‹ Manuel de l'acclimateur, ou, Choix de plantes recommandées pour l'agriculture, l'industrie et la médecine, et adaptées aux divers climate de l'Europe et des pays tropicauxChapitre 44 sur 62 · PT CURTIS · texte numérisé non relu

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SANTOLINA Cyparissias L. — Santoline officinale. Plante aromatique, demi-ligneuse etun peu buissonnante, d’une teinte grise … ou blanchâtre, appartenant à la famille des Composées. Elle est indigène du midi de l’Europe, principalement de la région méditerranéenne, et usitée en médecine depuis l’antiquité. On la plante sou- vent en bordures, dans les jardins, où elle remplace le buis. Il en est de même de la santoline verte (S. viridis L.), qui jouit des mêmes propriétés, quoique un peu moins aromatique.

SAPONARIA officinalis L. — Saponaire. Herbe vivace de la famille des Caryophyllées, indigène dans une grande partie de l’Europe et de l’Asie tempérée. Elle a quelque utilité dans les arts pour | le lavage des étoffes de soie et de laine, par la saponine qu’elle contient, et qui communique un très beau lustre à ces étofles, sans en altérer les teintes. Une variété double de la saponaire est cultivée dans les jardins d'agrément.

SAPINDUS. — Genre type de la famille des Sapindacées, com- ke

prenant des arbres et des arbrisseaux, la plupart des contrées intratropicales. Quelques-uns produisent des fruits comestibles, mais dont l’amande est réputée vénéneuse. Un caractère assez général de ces arbres est de contenir dans leur sève, surtout dans la pulpe de leurs fruits, une substance alcaline, la saponine, qui a toutes les propriétés du savon, et est employée au lavage des étoffes. Citons plus particulièrement :

S. emarginatus L. — Grand arbre des Elats-Unis méridionaux (Géorgie et Virginie), déjà introduit en Algérie, où il pourrait devenir un arbre forestier d’une certaine valeur, par suite de la dureté et de la beauté de son bois. Ses fruits, de la grosseur d’une cerise, sont enveloppés d’une pulpe glutineuse, riche en saponine, déjà utilisée dans le pays pour le dégraissage des étoffes de laine, et dont les pharmaciens fabriquent un savon de toilette. Cet arbre est très rustique en Algérie, et il le serait de même dans une grande partie de l’Europe méridionale.

S. saponaria L. — Des Antülles. Son écorce, sa racine et ses fruits amers et astringents sont entrés dans la matière médicale. La pulpe des fruits, écrasée dans l’eau, y mousse comme le savon, et on l’emploie au blanchissage des étoffes, que d’ailleurs elle finit par corroder. Cette espèce, moins rustique que la précédente, supporte difficilement le climat d'Alger et n’y fructifie pas.

S. Rarak DC. — Grand arbre de Java, croissant jusqu’à 1,250 mètres de hauteur sur les montagnes, utilisé de temps immémorial par les indigènes, qui se servent de la pulpe de ses fruits pour le savonnage des étoffes, sans autre préparation. Cette pulpe passe pour vénéneuse, car aucun animal n’y touche. L’écorce jouit des mêmes propriétés, et le bois est employé à faire divers ouvrages de tabletterie. L'arbre, qui est beau et décoratif par son feuillage et ses fleurs, a été introduit dans les Antilles anglaises.

Parmi les autres espèces du genre nous pouvons citer encore les S. laurifolius et aromaticus de l'Inde, dont les fruits, doués d’une certaine amertume, sont souvent employés dans la médecine indigène, le S. fruticosus, de l’Inde, et surtout les S. esculentus, du Brésil, et S. senegalensis, de l'Afrique occidentale, dont les baies sont comestibles. Ces derniers arbres ne peuvent prospérer que dans nos colonies intratropicales, et n’ont en définitive qu'un médiocre intérêt pour l’acclimateur.

SARCOCEPHALUS esculentus AFzEL. — Grand arbrisseau de la famille des Rubiacées, répandu dans l’Afrique occidentale depuis la Sénégambie jusqu'à Sierra-Leone et au Gabon, dans un autre sens jusqu’au Niger, peut-être même beaucoup plus loin et jusqu’à la côte orientale d'Afrique. Suivant les lieux il porte des noms différents, dont celui de Doundaké est le plus famillier aux Européens de la Sénégambie. Il n’est connu en Europe que depuis un petit nombre d'années, par suite des recherches des médecins et des pharmaciens de la marine française, et plus particulièrement parles travaux du docteur Heckel. Dans le pays les Européens le désignent assez souvent sous le nom de pêcher des nègres, par allusion

à son fruit comestible, qui, tant par son volume que par son apparence extérieure, ressemble grossièrement à une pêche. Suivant l'appellation botanique ce fruit est un syncarpe, c’est-à-dire un assemblage de baies résultant chacune d’une fleur, mais congénitalement agrégées et soudées entre elles, plus intimement que celles qui consütuent le fruit du müûrier. Ce fruit se vend communément sur les marchés de la Sénégambie. Très apprécié des nègres, il l’est aussi des Européens; toutefois, mangé en excès, il passe pour provoquer le vomissement.

En tant qu’arbre fruitier, le doundaké n’est pas sans valeur, et il est vraisemblable que s’il était soumis à une culture intelligente ses fruits pourraient encore s’améliorer; toutefois, ce qui lui donne une véritable importance c’est son écorce, qui jouit de propriétés médicinales bien constatées et qui commence à entrer dans le commerce de la droguerie. Son principe actif est une substance amère, la doundakine, que quelques personnes regardent comme un véritable alcaloïde, bien que ce point soit contesté. Toujours est-il que, pour les indigènes, l’écorce du doundaké est le remède souverain des fièvres nées de l’impaludisme, si fréquentes et si redoutables en Afrique. Plusieurs médecins partagent cette opinion, et peu s’en faut qu'ils ne mettent cette écorce au niveau du quinquina. Sans lui attribuer autant de vertu qu’à ce dernier, il n’en est pas moins certain que son emploi en thérapeutique a déjà rendu de grands services, et on peut augurer qu’il en rendra de plus grands encore quand des expériences suffisamment répétées auront fait reconnaître dans quelles circonstances et par quel mode d’administration le remède aura le plus d'efficacité.

L’écorce de doundaké, qu’on appelle quelquefois quinquina africain, est assez souvent mêlée, dans le commerce, à celle d’autres arbrisseaux d’un genre voisin, les Morinda, et qui est douée de propriétés analogues. La fraude en ceci n’est pas très grave, mais il en est autrement lorsqu'on y ajoute l’écorce inerte, ou peut-être nuisible, du Cochlospermum tinctorium, ternstræmiacée africaine plus utilement employée dans l’art de la teinture.

SASSAFRAS officinale HAYNE. — Laurier sassafras. Arbre de 18 à 20 mètres, de la famille des Laurinées, à feuilles caduques, aromatique dans toutes ses parties, indigène dans l'Amérique du Nord, du Canada à la Floride. Le tronc de l’arbre atteint jusqu’à 6 mètres et plus de circonférence. Ce laurier, qui diffère de ceux de l’ancien continent par la forme de ses feuilles, tantôt simples, tantôt à deux ou trois lobes et caduques, leur ressemble par tous les autres caractères. C’est lui qui fournit l’écorce et le bois de sassafras employés en médecine et dont on retire, par distillation, une huile éthérée. D’après les analyses de Reinach, l'écorce des racines contiendrait, lorsqu'elles sont sèches, jusqu’à 58 pour 100 de leur poids de tannin. Le bois de l’arbre est aussi employé en teinture.

SATUREIA hortensis L. — Sarriette. Labiée annuelle de la région méditerranéenne, aromatique, souvent cultivée dans les jardins

comme condiment. Il en est de même du S. montana L., plante vivace des mêmes régions, et du S. thymbra L., sous-arbuste à feuilles persistantes, et dont l’odeur rappelle celle du thym. Plusieurs autres espèces du midi de l’Europe et de l'Orient sont également usitées.

SAUSSUREA Zappa BeNrH.— Composée vivace du Cachemyre, dont la racine aromatique est employée en médecine. Quelques botanistes croient que c’est la plante connue des anciens sous le nom

de Costus.

SAXE-GOTHÆA conspicua LiNDL. — Arbre de 10 à 12 mètres, de l’ordre des Conifères et du groupe des Taxinées, originaire des montagnes du Chili et de la Patagonie. Introduit en Europe vers le milieu du siècle, comme arbre paysager. Il est jusqu'ici assez peu répandu.

SCANDIX grandifiora L. — Ombellifère annuelle des alentours de la Méditerranée, aromatique et usitée comme condiment dans les salades.

