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BILLET DOUX : Nic. de Launay, d'après Nic. Lavreince.
de l’histoire de l’Art ; mais jugé diversement, exalté par les uns qui ont vu en lui le restaurateur du goût, honni par d’autres qui l’accusent au contraire d’avoir annihilé la grâce française, le célèbre réformateur, ne joue qu’un fort petit rôle dans le domaine de l’estampe, notre domaine, dans l’estampe au xvirre siècle, entendons-nous ; au siècle suivant, sa part, en effet, est beaucoup plus belle. Parmi les gravures exécutées d’après J.-L. David, avant 1800, nous ne voyons guère à citer que l'impressionnant Marat mort, en buste, fort bien gravé par Copia, le Lavoisier, de J.-J.-F. Tassaert, le M.-J. Sedaine, de P.-C. Levesque, et le Dubois-Crancé, de Miger, le Serment du Jeu de Paume, une des plus grandes eaux-fortes de Denon, enfin des Costumes officiels. Les importantes planches de Massard, de Morel, sont postérieures à la date extrême à laquelle nous nous arrêtons dans ce Manuel.
Dans les pages consacrées à la gravure en couleurs, nous avons déjà mentionné les estampes les plus recherchées de Taunay (1755+1830) : les quatre pendants de Descourtis ; c’est en somme tout ce qui mérite de rester de son œuvre gravé; ne faut-il pas mieux taire la Vie de l'Enfant prodigue ?
Avec Louis-Léopold Boilly, nous nous retrouvons encore en présence d’un des peintres égrillards prisés
de leur vivant ; de nos jours, Boiïlly a aussi l’heureuse
Marat. Vente Soulavie, 51 fr.
M.-J. SEDAINE. Vente Vignères, avtl. 1., 18 fr. SERMENT DU JEU DE PAUME. Vente Soulavie, 22 fr,
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chance de voisiner par les traductions de Chaponnier, de Tresca, et de Bonnefoy, avec Baudouin, Fragonard, Moreau, Debucourt et Janinet dans les cartons des collectionneurs. Les épreuves, imprimées en couleurs notamment, jouissent d’une grande faveur : à la vente Ligaud, en 1899, la Douce Résistance ne s’adjugeait-elle pas déjà sept cents francs ?
Boilly, à en juger par les estampes qui ont popularisé en quelque sorte son nom, ne mériterait pas l'honneur qui lui est fait; nous n’oserions pas avancer qu'il composât avec un goût très fin; en tout cas, il fait le plus souvent preuve de vulgarité, et, lorsqu'il veut exprimer la mimique de ses personnages, continuellement préoccupés de la bagatelle, c’est avec une pauvreté d’expression qui confine alors à la banalité, sinon au ridicule, comme par exemple : la Douce impression de l' Harmonie et la Suite de la Douce Impression de l'Harmonie, Honny soit qui mal y pense, Poussez ferme, Ah ! Ah ! qu’il est sot,
Prends ce biscuit, la Serinette, Que n’y est-il encore et dix autres
La Douce RÉsisTANcE. Vente Muhlbacher, avt t. 1., 31 fr.— Vente 15 déc. 1908, 105 fr. — Vente Ligaud, impr. en coul., 700 fr. — Vente 30 janv. 1908, impr. en coul., 601 fr.
La Douce IMPRESSION DE L'HARMONIE et la SUITE DE LA Douce ImPrEssIoN. Vente Ligaud, impr. en coul., 355 fr. — Vente Lacroix, impr. en coul., 300 fr. — Vente 29 nov. 1899, impr. en coul., 276 fr. — Vente Cte de L*** (1902), impr. en coul., 560 fr.
ÇA 1RA. Vente avril 1908, 34 fr.— Vente 30 janv. 1908, 70 fr.— Vente Ligaud, avt 1. 1, 68 fr.
HoNNY SOIT QUI MAL Y PENSE. Vente Muhlbacher,avt t. 1., 40 fr.——Vente Vignères, avt1. 1., 40 fr. — Vente Ligaud, avtl. 1, 30 fr.
Poussez FERME. Vente Ligaud, 34 fr.
