CHAPITRE VIII
De l'édition « à la faute ».
Quand en cours de tirage, il a été commis, une ou plusieurs incorrections, le fameux paradoxe de l'édition à la faute, cher aux amoureux du livre, prend alors toute sa valeur. Si elles ont été corrigées, les exemplaires, souvent peu ncjmbreux, tirés avant la correction se trouvent plus recherchés que ceux où elle a été effectuée. Est-il
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question d'un auteur devenu tardivement célèbre, et dune édition parue depuis nombre d'années, la chasse n'en devient que plus animée, lindifférence des premiers lecteurs ayant déterminé et souvent avance la destruction des quelques bienheureux exemplaires défectueux.
C'est à une particularité de ce genre, bien qu'un peu différente, qu'est attribué le prix élevé atteint par l'édition princeps du Crime de Sylvestre Bonnard, d'Anatole France. Cette fois la correction n'a pas été faite au tirage du texte, mais à celui d'une couverture fautive qui est de nuance bleue vcrdatre. La faute consiste, on le sait, dans l'omission du sous-titre « Membre de l'Institut ». Cette couverture erronée fut enlevée de tous les exemplaires non encore livrés et remplacée par une autre de couleur jaune rectifiée. En arrachant d'ailleurs cette dernière, on voit paraître souvent sur son dos, les vestiges de l'ancienne couverture bleue.
Cette seule particularité a relevé le |)rix du simple volume de 3 fr. 3o à '.îoo fr. en moyenne, suivant son état de conservation. Il tend cependant un peu à fléchir, le nombre des exemplaires offerts qui présentent cette particularité augmentant peu-à-peu, comme c'est toujours le cas quand il ne s'agit pas de ceux tirés sur papier de luxe à un nombre déterminé, et que le cours élevé réalisé fait sortir les défectueux exemplaires
de leurs caclietles. Ils restent cependant rares, en très bon étal.
De la date des éditions.
Les amateurs sont souvent assez embarrassés à cet égard.
Le titre intérieur d'un livre indique quelquefois une date, tandis que la couverture porte celle de Tannée suivante. Il en est ainsi de l'édition de Germinie Lacerleux, des frères de Concourt. Les libraires, plutôt que de consulter leurs manuels bibliographiques et pour se mettre à couvert d'une erreur possible, prennent soin d'indiquer dans leurs catalogues les deux dates, et l'acheteur se trouve induit à croire par cette réserve, que la couverture n'est pas de bonne date. Cette différence provient de ce que la couverture est imprimée parfois chez un autre imprimeur que celui du texte. Ce dernier tiré et ses feuilles assemblées, il devient seulement possible de régler la largeur du dos et d'établir sa couverture. Celle-ci, surtout si elle est imprimée dans les derniers mois de l'année et si le volume n'est, fréquemment, mis en vente que l'année suivante, ne porte que cette dernière date, afin d'éviter que les acheteurs ne croient le livre publié depuis déjà un certain temps. Ce qui vaut mieux
Moiai'd (le l'Amateur d'Ed'Uioiis orùjiiuUes
d'ailleurs que de ne pas le dater du tout, comme le font depuis quelque temps certains éditeurs tels que Flammarion, lletzel, Calmanii-Lé\ \ , etc.
Lorsqu'une difficulté de ce genre se produit, on la résout généralement en consultant les manuels de bibliographie ou la Biblior/raphie de la France, qui indiquent la date d'apparition. Mais il ne convient pas de s'en rapporter exclusivement aux indications de cette dernière, les livres annoncés ne paraissant pas toujours bien exactement aux jours indiqués.
Il est rare que les éditions pouvant être confondues avec l'original s'il en existe, ne présentent pas quelque particularité différente, soit sur la couverture, soit dans le texte : changement de nom d'imprimerie, numéro d'ordre, caractère ou filet abîmé qui était intact dans l'édition originale, qualité ou nuance de papiers, etc.
Le Manuel de tatnaleur de livres du xix*" siècle, de M. Georges Vicaire, est précieux à consulter à cet égard, car il signale un grand nombre de ces remarques. Il en est d'autres qu'un amateur perspicace sera fier de découvrir lui-même à force d'attention.
Enfin à défaut d'une indication précise de co genre, il est utile de comparer un volume de l'édition primitive avec celui de l'édition douteuse et on arrive, assez fréquemment, à tirer la chose au clair.
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* Des titres nouveaux ou renouvelés.
Tl convient de se défier des livres reparaissant sous un titre différent de leur précédent. Le premier paru caractérise seul l'édition originale. Mais, si sous le second titre l'édition nouvelle renferme des textes inédits, il est évident qu'il y a également lieu de la rechercher, car elle constitue une seconde ou même troisième édition originale. C'est ce qui s'est produit pour le Rosier de Madame Husson, de Maupassant. L'édition originale éditée chez Quantin, Compagnie générale d'impression et d'édition, sans date [1888], in-4", ne contient que cette seule nouvelle. Celle publiée même maison, même année, en format in- 18, Librairie moderne, contient en plus treize autres nouvelles inédites. Même chose est advenue pour Mademoiselle Fiji, parue primitivement chez Kistemaecker, à Bruxelles, en 1882, et pour sa réédition de i883, sous le même titre cette fois, chez Victor Havard. Elle renferme sept nouvelles inédites supplémentaires.
Les Lettres de ma Chaumière, d'Octave Mirbeau, 1886, chez Laurent, contiennent plusieurs nouvelles qui ne sont pas dans les Contes de la Chaumière, 189I, de la petite Bibliothèque Charpentier ; mais cette dernière renferme trois nouvelles
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absentes de l'édition précédente. Le titre a été ici un peu modifié.
Plus rarement un auteur publie des ouvrages différents sous un même titre et à des époques différentes. C'est ce qu'a fait M. Jules Renard avec les éditions successives de son Le Vigneron dans sa vigne, qui constituent des volumes tout à fait distincts et dont la matière est entièrement originale.
Des éditions authentiques.
Quelquefois encore, l'auteur indique lui-même une édition nouvelle comme étant la seule qu'il reconnaisse comme authentique. Elle n'en devient pas originale pour cela. M. Léon Bloy a pris soin de nous dire, notamment, qu'il n'avoue comme correcte que l'édition postérieure du Désespéré parue chez Soirat. Celle publiée antérieurement chez Tresse en 1887, n'en reste pas moins la seule qui puisse être considérée comme originale. D'un pareil embarras, le collectionneur .se tire aisément. Il achète les deux éditions. Il est d'autant plus fondé à agir ainsi qu'elles présentent des différences de texte presque toujours très appréciables et qu'à la fiche de la seconde on peut joindre l'annotation ' la seule authentique et reconnue par l'auteur ».