SCHIMA Wallichii CHoisy. — Grand arbre des montagnes de l'Inde, dont on dit le bois d’excellente qualité. Il est encore peu connu. |

SCHIZOSTACHYUM. — Genre de Graminées arborescentes, détachées des bambous (Bambusa) proprement dits parles botanistes, comprenant une douzaine d’espèces, des îles de la Sonde et des Moluques, dont il peut être utile de signaler les suivantes :

S. Blumei. — Très grand bambou de Java, où il croît sur les montagnes jusqu’à l’altitude de 1,000 mètres.

S. brachycladum Kurz. — Desîles de la Sonde et des Moluques. Ses chaumes ont de 12 à {4 mètres de hauteur et sont très creux. Leurs courtes ramifications donnent à la plante un aspect singulier. On en connaît une variété dont les chaumes sont d’un jaune très brillant.

S. elegantissimum Kurz. — De Java, jusqu'aux altitudes de 1,800 à 2,000 mètres. A la différence des autres bambous, celui-ci fleurit dès l’âge de trois ans, ce qui lui donne une importance particulière pour l’ornementation des parcs et des jardins. Ses tiges, hautes de 7 à 8 mètres, sont robustes. Il vaut mieux le propager de graines que de fragments de la souche.

S. Hasskarlianum Kurz. — De Java. On peut le considérer comme une plante économique, attendu qu’on en récolte les jeunes pousses au moment où elles sortent de terre, pour les manger préparées de diverses manières. Plusieurs autres espèces de bambous sont utilisées de même, mais celle-ci est une des meilleures.

Citons encore les S. irratum STEur., des Moluques, et S. Zollingeri Sreup., de Java, grande espèce, à tiges grêles et très fréquemment cultivée.

SCHINUS Molle L. — Arbre de la famille des Anacardiacées, originaire du Pérou et du Chili, introduit dans le midi méditerranéen de l’Europe comme arbre d'ornement, ce qu’il justifie par l’élégance de son feuillage persistant et par ses grappes de baies rouge corail en automne et en hiver. Dans l'Amérique du Sud ces baies, d’une saveur âcre et piquante, servent de condiment, ce qui leur a fait donner le nom de poivre d'Amérique. D'après le docteur Sace, établi depuis longtemps en Bolivie, le poivrier d'Amérique rendrait un service beaucoup plus important, en préservant de l’oïdium les vignes de grande arborescence auxquelles il sert de soutien et qui, sur tous les autres arbres, sont ravagées par ce parasite. Si cette propriété est réelle, l’arbre acquerrait une valeur considérable là où le climat en permettrait la culture à l'air libre. Outre cette espèce, nous possédons le S. Aroeira, du Brésil, encore assez rare.

SCHŒNOCAULON officinale As. GRAY; Asagræa officinalis Linpz. — Mélanthacée des montagnes du Mexique, analogue aux varaires ( Veratrum) de l’Europe par quelques-unes de ses propriétés médicinales. Ses graines, connues sous le nom de sabadille, sont usitées en pharmacie; mais on retire surtout de la racine bulbeuse de la plante, ainsi que de ses feuilles, deux alcaloïdes, la vératrine et la sabadilline, une matière résineuse, l’hélonine, et en outre les acides sabadillique et vératrique.

SCIADOPITYS certicillata SIEBOLD. — Arbre conifère du Japon, où il porte le nom de Koya-Maki, haut de 50 à 60 mètres, très remarquable par la noblesse de son port pyramidal et la disposition de ses aiguilles en verticilles ou en rosaces à l’extrémité des rameaux. Au dire des voyageurs c’est le plus bel arbre du Japon, et il y paraît assez rare à l’état sauvage, mais on l’y trouve fréquemment cultivé dans les parcs des riches Japonais et au voisinage des temples. Introduit en Angleterre vers l’année 1860, il s’y est montré parfaitement rustique, ainsi que sur divers point du continent, où il a même produit quelques graines. Jusqu'ici nous ne savons rien de

la valeur industrielle de son bois; mais, comme arbre décoratif et .

paysager, il est dans les premiers rangs et mérite toute l’attention des arboriculteurs, principalement de ceux qui habitent au voisinage de l’océan et, d’une manière générale, les climats doux et un peu humides.

SCILLA esculenta KER; Camassia esculenta LiNpz. — Liliacée bulbeuse de l'Amérique du Nord occidentale, où elle abonde dans les prairies humides. Ses bulbes, assez semblables à des oignons, constituent une partie considérable du régime végétal des indigènes de cette partie de l'Amérique, et, en effet, rôtis sous la cendre, ils ne sont pas déplaisants. La plante a été introduite en Europe, comme potagère, dans la première moitié du siècle, mais sa culture a été promptement abandonnée, comme beaucoup moins profitable que celle de toutes nos races d'oignons. Elle est réduite aujourd’hui au rôle de plante d'agrément ou plutôt de simple curiosité. Il ne serait

cependant pas sans intérêt de la planter dans les terres humides, sauf à l’abandonner ensuite à elle-même.

Une seconde espèce, le S. Fraseri As. Gray, des parties orientales des Etats-Unis, est très prolifique; ses bulbes ont, dit-on, le goût de la pomme de terre.

Rappelons en passant que plusieurs espèces de Scilles, d'Europe et de l'Orient, sont d’intéressantes plantes de parterre, qui ont une grande analogie avec les jacinthes. Une espèce du genre, la squille ou scille marine (S. maritima L.), du midi de l’Europe et du nord de l’Afrique, est une plante médicinale, qui est surtout remarquable par l’énormité de ses bulbes, dont le poids dépasse souvent un kilogramme.

SCOLYMUS ispanicus L. — Scolyme, cardouille. Tagarninas des Espagnols. Composée bisannuelle de la région méditerranéenne, commune dans le midi de la France et en Espagne, utilisée comme légume, mais cultivée seulement en Espagne, surtout aux alentours de Madrid. La plante est épineuse et a toute l’apparence d’un chardon à fleurs jaunes. En France on n’en mange que la racine, qui ressemble beaucoup à celle du salsifis; en Espagne on en mange les côtes des feuilles et les pétioles, qui se vendent en grande quantité sur les marchés des villes, pendant plusieurs mois de l’année. Comme beaucoup d’autres plantes celle-ci est susceptible de s’améliorer par la culture, et il est à regretter qu’elle soit négligée en France, où on se contente de la récolter à l’état sauvage. Sa racine est un meilleur légume que les salsifis et les scorsonères.

SCORZONERA. — Scorsonère, salsifis. Genre de Composées bisannuelles ou vivaces, du midi de l’Europe et d'Orient, à fleurs jaunes ou pourpres et à racine comestible, dont quelques-unes sont devenues des plantes potagères. C’est principalement le cas des suivantes.

S. crocifolia Sigraorp. — De la Grèce. D’après le professeur Heldreich ses feuilles sont mangées en salade ou cuites à la façon des épinards.

S. deliciosa GUSSoNE. — De Sicile. On le dit égal, sinon même supérieur par le goût de sa racine, au salsifis commun.

S. hispanica L. — Salsifis commun. Du centre et du midi de l'Europe. Sa racine vivace est non seulement un bon légume, mais elle est encore employée en médecine comme celle du pissenlit/Tarazacum). Par l’ébullition un peu prolongée elle perd ses propriétés médicinales. Plusieurs espèces voisines, principalement asiatiques, semblent être dans le même cas.

S. tuberosa Parras. — De la Russie méridionale et de la Syrie,

où on en mange la racine à la manière du salsifis. Citons encore, comme méritant d’être cultivées et par là améliorées, les S. albicaulis BUNGE, de la Chine; S. Szovvitsit DC., de la Perse; S. undulata Vaur., du nord de l'Afrique; S.ramosa SirH., de la Grèce; S. semicana, de Turquie; S. lanata BigBEersr., du Caucase. Plusieurs autres pourraient être ajoutées à cette liste.

SCUTIA indica BRONGT. — Arbrisseau épineux de l'Asie méridionale, de la famille des Rhamnées. Très propre, d’après le docteur Gleghorn, à faire des haies défensives dans les pays chauds.

SEBÆA ovala Rob. Br. — Gentianée de l'Australie extratropicale et de la Nouvelle-Zélande. C’est une jolie plante annuelle, qui a toutes les propriétés médicinales de la gentiane d'Europe. Le S. albidiflora Ferd. von MuLrer en est une espèce très voisine, qui recherche les terrains un peu salés. Ces deux plantes, à cause de leur amertume, sont rebulées par les bestiaux.

SECALE cereale L. — Le seigle proprement dit. Graminée annuelle, qu’on suppose originaire de l’Asie occidentale, mais cultivée comme céréale depuis l’antiquité. Sa rusticité, plus grande que celle du blé (Triticum), permet de le cultiver plus loin vers le nord et à de plus grandes altitudes sur les montagnes. C’est la céréale dominante des pays froids et des terres siliceuses, aussi tient-elle une place importante dans l’agricullure de l’Europe et de l'Asie septentrionale. Son grain, quoique moins riche en gluten que celui du blé, fournit cependant un pain nourrissant et qui a l'avantage de se conserver longtemps frais. Dans le nord de l’Europe le seigle est aussi cultivé comme fourrage et, sous cette forme, il donne un produit considérable, précieux par sa qualité et sa précocité. Sa paille, longue et plus ferme que celle du blé, sert à de nombreux usages dans les travaux de la ferme, et c’est avec elle principalement que se confectionnent les paillassons qui servent à abriter les jeunes plantes ou les arbres fruitiers en fleurs à la fin de l'hiver. On trouvera dans les livres d'agriculture tout ce qui a rapport à la culture du seigle et à ses variétés.