La SERINETTE. Vente Gerbeau, avt 1. 1., 75 fr. — Vente Ligaud, 19 fr.
fadaises encore, gravées par Vidal, Honoré, Mixelle, Bonnefoy, Wolff, sans oublier Ça ira et Ça a élé, deux planches par Mathias et Texier qui, dans un second tirage, portent pour titres : les Dangers de l'Inexpérience et le Levé des Epoux. Si l’on tient absolument à collectionner Boilly, un choix discret s'impose : le Prélude de Nina — une jeune femme, au clavecin, se détourne vers son accompagnateur qui l’embrasse —, par Chaponnier ; l’'Optique — que nous reproduisons —, par Cazenave, et dont le principal personnage serait Mademoiselle Gely, la seconde femme de Danton; au besoin, la Douce résistance — une jeune femme se laisse étreindre par un jeune homme —, par Tresca; l’Amant favorisé et la Comparaison des petits pieds, par Chaponnier ; la Cocarde Nationale, par A. Legrand, une des planches les plus rares de l’œuvre; la Marche incroyable (An VIT, par Bonnefoy. C’est tout, et c’est très suffisant.
Boilly, qui était né à la Bassée, le’5 juillet 1761, faillit
QuE N’Y EST-IL ENCORE ? Vente Muhlbacher, impr. en coul., 61 fr. — Vente F. Arnault, 35 fr.
Le PRÉLUDE DE NiNA (par Chaponnier). Vente Mailand, avt 1.1., 41 fr. — Vente 6 mars 1894, 25 fr. — Vente Gerbeau, avt 1. 1, 155 fr. — Vente Ligaud, avt 1.1, 108 fr. — Vente 20 mai 1901, avt 1. 1, 150 fr.
L'OPTiQuE. Vente 15 déc. 1908, impr. en coul., 505 fr. — Vente du Bo Pichon, impr. en coul., 331 fr. — Vente Ligaud, impr. en coul., 365 fr. — Vente 8 avril 1910, impr. en coul., 770 fr.
L'OPTiQuE et l’AMOUR COURONNÉ (imprimées en couleurs). Vente Gerbeau, 1.660 fr. — Vente 23 mars 1904, 680 fr.
La COMPARAISON DES PETITS PIEDS et l’AMANT FAVORISÉ. Vente Muhlbacher, avt 1. 1, 95 fr.
La COCARDE NATIONALE. Vente Muhlbacher, avt t. 1., 76 fr.
LA MARCHE INCROYABLE. Vente Muhlbacher, 80 fr. — Vente 6 mars 1894, 20 fr. — Vente Rodière, 85 fr.
périr pendant la période orageuse de la Révolution, victime de ses grivoiseries, que le gouvernement d’alors jugeait du plus pernicieux effet : l’on pourrait cependant rappeler que le jacobin Sergent exposait une grivoiserie au moins égale à celles de Boilly, en pleine Terreur; mais on ne doit pas s'étonner de contradictions aussi flagrantes dans un temps aussi fertile en agitations que la période évoquée ; Boilly, en tout cas, ne dut d’avoir la vie sauve qu’à l’heureuse intervention de David, alors tout puissant.
Boilly, auquel on attribue cinq mille portraits, peints ou dessinés, avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur en 1833 ; il mourut très âgé, le 5 janvier 1845.
Outre les passables et mauvaises planches gravées d’après Boilly que nous avons citées, on en rencontre d’autres dans les collections, notamment : l’Amusement de la campagne, l’Attention, la Jarretière et la Solitude, série de quatre pièces par S. Tresca ; la Dispute de la rose et la Rose prise, par J. Eymar et F. Cazenave ; le Cadeau
et Qu'elle est gentille, par Bonnefoy ; Le Sommeil trom-
L’AMUSEMENT DE LA CAMPAGNE, l’ATTENTION, la JARRETIÈRE et la SOLITUDE. Vente Ligaud, impr. en coul., 227 fr.
La DisPUTE DE LA RosE et la Rose Prise. Vente Ligaud, impr. en coul. 345 fr. ; en noir, 160 fr.
Le CADEAU et QU'ELLE EST GENTILLE. Vente Ligaud, impr. en coul. 205 fr. — Vente du Bo Pichon, impr. en coul., 185 fr.
LE CADEAU et LA Douce RÉsisrANcE. Vente du B°r Pichon, impr. en coul., 185 fr.
