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catalogues de ventes, alors que les mêmes catalogues enregistrent d’autre part « épreuve imprimée en couleurs x ou encore « épreuve coloriée ».
Que signifie alors ce terme intermédiaire d’épreuve en couleurs ? Rien. Une épreuve ne peut — et ceci est absolu — qu'être imprimée en couleurs (soit au repérage, soit à la poupée) ou coloriée, c’est-à-dire, lorsqu'il s’agit d’une épreuve monochrome, rehaussée à la main d’aquarelle ou de gouache, des deux ensemble parfois. L’appellation épreuve en couleurs, cache donc le plus souvent, un piège, en laissant supposer qu’une épreuve coloriée ou rehaussée est imprimée en couleurs. La valeur d’une épreuve imprimée en couleurs étant de beaucoup supé-rieure à celle des épreuves coloriées,: il nous a paru indispensable de mettre l’amateur en garde contre un qualificatif qui se peut interpréter de deux façons.
Ces renseignements indispensables consignés, reprenons notre route pour nous trouver en présence du plus célèbre des graveurs en couleurs, parce qu’il fut à la fois peintre et graveur: Louis-Philibert Debucourt.
Fils de J.-L. Debucourt, huissier à cheval au Chätelet, Louis-Philibert Debucourt naquit à Paris le 13 février 1755, et songea tout d’abord à la peinture; ce n'est qu’à l’âge de trente ans qu’il tenta ses premiers essais de gravure en couleurs, dans laquelle il devait bien vite passer maître, grâce aux solides études qu'il avait faites comme peintre.
En effet, après la Fille enlevée, planche introuvable —
une épreuve en figura à l'Exposition d'œuvres d’art à la Bibliothèque Nationale en 1906 —, Debucourt gravait en 1785, peut-être même en 1784, la Porte enfoncée ou les Amants poursuivis et Suzette mal cachée ou les Amants découverts, deux estampes d’un dessin bien mince, mais qui devaient être suivies peu de temps après (1786) de la célèbre planche des Deux baisers, dont la peinture avait figuré au Salon précédent sous le titre: La Feinte caresse. L’on connaît le sujet: un vieux beau, chauve et édenté, s’est rendu chez un artiste, et se fait peindre embrassant sa maîtresse, une jeune et fort avenante femme ma foi ; mais, tandis qu’assis devant la toile, il admire avec quel talent le peintre a su rendre sa pensée, ce dernier baise — à son insu naturellement — une main que lui tend, non sans plaisir, la compagne du vieux Céladon : d’où les deux baisers. Sa composition, bien équilibrée, fait de cette planche une estampe des plus agréables, dans laquelle on pressent déjà l’auteur de la classique Promenade de la Galerie du Palais-Royal, à laquelle il songe, si elle ne se trouve pas déjà sur le chantier, et
qu'il mettra au jour l’an d'après, en même temps que
La FILLE ENLEVÉE. Vente Josse, 2.800 fr.
La PORTE ENFONCÉE et SUZETTE MAL CACHÉE. Vente de F**+*, 1899, 2.300 fr.
Les Deux Baisers. Vente 1877, 601 fr.— Vente 1881, avt t. 1, 3.000 fr.— Vente Mubhlbacher, avt t. 1, 3.000 fr.— Vente Goncourt, 2.420 fr. — Vente Gerbeau, 4.950 fr. — Vente Ligaud, réemmargée, 920 fr. — Vente 17 mars 1910, 9.500 fr.
LA PROMENADE DE LA GALERIE DU PaALAISs-Rovaz. Vente 6 mars 1894, 720 fr. — Vente Gerbeau, 2.500 fr. — Vente Barrot, avt les n°5, sans marge, 3.800 fr.
l'Oiseau ranimé,: planche très rare qui passa longtemps pour faire partie et compléter la série des trois grandes planches précédemment citées de Janinet, d’après Lavreince.