Le seigle, dans certains pays, surtout dans les années pluvieuses, est attaqué par une sorte de champignon qui en altère le grain dans sa forme et ses propriétés ; c’est ce qu’on appelle l’ergot de seigle, à cause de sa ressemblance avec l’ergot d’un coq. Les botanistes l'ont nommé Sclerotium Clavus, où mieux Cordyceps purpurea. Ce produit anormal est très vénéneux, mais c’est aussi un médicament énergique très employé en thérapeutique.

SECHIUMedule SWaRTz.—Chayotte,chocho,christophine.Grande cucurbitacée de l'Amérique Centrale, du Mexique et des Antilles, devenue plante potagère et aujourd’hui cultivée dans la plupart des pays chauds et jusque dans le midi de l'Espagne et en Algérie. Elle est vivace et pousse chaque année de son tubercule souterrain de longues tiges grimpantes, qui deviennent demi-ligneuses, et passent l'hiver sans périr si le climat du lieu est assez chaud. Son fruit, de forme ovoïde, à peu près de la grosseur du poing d’un homme et portant quelques tubercules terminés en épine, restent verts à la maturité. Ils ne contiennent qu'une graine, enveloppée d’une chair épaisse et ferme, qui s’attendrit par la cuisson, et fournit un mets délicat.

La reproduction s’opère par la plantation du fruit entier. A la

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germination la jeune plante est alimentée par ses cotylédons, restés sous terre et qu absorbent la substance du fruit graduellement décomposé. La plante est d'autant plus fertile qu’elle trouve plus facilement des arbres ou des tuteurs sur lesquels elle puisse grimper; mais on peut aussi la cultiver à plat, comme d’autres cucurbitacées. On estime qu’un hectare de terrain, contenant 10,000 pieds de chayotte, produit annuellement de 120,000 à 130,000 fruits, du poids de 600 à 700 grammes chacun. Ces fruits se récoltent, suivant les lieux et les climats, en octobre, novembre et décembre, et comme ils se conservent aisément pendant plusieurs mois, le commerce en enlève de notables quantités pour les pays septentrionaux, surtout pour l’Angleterre, où ils sont particulièrement estimés.

La souche ou tubercule de la chayotte contient une assez forte proportion de fécule, mais qu’on ne peut utiliser qu'après l’avoir débarrassée d’un principe amer auquel elle est mêlée.

SELINUM annesorrhizum Ferd. von MULLER; Annesorrhiza capensis SCHLECHT. — Ombellifère bisannuelle de l'Afrique australe, à racine fusiforme, charnue et comestible, désignée par les colons d'origine hollandaise sous le nom d’Anryswortel (racine anisée), qui fait allusion à l'odeur et à la saveur de la plante. Telle qu’elle est encore aujourd’hui, c’est-à-dire restée à l’état sauvage, cette ombellifère a peu d'importance, mais quand on se rappelle ce qu’une culture intelligente a su tirer de la carotte et du panais sauvages, on ne peut s'empêcher de croire que la domestication de l'Anyswortel ne doive être suivie d’un pareil succès. L'expérience pourrait d’ailleurs s'appliquer à d’autres espèces de la même section générique et du même pays, telles que les Annesorrhiza montana, villosa, hirsuta et quelques autres.

SEQUOIA. — Genre de Conifères de l'Amérique du Nord, réduit à deux espèces, que leurs proportions colossales rendent remarquables entre tous les arbres connus.

S. gigantea DECAISNE ; Wellingtonia gigantea Linot. ; Washingtonia californica WiNsSLOW. — Mammoth-tree des Américains. Des montagnes de la Californie, jusqu'aux altitudes de 2,600 mètres au-dessus du niveau de la mer. C’est un des plus grands arbres connus, si non le plus élevé, quoiqu'il atteigne à 100 mètres et plus, du moins un des plus volumineux, car il a jusqu’à 10 mètres de diamètre à la base du tronc. Cet arbre énorme a été l’objet de tant de récits, quelquefois exagérés, de la part des voyageurs, que nous regardons comme inutile de les reproduire ici. L’épaisseur de son écorce est proportionnée à sa grande taille; elle est, suivant la région de la tige, de 10 à 20 centimètres. Ramifié dès la base, cet arbre extraordinaire forme une masse conique de verdure d’un effet saisissant, aussi a-t-il été introduit en Europe presque dès sa découverte. En Angleterre eten France, surtout au voisinage de l'Océan, il s’est montré rustique, résistant sans peine à des froids de 12 à 15 degrés au-dessous de zéro, mais il a péri, dans l’hiver de 1878-79, partout où le thermomètre est descendu à —20 degrés. Il faut au

Sequoia gigantea une atmosphère un peu humide et un sol qui ne se Hedseche pas en été, ce qui explique le peu de succès de sa culture dans le Midi méditerranéen. Son bois est à peu près sans valeur.

S. semperoirens ENbricH.; Taxodium Sempervirens LAMBERT. — Bois rouge, cèdre bâtard. Du nord-ouest de l'Amérique septentrionale, principalement de Californie. Arbre gigantesque, à peine inférieur au précédent, d’une verdure sombre, dont le bois rougeâtre est tendre, léger, facile à fendre et peu solide, pouvant toutefois se conserver longtemps quand il est à l’abri de l'humidité, car on cite des charpentes construites avec ce bois qui ont un siècle de durée. Son port est très différent de celui du S. gigantea; au lieu de prendre la forme pyramidale de ce dernier, il forme des fûts très élevés, sans ramifications, dont le sommetest couronné d’une large tête à branches étalées, puis retombantes. Malgré la qualité inférieure de son bois, il rend de nombreux services en Californie, où d’ailleurs il abonde. En Europe ce n’est et ne peut guère être qu’un arbre paysager. Il réussit mieux aux alentours de la Méditerranée que l’autre séquoia.

SESAMUM indicum L. — Sésame, gingili. Plante herbacée, annuelle, de la famille des Bignoniacées, cultivée dans une grande partie de l'Asie méridionale et au Japon jusque sous le 42° degré de latitude, ainsi que dans certaines parties de la région méditerranéenne, à Malte, en Grèce et en Turquie, pour ses graines oléagineuses, dont la teneur en huile varie de 45 à 50 pour 100. Cette huile est excellente pour la table, peu inférieure à celle de l’olive, et conservant sa fluidité à des températures plus basses que cette dernière. Il existe plusieurs races de sésame, qui diffèrent les unes des autres par la couleur de leurs graines, blanches, rouges ou noires. Le sésame à graines noires est le plus productif et le plus précoce, mais son huile est d’une teinte plus foncée que celles des autres variétés. On estime que dans la seule présidence de Madras plus de 400,000 hectares de terre sont cultivés en sésame, et, d’après la statistique commerciale, il a été exporté de Bangkok, en 1870, pour 4,575,000 fr. d'huile, vendue sur le marché de Londres de 51 à 43 fr. le quintal. Le sésame réussirait dans le midi de la France, si le sol n’était pas déja occupé par des cultures plus certaines et plus productives, ce qui explique pourquoi, après quelques essais, il y a été abandonné. Les graines de sésame torréfiées servent aussi à faire des potages et quelques autres préparations culinaires, et le résidu de l'huile entre dans la composition de l'encre de Chine. Un des grands avantages de cette culture dans les pays chauds, c’est la promptitude avec laquelle elle donne son produit.

SESBANIA aculeata PERSOON. — Danchi. Grande plante légumineuse annuelle, de l'Asie méridionale, de l’Afrique et de l’Australie, propre aux pays déserts et arides, où elle croît sans culture. On la récolte pour sa fibre, forte et tenace, qui sert surtout à faire des cordages et de la pâte à papier. Son prix, à Londres, est de 30 à 40

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livres sterling (de 750 à 1,000 fr.) la tonne. Plusieurs autres plantes du même genre peuvent être utilisées de la même manière, et rendraient vraisemblablement de bons services dans le nord de l’Afrique.

Le S. cannabina Pers., de l'Asie, est aussi cultivé comme plante filassière, mais seulement dans les terres humides.

Le S. ægyptiaca PErs., qu’on trouve dans toute l’Asie méridionale, l’Afrique et même le nord de l'Australie, est vivace, et plutôt utilisé comme plante fourragère qu'autrement. Il en est de même du S. brachycarpa Kerd. von Muier, d'Australie, que les bestiaux broutent avec avidité. On dit même que ses gousses, cueillies vertes, sont un bon légume. D’après Roxburgh les feuilles et les jeunes gousses du S. grandiflora peuvent avantageusement remplacer les épinards.

SESLERIA cœrulea ARDUINO. — Graminée fourragère vivace, d’une grande partie de l’Europe, assez commune en France dans les terres calcaires peu profondes et sujettes à se dessécher. Elle est précoce au printemps, et fournit une bonne pâture aux moutons. Une autre espèce, qui est de l'Amérique du Nord, le S. dactyloides Nurr. (Buchloa dactyloides Torr.), y est considérée comme un fourrage de valeur; c’est le Buffalo grass du Kansas.

