‹ Manuel de l'amateur d'estampes du XVIIIe siècleChapitre 4 sur 81 · TIVE · texte numérisé non relu

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le Roman comique de Scarron, et c’est Surugue, son graveur habituel qui fut chargé de graver et d'éditer les seize compositions que cette spirituelle bouffonnerie lui suggéra.

Comme son maître, mais incidemment, Pater s’est essayé à l’eau-forte et l’on connaît de lui sous ce jour, deux scènes militaires, des Soldats en campement ou faisant halte, gravées avec une certaine sécheresse.

Né en 1695, le 25 décembre, J.-B. Pater dans la crainte des mauvais jours dans sa vieillesse, abrégea sa vie par un surmenage continuel : il se mettait, nous apprennent ses biographes, au travail dès la première heure du jour et profitait des longues soirées d’hiver pour ébaucher des toiles qu’il s’empressait de terminer les lendemains de ses veilles : il espérait ainsi devenir riche et par conséquent se mettre à l’abri de toute surprise du sort, mais, à quarante-et-un ans à peine, il mourait épuisé.

L’évolution due à Watteau et qu'avait encore étendue ses élèves, fut considérable et définitive ; les peintresles plus empreints de classicisme en subirent l'influence, et si quelques-uns d’entre eux, comme Nicolas Bertin, J. Raoux ou J. Courtin conservèrent dans leur art une partie des anciens préceptes, ce fut plutôt par impuissance ou routine que par une volonté bien arrêtée ; sans génie particulier d’ailleurs, ces petits-maîtres n’apportèrent comme tribut à

leur siècle que quelques œuvres faisant nombre, mais qui

HALTE DE SorparTs, Vente Goncourt, 16 fr,

sont aujourd'hui presqu'ignorées. Par contre, d’autres peintres, comme François Le Moine, Charles Coypel, J.-B. F. de Troy et J.-B. Oudry, beaucoup mieux doués, ont jeté quelque éclat sur leur temps, et leur talent plus individuel apporta des éléments nouveaux qui ne furent pas sans attirer les graveurs et stimuler leur zèle.

Un hommage est dû, avant que de continuer notre route à travers le xvrrie siècle, à celui qui fut l’éducateur de Watteau, Claude Gillot. Né à Langres en 1673, Claude Gillot avait un talent, sinon de grande envergure, du moins plein d'humour et nul doute qu'il n'ait influé par ses œuvres, comme par ses conseils, sur la sensibilité

artistique de son célèbre élève. Constatons que Claude

Gillot fut plus dessinateur que peintre : à la fin de sa

carrière surtout, il ne peignit presque plus, par jalousie contre Watteau, dit-on. Dans le dessin de Gillot, on sent un artiste prédisposé à la gravure et, dans cet art, ce qu'il a produit est d’une facture agréable, facile et spirituelle. Dans la Vie d’un Salyre,en quatre planches, qui va de la naissance à la mort de l’homme-bouc, Gillot apporte une verve et un sens du mouvement peu communs ; les nombreux personnages qui s’y ébattent le font avec aisance, et, dans ces grappes semi-humaines qui gambadent, sautent, jouent ou pleurent, tout est vivant et plein d’imprévu. Claude Gillot à aussi com-

posé et gravé des vignettes pour une édition des Fables

LA VIE D'un SATYRE. Vente 27 mars 1909, les 4 pl. avt t. 1., 50 fr.

de Houdart de la Motte (1719) : là encore, Gillot est charmant et s'y révèle un artiste plein de compréhension des jeux de lumière, des subtilités des valeurs. Enfin on doit encore à Gillot des scènes de la Vie de Jésus-Christ, compositions où il est beaucoup moins à son aise; son talent plus spirituel que profond, ne pouvait atteindre à l'élévation religieuse ; c'est un grave travers qui n’est pas spécial à l’aimable maître qui nous occupe, mais que nous aurons au contraire à constater plus d’une fois, au cours des pages qui suivront. Les artistes, même les plus fameux du xvirre siècle, ne surent jamais s’élever jusqu'au rêve ; ils demeurèrent en réalité les prisonniers de la galanterie et de la grâce. Claude Gillot, qui avait été reçu de l’Académie en 1715, mourut en 1722.

Nous avons évoqué les noms de Le Moine, de Coypel, de François de Troy et d’Oudry ; examinons la portée de leur œuvre au point de vue de la gravure.