L'Oiseau ranimé possèderait, au dire de certains experts, deux états : l’un fort alléchant, le seul réel d’ailleurs, avec les seins de la jeune femme découverts ; il n’en existe pas d'autre et M. G. Bourcard a fait bonne justice du pseudo-état aux seins recouverts, dont M. Fenaille ne souffle même, pas mot. L’Oiseau ranimé est une des estampes qui montrent l’immense chemin parcouru dans la hausse des estampes du xvirre siècle, depuis cinquante ans. M. Fenaille cite une épreuve de cette célèbre pièce adjugée 37 francs à une vente du 23 novembre 1857! En 1903, à la vente de Madame Lelong, elle atteignait 9.200 francs.
À dater de la Promenade de la Galerie et de l’Oiseau
ranimé, Debucourt grave chaque année une ou plusieurs
planches — aujourd’hui fort recherchées — et dont voici la liste: en 1787 encore — sa glorieuse année — c'est l’Escalade ou les Adieux du Matin — un galant
embrasse sa bien-aimée avant que d’escalader un pan de mur — et son pendant, Heur et malheur ou la Cruche cassée, dans laquelle le même galant s’efforce de consoler
sa maîtresse dont il a brisé Ia... cruche ; c’est le Menuel
L’OrsEAU RANIMÉ. Vente Goncourt, 5.320 fr.—Vente Lelong, 9.200 fr.— Vente Muhlhbacher, 1.510 fr. — Vente Gerbeau, 8.100 fr.
L’'EscaAzADE. Vente 28 févr. 1908, 1.610 fr.
HEUR ET MALHEUR et l’EscALADE. Vente 17 mai 1894, réemmargées, 295 fr. — Vente Gerbeau, 5.000 fr. — Vente Barrot, avt t. 1., 23.300 fr.
de la Mariée, œuvre pleine de charme, de distinction, et dans laquelle Debucourt a donné le meilleur de luimême ; le Mercure de France, en l’annonçant au prix de six livres, le présentait comme pouvant servir de pendant à la Noce de village de Descourtis, d’après Taunay ; c’est enfin les Compliments ou la Matinée du Jour de l'an: soit à l’actif de Debucourt, six pièces capitales en cette seule année 1787.
Les Bouquets ou la Fête de la Grand’maman, pendant des Compliments, vit le jour en 1788, ainsi que la Main et la Rose : ces deux dernières pièces, qui ne sont pas les meilleures de Debucourt cependant, viennent d’avoir un regain d'actualité, car, depuis la dispersion de la collection de Victorien Sardou où elles obtinrent, en condition exceptionnelle, la fantastique enchère de trente-trois mille francs, elles tiennent le record du plus gros prix payé pour des estampes françaises du xvuie siècle. Ajoutons,
pour être exact, que la Main et la Rose, difficiles à ren-
Le MENUET DE LA MARIÉE. Vente 11 mai 1894, 390 îr. — Vente 18 mai 1900, 836 fr. — Vente déc.1904, avt les retouches, 1.090 fr.—Vente 5 nov. 1909, sans marge, 1.155 fr. — Vente Barrot, avtt. 1., 4.500 fr. — Vente 17 mars 1910, 1420 fr.
LE MENUET DE LA MARIÉE et la NocE Au CHATEAU. Vente 6 mars 6 mars 1894, 625 fr. — Vente Gerbeau, 8.900 fr.
Les Bouquets et les CompriMENtTs. Vente Destailleur, 1.400 fr. — Vente Muhlbacher, 3.000 fr. — Vente 17 mars 1894, 375 fr. — Vente Gerbeau, 2.000 fr.
Les ComPLimMenTs. Vente Rodière, 1.555 fr.
LA Main. Vente 8 janvier 1894, 300 fr. —Vente 6 avril 1894, 810 fr.
La Main et la Rose. Vente Gerbeau, 4.200 fr. — Vente V. Sardou, 33.000 fr. — Vente Ligaud, (la MAIN réemmargée), 1.000 fr. — Vente Mubhlbacher, 2.200 fr. — Vente Destailleur, 2.300 fr. — Vente 17 mars 1910, 19,100 fr.
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'ITER ET CALISTO : À. Gaillard, d'après F. Boucher.
contrer, furent toujours avidement convoitées ; n’atteignaient-elles pas déjà à la vente G. Kinnen, en 1891, la somme de 3.285 francs ?