SESUVIUM portulacastrum L. — Herbe vivace, rampante, de là famille des Portulacées, répandue sur toutes les plages maritimes du globe, entre les tropiques ou dans leur voisinage. Elle se plaît dans les sables, qu’elle contribue à consolider, et peut-être aussi à dessaler.

SHEPHERDIA argentea NurT. — Buffalo berry des Américains. Arbrisseau buissonnant de la famille des Eléagnées, répandu dans l'Amérique du Nord, du Missouri à la baie d'Hudson. Ses baies rouges, molles et acidules, sont comestibles.

D’autres espèces du genre sont cultivées dans les jardins de l’Europe en qualité d’arbustes d'agrément, telles que le S. canadensis L., du nord des Etats-Unis, et le SA. reflexa DC., du Japon, arbrisseau à fleurs jaunes et à feuilles argentées en dessous.

SHOREA robusta GÆrTN. — Le Sal. Grand arbre du nord de l'Inde, de la famille des Diptérocarpées, renommé pour la solidité et la longue durée de son bois, qui est presque sans rival sous ces deux rapports. Il atteint à 40 mètres et plus de hauteur, sur une circonférence de 7 à 8 mètres au niveau du sol. L'importance de cet arbre forestier a nécessairement attiré l'attention des sylviculteurs et des administrateurs de l’Inde, etnous savons, par les rapports des docteurs Stewart et Brandis, qu’il s’élève sur les pentes de l'Himalaya jusqu’à 1,000 mètres d’altitude, où il endure sans dommage les faibles gelées qui s’y font quelquefois sentir en hiver. Les sols qu'il semble préférer sont les terres graveleuses, perméables à l’eau des pluies et dans lesquelles s’est accumulée une forte proportion d’hu-

mus. Quant aux conditions climatériques elles peuvent se résumer de la manière suivante : de 950 à 2,500 millimètres d’eau pluviale annuelle, avec une température hivernale variant de 12 à 15 degrés et une température estivale de 25 à 30 degrés, conditions qu’on ne peut guère rencontrer qu'entre les tropiques, principalement en Amérique.

Le bois du Sal est employé à tous les ouvrages de grande charpente, à la construction des bateaux de rivière, en traverses de chemins de fer, ete. Le bois de cœur, d’un brun foncé et particulièrement dur, est aussi utilisé en menuiserie. De son écorce suinte une sorte de résine aromatique, et ses feuilles servent à nourrir un ver à soie, le Zombyx Tussa.

Une seconde espèce, le SA. Talura RoxBG.(Sh. laccifera HEYNE), qui habite le Mysore, nourrit un insecte producteur de laque, et donne aussi une résine odoriférante.

SICANA odorifera Nox.— Curuba des Brésiliens. Grande plante grimpante de la famille des Cucurbitacées, des parties chaudes de l'Amérique méridionale, dont les fruits, assez semblables à des courges, sont comestibles, mais surtoutrecherchés pour l’odeur aromatique qu'ils exhalent et qui passe pour éloigner les teignes et autres insectes des appartements où on les tient renfermés. C’est aussi une plante ornementale, employée à couvrir des tonnelles et des treillis. On en distingue trois variétés, suivant la couleur que prennent les fruits en mûrissant, jaunes, rouges ou proupre noir. Elle exige plus de chaleur que la plupart des cucurbitacées économiques ordinairement cultivées dans nos jardins.

SIMABA Cedron AUBLET. — Arbrisseau ou petit arbre de la Nouvelle-Grenade et de la Guyane, appartenant à la famille des Simaroubées, dont le tronc lisse et droit, couronné par une touffe de grandes feuilles pennées, lui donne quelque ressemblance avec un palmier. Longtemps méconnu des médecins européens, cet arbrisseau est peut-être sur le point d'occuper une place très importante dans la thérapeutique. Ce que nous savons de ses propriétés est dû principalement au docteur Saffray, médecin français à la Nouvelle-Grenade, qui a eu de fréquentes occasions d'employer ce médicament. La partie utile de la plante est son fruit, sorte de drupe de la grosseur d’un œuf d’oie, dont le noyau, connu sous le nom de noix de cédron, contient une amande où résident les vertus curatives qui ont fait la renommée de l’arbre.

De même que pour d’autres médicaments de valeur, ce sont les indigènes du pays qui ont les premiers fait connaître aux Européens les propriétés médicinales de la noix de cédron. En 1828 ils en apportèrent à Carthagène, annonçant que la poudre ou la teinture de ces amandes guérissait infailliblement les personnes et les animaux mordus par les serpents les plus venimeux, et ils en donnèrent la preuve en se soumettant eux-mêmes aux morsures et en se traitant par la poudre de cédron. Le docteur Saffray a eu dans maintes circonstances l’occasion de vérifier le dire des Indiens; il a de plus

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reconnu que les propriétés toniques et fébrifuges attribuées par eux au cédron étaient également fondées, et il l’a très utilement employé contre les épidémies de dyssenterie, les maladies scrofuleuses, la chlorose, et surtout contre les fièvres intermittentes, véritable fléau des Européens dans les terres chaudes et humides de l'Amérique. Sous ce dernier rapport, le cédron s’est montré beaucoup plus efficace que le quinquina lui-même.

Un arbre si utile ne peut manquer d’attirer l’attention des médecins et des colonisateurs, et il est à souhaiter qu’il soit promptement propagé partout où la chaleur et l'humidité du climat intratropical constituent un danger permanent pour les Européens.

SINAPIS. — Moutarde. Genre de Crucifères voisin des Brassica, auxquels il est réuni par quelques auteurs. Toutes les espèces en sont annuelles et indigènes de l’Europe et de l’Asie centrale. Deux d’entre elles sont économiques et habituellement cultivées.

S. alba IL. — La moutarde blanche. C’est une plante fourragère, qu’on fait consommer en vert au bétail, et qui est surtout avantageuse pour les vaches laitières. On la sème à raison de 10 ou 12 kil. de graine à l’hectare sur des chaumes de céréales, sans autre préparation du terrain qu’un bon hersage, immédiatement après l’enlèvement des récoltes. Sa croissance est rapide, et elle fournit des feuilles jusqu'aux gelées. Elle est moins cultivée comme plante oléifère, mais sa graine, plus grosse et moins âcre que celle de la moutarde noire, et qui est aussi employée comme condiment, a une certaine importance en médecine, et pendant bien des années elle a fait, à ce point de vue, l’objet d’un commerce lucratif en pharmacie et en droguerie. Ses feuilles sont quelquefois mangées en salade, comme celles du cresson, et passent de même pour antiscorbutiques.

S. nigra L. — La moutarde noire, ainsi nommée de sa graine, qui est de couleur foncée. Elle est fourragère comme la précédente, mais le principal objet de sa culture est la production de la graine, avec laquelle on fait par simple trituration le condiment si universellement usité et connu de tout le monde. Cette graine est aussi fréquemment employée en médecine comme révulsif, sous forme de cataplasmes ou sinapismes. La culture de la moutarde noire est avantageuse, mais elle ne réussit bien que dans les terres fraîches et profondes. On la sème au printemps, à raison de 3 à 4 kil. à l’hectare. Ses propriétés sont dues à un principe azoté, la sinapine, qui y est accompagnée de quelques autres composés neutres et d’un acide, l’acide myronique.

SISON A momum L. — Du centre et du midi de l’Europe. Ombellifère bisannuelle, des terrains calcaires, dont les graines servent quelquefois de condiment.

SIUM Sisarum L. — Ombellifère introduite de Chine en Europe, dont la racine tendre et sucrée se mange à la façon des scorsonères. Elle est vivace et se multiplie également de graines et d’éclats du

rs On la cultive assez fréquemment aux alentours de Paris, sous es noms de girole et cherois.

SMILAX. — Genre de plantes monocotylédones, de la famille des Liliacées-Asparaginées, vivaces, à tiges dures et grimpantes, quelquefois épineuses. Plusieurs espèces ont de l’intérêt comme plantes médicinales.

S. aspera L. — Salsepareille d'Europe. De toute la région méditerranéenne. Sa racine fournit la salsepareille d'Italie, moins estimée que les sortes qui nous sont apportées d'Amérique. Le smilax” d'Europe, et surtout sa variété mauritanica, est cultivé dans quelques jardins comme plante d'ornement grimpante, surtout pour les grappes de fruits rouge corail, que porte la plante femelle lorsque ses fleurs ont été fécondées.

S. medica Cnam. et ScHLEcHT. — Du Mexique, où cette espèce produit la plus grande partie de la salsepareille usitée dans ce pays.

S. officinalis HumBpr. — Salsepareille de Colombie. De la Nouvelle-Grenade et autres parties de l'Amérique centrale.

S. papyracea DUHAMEL. — Salsepareille du Brésil. De l'Amérique du Sud. Cette espèce fournit la majeure partie de la salsepareille du commerce, mais probablement mélangée avec celles de quelques autres smilax des mêmes pays. Il est vraisemblable que plusieurs de ces espèces, si non toutes, pourraient être cultivées, pour les besoins de la médecine, dans les localités les plus chaudes des pays tempérés.

