‹ Manuel de l'amateur d'estampes du XVIIIe siècleChapitre 45 sur 81 · CORSET · texte numérisé non relu

CORSET

Fr

Dennel, d'après P.

Wille.

Pr:

LXXXTI.

L'œuvre d’Antonio Canaletto, comme celui de G.-B. Tiepolo, est peu nombreux : M. A. de Vesme décrit trentedeux pièces de ce maître : il en est d’absolument remarquables, il n’en est pas de médiocres ; c’est avec un plaisir sans cesse renouvelé que l’on voit et revoit sa Terrasse, d’une si blonde lumière obtenue sans subterfuge, ni contraste et qui défie les plus subtiles planches du très délicat et très distingué Whistler ; la Torre di Malghera, s’enlevant en blanc sur le ciel,tandis que l’irrisation de la surface de l’eau est rendue d’une manière fort intelligente ; le Marché sur la Piazzetta, tout baïgné de soleil ; la Villa au-delà d’une rivière, traduisant si heureusement la reverbération du plein jour ; Ale Porte del Dolo, enveloppé d’une limpide lumière, planche dans laquelle les moindres valeurs sont très exactement notées au moyen d’un métier des plus simples, obtenu presque constamment par une unique taille, comme il en est pour les planches qui précèdent ou qui suivent ;les Trois colonnes et la statue au bord de la mer, avec son harmonieux contraste de pénombre et de lumière ; enfin Un village sur la rivière Brenta, Santa Giustina, à Padoue, Mestre, le Panorama d'une ville baignée par une rivière. Toutes ces eaux-fortes qui appartiennent à une

même série, et qu'il faut avoir autant que possible avant

L’'ŒuvrE DE CANALETTO. Vente J. Bouillon, série de 31 planches en 1er état, 110 fr,

TorRE D1 MALGHERA. Vente 27 mars 1905, 2e état, 32 fr.

UN VILLAGE SUR LA RIVIÈRE BRENTA. Vente 11 nov. 1907, 1er état, 71 fr.

SANTA GIUSTINA. Vente 11 nov. 1907, 1er état, 101 fr.

PANORAMA D’UNE VILLE BAIGNÉE PAR UNE RIVIÈRE. Vente 11 nov, 1907, 2e état, 84 fr, — Vente 14 avril 1908, 2e état, 30 fr.

les lettres majuscules et les numéros inscrits en marge, alors que les planches étaient déjà un peu fatiguées, sont traitées d’une pointe souple et ferme à la fois, se pliant aux nuances les plus délicates. On ne saurait trop les rappeler à la mémoire, ni les trop recommander. Antonio Canaletto, qui était né à Venise, le 18 octobre 1697, mourut dans la même ville, le 20 avril 1768.

Les peintures d’Antonio Canaletto ont eu pour principal interprète G.-B. Brustoloni.

Nous avons évoqué plus haut le nom de Piranesi aux côtés de Tiepolo et de Canaletto ; sans atteindre à la valeur de ces deux maîtres qui furent avant tout d’admirables peintres, l’un des Piranesi — Gio-Battista — s’est montré -un superbe coloriste, ne craignant pas de graver d'immenses planches d’un effet parfois un peu théâtral, mais d’un beau jet et d’une facture pleine de chaleur. Giovanni- Battista Piranesi était doublé d’un architecte qui sut voir en plus de la ligne, la couleur de la pierre et le pittoresque qu’on en peut tirer sans déroger à certaines règles. C'est la Rome antique qui le passionna plus particulièrement, c’est elle qui fut sa grande inspiratrice, c’est dans les planches rappelant la Ville Eternelle qu'il faut chercher le meilleur de son œuvre.

Né en 1707, G.-B. Piranesi mourut en 1778, laissant un fils — Francesco — également architecte et graveur,

qui continua dans ses œuvres la tradition paternelle,

mais avec moins de talent et d'originalité.

