POPULAIRE. — LES CARICATURES
Une histoire de la gravure au xvirre siècle, serait forcément incomplète si l’on omettait d’y comprendre la vignette, l’ornement et ce que l’on est convenu de dénommer la «petite estampe »: les ex-libris, les adresses, les cartes d'invitation, l'imagerie populaire, les caricatures. Nous ne ferons qu'effleurer ici très lègèrement ces diverses facettes de l’estampe, le cadre de notre livre ne nous permettant pas un développement qui comporterait à lui seul plusieurs ouvrages spéciaux ; nous nous sommes déjà d’ailleurs, à plus d’une reprise, occupé dans les chapitres précédents de la vignette, notamment lorsqu'il fut question de Boucher, de Fragonard, de Saint-Aubin,
de Moreau le jeune, de Le Barbier, de quelques autres
encore. Nous ne reparlerons donc qu'incidemment de
ces maîtres et petits-maîtres. Quant à Cochin fils, Ch. Eisen, Choffard, Gravelot, Marillier, nous avons réservé l'étude très superficielle de leur œuvre pour le présent chapitre, considérant ces derniers artistes comme plus spécialement des illustrateurs.
La vignette est la gloire du xvrie siècle : les dessinateurs .ont su trouver, de l’avis unanime, une formule délicieuse qu'aucune époque et qu'aucun pays n'avaient encore entrevus : frontispices, titres, en-têtes, fleurons, culs-de-lampe, ils surent, Choffard ou Cochin, Moreau ou Eisen, Marillier ou Boucher, adapter avec un goût exquis tous ces petits riens aux exigences de la typographie ; aussi, les livres illustrés du xvirre siècle sont-ils le plus bel ornement d’une bibliothèque bien choisie. Certes, l'illustration retrouvera plus tard, pendant la période romantique notamment, sous une forme différente, toute sa splendeur ; mais au xvirie siècle, elle n’avait pour ainsi dire pas d’ancêtres; le xvrre siècle fut, en ce sens, des plus pauvres: il suffit de se souvenir des planches ornant les premières éditions de La Fontaine, de Molière ou de Racine.
Charles-Nicolas Cochin fils est l’un des plus féconds dessinateurs et graveurs du xvirie siècle, avec Moreau le jeune et Aug. de Saint-Aubin. Né à Paris,le 22 février 1715, Ch.-N. Cochin, fils de Ch.-Nicolas Cochin, dit le père, et de Louise-Madeleine Horthemels, était allié par la lignée maternelle à Belle et aux Tardieu. Elève de
son père,” puis de J.-Ph. Le Bas, Cochin fils s’essaya à
graver dès l’âge de onze ans ; en 1737, il mit au jour des types populaires et des scènes de mœurs empruntées à la vie courante, par exemple le Tailleur pour femmes. Mais là n’était pas sa véritable voie ; il la trouva, lorsqu'il fut chargé de graver des cérémonies — mariages ou pompes funèbres —, des feux d’artifice, des billets, apportant alors dans la représentation de ces mondanités beaucoup d'agrément et d'intelligence.
Ces planches, pour la plupart de très grandes dimensions, n’empêchaient nullement Cochin fils de se consacrer à la vignette, et il a illustré — soit seul, soit en collaboration — de nombreux ouvrages, parmi lesquels il convient de citer: le Roland furieux (1775-1783), les Œuvres de J.-J. Rousseau (1793-1800), la Jérusalem délivrée, du Tasse ; les Comédies de Térence ; les Contes de La Foniaine.
Une des autres faces intéressantes de l’œuvre dessiné et gravé de Cochin fils est l’importante série de portraits en médaillon qu'il a exécutés de ses contemporains, des artistes et des amateurs notamment ; ces portraits ont un charme qui leur est bien personnel et, lorsque Cochin a la chance d’avoir pour interprète Augustin de Saint- Aubin, encore mieux lui-même, certains de ces médaillons deviennent alors de réelles petites merveilles. Cochin fils
est le Van Dyck de son siècle ; il a signé personnelle-
LE TAILLEUR POUR FEMMES, Vente Goncourt, avi t. 1., 85 fr. LE CoMTE DE CaAyLzus. Vente Vignères, à l’eau-f. p., 26 fîr. ; terminé, 12 fr.
ment les effigies de Duclos, d’Edme Bouchardon, du Comte de Caylus, de Ch. Parrocel, de A.-L. Séguier, de J,-B. Massé, de J. Restout, du Prince de Turenne, du Marquis de Marigny.
Le talent de Cochin fils, la variété et l’esprit qu'il savait apporter dans les plus insignifiantes choses l’avaient mis très en vedette; n’était-il d’ailleurs pas le plus grand favori de Madame de Pompadour, après Boucher ? Sa grande protectrice, qu’il rappelle dans une Allégorie sur la convalescence de Mme de Pompadour (1764), le fit nommer directeur et ordonnateur général des Bâtiments; l’Académie Française ne l’oublia pas non plus: académicien en 1751, il devint, en 1755, secrétaire et historiographe de la docte assemblée. Enfin en 1752, il obtint, à la mort de Coypel,la place de garde des dessins du Roi.
Charles-Nicolas Cochin fils, qui exposa aux Salons de 1742 à 1781, mourut le 29 avril 1790.
Un autre des plus charmants vignettistes du xvirie siècle est Charles Eisen, fils du peintre belge François Eisen, de Bruxelles, qui était venu s'établir en France,
à Valenciennes. Né dans cette dernière ville, le 17 août
Duczos. Vente Vignères, à l’eau-f. p., 30 fr.