François Le Moine, qui eut une fin tragique — dans un accès de fièvre chaude provoqué par des désillusions d'amour-propre, il se perça de neuf coups d’épée —, a été admirablement gravé par Laurent Cars, et les planches d'Adam et Eve, d’Hercule et Omphale, de Persée et Andromède, d’Aurore et Céphale, d’Iris entrant au bain, que ce buriniste a signées, sont autant d'œuvres savantes qui seraient plus vivement recherchées qu’elles ne le sont de fait, si, au talent déployé par le graveur, s’ajoutait l’agrément de scènes plus aimables, plus xvire siècle

en un mot. Né en 1688 — contemporain par conséquent

de Watteau — Fr. Le Moine qui avait obtenu le titre de Premier Peintre du Roi, mourut en 1737.

Charles-Antoine Coypel (16944-1753), artiste moins noble et moins solide que Le Moine, a laissé un œuvre plus séduisant d’aspect, mais d’un faire guindé et étriqué à la fois. Appartenant à une famille dont trois autres membres ont également cultivé les arts : Noël (1628+1707), Antoine (1661+1722) et MNoël-Nicolas (1690+1734), Charles Coypel a gravé lui-même à l’eau-forte, prêtant parfois une intention ironique à ses planches, comme dans l'Histoire d’une dévote, où l'héroïne, après messe, querelle sa servante et calomnie le prochain ; par ailleurs, il déguise Cupidon en Amour précepleur où en Amour ramoneur ; enfin, dans son œuvre gravé personnel, signalons le portrait qu’il a exécuté de J.-A. de Maroulle. Quant aux planches gravées d’après Ch. Coypel, nous attirons plus particulièrement l’attention sur la gracieuse Madame de *** en habit de bal — Madame de Mouchy —-, gravé avec beaucoup de piquant par P.-L. Surugue et qu'a copié, en contre-partie et à la manière noire, l’Anglais R. Purcell, lequel en a fait tout bonnement un portrait

de Madame de Pompadour!

J.-A. DE MAROULLE. Vente Guichardot, 4 états, 81 fr. — Vente Didot, A états, 21 fr.

Mme DE M***. Vente 1882, 5 fr. — Vente 17 mars 1894, 32 fr.— Vente du B° Pichon, à l’eau-f. p., 30 fr.— Vente 1905, 112fr. — Vente Bouvrain, 82 fr. — Vente 4 mars 1909, 75 fr. — Vente 20 déc. 1909, 100 fr. — Vente 17 mars 1910, 300 fr.

SUITE D’ESTAMPES POUR MoriÈère. Vente du B° Pichon, 5 pl., 210 fr. — Vente 19 mars 1910, 3 pl., 100 fr.

Roi

À Padèia pour

P'ASACASCADE AQVA SALIENS + Grave d'Apres le Tableau original pant par Saulpta juxtà Exemplar Ejeusdem mag rutuene

Wauttecu, de mesme, grandeur PR eS à Watteavo Depictium . à Par da Fichorau pravaur Le Rgy ruée: SMJaaquer aus da p 10e son proue du R

LA CAscADE : G. Scotin, d'après Ant. Watteau

Dans l’œuvre de Ch. Coypel, les amateurs recherchent six planches dues à Joullain et que l’on trouve très rarement réunies : c’est la Suite d’Estampes des principaux sujets des Comédies de Molière, gravée sur les esquisses de Charles Coypel, dédiée au public en MDCCXX VI.

P.-I. Drevet, B. Lépicié, Ravenet, Carmona, Haussard, Beauvais ont aussi reproduit des peintures de Coypel, qui ne se contenta pas de peindre, de dessiner et de graver, mais qui écrivit aussi pour le théâtre ; c’est à cet artiste que l’on doit en effet les Folies de Cardenio, pièce héroï-comique en 3 actes et en prose, les Amours à la chasse, comédie, et le Triomphe de la Raison. Cette dernière comédie allégorique fut jouée en présence de la Reine Marie-Leczinska, à Versailles, le 17 juillet 1730.

À l'encontre de la préciosité de Coypel, de Troy a déployé dans sa peinture un faste confinant parfois à une mise en scène trop théâtrale. Cependant il est attrayant dans les compositions où, plus sage, il rappelle plutôt Lancret que lui-même, comme dans le Jeu du Pied-de-bœuf, ou bien lorsqu'il s'affirme plus nettement comme dans la Toilette pour le Bal et le Retour du Bal.

Né à Paris en 1678 ou 1679, mort le 26 janvier 1752, J.-B. François de Troy connut tous les honneurs que

peut envier un artiste, si grand soit-il : il fut, en effet, pro-

Le JEu pu Prep-pe-Bœur (par de Troy). Vente Destailleur, avt t. 1. 280 fr. — Vente 17 mars 1894, 36 fr. — Vente Muhlbacher, à l’eau-f. p.,

fesseur à l’Académie royale, secrétaire du Roi Louis XV, directeur de l’Académie de France à Rome, chevalier de l’ordre de St-Michel, prince de l’Académie de St-Luc à Rome! Tant de distinctions et d’honneurs ne le préservèrent cependant pas de certaines avanies, et sa vie fut attristée, dans ses derniers jours, par une rivalité amoureuse avec le Marquis de Marigny. Tous deux s'étaient épris, à Rome, de la femme d’un médecin : le Marquis de Marigny, alors tout puissant, ne songea qu’au moyen de se débarrasser d’un rival dangereux et ne trouva rien de mieux que de le faire remplacer à la Direction de l’Académie de France, dans la Ville Eternelle : c'était à la fois une disgrâce et le rappel en France à brève échéance. De Troy en conçut un violent chagrin, et, un froid quil attrapa aidant, tomba malade et mourut quelques jours plus tard.