S. rotundifolia L. — Des parties orientales de l'Amérique du Nord, y compris le Canada. C’est une espèce épineuse, comme celle d'Europe, et à feuilles caduques. Il ne paraît pas qu’elle soit usitée en médecine, en revanche elle entretient une industrie locale d’une certaine importance, qui consiste à employer ses racines ligneuses pour ex faire des fourneaux de pipes, les pipes de terre étant inconnues ou peu recherchées dans cette partie de l'Amérique. Environ trois millions de ces pipes de bois sont fabriquées chaque année et livrées au commerce. Leurs tuyaux sont tirés d’uneespèce d’aune, PA lnus serrulata.

Beaucoup d’autres espèces de Smilaæ, jusqu'ici négligées par les Européens, mériteraient cependant d’attirer leur attention. Quelques-unes, ainsi que les espèces du genre Æipogonum, qui en est voisin, produisent des tubercules féculents et comestibles. La plupart pourraient être introduites dans les pays tempérés-chauds.

SOLANUM. — Morelle. Genre type de la famille des Solanées, comprenant aujourd’hui près de mille espèces, disséminées dans presque toutes les régions habitées du globe, les unes annuelles, les autres vivaces par des tubercules ou des tiges ligneuses, quelquesunes mêmes arborescentes. Presque toutes contiennent dans quelqu’une de leurs parties, même dans leurs baies, des substances narcotiques et vénéneuses, qu'on retrouve d’ailleurs dans leurs feuilles; aussi sont-elles généralement rebutées par le bétail. Devant un si grand nombre d'espèces, nous devons nous borner à citer seule-

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ment celles qui ont le plus d'intérêt au point de vue de l’agriculture et du jardinage d’utilité.

S. œthiopicum L. — De l'Afrique tropicale. Plante annuelle, cultivée çà et là pour ses baies comestibles, qui sont grosses, de forme globuleuse et rouge vif. *

S. belaceum CAVANILLES; Cyphomandra betacea SENDTNER. — De l'Amérique centrale. Forte plante, annuelle ou vivace, dont les

fruits ovoïdes, de la grosseur d’un petit œuf, se mangent à la façon des tomates, que d’ailleurs ils ne valent pas. On la cultive jusqu’à la latitude de Valparaiso et de Buenos-Ayres. Dans le midi méditerranéen de l’Europe elle n’a servi jusqu'ici que comme plante d’ornement, que ses grosses baies rouge-orangé rendent remarquable.

S. Commersont GAVAN. ; S. Ohrondi Garr.— De la République Argentine. C’est une plante à tiges annuelles, mais qui est vivace par ses tubercules, semblables à de petites pommes de terre et qui sont comestibles. Introduite en Europe dans ces derniers temps, elle est l’objet d'expériences qui en feront peut-être une espèce potagère.

S. Dulcamara L. — Douce-amère. De l’Europe et de l’Asie. Plante fruticuleuse, un peu grimpante, vivace, à feuilles caduques. Elle contient deux alcaloïdes, la dulcamarine et la solanine, qui lui ont valu un certain emploi en thérapeutique.

S. Fendleri As. GrAy.— Du Nouveau-Mexique. Plante analogue à la pomme de terre et, comme elle, jouissant d’une certaine rusticité. Elle produit des tubercules farineux et comestibles, mais de petite taille, ce qui leur ôte beaucoup de leur valeur. On espère toutefois en obtenir des variétés plus productives. Plusieurs autres espèces mexicaines, se reproduisant de même par tubercules, sont également l’objet d'expériences aux Etats-Unis, telles, entre autres, que les S. demissum, cardiophyllum, utile, verrucosum, bulbocastanum et stoloniferum. On cite encore les S. Maglia, du Chili, et S.immite, du Pérou, comme méritant d’être étudiés à ce point de vue.

S. Gilo Rappi. — De l'Amérique tropicale, où on le cultive communément comme plante potagère pour ses grosses baies sphériques, rouge-orangé, comestibles à la manière des tomates.

S. quineense Lux. — Plante tropicale, cultivée dans plusieurs pays chauds pour les teintures de diverses nuances, principalement violettes, qu’on retire de ses baies. Ces teintures sont surtout employées pour les étoffes de soie.

S. indigoferum ASH. — Du Brésil méridional. C’est aussi une espèce tinctoriale dont la culture pourrait être profitable.

S. Lycopersicum L.; Lycopersicum esculentum Mizi.— Tomate, pomme d'amour. Plante annuelle de l'Amérique du Sud, introduite depuis longtemps dans les jardins potagers du monde entier, où elle a produit un nombre considérable de variétés. Tout le monde connaît son fruit, grosse baie succulente, qui se mange cuite, mais que quelques personnes mangent aussi à l’état cru. Comme légume, la tomate tient une large place dans les jardins, surtout dans le midi de la France etde l’Europe, d’où il s’en exporte de grandes quantités vers les pays du nord, soit à l’étatnaturel, soit à celui de couserves,

Ce fruit est très sain et très hygiénique, et on en recommande l’usage dans les obstructions du foie et des reins. Les tiges et le feuillage de la tomate exhalent une forte odeur narcotique qui éloigne les insectes, et les rend utiles pour préserver les arbres fruitiers des attaques de ces animaux. Les infusions de ces feuilles sont même employées en seringuages, comme insecticide.

S. macrocarpum L. — Plante herbacée, vivace, de Madagascar et de l’île Maurice, à baïe jaune, de la grosseur d’une pomme. Cette espèce est voisine du S. Thonningii JAcQ., de Guinée, et du S. calycinum Mocino et SESsÉ, du Mexique, dont les fruits sont rigoureusement comestibles.

S. melongena L.— Aubergime, melongène. De l’Inde et de quelques autres parties tropicales de l'Asie, où elle est vivace. De même que la tomate l’aubergine est devenue un légume de grande valeur dans les potagers de l’Europe, principalement dans le midi, où elle est cultivée sur une grande échelle, mais seulement comme plante annuelle. Son fruit est une très grosse baie de forme allongée, de couleur violette, à chair ferme, et qui ne se mange que cuit. La culture, toutefois, l’a fait varier de bien des manières. Dans certaines variétés ce fruit arrive à la grosseur d’un melon ordinaire, dans d’autres il s’arrête à celle d’un œuf de poule, dont il prend aussi la forme et la couleur blanche. Cette variété, à laquelle on a donné le nom de plante aux œufs, n’est qu'une plante de fantaisie et de curiosité. On connaît aussi des aubergines à fruits jaunes. Les meilleures, pour la consommation et le profit, sont celles à fruits longs et violets, qui rentrent dans le type normal décrit plus haut.

Plusieurs autres espèces de Solanum asiatiques ont des analogies avec l’aubergine, et produisent des fruits qui pourraient être comestibles si on les améliorait par la culture. Il faut cependant se tenir en garde contre un usage irréfléchi de ces fruits, dont quelques-uns sont ou peuvent être vénéneux.

S. muricatum L'HÉérir. — Connu au Pérou sous le nom de Pepino. C’est une espèce frutescente, dont les fruits, de forme ovoïde ou allongée, sont blancs, tachetés de pourpre et comestibles.

S. quitoense LAMK. — Du même pays que le précédent, et frutescent comme lui. Ses fruits ressemblent à de petites oranges pour la couleur et le goût. Les S. Plumieri, des Antilles, et S. Topiro, des Guyanes, ont une certaine analogie avec lui.

S. tuberosum L.— Pomme de terre. Des Andes de l'Amérique du Sud, principalement de celles du Pérou et du Chili, où l'espèce était cultivée par les indigènes avant la découverte de l'Amérique. De toutes les plantes que l’ancien monde a reçues de l'Amérique, la pomme de terre est incontestablement la plus importante; c’est grâce à elle que les famines ne sont plus connues en Europe. Tout le monde sait aujourd’hui que les tubercules de la pomme de terre sont riches en fécule, qu’elles sontun excellent aliment pour l’homme et pour les animaux domestiques, et qu’en outre on en retire de l’alcool et divers autres produits utilisés dans l’industrie. La culture en a fait naître un nombre presque illimité de variétés, dont les tubercules diffèrent de grosseur, de couleur et de qualité, les unes avan-

tageuses pour la grande culture,les autres pour la culture poltagère, quelques-unes même pour celle de primeur sur couche etsous châssis. Nous ne pouvons entrer ici dans le détail de la culture de la pomme de terre, qu’on trouvera dans les traités spéciaux d’agriculture et de jardinage, non plus que dans les emplois industriels de ses tubercules. Rappelons seulement que la plante donne ses meilleurs produits dans les terrains légers, bien ameublis et additionnés de fumier décomposé. Certaines variétés surtout sont excellentes dans les terrains sablonneux, mais non sujets à se dessécher. Comme denrée commerciale, la pomme de lerre est un objet d’exportation et d'importation des plus considérables dans le monde entier.