Le Marquis DE MarIGNY. Vente Vignères, à l’eau-f. p., 20 fr.
LE PRINCE DE TURENNE. Vente Vignères, à l’eau-f. p., 41 fr.
PORTRAITS PAR COCHIN LE FILs. Vente 17 mars 1910, réunion de 144 pièces, 2.000 fr.
POMPE FUNÈBRE DE LA REINE DE SARDAIGNE. Vente 19 mars 1910,
l’eau-f. pure, 110 fr.
ALLÉGORIE SUR LA CONVALESCENCE DE Mme DE Pompapour. Vente Vignères, 33 fr. — Vente Goncourt, 40 fr. — Vente du B°r Pichon, à l’eau-f. p., 65 fr. ; plus avancé, 47 fr.
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LE CHARLATAN : Gabriel de Saint-Aubin.
1720, Charles Eisen y mourut le 4 janvier 1778. Elève de son père d’abord, puis du graveur J.-Ph. Le Bas, Ch. Eisen a été à la fois peintre, graveur et illustrateur : c'est sous ce dernier jour que son nom survivra auprès des amateurs. Comme peintre, ils’adonna aux scènes galantes et si l’on ne connaît plus guère ses toiles originales, du moins quelques-unes nous ont-elles été conservées par la gravure, tels que le Jour et la Nuit, gravés par Patas ; le Moulon favori et le Bouquet bien reçu, par KR. Gaillard ; les Désirs satisfaits et la Vertu sous la garde de la Fidélité, par Patas et Le Beau ; la Comèle et le Tric-trac, par J.-Ph. Le Bas; le Beau Commissaire et la Jolie Charlatane, par L.-M. Halbou ; les Sens, par L.-M. Bonnet. Les cuivres du Mouton favori et du Bouquet bien reçu existent encore et donnent des épreuves sinon belles, du moins convenables. Quelques planches gravées par Joseph de Longueil d’après Ch. Eisen tiennent le milieu entre l’estampe et la vignette : elles ne sont pas sans attrait ; ce
sont les Saisons, les Heures du jour, les Plaisirs champêtres:
Le Jour. Vente Destailleur, avt 1. 1, 270 fr. — Vente 19 mars 1910, AVI ALS ONE.
La Nurr. Vente Destailleur, avt 1. L., 300 fr.
Le Jour et la Nuit. Vente Muhlbacher, avt t. L., 415 fr. — Vente Destailleur, avec 1. 1., 140 fr. — Vente 6 mars 1894, avt t. 1., 42 fr. — Vente Bon Pichon, 216 fr.
Le MouTon FrAvorRr et le BOUQUET BIEN REÇU. Vente 30 janv. 1908, tirage postérieur, 22 fr.
Les DÉSIRS SATISFAITS et la VERTU SOUS LA GARDE DE LA FIDÉLITÉ. Vente Muhlbacher, avt I. L., 180 fr.— Vente Destailleur, avt 1. L., 275 fr. — Vente 1882, avt I. 1., 120 fr. — Vente Ouachée, 170 fr.
La ComèrTe. Vente Didot, 21 fr. — Vente 29 nov. 1907, 15 fr. — Vente Davesne, 31 fr.
Le Tric-rrAc. Vente Didot, 40 fr. — Vente Destailleur, 40 fr.
toutes forment des séries de quatre planches en largeur.
Enfin, Ch. Eisen a gravé quelques eaux-fortes, prestement enlevées, mais sans caractère particulier. L’une d'elles mérite du moins une mention, en raison des transformations qu’elle subit en passant par les mains de trois artistes : Le Clerc, Eisen et Cochin. C’est la Sainte Madeleine. Cette petite planche avait été gravée par Sébastien Le Clerc, et c’est un Saint Claude qui figurait sur cette estampe : après un petit nombre d'épreuves tirées, l’artiste avait effacé son personnage, mais il mourut sur ces entrefaites. Le possesseur du cuivre, un certain M. Potier, demanda alors à Eisen d’y graver une Madeleine. Les changements ne devaient pas en rester là et Cochin fut chargé à son tour de graver un Saint Pierre en lieu et place de la grande pécheresse ; c’est alors qu’on inscrivit au bas du cuivre, le quatrain suivant :
Le Clerc de ce chef-d'œuvre eut la gloire et la peine,
Saint-Claude y fut placé par son savant burin.
Eisen l’en délogea pour une Madeleine,
Et Saint Pierre à son tour y fut mis par Cochin.
Comme vignettiste, son œuvre est autrement impor-
tant et intéressant et surtout moins vulgaire : il est sous
Les SENS (série de 4 planches). Vente Rodière, 100 fr. — Vente Ligaud, 3 pl. seult, ,591r.
Les Sarsos (série de 4 planches). Vente H. de Roissy, 112 fr. — Vente 2 févr. 1910, 125 fr. — Vente 30 janv. 1908, 3 pl. seult, 85 tr.
Les HEURES pu Jour (série de 4 planches). Vente 6 mars 1894, 52 fr. — Vente 17 mars 1894, 70 fr. — Vente H. de Roissy, 152 fr. — Vente Destailleur, avtles n°5, 65 fr. — Vente 30 janv. 1908, avt t. L., 100 fr.
Les PLAISIRS CHAMPÊTRES (série de 4 planches). Vente Destailleur, 72 fr.— Vente H. de Roissy, 102 fr. — Vente 2 févr. 1910, 2 pl. seult, 90 fr.