Le BouqQuET cHÉéri. Vente 6 mars 1894, 30 fr. — Vente F. Arnault, 80 îr. —Vente 28-29 avril 1908, 54 fr.
Le BOUQUET cHÉRI et l'HEURE DÉSIRÉE (de Fournier). Vente Cte de L*** (1902), impr. en coul., 1.350 fr.
La CRAINTE MAL FONDÉE et la TOURTERELLE CHÉRIE. Vente Rodière, impr. en coul., 592 fr. — Vente 28 févr. 1908, impr. en coul., 705 fr.
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Bee JARDINIÈRE : J. L. Anselin, d'après Carle Vanioo.
peur et le Réveil prémédité, par Wolff ; Défends-moi et la Leçon d'union conjugale, par Petit ; la Crainte mal fondée et la Tourterelle chérie, par L.-J. Allais ; enfin le Bouquet chéri, par Chaponnier. Si nous avions la prétention de faire un choix, il est bien des gravures que nous nous empresserions de passer sous silence ; mais dans un Manuel, nous ne pouvons songer à imposer un criterium absolu ; si l’amateur y cherche parfois en effet un guide ou une direction, il désire le plus souvent y trouver un renseignement ; c’est à ce dernier titre que nous ne craïignons pas de mentionner les planches seulement « collectionnables ».
La plupart des planches de Tresca ou de Chaponnier, d’après Boilly, ont été copiées en réduction par A. M. de Gouy, entr'autres le Prélude de Nina et la Comparaison des petits pieds. Ces réductions, de forme ronde, étaient alors destinées à orner des bonbonnières et des tabatières ; elles sont avidemment recherchées de nos jours, surtout lorsque les exemplaires en sont tirés en couleurs ; elles valent alors de 100 à 150 et même 200 francs. Dans certains intérieurs, elles remplacent les miniatures.
La presque totalité des estampes traduisant les œuvres de L. Boilly sont exécutées au pointillé ; à ce moment, ce procédé, importé d'Angleterre, commençait à faire
fureur chez nous, au point que les graveurs français
LE RÉVEIL PRÉMÉDITÉ. Vente Ligaud, impr. en coul., 66 fr. DÉFENDs-Moi et la LEÇON D'UNION coNJUGALE. Vente F. Arnault,100 fr LE PRÉLUDE DE Nina (par de Gouy). Vente 8 avril 1900, 200 fr.
Ruotte, de Montigny, Aug. Le Grand, J.-P. Levilly, Le Cœur, Elie Auvray, Darcis, Clavareau, Mesdemoiselles Victoire Le Veau et Rollet non seulement employaient ce moyen de graver, mais copiaient jusqu'aux planches de Bartolozzi, de Smith, de Ward, d’Angelica Kauffman ou de Morland. Sous la main d’un Bartolozzi, la gravure au pointillé a fourni de charmantes pièces ; mais combien ce mode de gravure demande de science et de goût pour ne pas tomber immédiatement dans la fadeur et la banalité. La plupart des estampes ainsi exécutées par des graveurs secondaires en sont la preuve vivante et irrécusable. Faut-il même croire que Boilly a beaucoup perdu à être traduit par la gravure au pointillé ? Ce n’est pas impossible. Comme nous l'avons déjà fait pour les autres modes de gravure, nous donnerons les explications indispensables concernant la gravure au pointillé, mais dans le chapitre consacré à l’Ecole Anglaise, d’où elle est en quelque sorte originaire.
Une distance considérable sépare Prudhon de Boilly, que le hasard des dates seul rapproche. Prudhon est, à la fin du xvre siècle, le maître qui illumine son temps : il est le trait d’union entre la grâce aimable et le savant mais froid académisme : il est le génie qui comble un vide ; depuis Fragonard, Baudouin, les Saint-Aubin, Moreau, combien d'années se sont écoulées où l’art n’a eu en majorité pour servants que d’habiles ou de rusés metteurs en scène qu’une vogue inconsidérée fait quand
même surnager ?