Le Jeu du Pied-de-bœuf, auquel nous faisions allusion quelques lignes plus haut, est une des plus belles planches gravées d’après de Troy : due à la pointe expérimentée de Charles-Nicolas Cochin père (1688+1754), elle se recommande pâr la souplesse du métier, l’intelligente interprétation de chaque détail et par de beaux blancs qui font chanter toute l’œuvre et en notent discrètement les harmonies. La scène en soi-même est des plus simples : au pied d’un bassin ombragé de frondaisons, trois personnages sont assis— un seigneur et deux

jeunes femmes — jouant au jeu qui fait le motif de

l’œuvre.

Quant à Ia Toilette pour le Bal et son pendant, ce sont deux compositions dans lesquelles de Troy a, au contraire, déployé son amour du faste, mais avec une mesure qui ajoute à l'agrément, et J.-F. Beauvarlet qui les a transposées sur le cuivre l’a fait avec un goût dont il n’est pas toujours coutumier. Dans le Retour du Bal, les figures des personnages du fond sont gravées avec sécheresse et se découpent avec dureté; mais que de qualités dans la gamme des valeurs judicieusement observées dans les modelés de la jeune femme et de la suivante qui la dévêt et sur lesquelles viennent se jouer le feu de la cheminée et la lueur d’une bougie. Les meilleures épreuves de la Toilette et du Retour, portent dans la marge la mention : Tiré du cabinet de Monsieur Prousleau.….

C’est à Beauvarlet également que l’on doit l’exécution des six planches qui forment l'Histoire d’Esther et d'Assuérus ; on est d'accord aujourd’hui sur le peu d’intérêt que présentent ces grandes planches, d’une composition pompeuse à l’excès et dont la gravure, exécutée avec soin, ne révèle pas d'autre qualité que celle d’un métier banal ; il n’en fut pas toujours ainsi. En 1833, le conservateur du Cabinet des Estampes de Dresde,

J.-G.-A. Frenzel, écrivait à leur propos : « Ces six pièces

La ToiLETTE POUR LE BAL et le RErour pu Ba. Vente Destailleur, 195 fr. — Vente 11 janvier 1894, 27 fr. — Vente Goncourt, 55 fr. — Vente Lacroix, 180 fr. — Vente Gerbeau, 310 fr.

HisToirE D’EsrHEer. Vente H. Lacroix, 30 fr. — Vente H. de Roissy, 6 pl. (sur les 7), 52 fr.

qui renferment l’histoire d’'Esther sont de véritables

chefs-d’œuvre de gravure et même du peintre. Elles réunissent tout ce qu’il y a de plus beau à un fini délicat, d’un superbe effet, et donnent un beau tableau du luxe oriental. » Ce jugement ne serait pas ratifié de nos jours.

Le xvirre siècle est, avant tout, le siècle de la gravure de traduction, à telle enseigne que les reproductions par l’estampe, sont beaucoup plus connues sous le nom des peintres que sous celui des graveurs; pour l’amateur ou le curieux, la Cruche cassée est de Greuze, le Carquois épuisé, de Baudouin, l’Embarquement pour Cythère, de Watteau, l’Opfique, de Boilly. Cette observation expliquera pourquoi dans un Manuel de l'Amateur d’Eslampes, nous étudions plus spécialement la gravure au point de vue des peintres et pourquoi nous groupons autour d’eux leurs meilleurs interprètes ; les en détacher, ce serait briser la chaîne de l’histoire de la gravure elle-même. Ajoutons qu’il n’en avait pas été toujours ainsi aux siècles qui précédèrent : des maîtres comme Schœngauer, Mantegna, Dürer, Rembrandt, Ostade, Claude Gellée, Ruisdael, Callot, Nanteuil, entre les plus connus, gravaient le plus souvent eux-mêmes leurs propres compositions : c’est l’exception au xvrrie siècle, avec Debucourt et Gabriel de Saint-Aubin, incidemment avec Boucher, Fragonard, Hubert Robert, Oudry.

Jean-Baptiste Oudry est un des rares animaliers

que possède la France, avec François Desportes. Né à

A Fate

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