Elle a été introduite en Europe dans le courant du seizième siècle, mais c’est seulement au dix-huitième qu’elle a été définitivement adoptée par l’agriculture. Son importance, comme plante alimentaire pour l’homme, ne date, en France, que du règne de Louis XVI, qui favorisa les efforts de Parmentier pour la faire accepter. On citerait peu d'exemples d’un pareil succès dans la naturalisation d’une plante étrangère.

Dans la première moitié du siècie la pomme de terre, qui jusquelà était restée parfaitement indemne de toute maladie, a été subitement attaquée par un champignon parasite, le Peronosporainfestans, qui en fait pourrir les tubercules. Dans les premières années la perte a été considérable ; mais, quoique le mal dure encore, on en a grandement atténué les effets par certains procédés, dont les principaux consistent à changer tous les ans la culture de place, à planter de préférence les variétés hâtives et à éviter l’emploi du guano et du fumier de basse-cour. Ce qui importe surtout est de ne planter que des tubercules parfaitement sains.

On peut encore citer, comme pouvant devenir économiques quand elles seront mieux connues, les espèces suivantes : S. Uporo Dux., des îles de l’océan Pacifique, qui est frutescent, et dont les grosses baies rouges sont comestibles à la manière des tomates; le S. vescum Ferd. von MuLzer, de l'Australie méridionale, dont les baies sont pareillement comestibles, mais qui pourraient être vénéneuses avant leur complète maturité. On peut en dire autant des S. {oroum SwARTZz, des Antilles et du Pérou, et du S. xanthocarpum ScHrap., de l’Afrique et de l’Asie.

L’horticulture d'agrément s’est approprié un grand nombre d’espèces de Solanum, remarquables les uns par leur feuillage, les autres par leurs fleurs ou par leurs fruits vivement colorés. Citons, seulement pour mémoire, les S. jasminoides, pseudo-capsicum, bonariense, Rantonnetit, pyracanthum, atrosanguineum et auriculatum, communs dans les jardins du midi de la France.

SOPHORA. — Genre de Légumineuses-Papilionacées, composé d'arbres et d’arbrisseaux à feuilles pennées; on en compte une vingtaine d’espèces, parmi lesquelles il importe de noter les suivantes :

S. japonicaL.; Strypholobium japonicum ScHorr.— Le sophora du Japon, introduit en Europe dès 1747. Il y est fort répandu aujourd’hui, mais seulement en qualité d'arbre d'ornement. Il est rus-

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tique dans toute la France, et même dans le midi de l’Angleterre, où on en voit des exemplaires d’une vingtaine de mètres. Ses feuilles, caduques à la fin de l’automne, conservent leur fraîcheur et leur verdure pendant les plus fortes chaleurs et les sécheresses de l’été, et c’est dans cette saison qu’il se couvre de fleurs blanches ou jaunâtres, quelquefois violettes, suivant les variétés. Il réussit dans tous les terrains, et on peut s'étonner qu’on n’ait pas encore songé à l'utiliser comme arbre forestier, ce qu’il mériterait par ses belles proportions, sa vigueur et les qualités de son bois dur et très beau. Les Chinois et les Japonais tirent de ses fleurs une teinture verte, et de ses graines une sorte de vernis de couleur jaune. Toutes les parties de l'arbre sont purgatives et semblent même vénéneuses à haute dose.

Il a produit, dans nos jardins, une variété bizarre et curieuse, le S. pendula des horticulteurs, dont le tronc, arrivé à une certaine hauteur, ne produit plus que des branches qui s’inclinent vers la terre et finissent par l’atleindre. Elle se reproduit de greffes sur les sujets de la forme ordinaire.

S. tetraptera Airox.— Du Chili et de la Nouvelle-Zélande. Grand arbre, dont le tronc atteint quelquefois à 1 mètre de diamètre au miveau du sol. Son bois est excessivement dur, et sert principalement à faire des roues dentées, des engrenages, des moyeux de voitures, etc. Il serait rustique en France. C’est le Pelu des Chiliens.

S. macrocarpa Morixa.— Du Chili, où les habitants le nomment Mayu. C’est un bel arbre, dont les usages économiques sont peu connus, mais que sa riche floraison devrait faire introduire dans nos pares. Sa provenance indique qu’il serait rustique dans le midi de la France.

S. secundifiora Às. Gray. — De l'Amérique du Nord, mais des contrées tempérées ou tempérées-chaudes de ce continent, aussi n'est-il rustique en France que dans la région de l’olivier et surtout de l’oranger. Ses fleurs sont violettes et odorantes. Ses grosses graines, d’un rouge de corail, contiennent un alcaloïde des plus vénéneux, la sophorine, qui pourra avoir quelque emploi en médecine.

SORBUS. — Sorbier, cormier. Arbres du groupe des Rosacées- Pomacées, très voisins des poiriers, dont ils ne diffèrent guère que par leurs feuilles pennées, c’est-à-dire composées de plusieurs folioles, avec une impaire terminale. Deux espèces sont à signaler :

S. domestica L. — Le sorbier ou cormier proprement dit. Arbre de moyenne grandeur, indigène dans presque toute l’Europe, souvent cultivé comme arbre fruitier, et s’accommodant de tous les terrains, même les plus rocailleux. Ses fruits, de la grosseur d’un œuf de pigeon et assez semblables à de petites poires, sont extrêmement acerbes avant la maturité, mais ils deviennent doux et agréables à manger quand ils se sont ramollis par blettissement. Bien des personnes les préfèrent alors aux nèfles, qui sont moins parfumées et ont en outre le désavantage de contenir des noyaux.

Le sorbier varie beaucoup par sa taille suivant les lieux où il croît,

Dans les bonnes terres profondes il atteint 15 à 16 mètres de hauteur, etil donne alors un bois très beau et très solide, recherché en menuiserie et en ébénisterie. Dans les sols pauvres et arides il ne s'élève guère qu’à 4 ou 5 mètres, ce qui ne l’empêche pas de produire beaucoup de fruits.

S. aucuparia L. — Le sorbier des oiseleurs ou cochène. Du nord de l’Europe, jusqu’en Laponie. Assez semblable au précédent par la taille et le feuillage ; mais ses fruits, réunis en grappes, sont à peine plus gros que des pois et toujours acerbes et immangeables, aussi ne s’en sert-on que pour tendre des pièges aux oiseaux affamés, pendant l’hiver. Cette espèce de sorbier est cependant fréquemment cultivée dans les parcs et les grands jardins en qualité d'arbre d'ornement, ce qu’elle justifie d’ailleurs par ses fleurs blanches au printemps, et ses grappes de fruits d’une brillante teinte orangée en hiver.

SORGHUM. — Genre de Graminées originaires des parties chaudes ou tempérées-chaudes de l’ancien continent, dont plusieurs sont cultivées comme céréales ou comme plantes fourragères et industrielles, sous le nom de sorghos. Ce sont des plantes annuelles, généralement de grande taille, très répandues aujourd’hui dans tous les pays où le climat en permet la culture. Quelques-unes réussissent jusque sous le climat de Paris, mais ne s’avancent guère plus loin vers le nord. Celles qu’il importe le plus de connaître sont les suivantes :

S. oulgare L. — Le sorgho commun, connu aussi sous les noms de mil, grand millet de l'Inde, blé de Guinée et Dourra ; très cultivé dans l’Inde et en Afrique.C’est le Couscous des Arabes et des nègres de la Sénégambie, qui en font la base de leur nourriture. Sous un climat chaud et en terre arrosée naturellement ou artificiellement, la plante est extrêmement productive. Coupée avant la formation du grain elle constitue un bon fourrage. Elle a donné, par le fait d’une culture très ancienne, une multitude de variétés, qui diffèrent les unes des autres par la taille, la grosseur, la couleur et la qualité du grain. Elle est peu cultivée en Europe, où on a cependant recommandé, il y a quelques années, la variété à panicule recourbée, qui est remarquable par la grosseur et la blancheur de son grain, et dont quelques botanistes ont fait une espèce distincte sous le nom de S. cernuum. Dans le midi de la France, où elle réussit fort bien, son grain pourrait être avantageusement employé à la nourriture des volailles et des pores.

Une autre variété du sorgho commun est le millet ou sorgho à balais, dont la panicule dépouillée de ses graines sert à faire des balais. On la cultive jusque dans le nord de la France, exclusivement pour cet usage.