« À l'écart, dans l'ombre — ont écrit les Goncourt — € 1l y avait un peintre que David appelait avec mépris « le Boucher de son temps. Cependant celui-ci portait « dans la tête la Grèce et ses Dieux. IL n’arrachait pas « lambeau à lambeau les beautés de l’art antique; ïül «les trouvait dans son âme, elles rayonnaient sous sa « main. L’intuition était sa science. Sans modèle, il ani- « mait ses créations avec le mouvement et la lumière « de la vie, il faisait courir le sang sous la chair, et la « divinité dans ses personnages. Les statues nacrées « marchaient et respiraient sous ses pinceaux, comme « des marbres sortis de terre qui prendraient leur essor « dans la peinture d’une Renaissance. Et le génie de « l'Antiquité allait une dernière fois revivre dans son « œuvre. Mais le nom de ce peintre ne devait être popu- « laire que dans la postérité : 1l s'appelait Prudhon. »
Pierre-Paul Prudhon, naquit à Cluny, le 4 avril 1758, de Christophe Prudhon, tailleur de pierres. Protégé, dès son plus tendre âge, par le curé de sa ville natale, Prudhon, après avoir passé par l’abbaye de Cluny, devint à Mâcon l'élève de Devosge. Marié, à peine adolescent, à la fille d’un notaire pauvre, Prudhon eut à lutter durement dès son entrée dans la vie ; protégé par le Baron de Joursanvault, — qui a gravé d’après lui, sous cette signature « le B°* W. J. sc. », quelques naïves scènes —, il obtint de cet amateur les subsides indispensables pour gagner Paris où il arrivait en octobre 1780. A Paris, comme dans sa province, Prudhon connut les heures
pénibles : aussi à la fin de 1783 regagna-t-il Dijon ; l’année suivante, il concourut pour le Prix de Rome, qu’il faillit perdre par excès de générosité, en terminant bénévolement le travail d’un concurrent qui obtint alors la récompense convoitée; mais celui-ci, reconnaissant, avoua ce qu’il devait à Prudhon,et ce fut à ce dernier qu’échut enfin la pension.
Rentré en France en 1789, Prudhon retrouvait la même gêne, sinon même une misère plus noire, car des temps si troublés ne sont guère plus favorable à l’art qu’au commerce. Pour subvenir aux besoins pressants du ménage, il acceptait de dessiner des adresses, desen-têtes de papiers officiels, des vignettes, jusqu’à des miniatures. Ne nous en plaignons pas, cela nous a valu d’adorables pièces.
De 1794 à 1796, Prudhon vécut à Rigny ; de retour à Paris, il connut enfin de plus heureuses heures et c’est à partir de ce moment que commença le cycle des œuvres qui ont rendu son nom à jamais immortel. Une ombre seule surgissait alors au tableau : une très vive mésintelligence dans son ménage, qu'une circonstance particulière allait parachever. En 1803, en effet, Prudhon fut chargé de donner des leçons à une élève de Greuze, Mademoiselle Constance Mayer, alors âgée de 25 ans; une grande sympathie ne tarda pas à régner entre le maître et son disciple et Mademoiselle Mayer devenait, peu après, etsa confidente et son amie; cetteidylle se termina, comme on le sait, des plus tragiquement, sur une parole prononcée imprudemment par Prudhon et mal
interprêtée par Mademoiselle Mayer : le 25 mars 1821,
Pr. LXI:
Les BuLzes DE SAYON : Adélaïde Boizot, d'après F. H. Drouais.
Mademoiselle Mayer se suicidait en se coupant Ja gorge avec un rasoir, sous l’empire de l’émotion que lui avait causée, la veille, une question qu’elle avait adressée à Prudhon : « Monsieur Prudhon, si vous deveniez veuf, vous remarieriez-vous ? » À quoi celui-ci, pensant aux chagrins domestiques endurés pendant près de quarante ans, lui avait répondu: Ah ! jamais !
Prudhon ne survécut que deux ans à ce drame intime : il mourut le 16 février 1823. « C'est le cœur « brisé et dans la plus amère douleur que je passe des « jours qui auraient dû s’éteindre dans le moment qui «a vu expirer mon amie » écrivait Prudhon lui-même, dans les derniers moments de sa vie.
Prudhon a gravé et lithographié : son œuvre lithographique appartient au xix® siècle, nous n'avons donc pas à nous en préoccuper ici; quant à son œuvre gravé, il réside en deux planches sûrement de sa main et en trois ou quatre autres pièces qui lui sont d’ailleurs attribuées bien gratuitement.