Robert Strange (1721 + 1792), Raffaël Morghen

(1758 + 1833), Giovanni Volpato (1738-1803), Carlo-Antonio Porporati (1740+1816), Marco Pitteri (1703 +1786), Giuseppe Longhi (1766 +1831),sont les graveurs italiens qui ont laissé, au cours du xviie siècle, des planches intéressantes. De Strange,nous mentionnerons ses portraits de Charles I‘ et dela Reine Henriette-Marte, puis les Enfants de Charles Ier, trois planches d’après Ant. van Dyck ; —deR. Morghen, sa fameuse Cène, d’après L. de Vinci, aujourd’hui délaissée, mais qui eut un retentissement énorme à son apparition ‘ à la vente Debois, un exemplaire de cette belle planche, un peu terne pourtant, était payé 2.030 francs; le quart de cette somme ne serait peut-être plus obtenu aujourd’hui; puis le portrait équestre de François de Moncade, d’après Ant. van Dyck; — de G. Volpato, les Stanza, de R. Sanzio ; — de Porporati, la Susanne au bain, de Santerre, la Vénus caressant l’ Amour ; — de Pompeo Battoni; le Coucher, d’après Vanloo; nous avons déjà cité de luiune agréable planche d’après Greuze ; — de Marco Pitteri, des

Bustes de vieillards, d’après Piazetta, d’une facture assez

CHARLES Ier (en pied). Vente J. Bouillon, 45 fr. — Vente Camberlyn, 50 fr. — Vente 17 mars 1910, 140 fr.

La REINE HENRIETTE-MartE. Vente 17 mars 1910, 280 fr.

CHARLES Ier et la REINE HENRIETTE-MARIE. Vente 20 déc. 1909, 81 fr. — Vente Hubert,120 fr.

Les ENFANTS DE CHARLES Ier, Vente Hubert, 120 fr.

La CÈNE. Vente Verstolk de Soelen, avt 1. 1, 756 florins ; avec 1. 1., 124 fr. — Vente J. Bouillon, 95 fr. et 155 fr.

La CÈNE et le CHAR DE L’AURORE (de Morghen d’après le Guide). Vente Camberlyn, avt I. 1, 1.705 fr.

FRANÇOIS DE MoncApE. Vente Camberlyn, avt 1. 1., 145 fr. — Vente Didot, lettre grise, 78 fr.

VÉNUS CARESSANT L'Amour. Vente J. Bouillon, avt L. 1., 85 fr.

personnelle : il couvrait ses planches de tailles parallèles qu'il renforçait ou amincissait selon le modelé qu'il voulait obtenir ; — enfin de G. Longhi,le Mariage de la Vierge, d’après R. Sanzio ; la Madonna del Lago, d’après L. de Vinci, et la Madeleine, du Corrège. — Toutes ces planches appartiennent à l’art classique. Elles furent plus chaleureusement admirées jadis que de nos jours.

Le Comte Antonio-Maria Zanetti mérite aussi une mention : il est un des rares graveurs de camaïeux du xvire siècle : quelques-uns des siens ont été publiés dans l'ouvrage de Papillon sur la Gravure sur bois. Né à Venise en 1680, A.-M. Zanetti mourut en 1770.

D’autres noms comme ceux de Francesco Rosapina (1762 + 1842), Francesco Novelli (1764+...), Domenico Cunego (1727 +1794), Jacopo Amiconi (1675+1758), Giuseppe Camerata (1718+1803), Carlo Carloni (1686+1775) se présentent également sous notre plume, maisil n’est pas une planche hors pair dans les œuvres de ces graveurs qui possédaient, avant tout, la connaissance de leur métier.

Carlo Lasinio, né à Trévise en 1757, ne saurait cependant être oublié ; on lui doit diverses estampes gravées en couleurs ; si elles ne montrent pas beaucoup de science chez leur auteur, elles valent en tous cas celles perpétrées par les Gauthier-Dagoty, avec lesquels il fut très certainement en excellents rapports, puisqu'il grava le por-

trait de l’un d’eux : Edouard.

Le MARIAGE DE LA VIERGE. Vente J. Bouillon, lettres grises, 151 fr. et 80 fr.

Pc. LXXXIN.

OPTIQUE : Cazenave, d'après L. Boutty.

Carlo Lasinio a gravé plus de cent cinquante planches, mais une partie seulement en couleurs, notamment d’après les petits-maîtres hollandais ; on commence déjà à les rechercher, et nul doute que dans peu d’années, elles n’atteignent de ridicules enchères, si le goût pour tout ce qui touche au xvrrre siècle ne s’est pas enfin ralenti.

L'Espagne n’apporte pas non plus un important contingent d'artistes au xvire siècle ; mais l’un d’eux seul suffirait à la gloire d’un siècle et d’un pays, c’est Goya !

