‹ Manuel de l'amateur d'estampes du XVIIIe siècleChapitre 5 sur 81 · L'ACCORD PARFAIT · texte numérisé non relu

L'ACCORD PARFAIT

ACCORD PARFAIT Grave d Apr Tableau original Peut par AIO de méme grandeur MAGNA INTER MOLLES CONCORDIA y ulple JU } l études Ft 0 D {

r f LUE ÉUT EU

CHE 11a 1

B. Baron, d'après Ant. Watteau.

Pr:

Paris,le 17 mars 1686, il était le fils d’un marchand de tableaux demeurant sur le pont Notre-Dame. Elève de son père, puis de Nicolas de Largillierre, J.-B. Oudry était admis, à peine âgé de 22 ans, à l’Académie de St- Luc, où il devenait par la suite professeur. Oudry qui a touché à tous les genres, est plus spécialement un très bel animalier. Il a signé des eaux-fortes pleines de verve et de mouvement, ses Chasses notamment ; nous l’aimons moins dans les vingt-six planches composées et gravées pour le Roman comique. Oudry ne se trouve paslà dans son élément et ne fait preuve que d’une facilité un peu vulgaire.

Le nom d’Oudry est célèbre chez les bibliophiles qui prisent fort l'illustration qu’il a donnée en 275 planches des Fables de J. de La Fontaine (1755-1759). L'image d'Oudry, qui mourut en 1755, nous a été conservée par son maître Largillierre : J.-N. Tardieu en a fait une heureuse traduction.

Nous voici enfin en présence d’une des plus nobles figures, non seulement du xvirie siècle, mais de l’Art : Chardin. La place occupée par Chardin est exceptionnelle ; avec Watteau, Fragonard et La Tour, il est la gloire de son siècle. Chardin domine même le goût du temps par son indépendance ; il affirme sa supériorité dans de riantes scènes de la vie intime, édifiées sans effort apparent et

qui nous rejettent aux antipodes d’un de Troy ou d’un

Les CHASSES D’Oupry, suite de 4 planches. Vente H. Destailleur, 70 fr. — Vente A, Giroux, 25 fr.

Coypel. On ne saurait trop louer l'harmonie de sa calme lumière, sa poésie toute familiale, sa scrupuleuse vérité. L'œuvre de Chardin est une oasis reposante qui reflète l’unité de sa vie calme et témoigne en même temps de la sensibilité de sa vision constamment attachée à nous révéler les demeures honnêtes. La sérénité qui est le propre du génie de Chardin n'’excluait d’ailleurs pas toujours chez lui une légère pointe d’ironie : voulait-il personnifier l’Antiquaire et le Peintre? I nous les présentait sous la figure d’un singe ; mais cela était formulé

avec tant de tact et de discrétion, qu’on eût été mal

venu de s’en formaliser. En faisant intervenir le singe

sous nos dehors, Chardin ne faisait d’ailleurs que reprendre un thème dont usèrent les Flamands du xvrre siècle et, plus près de lui, Ant. Watteau. Les peintures de Chardin sont, depuis longtemps déjà, l’orgueil des plus belles galeries. Il n’en a pas toujours été ainsi des gravures qui les traduisent ; les gravures d’après Chardin n’ont acquis en effet, une valeur pécuniaire que depuis trois ou quatre ans seulement, sans pour cela atteindre parfois au dixième de la valeur de piètres estampes.

Jadis, ce fut bien pis. A la vente Maïland, qui eut lieu en 1881, nous notons les Amusements de la vie privée et les Tours de cartes adjugés 6 francs et la Serinette, 17 ;

en 1884, la Mère laborieuse, 4 fr. 50, les Tours de cartes,

Le PéinrTré. Vente Ouachée, 20 fr.

Le PEINTRE et L'ANTIQUAIRE. Vente Muhlbacher, 260 fr.

1 fr. 501 En 1889, une bien légère augmentation se faisait sentir dans la cote: à la vente Vignères, les Amusements.…. se vendaient 8 francs. Enfin, la vente des Goncourt, en 1897, ne continuait à marquer qu'une fort modeste étape, avec les Amusements… à 31 francs, le Château de cartes, à 21 francs, etc. L'on doit s'étonner de ce dédain, tout au moins superficiel. Les graveurs qui ont interprété Chardin ont déployé en effet un talent hors de discussion et la plupart des planches signées par Lépicié, Surugue, Cars ou Flipart, sont autant de chefs-d’œuvre dignes des plus difficiles comme des plus délicats. \

N'est-il pas curieux de constater avec combien de difficulté, les deux plus grands maîtres du xvire siècle, Watteau et Chardin, ont été appréciés dans le domaine de l’estampe, et encore, depuis peu, alors que leurs contemporains jouissent depuis longtemps déjà d’une extrême faveur qu'ils ne méritent pas toujours ? Plusieurs des ouvrages consacrés en ces dernières années à la gravure du xvrre siècle, daignent à peine citer le nom de Chardin, alors que des pages entières sont réservées dans les mêmes livres à Boilly, à Freudeberg, ou à d’autres artistes de plus mince envergure encore.

Jean-Baptiste-Siméon Chardin, naquit à Paris le 2

novembre 1699, sur la paroisse St-Sulpice, de Jean Char-

din, menuisier, rue de Seine, et de Jeanne-Françoise David. Elève de P.-J. Cazes et de N.-N. Coypel, Chardin

très estimé de ses confrères, fut non seulement membre de l’Académie royale, mais aussi conseiller, et remplit, du 22 mars 1752 à 1774, les délicates fonctions de trésorier de l'illustre compagnie. Marié en 1731, mais bientôt veuf, Chardin épousait à nouveau une brave bourgeoise, Marguerite Pouget, dont il nous a conservé l'image. Chardin prit part à trois expositions de Ia Place Dauphine, puis aux Salons, de 1737 à 1779. Il mourut aux galeries du Louvre, le 6 décembre 1779.

L'œuvre gravé d’après Chardin — Chardin n'a pas gravé lui-même — ne se monte, dans le catalogue qui en a été dressé avec un soin extrême par M. E. Bocher, qu'à cinquante-et-une planches, à quelques exceptions près, très belles ; la plupart sont à citer. Le Benedicite, dont la peinture fut exposée au Salon de 1740 et Ia gravure de Lépicié à celui de 1745, est l’une des œuvres les plus populaires de Chardin qui en fit d’ailleurs jusqu’à trois répétitions.

Bernard Lépicié qui a su rendre avec tant de force les beaux biancs laiteux du maître et ses délicates harmonies, non seulement dans le Benedicite, mais encore dans le Toton, dans la Maitresse d’école et dans la Mère

Le BENEDICITE (par Bern. Lépicié). Vente Didot, 31 fr. — Vente Gon-

court, avt t. 1., 400 fr. — Vente H. de Roissy, 206 fr. — Vente Destailleur, avt t. L., 145 fr.

Le Toton. Vente 11 janvier 1894, 1er état, 16 fr. — Vente H. de Roissy, 1er état, 131 fr. — Vente Gerbeau, 1er état, 360 fr. — Vente Lacroix, 1er état, 165 fr.

La MarTrEesse D’Ecoze. Vente H. de Roissy, 175 fr. — Vente Ger-

beau, 1.160 fr.— Vente Le Secq des Tournelles, 2e état, 115 fr. — Vente 4 mars 1909, 96 fr.

SE

Le

D a O° Z < ms «

Page 1