Les deux planches par Prudhon sont : un Enlèvement d'Europe, par Jupiter métamorphosé en taureau, délicate planche d’un dessin très pur, restée inachevée, mais qui fut utilisée par le Journal des Artistes et insérée dans un de ses fascicules; puis, Phrosine et Mélidore,
estampe beaucoup plus importante composée et gravée
PHRrosiNE ET Méuipore. Vente His de la Salle,eau-f. p., 95 fr.— Vente Galichon, eau-f. p., 560 fr. — Vente Vignères, avtl. 1, 83 fr. — Vente 30 janv. 1908, av! 1. 1., 58 fr.
pour une édition de l’Art d'aimer, de Gentil Bernard, publiée par Didot en 1797, et que complétaient trois autres gravures également dessinées par Prudhon, mais gravées par Beisson et Copia : Choisir l’objet, l Enflammer, En Jouir.
La planche gravée par Prudhon est une œuvre délicieuse, exprimant avec un charme exquis, la passion de l’amour dans sa meilleure acception. L’on connaît le sujet : Phrosine, ayant découvert la retraite de Mélidore, a traversé l’eau à la nage pour rejoindre son amant ; mais, épuisée d’un tel effort, c’est complètement évanouie qu’elle tombe dans les bras de Mélidore, revêtu de son costume d’ermite ; la scène qui se passe la nuit, éclairée par la lune, est saisissante. C’est à l’état d’eauforte pure —trois épreuves seules en sont connues et l’une d’elles figure au Petit Palais, dans la collection Dutuit — que l’œuvre est complètement de Prudhon; la pièce a été ensuite terminée, avec intelligence d’ailleurs, par B. Roger sans nul doute, auteur d’une réduction de cette composition.
Quant aux planches encore attribuées à Prudhon, il faut à notre avis les rejeter : la Leçon de botanique, qui nous montre un jeune homme et une jeune femme assis dans une bibliothèque et costumés dans un Moyen-Age de contrebande, n’a rien qui rappelle le maître charmeur qui nous occupe, lors même que cette vignette, d’après
la tradition, aurait été gravée par Prudhon pendant son
EN gJouir. Vente Vignères, épr. non terminée, 103 fr. PHROSINE ET MÉLIDORE et EN Jouir. Vente Mailand, avt 1. 1., 145 fr.
premier séjour à Paris; l'indication gravée : « Prudhon fecit » n’a d’ailleurs été ajoutée que fort postérieurement, avec l'intention évidente d’aider à la vente de cette pièce parfaitement insignifiante. Edmond de Goncourt signale un petit Génie féminin, volant sur des nuées, une branche de laurier à la main : une épreuve, qui appartint jadis à Jean Gigoux, est maintenant au Cabinet des Estampes; cette toute petite planche n’est pas dépourvue de charme; mais faut-il y voir Prudhon comme auteur de la gravure ?
Le portrait du pape des Théophilanthropes, Réveillère-Lepeaux, est un portrait gravé au pointillé et assez curieux, sans nom d’auteur, parfois attribué à Prudhon, parfois et plus justement à notre avis, à Copia. Cette petite estampe, très rare, porte l'inscription suivante : « Ce burlesque Pontificat était placé dans le Directoire. « Français de Nantes. Rapport des Onze. »
Enfin l'on rencontre couramment une planche, publiée jadis dans l’Artiste et qui offre l’un des personnages de la Vengeance de Cérès, gravée par Copia. Cette pièce est apocryphe.
Dans l’œuvre gravé d’après Prudhon, nous signalerons plus particulièrement les planches signées par ses deux interprètes directs : Copia et Roger.
Copia est l’auteur de charmantes vignettes allégoriques : la Constitution française — devenue une allégorie
LA CONSTITUTION FRANÇAISE. Vente 28 février 1894, avt 1. 1., 20 fr. — Vente Soulavie, avec l'inscription « à Napoléon Ier », 10 fr.
dédiée à Napoléon I”, Empereur des Français. — Ia Liberté, l’Egalité, la Loi ; de la Vengeance de Cérès et sur. tout du Premier baiser de l’ Amour : on ne saurait traduire avec plus de délicatesse un si tendre sentiment : il est curieux de rapprocher la composition de Prudhon dela même scène composée par Moreau le jeune, Mallet et Schall : celle de Moreau est surtout gracieuse, celles de Mallet et de Schall, sans accent. Le Premier baiser de l'Amour existe à l’état d’eau-forte pure ; dans la suite, cette petite merveille fut retouchée, la signature se lit alors : « Maria » au lieu de Copia.