S. saccharatumL.; Andropogon saccharatus de quelques botanistes. — Le sorgho à sucre proprement dit, introduit en France depuis une quarantaine d'années. Il est cultivé sur une grande échelle dans toute l’Asie tropicale et en Cafrerie, non seulement pour son grain, mais aussi pour la sève sucrée de ses tiges, qui

constituent en outre un excellent et abondant fourrage. Le célèbre agriculteur français Louis de Vilmorin a démontré par ses expériences que le sorgho à sucre peut; même en France, être cultivé avantageusement comme plante saccharifère, et sa sève être convertie en boissons alcooliques analogues au vin et au cidre. Ces recherches ont été longtemps oubliées et la plante perdue de vue; mais une nouvelle variété, récemment importée de l'Amérique du Nord sous le nom de sorgho sucré hätif de minnesota, et plus saccharifère que la première, a éveillé de nouveau l'attention des agriculteurs méridionaux, avec d'autant plus de raison que, d’une part, les récoltes de vin ont été fort amoindries par le phylloxéra, et que, d'autre part, la culture de la betterave à sucre traverse une crise inquiétante pour son avenir. Elle ne peut d’ailleurs être profitable que dans le nord et le centre de la France, où la chaleur est modérée et l’été pluvieux. Le sorgho à sucre semble donc appelé à combler une lacune dans l’industrie sucrière, qui pourrait, avec lui, s'établir dans le midi de la France et de l’Europe, trop chaud et trop sec pour la betterave. Diverses expériences faites en Provence ont démontré la parfaite réussite du sorgho sucré de minnesota, et sa richesse saccharine, qui n’est pas très inférieure à celle de la canne à sucre elle-même. Les procédés pour l'extraction du sucre seront à peu près les mêmes que pour cette dernière, et il y aura cet avantage que les cossettes épuisées pourront être utilisées pour la nourriture des vaches.

On jugera de l'importance agricole du sorgho sucré par les résultats qu’il a déjà donnés aux Etats-Unis. En 1860, la récolte totale a été de près de 7 millions de gallons de mélasse, et la variété hâtive en particulier en a produit jusqu’à 250 de la meilleure qualité par acre de terre. Ainsi que nous l’avons dit tout à l’heure, la canne de sorgho dont on a extrait la sève contient encore une assez forte proportion de matière nutritive pour pouvoir servir à l’alimentation du bétail, mais on peut aussi la faire consommer en vert, à la façon des tiges de maïs, c’est-à-dire débitée en petits morceaux à l’aide du hache-paille. La culture simplement fourragère du sorgho devrait être recommandée dans les pays du Nord, où l'été est de trop courte durée pour mûrir la graine et amener la plante elle-même au degré de richesse saccharine requis pour que l'extraction du sucre en soit profitable. Aujourd’hui que l’ensilage des fourrages verts commence à se répandre, on comprend quel avantage il y aurait à mélanger le sorgho sucré aux fourrages ordinaires, qu’il rendrait plus appéüssants aux bestiaux, en en relevant la saveur.

Il est encore un mérite du sorgho sucré qu’il ne faut pas oublier, et qui a été signalé parle comte de Beaurepaire : c’est l’abondance de son produit en graines, qui est tel que, dans le midi de la France, on l’a vu atteindre à 50 hectolitres par hectare, et cela sans diminution bien sensible de la proportion de sucre contenue dans les tiges. Cette graine, qui est très féculente, serait une nouvelle ressource pour l’engraissement des volailles et des pores, et pourrail, dans un moment de disette, servir même à la nourriture de l’homme. A ces divers points de vue le sorgo à sucre serait utile en Algérie.

SPARTINA cynosuroides Wizzp. — Des parties orientales du nord de l'Amérique. C’est une graminée vivace, qui recherche les terres marécageuses ou du moins humides, et dont on pourrait faire du fourrage si elle était moins dure. Sa véritable valeur est dans les fibres tenaces de ses feuilles, presque aussi résistantes que celles du sparte, et qui pourraient les remplacer dans la fabrication du papier. La plante drageonnant beaucoup du pied, on la recommande pour fixer les sables humides ou consolider les berges des cours d’eau.

Une seconde espèce, le Sp. juncea Wizo., également de l’'Amérique du Nord, mais mieux adaptée que la précédente aux terrains imbibés d’eau saumâtre, rendrait les mêmes services, tant comme matière à papier que comme moyen de consolider les terres sablonneuses des bords de la mer. Le Sp. polystachya Wizzo., des mêmes régions, conviendrait encore mieux pour lés terrains salés.

Le Sp. stricta Rorx, du midi et de l’ouest de l’Europe, et qu’on retrouve aussi dans l'Amérique du Nord, pourrait être utilisé de même dans les terres humides et graveleuses, impropres à toute autre culture.

SPERGULA arvensis L. — Spergule. Plante annuelle, de la famille des Caryophyllées-Alsinées, indigène dans toute l’Europe, le nord de l’Afrique et une grande partie de l’Asie, propre aux terrains siliceux et sablonneux. Quoiqu’elle ne prenne qu’un faible développement relatif, ce n’en est pas moins un fourrage très avantageux eu égard à la pauvreté des terrains qu’on lui consacre, et qui convient surtout aux vaches laitières. On croit même qu’il communique à leur lait et à leur beurre des qualités exceptionnelles. Ce qui est encore à considérer c’est la croissance rapide de la spergule, qui, deux mois après le semis, peut être pâturée par les bestiaux. Elle n’est d’aileurs consommée qu’en vert, soit sur place, soit à l’étable, car sa dessication, outre qu’elle est difficile vu la nature aqueuse de la plante, amènerait un déchet considérable. On la sème du printemps à l’automne, souvent après une céréale récemment enlevée. Enfouie en vert, la spergule est un des meilleurs engrais végétaux connus.

Il existe une variété de spergule plus grande que celle dont nous venons de parler, et dont quelques agriculteurs ont fait une espèce distincte sous le nom de Sp.maxima. Sa taille est à peu près double de celle de la précédente, mais elle talle peu et couvre moins le sol; en outre elle est plus exigeante sur la qualité de la terre; aussi, malgré sa taille plus forte, est-elle généralement abandonnée.

SPIGELIA marylandica 1. — Plante herbacée vivace, de l’Amérique du Nord, où elle porte le nom de Pinkroot. Elle appartient à la famille des Loganiacées, dont elle partage les principales propriétés. Sa racine est un puissant vermiluge, mais dont il ne faut user qu'avec circonspection, des doses trop fortes pouvant causer la mort. Aussi, bien des praticiens ont-ils renoncé à la prescrire.

Les mêmes propriétés se retrouvent dans les autres espèces du

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genre, notamment dans le Sp, anthelmia, des régions tropicales de l'Amérique du Sud.

SPILANTHES o/eracea L. — Cresson du Para. Plante annuelle, de la famille des Composées, originaire de l'Amérique du Sud, où on l’emploie comme condiment. Sa saveur est très âcre et exeite une salivation abondante. On la cultive dans quelques jardins de l’Europe, plutôt comme plante de curiosité et de fantaisie que comme légume.

SPINIFEX squarrosus L. — Graminée de l'Inde, vivace, drageonnante, dont les longs et nombreux rhizomes servent à consolider les sables des bords de la mer et à en empêcher les érosions par les vagues et les eaux de pluie. Elle y forme un lacis serré, qui est pour elle un puissant moyen de multiplication sur place ; mais elle en a un autre pour se propager à distance et qui est curieux : ses panicules, resserrées en formes de capitules et hérissées d’arètes élastiques, se détachent au moment de la maturité des graines et sont roulées au loin par les vents. Tombées dans la mer, elles flottent à la surface, comme de petites bouées, et lorsque le flot les a poussées à terre leurs épines s’y fixent, les graines tombent, germent et s’y enracinent immédiatement. C’est là un des nombreux exemples des ingénieux mécanismes employés par la nature pour assurer la conservation et la propagation des espèces.

Deux autres espèces, des côtes extratropicales de l’Australie, les Sp. hirsutus LaBiz. et Sp. longifolius Rob. Br., ressemblent à la précédente par leur mode de végétation et sont également efficaces pour fixer les sables maritimes.

SPONDIAS dulcis G. FORSTER.— Grand et bel arbre fruitier des îles Fidji, Tonga et de la Société, appartenant à la famille des Anacardiacées, introduit aux îles Mascareignes (Maurice et de la Réunion), et qu’il y aurait un certain intérêt à propager dans toutes les colonies intratropicales. Ses fruits, qui ont quelque ressemblance avec des prunes jaunes, sont également prisés pour leur saveur, qui rappelle celle de l’ananas, et pour leur salubrité. On en recommande d’ailleurs l’usage dans beaucoup de maladies causées par les climats chauds, et l'expérience prouve que celte recommandation est justifiée.

Cette espèce n’est pas la seule du genre dont les fruits soient comestibles. Il faut y ajouter le Sp. purpurea des Antilles, connu dans nos colonies sous le nom de Prunier d'Espagne, le Sp. lutea ou Mombin, dont les fruits moins doux que ceux du précédent sont recommandés dans les fièvres bilieuses, le Sp. mangifera de l'Inde, etle Sp. Birrea du Sénégal, où ses fruits servent à faire une sorte de cidre à l’usage des nègres.

SPOROBOLUS virginicus Rob. Br. — Graminée fourragère de la Jamaïque, très vigoureuse même sur les sables maritimes, où elle se conserve parfaitement verte après plusieurs mois de sèche-

Sa

resse. Elle est très aimée des chevaux, qu’elle engraisse rapidement. Deux autres espèces du genre, les Sp. purpuraceus et Sp. Jacquemontii des Antilles, sont également recommandées comme fourrage, pour les pays intratropicaux.