L'année 1789 fut marquée par la Noce au château, pendant du Menuet de la Mariée, gravé deux ans auparavant:en 1789, citons, pour l'intention, Annette et Lubin : « Messieurs, — écrivait Debucourt, dans le Journal de « Paris, à la date du 7 avril — désirant concourir à adou- « cir la malheureuse situation où se trouve, dans ses « vieux jours, le couple intéressant d’Annette et Lubin, « je vais terminer (partie à leur profit) la gravure d’une « des scènes de la charmante Comédie qui retrace si bien « leur aimable jeunesse. La moitié du produit des 300 « premières Epreuves sera à leur profit. Elle coûtera
« 3 livres aux personnes inscrites chez moi d'ici à cette
« époque (la fin du mois) et ensuite elle se vendra 4 livres. « Chaque épreuve inscrite sera remise au souscripteur, « numérotée et signée de moi... »
La souscription de l’Annette et Lubin fut-elle fructueuse ? En tout cas, nous n’avons pas rencontré d’épreuves numérotées et signées manuscritement par Debucourt, comme l’annonçait l’avis précité. Les meilleures épreuves
de l’Annette et Lubin sont celles qui portent la date du
La Noce Au CHATEAU. Vente Ligaud, 700 fr. — Vente Muhlbacher, avtt. L., 1.605 fr. — Vente Barrot, avt t. 1, pliée, 2.600 fr.
ANNETTE ET LuBin. (par Debucourt). Vente 17 mars 1894, 200 fr. — Vente Gerbeau, avt I. 1., 880 fr. — Vente 23 mars 1904, avec la date, 550 fr. — Vente 23 janv. 1900, avec la date, 325 fr. — Vente 28 févr. 1908, 850 fr.
15 juin 1789, tracée à la pointe, et enlevée par la suite.
Il semble qu'à partir de l’Annette et Lubin, Debucourt faiblisse : il va faire du moins appel à des procédés de gravure moins caractéristiques, procédés mixtes,
mélange d’aqua-tinte, de pointillé, de burin et de rou-
lette, et ses œuvres à venir ne présenteront plus — la Promenade publique exceptée et d’ailleurs exécutée comme précédemment — ni la même saveur, ni le même esprit, ni la même variété : l’Enfant soldat, daté de 1790, la Croisée, de 1791 — qu'il faut avoir avant que le galant embrassant la main pendante de la jeune femme n'ait été remplacé par deux enfants — la Rose mal défendue, de 1791” également, la Bénédiction paternelle ou le Départ de la Mariée et l’Heureuse Famille, de 1795 et 1796, Minet aux aguets, sont encore des gravures présentables, mais d’une exécution beaucoup plus terne que leurs aînées.
Après avoir évoqué toute la société française de
La PROMENADE PUBLIQUE. Vente 6 mars 1894, réemmargée, 400 fr. — Vente Pommereau, 530 fr. — Vente J. Bouillon, avt 1. 1., 2.600 fr. — Vente 23 mars 1904, 2.100 fr.— Vente Gerbeau, avt]. 1., 5.200 fr.; avec I. 1.,2.050fr. — Vente Barrot, avt I. 1, 5.100 fr, — Vente 27 janv. 1899, avt I. 1. 2.405 fr.
La Croisée. Vente 6 mars 1894, 75 fr. — Vente 17 mai 1894, 160 fr. — Vente Gerbeau, 315 fr. — Vente 19 mars 1910, coloriée, 395 ir.
La RosE MAL DÉFENDUE. Vente 6 mars 1894, 110 fr. — Vente Ligaud, impr. en coul., réemmargée, 290 fr. — Vente Gerbeau, état, impr. en coul., 4.100 fr. — Vente Gaïffe, en noir, 520 fr.
La BÉNÉDICTION PATERNELLE. Vente 2 avril 1894, 19 fr. — Vente 19 mers 1910, 40 fr.
L'HEUREUSE FAMILLE. Vente Goncourt, 310 fr.