Jacques-Louis Copia était né à Landau en 1764; il mourut fort jeune à Paris, le 21 mars 1799. Outre ses planches d’après Prudhon qui le classent parmi les meilleurs graveurs-interprètes de la fin du xvre siècle, alors qu'il se servait d’un moyen en soi-même ingrat — le pointillé —, nous n’oublierons pas de rappeler ici une de ses planches les plus caractéristiques : le masque de Marat mort, d’après Louis David, que nous avons précédemment cité : l’aspect en est impressionnant et simple à la fois, quoique le dessin en soit un peu sec. Copia est enfin l’auteur de plusieurs grivoiseries que nous mentionnerons.…. pour n'avoir pas l’air de les ignorer : Chit ! Chit ! et Par ici, d’après Mallet: ce sont d’aimables
courtisanes à leur fenêtre, appelant le passant bénévole.
Le PREMIER BAISER DE L’AMour. Vente Sieurin, avt 1. 1., 255 fr. — Vente Moignon, à l’eau-f. p., 770 fr. ; avt ]. 1.,7405 îÎr. — Vente 17 février 1894, 18 fr.
Pre EXT
Disisisssa
LL BARONNE DE. « L'Amour en la voyant erut voir fa mere un jour
Et tout ce qui la voit à les yeux de l'Amour.
LA BARONNE DE BourrLers : Augustin de Saint-Aubin.
Quant à Ah ! quel doux plaisir et son pendant, catalogués dans l’œuvre de Lavreince, ils ne méritent pas l’honneur d’être décrits deux fois.
L'autre graveur préféré de Prudhon, Barthélemy- Joseph-Fulcrance Roger, était né à Lodève en 1770, et mourut à Sceaux-les-Chartreux en 1840; il avait été l'élève de Copia, malgré la très petite différence d’âge qui les séparait. Dans son œuvre gravé, on trouve, d’après Prudhon, l'adresse de Merlen, celle de la veuve Merlen, les vignettes d’en-tête pour le Département de la Seine- Inférieure, le Ministère de l Intérieur (brevets d'invention) et la Préfecture de la Seine, les vignettes pour Daphnis et Chloé, avec la charmante scène du Bain, où Daphnis fait une douce violence à Chloé pour l’attirer dans l’eau ; celles pour la Tribu indienne qui contient la célèbre Grotte, où Edouard surprend Stellina au sortir du bain ; enfin l’Amour séduit l’'Innocence, l'Amour caresse avant de blesser, la Raison parle et le Plaisir entraîne et son pendant, la Vertu aux prises avec le Vice, Oh! les jolis petits chiens et Mange, mon petit, mange, Jupiter et Léda et Vénus et l'Amour. Dans toutes ces planches exécutées au pointillé, Barthélemy Roger a, comme Copia, interprété Prudhon avec une rigoureuse fidélité, plus parti-
culièrement dans celles de petit format, où il est alors
ADRESSE DE MERLEN. Vente Goncourt, à l’eau-f. p., 200 fr.
La GRoTTE. Vente Galichon, av! 1. 1., 155 fr.
OH! LES JOLIS PETITS CHIENS et MANGE, MON PETIT, MANGE, Vente VER GOLO) av ERA 730fr
excellent ; n’est-ce pas, comme l’écrivent MM. Portalis et H. Beraldi, ce que l’on peut faire de mieux quand on a l'honneur de traduire Prudhor ?
Ce que B. Roger a gravé d’après d’autres artistes que Prudhon, ne mérite aucune attention ; nous ferons cependant une exception pour la Marie-Antoinette, en pied, non d’après Roslin, comme le fait remarquer M. G. Bourcard, dans «les Françaises du XVIIIe siècle » et dans «A travers cinq siècles de gravures», mais d’après Madame Vigée-Lebrun ; cette très importante estampe, d’une belle exécution, n’a été terminée qu’en 1828. Le cuivre, bien conservé, existe encore et appartient à M. Dupont aîné qui l’acquit à la vente du marchand d’estampes Blaizot, en mai 1892.
