devient un très gros arbre, et on en voit assez souvent en Provence et en Algérie dont la hauteur est de 15 à 20 mètres, sur un tronc de 3 à 4 mèêtres de circonférence. Le plus souvent cependant l'olivier reste beaucoup plus bas, surtout dans les terres arides, rocailleuses et sans profondeur, où on le relègue volontiers pour donner un autre emploi aux sols de meilleure qualité. Une autre cause qui l'empêche de grandir est l’élagage fréquent auquel on le soumet pour en rajeunir la tête et le rendre plus productif, en même temps que pour faciliter la récolte des fruits. Il arrive enfin que, sur la limite de la culture, là où les hivers sont déjà trop froids, l'olivier est souvent atteint par la gelée, ce qui oblige le cultivateur à le rabattre sur les branches qui ont échappé à la mortification ; aussi, dans ces conditions peu favorables, les arbres se réduisentils à la taille d’arbrisseaux de 3 à 4 mètres, à tête plus ou moins arrondie, mais qui n’en sont pas moins très fertiles dans les bonnes années. Presque tous les oliviers sont sujets à l’alternance, c’est-àdire à se reposer une année, sans produire ou avec une faible production, après une année d’abondance. Eu égard à leur taille, les
oliviers jeunes et vigoureux donnent plus de fruits que ceux qui sont très âgés, et qu’on est dans l’habitude de rajeunir ainsi que nous l'avons dit plus haut.
Une des grandes qualités de l’olivier est sa résistance aux longues sécheresses des pays méridionaux. Même dans les terrains les plus arides et les plus pauvres il survit à tous les autres arbres, poussant de nouveaux rejetons de sa souche si les branches ou le tronc ont été desséchés, ce qui est d’ailleurs un accident rare. Cette persistance de la vie de l'arbre fournit un moyen souvent employé de re-
roduction. On enlève à la hache ou au ciseau des blocs du bois de a souche sur lesquels existent déjà des bourgeons, et ces blocs mis en terre reprennent avec la plus grande facilité. La reproduction se fait aussi par semis, et même par semis spontané, car les olives tombées à terre germent sans qu’on ait à s’en occuper, et il suffit, pour faire de nouvelles plantations, d'enlever le plant, pour le mettre en pépinière ou en place. Quoi qu’on en ait dit, l'olivier se développe avec une certaine rapidité, et il n’est pas rare de voir des arbres de semis commencer à frucüfier à l’âge de sept à huit ans. Ce n’est toutefois que quelques années plus tard que l’arbre est dans la plénitude de la production, qui, moyennant les soins dont l’expérience a démontré l'efficacité, peut se continuer pendant plus d’un demi-siècle.
La greffe est aussi un moyen de rajeunissementdes vieux oliviers, et on est étonné de la facilité avec laquelle elle reprend, même sur les branches les plus volumineuses. On emploie tantôt la greffe en couronne, si les branches amputées sont très grosses, tantôt la grefle en écusson, sur des branches jeunes et à écorce lisse. C’est d’ailleurs par la greffe qu’on propage les diverses races, qui ne se reproduiraient pas sûrement par le semis, et dont le résultat se ferait attendre plus longtemps.
Le principal emploi des olives est l'extraction de l'huile qu’elles contiennent, et pour cela on attend qu’elles soient arrivées à maturité, ce qu'indique leur changement de couleur, qui passe du vert au violet-noir. C’est ordinairement à la fin de l’automne, plus tôt ou plus tard suivant les lieux et les races d’oliviers, que les olives ont atteint un degré suffisant de maturité; elles tombent alors des arbres, soit spontanément, soit par le gaulage, procédé brutal en ce qu'il casse beaucoup de rameaux, mais néanmoins inévitable quand les arbres sont très élevés. C’est alors que se fait la récolte des olives ; mais, en Provence, on la renvoie assez ordinairement aux mois de décembre et de janvier. Cette habitude a été souvent blâmée, cependant elle se maintient malgré les recommandations des agriculteurs.
Si l'olivier est surtout cultivé pour son huile, il l’est aussi dans une certaine mesure comme arbre fruitier. L’olive arrivée à maturité est molle, âcre et amère, et à cet état peu de personnes peuvent en supporter le goût, mais cueillie avant maturité, lorsqu'elle estencore verte et ferme, elle devient un fruit de table justement estimé, après avoir été macérée quelque temps dans de l’eau alcalinisée, qui lui enlève son amertume. Ainsi préparées les olives sont dites marinées
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ou confites, et elles se consomment crues en entremets, ou cuites avec des viandes, dont elles relèvent la saveur. Elles ont encore d’autres emplois dans l’art culinaire. La préparation des olives marinées est une industrie d’une certaine importance pour les pays producteurs d'olives, elle est surtout florissante dans le midi de la France, et ses produits sont l’objet d’une exploitation très considérable.
Un arbre si anciennement cultivé a naturellement donné naissance à des races et à des variétés inégales en valeur. Le nombre, en effet, en est presque infini. Chaque région oléifère a les siennes, qui sont mieux appropriées que d’autres à son climat, à son sol et à ses habitudes. Pour ne parler que des variétés et races françaises nous citerons :
La Laurine, une des plus rustiques et des plus cultivées en Languedoc. Son huile est bonne sans être de première valeur. Le fruit est mariné dans quelques localités.
La Saurine ou Picholine, très fertile, et à fruits moyens.
