‹ Manuel de l'amateur d'éditions originales, 1800-1911Chapitre 6 sur 15 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

De la préférence à donner aux livres brochés.

En vertu de ce raisonnement, il convient de payer le prix le plus élevé pour le volume qui se présente tel quil fut publié, c'est-à-dire en parfait état de brochure, frais et, rara avis, non coupé ; car c'est évidemment la condition qui présente le maximum de garanties au bibliophile. Avec le livre relié, il y a toujours à rc-

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douter quelque anicroche. Le relieur, en le défaisant, peut y découvrir des réparations ou défauts intérieurs, subrepticement dissimulés dans les fonds.

Du danger des mauvaises pliures.

Il importe aussi, si on le peut, de vérifier soimême l'état de l'exemplaire, et si on se le fait adresser, de faire toutes réserves. Car, ainsi que nous venons de le dire, il est évident qu'un exemplaire non coupé vaut mieux que celui dont les marges l'ont été, même si celte opération, plus délicate qu'on ne croit, u été effectuée régulièrement. Ce n'est point qu'il faille avoir une vénération particulière pour l'exemplaire vierge. Mais, quand on donne ce dernier à la reliure, si ses feuilles ont été mal pliécs il est encore loisible de faire disparaître ce défaut. Il ne l'est plus quand les pages ont été mal ou même bien séparées les unes des autres. D'autre part une couverture fraîche, ileur de coin, s'il est permis de s'exprimer ainsi, est évidemment préférable à une autre si peu défraîchie qu'elle puisse être et on a plus de chance de la rencontrer sur un volume dans son premier état.

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De la meilleure condition dans laquelle on doit préférer un livre relié.

Les volumes cartonnés, c'est-à-dire reliés à la méthode dite de Brade!, du nom de cet ancien relieur, et surtout complètement non rognés, sont ceux qui offrent à l'acquéreur le plus de sécurité après les livres brochés. Mais il ne faut pas qu'ils soient grecques, ce dont on s'aperçoit assez aisément, l'ouverture du livre devant pouvoir se prolonger jusqu'à l'extrémité de la marge du fond, jusqu'à la pliure, et laisser voir la coulure du feuillet. On sait qu'on appelle grecquage l'opération qui consiste, quand les feuilles d'un livre sont réunies par cahiers et ces derniers assemblés et préparés pour la couture, à inciser leur fond au couteau pour y pratiquer les fentes destinées à faire passer les ficelles, qui doivent servir ultérieurement à la couture des cahiers. Tandis que, pour avoir plus tard une bonne reliure, il faut se contenter de piquer simplement les feuilles et de les coudre ensuite. Le relieur gagne du temps à cette opération dangereuse du grecquage, mais le livre se trouve abîmé quand il devient nécessaire de le relier à nouveau.

Au contraire, piqué et cousu dans une reliure Bradel, non grecquée, le livre se trouve à peine

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touché. Il reslc. à l'état de brochure, bien que protégé suffisamment par son cartonnage. Bien entendu, la couverture et son dos doivent toujours être conservés et les feuilles, ouvertes au coupe-papier de bois, rester intactes et non rognées. La dorure en tète doit être évitée dans ce genre de reliure ; car, si on veut relier à nouveau le livre, il la faut enlever et les pages devant être rognées à nouveau, en tète tout au moins, perdent par suite une partie de leur hauteur primitive. Or les belles marges entrent pour beaucoup dans les beaux livres et contribuent encore plus à relever leur valeur pécuniaire.

Les demi-reliures, toujours non rognées, sont encore acceptables ; elles peuvent et doivent même être conservées, à moins de raisons particulières, surtout quand elles sont contemporaines de l'époque où a paru le livre et proviennent d'ateliers de relieurs réputés pour les soins apportés à la préparation préalable des livres. Même simplement relié dans un habit contemporain de sa publication, nu volume bien préparé conserve toute sa valeur. Il présente même un attrait particulier pour les gens de goût. Il peut être relié à nouveau et sortir à son avantage de cette transformation, si on juge l'habit antérieur indigne de sa (pialité ou inférieur au rang qu'il a acquis, par la suite, dans la hiérarchie bibliophilique.

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Tl importe de faire des réserves encore plus expresses en faveur de la conservation des reliures pleines ou de fantaisie primitives, quand elles ont été établies par des maîtres ès-reliure. Leur valeur est même susceptible d'atteindre son maximum quand elles sont de pur style romantique. Dans ce dernier cas, sauf vices provenant d'autres motifs, l'acbeteur, si le prix d'acquêt est modéré, peut être rassuré, car il a fait une excellente affaire. Il est vrai que le vendeur n'a pas les mêmes raisons de s'en féliciter.

A notre avis, un romantique en simple reliure pleine ou en demi-reliure bien conservée, sans tache ni tare, que ses tranches soient dorées ou simplement jaspées, n'a cependant rien qui nous effraie et son acquisition ne nous paraît nullement chose méprisable. S'il s'y trouve de plus un envoi intéressant, nous la trouvons même fort enviable. Nous hésiterions, même le livre fut-il privé de sa couverture (horresco rejerens}, à lui préférer un exemplaire banalement irréprochable. Un Notre-Dame de Paris , un Spectacle dans un fauteuil, une Lelia, une Carmen, réunissant ces inconvénients et ces avantages, seront toujours des morceaux de choix prisés des délicats, et seuls les maniaques continueront à les repousser.

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Des couvertures de livres.

Les livres reliés avant 1870 n'ont conservé que fort rarement leurs couvertures; ce n'était point alors la mode de les garder. Ceux qui les ont conservées sont rares, plus rares encore ceux qui nous sont parvenus brochés, c'est-à-dire dans leur état primitif en condition parfaite. Les premiers, même reliés, ont acquis une plus-A^aluc qui, notable d'abord, est devenue fort élevée depuis.

Aussi a-t on pu avancer cet aphorisme, sans qu'il puisse être taxé de paradoxal : la collection (le livres susceptible d'acquérir de nos jours la plus haute valeur, sous le volume le plus restreint, serait uniquement composée des couvertures, en parfait état, des éditions originales les meilleures ou les plus rares, ce qui n'est pas toujours la même chose.

D'où ressort cette conclusion assez bizarre, qu'il convient aujourd'hui, lorsqu'on recherche une édition contemporaine peu commune, de se procurer d'abord le dos de la couverture, ensuite son plat postérieur, et de ne s'occuper enfin du texte du volume que lorsqu'on pourra y réunir le plat supérieur, qui est la plus facile à rencontrer des trois parties qui forment la couverture du livre.

Actuellement, un livre n'est réputé complet que s'il possède la totalité de sa couverture qui se relie avec le volume. La majorité des bibliophiles placent le plat supérieur en tête du volume avant ses gardes originales, et le plat inférieur auquel on laisse adjoint le dos, avant les gardes de la reliure. Dans les exemplaires revêtus de reliure de luxe, la couleur de la couverture ne faisant pas toujours très bon effet à côté de celle des gardes, quand on a négligé, à tort, de les assortir, on la rejette fréquemment tout entière à la fin, toujours avant les gardes. Marins Michel, le maître relieur, est de cette opinion qu'il met en pratique chaque fois qu'il en a la liberté.

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