Prudhon avait un fils, d’abord graveur mais qui termina sa carrière comme employé aux pompes funèbres ! Il a gravé d’après son père quelques médiocres planches, parmi lesquelles il convient cependant de citer, comme s'inspirant de la méthode de Copia et de Roger, les deux grandes estampes suivantes : la Fileuse ou Clothon et la Dévideuse ou Lachésis.
Après le délicieux Prudhon, nous n’allons plus prendre contact qu'avec des artistes amusants, spirituels, sans plus; aucun d’eux n’approchera de l'élévation de ce maître, pas plus que de sa grâce et de sa distinction toute particulière. Carle Vernet, Swebach-Desfontaines, Jean-Baptiste Isabey sont certes des talents, mais beau-
coup plus superficiels: en tous cas, Vernet et Isabey
échappent au xvirie siècle par le meilleur de leur œuvre, datant de l’Empire et de la Restauration. Né à Bordeaux le 14 août 1758, Carle Vernet, fils de Joseph et père d'Horace, avait remporté le grand Prix de Rome en 1782; ses travaux postérieurs ne font guère présager de tels débuts ; il ne resta guère en Italie : en 1783, il était déjà de retour. Carle Vernet, nous apprennent ses biographes, avait semblé montrer d’abord quelque sympathie pour les idées nouvelles ; mais, blessé dans une émeute, tandis qu'il fuyait avec sa femme et ses deux enfants, Horace et Camille, sur la place du Carrousel, sa sympathie se changea alors en haine. N’avait-il pas vu d’ailleurs sa sœur, femme de l'architecte Chalgrin, périr sur l’échafaud ? Carle Vernet, agréé à l’Académie en 1789, a exposé aux Salons à partir de cette date jusqu’en 1836 : la presque totalité des gravures — et elles sont nombreuses — exécutées d’après ses aquarelles ou ses dessins sont postérieures à la fin du xvirie siècle ; c’est avec peine que nous trouvons à mentionner, parmi celles gravées au plus tard en 1800, les suivantes : le Cheval effrayé par la foudre, par Debucourt, en 1800, l’Anglomane et la Course de chevaux, par Darcis, Bonaparte, par Darcis également, quelques planches de Chevaux,par G. Marchand et Lefèvre- Marchand.
Jean-Baptiste Isabey (1767+1855) et Jacques-François-Joseph Swebach-Desfontaines (1769+1823), ont été également fort peu gravés : le premier n'appartient au xXvirre siècle que par la planche des trois Enfants Potocki,
composition assez mal équilibrée et médiocrement gravée par Copia ; le second, outre le Bal de la Bastille et son pendant, que nous avons signalés,en parlant de Le Cœur, est encore connu par le Café des Patrioles, que grava J.-B. Morret: les premières épreuves du Café des Patriotes se reconnaissent à la variante suivante : les deux grenadiers, debout à gauche, ont des bonnets à poil ; un peu plus tard, en 1793 très probablement, les bonnets à poil furent remplacés par un casque plat et un bonnet phrygien. Le Café des Patriotes avait été gravé d’après une aquarelle et possédait un pendant : le Café des Aristocrates, qui n’a pas été reproduit ; les aquarelles de Swebach-Desfontaines en existent : elles ont passé en vente à la date du 22 février 1907 et furent adjugées ensemble six mille cinq cents francs.
Arrivés au terme de notre étude sur l'Ecole Française, nous ne saurions cependant la clore, sans parler de divers graveurs ou peintres-graveurs, qui ont laissé des planches suffisamment intéressantes pour rappeler leur mémoire : quelques-uns sont en quelque sorte des isolés, comme de Boissieu ou Duplessi-Bertaux ; d’autres au contraire, sont les continuateurs de la tradition du burin pur qu'ils ont porté à sa perfection de métier, parfois au détriment de l'Art même, comme J.-G. Wille, Bervic, Blot, Boucher-Desnoyers.
Jean-George Wille, qui a laissé des mémoires et un journal de sa vie, était d’origine allemande ; mais venu
fort jeune à Paris qu'il ne quitta plus, il appartient à la
gravure française. Né dans un village des environs de
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