‹ Manuel de l'acclimateur, ou, Choix de plantes recommandées pour l'agriculture, l'industrie et la médecine, et adaptées aux divers climate de l'Europe et des pays tropicauxChapitre 41 sur 62 · VOS PP RFO MORE OÙ «DUT · texte numérisé non relu

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Théophraste, en font mention. Elle est célèbre aussi dans la médecine des Arabes. Aujourd’hui encore l'huile qu’on retire de ses graines est un purgalif souventemployé, mais elle sert aussi à beaucoup d’autres usages.

Le ricin, fréquemment cultivé en Europe comme plante ornementale, est très variable, ce qui l’a fait subdiviser à tort en un certain nombre d'espèces; il faut remarquer cependant que ces variations ne portent guère que sur la taille de la plante et la teinte du feuillage. Certaines variétés restent annuelles et herbacées, certaines autres, mais seulement dans les pays où elles peuvent passer l’hiver sans souffrir du froid, arrivent à la taille d’un arbre de 4 à 5 mètres, ainsi qu’on le voit dans beaucoup de localités du midi de l'Europe et du nord de l’Afrique.

A ne considérer le ricin que comme plante médicinale et industrielle on ne peut lui refuser une certaine importance. Il réussit pour ainsi dire sans culture, dans tous les terrains, pourvu qu’il y trouve une chaleur suffisante, et partout il produit en abondance, même dès la première année, les graines dont on retire, par pression, jusqu’à 90 pour 100 de leur poids d’une huile qui est également propre aux usages médicinaux et à la lubréfaction des machines motrices. Cette huile est purifiée par décantation ou par d’autres procédés et blanchie par simple exposition au soleil. La chimie en retire divers produits, dont il n’y a pas lieu d'indiquer ici les emplois. Il nous suffit d'appeler l’attention des lecteurs sur une plante qui peut devenir une source de profits dans beaucoup de lieux. Ajoutons, pour compléter l’histoire du ricin à notre point de vue, que ses feuilles sont la nourriture d’un ver à soie introduit de Chine en Europe dans le cours de ce siècle, le Bombyx Arrindia, qu’on élèvera avec succès dans tous les pays où le ricin peut passer l’hiver à l'air libre.

Les graines du ricin sont vénéneuses, même à petite dose, et il ne serait pas sans danger d’en manger quelques-unes.

ROBINIA pseudacia L. — Faux-acacia, robinier. Arbre de taille moyenne, de l'Amérique du Nord, du groupe des Légumineuses- Papilionacées, très rustique dans presque toute l’Europe, de croissance rapide et drageonnant du pied. Il est armé de fortes épines ; ses feuilles sont caduques et il se couvre au printemps de grappes de fleurs blanches, agréablement odorantes et très recherchées des abeilles.

Quoiqu'il n’arrive pas en Europe aux proportions d’un arbre forestier proprement dit, ce n’en est pas moins un des plus utiles de ceux que nous a envoyés l'Amérique. Son bois extrêmement dur, compacte, de longue durée, d’une légère teinte jaunâtre, est très utilement employé à faire des ustensiles dont la première qualité est la résistance, tels que vis de pressoirs, écrous, chevilles, manches d’outils, etc. On en fait aussi des ouvrages de tour et de tabletterie.

Le robinier réussit dans tous les terrains, même les plus graveleux, pourvu qu’ils conservent un peu de fraîcheur en été, et comme

il croît très vite et donne de nombreux drageons aucun autre arbre n’est plus propre à consolider les talus des chemins de fer et des routes. Tous les trois ou quatre ans on le meten coupe, et il fournit alors des perches de diverses grosseurs, dont on trouve facilement l'emploi dans les campagnes, principalement pour en faire des tuteurs et des échalas dans les pays vignobles. Ses fortes et dangereuses épines en font aussi un arbre défensif contre les maraudeurs, et, dans ce but, on le plante en ligne serrée autour des propriétés. Loin d’épuiser la terre, le robinier, comme d’autres légumineuses, lui rend la fertilité qu’elle a perdue par d’autres cultures, et il améliore en quelques années celles qui, par elles-mêmes, n’ont que peu de valeur.

Dans le nord de l'Amérique cet arbre devient beauçgoup plus grand qu’en Europe; il y atteint ou même dépasse 30 mètres de hauteur, et alors son bois est employé aux grandes constructions. Peutêtre arriverait-il aux mêmes proportions dans l’Ouest de la France, si on le laissait vieillir.

