‹ Manuel de l'amateur d'estampes du XVIIIe siècleChapitre 35 sur 81 · PL. LXVII · texte numérisé non relu

PL. LXVII

LE SALON DE PEINTURE : Gabriel de Saint-Aubin.

ce jour séduisant et spirituel et il se montre fort à l’aise dans le petit format : les Contes de La Fontaine, pour la célèbre édition dite des Fermiers-Généraux, les Baisers de Dorat (1770), le Temple de Guide, Tarcis et Zélie, entr’autres, comptent parmi les illustrations les plus recherchées par les bibliophiles.

Comme homme, Eisen a laissé une triste réputation : Edm. et J. de Goncourt nous le dépeignent mauvais époux, mauvais père, menant une vie crapuleuse et, pardessus tout, vaniteusement maladroit ; aussi encourut-il la disgrâce de Madame de Pompadour, à la suite de l'incident suivant : Madame de Pompadour avait demandé à Eisen de dessiner un vêtement que le roi devait seul porter : Eisen s’en fit faire un second et s’en vêtit le jour même où le monarque arboraïit le sien.

Parmi les rares portraits gravés d’après Ch. Eisen, ne manquons pas de signaler celui de la Comtesse de Mareilles, gravé par de Longueil, artiste un peu trop pétulant, ainsi qu’en témoigne la note qu’au 1 février 1773 mit J.-G. Wille dans son Journal : « M. de Longueil, « mon ancien élève, ayant été relâché, la nuit du « dimanche au lundy, de la prison, ayant été accusé « d’avoir tué un cocher bourgeois dans la rue Saint-

« Séverin, me vint voir pour me remercier de quelques

LEs Baisers (fleurons et en-têtes : 12 pièces hors-texte). Vente Destailleur, 535 fr.

La Ctesse DE MaARreiLzes. Vente Goncourt, 200 fr. — Vente du Bo Pichon, 96 fr.

« démarches que j'avois faites pour son élargissement. « Je lui ai prêché morale à foison. »

Avec Choffard, nous nous trouvons en présence d’un des artistes les plus sympathiques du xvirre siècle, et son œuvre, composé d'environ 900 planches, résume l’adaptation ornementale de la vignette au xvirie siècle, sous les aspects les plus différents et aussi les plus heureux. Tout ce qu'a effleuré en effet la pointe de Choffard est nerveux, élégant, spirituel, ferme et transparent, plein de goût dans l’agencement du moindre motif. Choffard — ont d’ailleurs écrit MM. le Baron Portalis et H. Beraldi — avait les qualités d’un artiste de premier ordre.

Né à Paris, le 19 mars 1730, Pierre-Philippe Choffard, qui avait perdu son père dès l’âge de dix ans, fut d’abord placé chez un graveur de plans et de cartes, dont le nom se retrouve au bas de quelques planches topographiques : Guillaume Dheulland. C’est le seul maître qu'on lui connaisse.

Surtout graveur ornemaniste, dans le sens le plus large du mot, Choffard a gravé aussi quelques estampes plus importantes que nous avons signalées dans l’œuvre de Baudouin : nous n’y reviendrons donc pas.

Où Choffard brille, c’est dans la carte-adresse ; quelle dépense de goût dénotent celles qu’il a faites pour lui-

même ou pour le graveur de plans, Lattré et son épouse,

ADRESSE DE CHorFARD. Vente Vignères, 31 fr.

Page 1