STACHYS t{uberifera Nox.; St. affinis Horr. — Labiée vivace du Japon et probablement aussi de la Chine, à tiges herbacées et annuelles, mais vivace par sa souche, et se reproduisant par des tubercules souterrains, qui en sont la partie utile. Ces tubercules sont tendres, de facile cuisson, et déjà appréciés de quelques consommateurs. L'introduction en France de ce nouveau légume est toute récente, et elle est due à un membre de la Société d’acclimatation, M. Pailleux, qui, après plusieurs années d’essais habilement conduits et persévérants, est parvenu à cultiver la plante sur une grande échelle et à en faire accepter les produits sur les marchés de Paris. On les y désigne sous le nom de Crosnes, en souvenir de la localité où les expériences de culture ont été faites.

Le stachys tubérifère s’est montré parfaitement rustique sous le climat du nord de la France, et il paraît s’accommoder de tous les genres de terrains, à condition qu’ils soient convenablement ameublis. Ses tubercules sont peu volumineux, mais le nombre en est considérable autour de chaque pied, et l’arrachage en est des plus faciles. C’est essentiellement un légume d'hiver, les tubercules se formant sur la fin de l’été, et ne devant être récoltés qu’à partir du mois de novembre. Ils se conservent d’ailleurs sous terre, et résistent aux plus fortes gelées de l’hiver.

STENOTAPHRUM americanum SCHRANK. — Graminée vivace des parties chaudes de l'Amérique, de l'Asie méridionale et de l'Afrique, introduite en Australie sous le nom de Buffalo grass. C’est une herbe rampante, drageonnante et admirablement propre à consolider les sables et les berges des rivières, ainsi qu’à faire des pelouses verdoyantes, d’une longue durée et peu susceptibles d’être détériorées par le piétinement des hommes et des animaux. Elle n’est pas sans valeur non plus comme herbe à pâturer. Un pointintéressant à signaler dans l’histoire de cette plante, c’est qu’elle a été employée avec succès, par M. John C. Bell, pour couvrir les rochers arides de l’île de l’Ascension, où, de concert avec les acacias de l'Australie, elle a été le début de la culture dans cette île désolée. Cette graminée s’est naturalisée spontanément aux environs de Bayonne, où elle a été trouvée par le botaniste Darracq.

STERCULIA. — Arbres du groupe des Sterculiacées, presque tous des régions intratropicales, utiles à divers titres, mais dont le bois mou n’a presque aucune valeur. Les seuls qui puissent nous intéresser dans l’état actuel de nos connaissances sont les suivants, et surtout le premier :

ST. acuminata PaziS DE BEAUv.; Cola acuminata Rob. Br. — Le kola des Européens. Arbre de la côte occidentale d'Afrique, entre les 10° degrés de latitude nord et 5° de latitude sud, comprenant les

pays situés entre Sierra-Leone et le Congo, et s’avançant dans l’intérieur jusqu’à environ 200 lieues de la côte. Il est douteux, quoi qu'en aient dit quelques voyageurs, que l’arbre soit indigène au centre du continent, ainsi que sur la côte orientale, où les Anglais l'ont introduit sur quelques points. Sa hauteur est de 12 à 15 mètres, quelquefois plus, et par son aspect et son port il rappelle assez bien le châtaignier de l'Europe.

Ce sont les graines ou noix du kola qui en sont la partie utile. Ces graines volumineuses, presque de la grosseur d’un œuf de pigeon, rouges ou blanches suivant les variétés, passent, chez les populations noires de l'Afrique, pour une sorte de panacée, étant douées en outre de beaucoup d’autres propriétés que celles de guérir ou de prévenir les maladies, aussi sont-elles l’objet d’un vaste commerce dans une moitié du continent africain, servant même de monnaie chez quelques peuplades. Une denrée à laquelle on attribue tant de vertus ne saurait être dépourvue de toute valeur, et elle ne pouvait manquer d'attirer l’attention des Européens établis à la côte occidentale d'Afrique. Bien que les recherches des médecins et des chimistes au sujet du kola ne datent encore que d’un petit nombre d'années, il est parfaitement démontré aujourd’hui que cette graine doit prendre rang parmi les aliments antidéperdiüifs, tels que le café, le thé, le maté et la coca, et que son usage, comme masticatoire ou sous une autre forme, ne peut être qu’avantageux aux Européens qui vivent sous les climats équatoriaux, si insalubres et si débilitants. Il semble même, à la suite de quelques expériences faites dans les hôpitaux de la marine, que le kola est le remède ou tout au moins le prophylactique de la gastroentérite, ou diarrhée de Cochinchine, qui fait tant de victimes dans les colonies intratropicales. Ce qu’on en sait déjà, sans parler des bénéfices commerciaux qui en résulteraient, suffit amplement pour qu’on puisse recommander la propagation de l’arbre producteur de kola dans toutes les parties de la zone équatoriale fréquentée par les Européens.

Nous ne pouvons mieux renseigner le lecteur sur les propriétés et l'importance hygiénique du kola qu’en donnant ici le résumé des recherches faites en commun par deux savants français, les docteurs Heckel et Schlagdenhauffen, résumé que nous empruntons à un mémoire publié par eux en 1884, et dont voici les conclusions :

« Sur 100 parties la noix de kola contient 2,346 de caféine, 0,023 de théobromine, 1,591 de tannin, 2,875 de glucose, 33,754 d’amidon, 3,040 de gomme, 6,761 de matières protéiques, plus de faibles proportions d’autres substances (sels, matières colorantes, etc.) sans intérêt pour l’objet qui nous occupe. Au total, la tenéur en caféine de la noix de kola est supérieure à celle des thés et des cafés du commerce. Si l’on compare celte graine avec le café, le thé et le cacao au point de vue de la richesse en principes azotés et alibiles, c’est à elle que revient le premier rang. Il résulte de cette composition que le kola vrai est un antidéperditif au plus haut degré et un reconstituant énergique par son amertume et son astringence dans les cas de troubles profonds des organes digestifs. En thérapeutique il se place bien au-dessus du maté, de la coca et du paullimia. »

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Il importe de ne pas confondre le kola dont il vient d’être question avec un faux kola connu sous le nom kola mâle ou kola bitter, qui est la graine d’un arbrisseau de la famille des Guttifères, le Garctnia Kola Heckez. Les nègres le prennent assez souvent pour le vrai kola, quoiqu'il ait des propriétés toutes différentes et qu’il soit loin de le valoir comme agent médicamenteux. Il est d’ailleurs des mêmes régions que le vrai kola.

es 400,000 kil. de noix de kola ont été expédiés en Angleterre en 1879.

ST. carthagenensis CAVANILLES; St. Chicka SaiNt-Hiz. — Du Brésil méridional, où ses graines, dont la saveur rappelle celle des amandes, sont comestibles. Quelques autres espèces du même pays sont aussi dans ce cas.

ST. monosperma VENTENAT ; S. nobilis Rob. Br. — De la Chine. C’est un petit arbre, à tête élargie en dôme, dont les grosses graines se mangent roties, à la façon des châtaignes. Il serait intéressant de l’introduire dans le midi de l'Europe.

ST. quadrifida Rob. Br.— Du nord-est de l’Australie, où les indigènes le nomment Caloul. Ses graines, qui ont le goût de noisettes, sont recherchées. Les fruits, d’un bel écarlate, contiennent chacun de 8 à 10 graines.

ST. urens RoxsG. —- De l’Inde et de Ceylan. Ses graines sont comestibles, comme celles des précédents et de plusieurs autres Sterculias d'Asie, des Moluques et des îles de la Sonde.

Le St. platanifolia L., arbre de la Chine, à larges feuilles caduques, est depuis longtemps cultivé en France, mais seulement comme arbre paysager. Il est rustique jusque sous le climat de nue Ses graines, à peine de la grosseur d’un pois, n’ont aucune valeur.

STILBOCARPA polaris Dre et PL. — Herbe vivave de la famille des Araliacées, indigène dans les îles Auckland et Campbell, et peut-être aussi à la pointe australe de la Nouvelle-Zélande. Ses longues racines sucrées ont plus d’une fois servi à sauver de la faim de malheureux naufragés sur ces îles désertes. Il y aurait lieu de faire des recherches sur cette plante, qui pourrait devenir une ressource dans les pays froids.

STIPA aristiglumis Ferd. von MuiLEr. — Graminée vivace du sud-est de l’Australie, très fourrageuse et d’excellente qualité, d’après les éleveurs de bestiaux. Elle est en outre remarquable par la célérité de sa végétation, qui, au printemps, croît de 15 à 18 centimètres en une quinzaine de jours, et mürit ses graines deux ou trois mois plus tard. Les chevaux, les bœufs et les moutons en sont également avides.

Le St. tortilis Desr., du midi de l’Europe et du nord de l'Afrique, doit être signalé ici comme une plante dangereuse, parce que ses graines allongées, dures et terminées par une pointe acérée, pénètrent dans la toison des moutons et finalement dans leur peau, ce qui leur occasionne des abcès assez souvent suivis de mort.

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