CHAPITRE II
Comment distinguer
rédition originale contemporaine
des éditions suivantes ?
Les éditions originales d'un livre se distinguaient auparavant par la couverture et le titre. Ils mentionnaient régulièrement la date de la première émission, sans aucune mention du chiftre de l'édition. Aujourd'hui, cette absence d'indication ne signifie plus grand'chose. Couvertures et titres ne sont pas toujours tirés dans la même imprimerie que le texte. Ce dernier est envoyé
chez le brocheur où viennent le joindre ses titres et couvertures. Pour les œuvres d'un auteur aimé du public, les derniers exemplaires imprimés d'un tirage qui atteint plusieurs milliers de volumes du premier coup se trouvent presque toujours revêtus de couvertures et de titres sans chiffre de tirage d'éditions originales, qui ne devraient légitimement habiller que le premier mille tiré. Cette particularité devient une simple mystification pouvant tout au plus flatter un bibliophile débutant, et encore ignorant, mais elle ne peut tromper un amateur éclairé que s'il le veut bien..., et nous devons avouer qu'il le veut parfois.
Certains éditeurs, et notamment les maisons Calmann-Lévy, Flammarion, etc. ont adopté une mesure encore plus radicale : ils ne datent plus du tout leurs éditions. Cela se trouvera singulièrement compliquer la tâche des bibliographes futurs obligés de rechercher d'autres moyens, et ils en trouveront, de distinguer les éditions difTérentes d'un même ouvrage.
Les changements dans le texte constitueront, notamment, une indication sérieuse. Mais, ainsi que nous l'avons expliqué, ils deviennent fort rares aujourd'hui dans les oeuvres d'auteurs estimés, à moins qu'il ne s'agisse de leurs toutes premières œuvres, parues longtemps avant qu'ils soient en possession de leur réputation.
Muniu'l de l'Ainalrur d'Etlitioits originales
Pourquoi sont recherchés
les exemplaires tirés sur grand papier ou
sur papier de luxe ?
Dans quel cas peut-on se contenter
du papier ordinaire ?
Il lie convient pas de rechercher les tirages des cdilions originales sur papiers ordinaires des œuvres d'auteurs célèbres, quand ils sont effectués à très grand nombre, pour les motifs que nous venons de fournir. Il est toujours convenable de leur préférer des exemplaires tirés, presque toujours en faible quantité, sur grand papier ou papier de luxe, surtout lorsqu'ils sont numérotés, ce qui permet de connaître exactement celle quantité.
Ce numérotage établit, en quelque sorlc, la personnalité de l'exemplaire. On ne peut admettre à sa place d'exemplaires non numérotés que s'ils portent une mention spéciale d'afl'eclation, manuscrite ou imprimée, par l'auleur ou l'éditeur, et notamment une dédicace ou un envoi.
Ces exemplaires offrent un attrait particulier au bibliophile, étant imprimés sur un papier de qualité supérieure, de fil de préférence, dit Hollande et qui assure leur conservation par la suite. Plus tard, ce qui est une considération majeure pour le bibliophile, ils seront encore plus enviables car leur rareté les rendra l'objet
Manuel de l'Amaleur d'Editions originales
d'une recherche plus vive, précisément en raison de ce nombre limité.
Le tirage de l'édition originale, pour les auteurs appréciés mais accessibles seulement à un public d'élite, ne dépasse guère 5oo ou i.ooo exemplaires sur papier ordinaire. Il convient alors de les collectionner quand même sur ce papier, si le collectionneur recule devant le prix plus élevé des exemplaires en papier de luxe. L'éditeur sachant parfaitement que sa vente sera restreinte, ne fait que rarement établir l'édition sur clichés et ne la tire que sur caractères mobiles, dont il ne conserve même pas les empreintes.
Ce fait a été constaté pour les œuvres premières de nombre de nos grands écrivains contemporains pour peu qu'ils aient fait preuve d'une certaine originalité déroulant le grand public. 11 a fallu, à presque tous, un laps de temps de cinq, dix, ou même quinze années pour arriver à la grande notoriété. Et ce n'est qu'à partir du moment où ils en ont joui que les éditions originales de leurs œuvres sur papier ordinaire peuvent être relativement délaissées, leur tirage ayant généralement été forcé. C'est au collectionneur intelligent à établir lui-même cette démarcation ; clic concorde d'ailleurs, presque toujours, avec la date où l'éditeur commence à augmenter très sensiblement le nombre des exemplaires sur papier de luxe.
Il devient même prudent, de ne prendre que les œuvres les plus saillantes de ces productions, souvent plus négligées, et il est parfois préférable de s'en tenir à leurs seules premières.
Nous ne voulons nommer personne, mais nos lecteurs ont certainement sur les lèvres les noms de certains auteurs que le trop de faveur du grand public a amenés à de fâcheuses concessions, enlevant à leurs écrits l'originalilc qui les avait caractérisés au début.
Ces sortes d'ouvrages ne peuvent, en effet, qu'encombrer des collections, accusant le manque de discernement de leurs propriétaires. Aussi ne doit-on jamais hésiter à s'en défaire, quand on s'est laissé entraîner, par faiblesse ou par insouciance, à les acquérir. C'est le poids lourd qu'il convient de jeler à la mer, quels que soient les sacrifices qui puissent en résulter ; c'est une nouvelle place libre reconquise, place précieuse surtout dans les étroites bibliothèques parisiennes, et qui équivaut au poids de l'or.
De l'exemplaire unique.
Un mot sur l'exemplaire unique, c'est-à-dire tiré à un seul exemplaire, pour détruire une illusion. Il n'y a pas d'exemplaire unique ! Quand
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on désire un seul exemplaire, qu'il s'agisse d'un livre ou seulement d'un tirage sur un papier de choix spécial, il est toujours prudent d'en faire tirer deux ou trois sur ce papier. Si l'exemplaire était unique, il suffirait de gâter une seule feuille pendant ou après le tirage, pour le rendre incomplet et inutilisable. Il est nécessaire d'en tirer deux ou trois, pour parer aux accidents possibles. Rien de plus régulier jusque-là. Mais ici les choses se compliquent. Quand ces deux ou trois exemplaires ont été obtenus, et sans aria, il est bien dur de les détruire ; on les garde, provisoirement, par précaution, contre un accident ultérieur toujours possible. Que leur détenteur disparaisse ou qu'un larcin se produise, et voici lancés dans la circulation deux ou trois exeml)laires adultérins qui sont tous uniques. Moialc : un exemplaire ne peut se vanter d'être unique, que si son propriétaire a la preuve qu'il n'en reste pas d'autres, c'est-à-dire celle de leur destruction.
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