L’Aglandeau, Cayanne où Cayon, dont le fruit est trop petit pour être confit, mais qui donne une huile excellente. L'arbre est de petite taille, quoique précoce et productif.
L’Amellone ou Plant d'Aix, une des races les plus cultivées en Provence. Son huile est de première qualité ; on en marine aussi les fruits pour le commerce.
La Baralingue, désignée aussi sous le nom d’A mpoulleau, à cause de sa forme arrondie. C’est une des bonnes variétés françaises.
La Négrette ou Mourette, race précoce, à fruit très noir. On en cultive plusieurs sous-variétés sous ce nom.
La Saverne, qui donne une huile de première qualité, surtout dans les sols caillouteux et calcaires, mais qui résiste moins au froid que la plupart des autres races.
La Turquoise, à fruits allongés, une des meilleures à confire.
L’Espagnole, une des plus grosses olives de Provence, ce qui en fait une des meilleures à mariner. Son huile, qui conserve une certaine amertume, est peu recherchée.
La ÆRougette ou Ponchude, dont le fruit est pointu à ses deux extrémités, et seulement rouge lorsqu'il est mûr, donne une des meilleures huiles du pays.
La Pendulière, ainsi nommée de l’aspect de l’arbre, dont les rameaux sont grèles et pendants, est commune dans le Var et les Alpes-Maritimes et renommée pour l’excellence de son huile.
La Courniole, ou olive Courniau, ou Plant de Salon, est très productive et donne une huile excellente, mais les fruits en sont trop petits pour être marinés.
On distingue encore les olives blanches et les olives noires à fruits doux, qui peuvent être mangées sans préparation. Elles n’ont qu’une médiocre importance comparativement à plusieurs autres.
Cette liste pourrait être considérablement allongée, surtout si nous y faisions entrer les races et les variétés d'olives cultivées dans les autres pays de l’Europe et de l'Orient, mais elle aurait peu d'intérêt et d'utilité. C’est dans les traités spéciaux que le lecteur doit chercher
ces détails. Pour les olives de France, nous lui signalerons, parmi les auteurs du dernier siècle ou du commencement de celui-ci, l ÆHistoire de l'olivier, par Amoreux; le Dictionnaire d'agriculture, de Rozier, et l’AÆistoire naturelle de la Provence, par Bernard. Parmi les traités contemporains, ceux de Riondet et de Raynaud. Pour les races d'olives d'Espagne, on consultera le Traité de la cullure de l'olivier, par le chevalier Jose de Hidalgo de Tablada, et pour les variétés italiennes, les ouvrages de Pieconi et de Petagna. On trouvera en outre de nombreux renseignements dans le ictionnaire d'agriculture de Moll, et dans les diverses communications faites aux Sociétés d'agriculture de France et des pays voisins.
Ainsi que nous l’avons dit plus haut, la culture de l'olivier est principalement cantonnée aux alentours de la Méditerranée, mais elle existe aussi en Portugal et dans diverses parties de l'Espagne qui ne confinent pas à cette mer. En France elle est limitée aux départements méditerranéens, des Pyrénées à la frontière franco-italienne, mais c’est dans les Bouches-du-Rhône, le Var et les Alpes-Maritimes qu’elle a pris son plus grand développement, parce que tout l’y favorise, le sol, le climat et les habitudes agricoles du pays. L’olivier est doué d’une certaine rusticité. Il endure sans souffrir des froids de 5 à 6 degrés centigrades, même des froids plus intenses, pourvu qu'ils ne soient pas de longue durée. À 10 degrés au-dessous de zéro, l'olivier perd ses jeunes branches; à 12 ou 15 degrés, il peut geler jusqu’au niveau du sol, mais il résiste encore si le dégel se fait par un ciel couvert. Au surplus, diverses circonstances qu’on ne peut pas toujours apprécier influent d’une manière considérable sur la résistance des arbres aux intempéries. La culture productive de lolivier n'arrive qu'exceptionnellement au 44° degré de latitude, et vers le sud elle ne dépasse pas la limite septentrionale du Sahara.
L’olivier, quoique très robuste, ne s’accommode pas des terrains bas où l’eau reste stagnante. Il aime le soleil et les terres en pente qui ne retiennent pas l’eau, mais les irrigations, dans les temps de sécheresse, lui sont favorables et augmentent sa fécondité. Il en est de même des engrais ; toutefois, à cause du peu d’abondance des fumiers dans les pays producteurs d'olives, on y supplée par des engrais verts, fèves et lupins surtout, qu’on enfouit autour de arbre. Il a quelques ennemis parmi les insectes, entre autres un puceron, dont les excrétions sur les feuilles engendrent le noir ou fumagine, dont les arbres sont couverts dans certaines années. Mais son ennemi le plus redoutable est une mouche, le Dacus oleæ, connu en Provence sous le nom de kéïroun (ciron), qui pond ses œufs dans l'ovaire au moment de la floraison, et dont la larve, bientôt éclose, ronge la pulpe du fruit, qui cesse de grossir et tombe avant maturité. Depuis quelques années les ravages de cette mouche occasionnent des pertes considérables à l'agriculture provençale, dont la récolte d'olives se réduit souvent à la moitié ou au quart de ce qu’elle devrait être. Jusqu'ici on ne connaît aucun moyen de faire disparaître cet insecte; tout au plus peut-on en diminuer le nombre en enlevant les olives atteintes par la larve avant sa transformation en insecte parfait.
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