Le faux-acacia est aussi un bel arbre d'ornement, au moins par quelques-unes de ses variétés horticoles, telles que le robinier pyramidal, le robinier boule, le robinier sans épines, etc.

Une seconde espèce du genre existe encore dans les jardins de l'Europe; c’est le À. hispida L., ou robinier rose de la Caroline, simple arbrisseau de ? à 3 mètres, dont les fleurs, beaucoup plus grandes que celles du robinier commun et d’une belle couleur rose, en font un des arbustes les plus élégants des parcs et des jardins. Nous l’avons toujours vu stérile en France, ce qui oblige à le multiplier de drageons.

ROCCELLA #inctoria DG.—Orseille. Lichen qui croît sur les rochers des Açores, des Canaries et de diverses régions de l’Europe méridionale et de l’Afrique du Nord. C’est de lui qu’on extrait la teinture connue sous le nom de rouge d’orseille, et dont le commerce n’est pas sans importance. On récolte le lichen en râclant les rochers, opération qui ne laisse pas que d’être quelquefois fort dangereuse.

Y aurait-il quelque possibilité de soumettre l’orseille à une sorte de culture, de manière à en rendre la récolte à la fois plus abondante et plus facile? Cela semble peu probable, néanmoins il y aurait quelque intérêt à tenter l’expérience. Ce n’est pas d’ailleurs le seul lichen utilisé dans l’industrie; plusieurs autres, tels que les ZLecanoratartarea, L. Parella, Pertusaria communis, Parmelia sordida, Isidium corallinum et d’autres encore, fournissent des matières tinctoriales. Quelques-uns sont utilisés par la médecine; il en est enfin qui sont alimentaires, comme le Cenomyce rangiferina des régions arctiques, qui servent à nourrir les troupeaux de rennes, et le Lecanora desertorum, lichen globuleux qui croît en immenses quantités sur les sables des déserts de l'Asie centrale et qui est, dans certains cas, une ressource pour les caravanes. Les ouragans qui se déchaînent dans ces régions transportent quelquefois ces lichens à plusieurs centaines de kilomètres du point où ils les ont enlevés.

Quelques commentateurs ont voulu y voir la manne qui a nourri les Hébreux dans le désert du Sinaï, ce qui n’est guère vraisemblable.

ROSA. — Rosier. Genre type de la famille des Rosacées, contenant un grand nombre d'espèces sur les caractères desquelles les botanistes sont souvent en désaccord, ce qui tient probablement à leur variabilité et sans doute aussi à leurs croisements. La culture des rosiers, qui remonte aux premiers âges de l’histoire, a d’ailleurs beaucoup contribué à en embrouiller la nomenclature par la multitude de variétés qu’elle a fait naître, et qui se compteraient aujourd’hui par milliers.

Dans tous les pays civilisés, partout où on aime les fleurs, les rosiers, ou plutôt certaines espèces de rosiers, sont au premier rang dans les parterres, les jardins d'agrément et les parcs. Aucun autre genre de plantes ne peut rivaliser avec eux, parce qu’ils réunissent toutes les qualités qui sont dispersées sur les autres, la beauté des fleurs, le parfum mcomparable, la grâce du port, la rusticité, la facilité de la culture. Certains rosiers ne sont que d’humbles sousarbustes qu’on peut cultiver en pots et qui se prêtent par là à la décoration des appartements et des fenêtres ; d’autres sont de grands sous-arbrisseaux, dont la place est marquée dans les plates-bandes ou les massifs des jardins; il en est enfin qui sont de véritables arbres grimpants, de grandes lianes qui peuvent s’enrouler aux troncs des arbres les plus hauts eten atteindre le sommet, ou grimper sur les murs des habitations et en couvrir le toit de leur feuillage et de leurs fleurs.