MiINET AUX AGUETS. Vente 10 mai 1894, impr. en coul., 161 fr. — Vente Ligaud, 175 fr. — Vente 5 nov. 1909, en noir, 205 fr. — Vente
Gerbeau, impr. en coul., 460 fr.
son temps, jusques et y compris le monde de la galanterie, Debucourt paraît vouloir se cantonner dorénavant dans les scènes familiales, inaugurées dès 1787 par les Compliments, reprises par l'Enfant soldat et se continuant avec les planches suivantes : Zls sont heureux, Jouis, tendre mère, l'Heureuse famille, où se voit un bon papa traînant le cheval de bois sur lequel son plus jeune enfant muni d’un tambourin se prélasse joyeux, Oui, son arrivée fera notre bonheur, etc. Malheureusement, Debucourt n’a plus la même verve et c’est avec quelque lourdeur qu'il nous dépeint les joies intimes et tranquilles, d’où il s'échappera parfois, mais accidentellement, pour retourner à la pièce d'intention grivoise, comme Jl est pris et Elle est prise, ou bien Que vas-tu faire ? et Qu'’as-tu fait ?
L'âge enfin contribuera chez Debucourt à affaiblir la portée de son art: il gravera bien encore quelques honorables planches d’après Carle Vernet, mais valant surtout par les scènes de mœurs qu’elles retracent ou les costumes qu'elles nous ont conservés, et la fin de son œuvre est presque lamentable.
Dans l’œuvre de Debucourt, nous ne saurions cependant passer sous silence les Modes et Manières du
Jour, si difficiles à trouver complètes et qui furent
Izs SONT HEUREUX. Vente 19 janvier 1894, sans marge, 200 fr. — Vente 1909, 225 fr.
Jouis, TENDRE MÈRE. Vente 15 déc. 1908, avt I. 1., 560 fr. — Vente Ligaud, avt 1. 1., 100 fr.
Iz Est pris. Vente Muhlbacher, 200 fr.
ELLE EST PRISE. Vente 17 mai 1894, coloriée, 15 fr.
QUE vas-TU FAIRE ? et QU’As-TU FAIT ? Vente 8 avril 1910, 2.600 fr.
publiées sous le titre suivant : Modes et Manières du Jour à Paris à la fin du XVIII® siècle et au commencement. du XIX*. Collection de 52 gravures coloriées. Prix, 18 fr. A Paris, au bureau du Journal des Dames, rue Montmartre, n° 183, au coin du Boulevard. Ces cinquantedeux planches, qui portent chacune une légende dans le goût de celles-ci: À ce soir, Il va l’apaiser, Ah ! quel vent, Elle le suit, Venez vous reposer, ont été copiées depuis peu — un an à peine — par M. Edm. Gosselin. Enfin, pour compléter la physionomie si intéressante de l’œuvre gravé de Debucourt, rappelons les quelques portraits que sa main a tracés: Louis XVI en pied, en manteau royal, Philippe, duc d'Orléans, La Fayette, en pied, l'acteur Chenard,et son gracieux confrère, Madame de Saint-Aubin, puis Jean-Baptiste Debucourt, son propre fils alors âgé de onze ans (1795): ce dernier portrait, qui est d’une insigne rareté — la raison en est due très certainement à son caractère familial et peut-être parce qu’il n’a pas été mis dans le commerce — représente un garçonnet posant sa coiffure sur la tête d’un chat qui s’évertue à faire le beau: la pièce, de forme
ovale, ne porte ni nom, ni signature.
MopEs ET MANIÈRES. Vente Muhlbacher, 49 pl., 630 fr. — Vente H. Destailleur, la série, 2.450 fr. — Vente 18 mai 1900, 23 pl, 387 fr. — Vente 11 mars 1901, 22 pl.. 471 fr. — Vente 30 janv. 1908, 16 pl., 810 fr.
PuiziPPpE D'OrRLÉANS. Vente 17 mai 1894, 25 fr. — Vente Ligaud, 49 fr. — Vente 26 oct. 1900, 86 fr. — Vente Bouvrain, 298 fr. -— Vente Hubert, 205 fr. — Vente Gerbeau, 160 fr.
La FAYETTE. Vente Hubert, 600 fr. — Vente Gerbeau, 1.060 fr. — Vente Ligaud, 500 fr. — Vente Muhlbacher, 100 fr.
Pr.
en
G. Demarteau,