Tous les rosiers jusqu'ici connus appartiennent à l’hémisphère septentrional; tous sont originaires de climats tempérés, plus ou moins froids en hiver, plus ou moins chauds en été, suivant les latitudes. Quelques-uns sont essentiellement montagnards, d’autres n’habitent que les plaines et même les lieux marécageux, Avant la découverte de l'Amérique et l’époque des grands voyages en Asie, l'Europe ne connaissait guère qu’une douzaine d’espèces de rosiers; mais depuis lors il lui en est arrivé de Chine, du Japon, de la Perse et de l'Amérique du Nord, et ces nouveaux venus, sous l’influence des procédés horticoles si perfectionnés de notre temps, ont donné naissance à une telle multitude de formes nouvelles qu’il est presque impossible aujourd’hui de les rattacher à leurs espèces primitives. Nous n’apprendrons rien à personne en rappelant que les rosiers de simple agrément sont l’objet d’un commerce considérable autant que lucratif, et que leur culture est devenue une spécialité pour bien des horticulteurs, en Europe et en Amérique.

Mais tous les rosiers ne sont pas de simples arbrisseaux d’agrément, il en est qu’on cultive spécialement pour la parfumerie, et à ce point de vue encore ils donnent lieu à une exploitation importante. L’essence de rose, longtemps tirée de l’Orient, se fabrique aujourd’hui en France et dans d’autres parties de l’Europe.

Pour ce qui concerne la nomenclature et la culture des innombrables variétés de rosiers, nous ne pouvons faire autrement que de

renvoyer le lecteur aux traités spéciaux; toutefois nous croyons

utile de lui fournir quelques renseignements sur les espèces suivantes :

R. centifolia L. — La rose cent-feuilles. C’est incontestablement la plus belle et la plus parfumée de toutes les roses, comme aussi la plus anciennement connue. Elle est mêlée à l’histoire, aux traditions et à la poésie de tous les peuples de l’Orient, et son introduction dans le midi de l'Europe remonte aussi à une antiquité fort reculée.

On ne sait au juste de quelle contrée de l’Orient elle est origi-

naire, mais 1l est du moins fort probable qu’elle nous est venue de :

la Perse et de la région du Caucase, où cependant les botanistes ne semblent pas l'avoir rencontrée à l’état sauvage. De plus nous ne la connaissons qu'avec des fleurs doubles ou pleines, ce qui est manifestement le résultat de la culture. Il en est sorti de nombreuses variétés, dont quelques-unes se sont en quelque sorte naturalisées sur divers points de l’Europe méridionale, ainsi que cela a eu lieu pour divers arbres ou arbrisseaux de l'Asie occidentale.

Le rosier cent-feuilles n’est qu'un simple arbuste de 1 mètre à 150, un peu drageonnant du pied et épineux, caractérisé par ses feuilles comparativement larges et gaufrées, et par ses fleurs volumineuses, ordinairement très pleines, et dont les pétales, de couleur rose, sont rapprochées en forme de coupe. Leur parfum est délicieux, aussi s’en sert-on de temps immémorial pour préparer, par distllation, l’essence de rose ou attar des Orientaux. On estime qu’il faut de 12,000 à 16,000 roses, soit de 1,200 à 1,500 kilogrammes de pétales, pour fournir une once (environ 30 grammes) d'essence, ce qui porte cette dernière à un très haut prix. Il y a plusieurs manières d'extraire ce parfum, mais toutes plus ou moins compliquées et qui exigent, outre l'outillage nécessaire, les connaissances pratiques du

distillateur. La ville de Grasse, en Provence, est renommée pour

l'importance de ses distilleries d’essence de rose et l’exportation de ses produits dans le monde entier.

Parmi les variétés horticoles de la rose cent-feuilles 1l convient de citer la Rose moussue des jardins et la Rose de Provins, cultivée en grand aux environs de Paris, principalement pour ses emplois médicinaux. On croit que cette dernière variété n’est autre chose que le À. gallica des botanistes, qui n’est lui-même qu’une variété amoindrie du rosier cent-feuilles.

R. damascena Mizcer. — Rosier de Damas. Très voisin du rosier cent-feuilles, et probablement même une simple variété fort ancienne. En Orient on le cultive sur une grande échelle pour en extraire l'essence de roses. En Europe c’est un simple arbuste d’agrément, d’ailleurs recherché.

R. indica L. — Rosier de l'Inde. Rosier de l’île Bourbon. Espèce exotique introduite en Europe vers la fin du siècle dernier, du nord de l'Inde, de la Chine et du Japon, où elle est cultivée de temps immémorial. Sa fleur est comparativement peu odorante, mais la floraison est de longue durée, presque perpétuelle sous les climats doux du midi de l'Europe. Entre les mains des horticulteurs cette

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