Il ne nous appartient pas de nous occuper ici de Goya comme peintre, ni comme lithographe ; nous n'avons à retenir de son œuvre que les planches qu’il a gravées antérieurement à l’année 1801 ; elles sont nombreuses et non des moindres. L'œuvre gravé de Goya, qui hanta plus tard Delacroix et Manet, débute par des eaux-fortes exécutées d’après Vélasquez ; elles sont datées de 1778 et représentent, outre quelques figures de genre ou des sujets, des souverains d’Espagne à cheval : Felipe III, Margarita de Austria, Felipe IV, Isabel de Borbon, D. Balthasar Carlos : les cuivres en existent encore à la Chalcographie de Madrid. Il n’en est pas de même de Las Meninas : on ne connaît que sept ou huit épreuves de cette très belle estampe qui représente Vélasquez peignant le portrait de l'infante Marguerite-Marie, entourée de ses dames d'honneur. Une très belle épreuve en est exposée au Cabinet des Estampes de Berlin.

Mais un tempérament comme celui de Goya ne pou-

vait s’astreindre à être un éternel traducteur, même de Vélasquez qu’il admirait et qu'il avait étudié avec une réelle passion. C’est alors qu’il entreprit ses séries mi-politiques, mi-satiriques où les allégories les plus indéchiffrables se mêlent à une réalité qui n’a guère été dépassée, où la précision du dessin concourre à la fougue, à l’expression, au mouvement de la scène retracée. Goya fut,en même temps qu’un superbe artiste, un penseur obsédé d’indépendance ; ses Caprices — en 80 planches — fourmillent, si l’on en croit quelques-uns de ses commentateurs, d’allusions politiques et même antireligieuses. La Reine Marie-Louise, Godoï, le Roi lui-même, les moines enfin n'auraient pas été épargnés par sa verve, pour le moins mordante ; toutefois, les œuvres ne portent prudemment que des légendes confinant à des proverbes. Dans les Caprices, ajouterons-nous, plus de la moitié des planches sont tout à fait hors ligne. Commencée en 1793, croit-on, cette série, continuée jusqu’en 1798, parut primitivement scindée ; 72 planches seulement furent publiées en 1796- 1797, et ce n’est qu’en l’année 1802 que les Caprices parurent enfin complets. Les cuivres des Caprices existant encore à la Chalcographie de Madrid — qui vend la série quarante pesetas — il en a été fait, par la suite, de nombreux tirages.

Parmi les eaux-fortes de Goya n’appartenant à aucune

Les Caprices. Vente Destailleur (1895), 1% tirage, 2 dessins ajoutés, 440 fr.— Vente Eug. Paillet, relié par Thibaron, 1.000 fr.—Vente Gerbeau, 2e tirage, 460 fr. — Vente Sardou, édition de 1868, 148 fr.

série, nous aurions mauvaise grâce à oublier la planche du Supplicié par le garrot, si impressionnante dans sa vérité et dans sa simplicité. On regarde avec raison cette pièce comme l’une des plus belles de l’œuvre, mais on la trouve difficilement, en épreuve du temps surtout.

La Tauromachieet les Malheurs de la Guerre nous échappent dans son œuvre ; les superbes pièces qui composent l’un et l’autre de ces recueils, ont été gravées en effet, entre les années 1805 et 1813 ; mais quelques feuilles des Proverbes ont dû être exécutées par Goya encore dans le xvirre siècle.

À quelques exceptions près, les estampes de Goya sont obtenues par un mélange d’eau-forte et d’aqua-tinte, mélange avec lequel le maître a obtenu les effets les plus heureux, les plus expressifs, les plus étranges de clairobscur, les modelés les plus vigoureux, les dégradations les plus subtiles ; comme pour les autres maîtres de la gravure, il ne faut naturellement juger Goya que sur les belles épreuves ; les nombreuses réimpressions qui ont été faites de ses cuivres encore existants nous donnent certes une idée de la composition, mais ces cuivres usés, parfois repris ou remordus, ne peuvent rendre dans toute son intensité le modelé et l'effet si caractéristiques du maître espagnol.

Goya — Francisco-José Goya y Lucientès — était ne

Le SUPPLICIÉ PAR LE GARROT. Vente P. Lefort, 32 fr. — Vente Ph. Burty, 2 épreuves, 36 fr. — Vente R. de Hérédia, 25 fr.

à Fuendetodos (province d’Aragon), le 30 mars 1746 ; il mourut à Bordeaux le 15 avril 1828, où il avait cru bon de se retirer, à l’avènement de Ferdinand VIT au trône d'Espagne. Goya ne connut pas toujours la disgrâce ; il avait même obtenu de Charles IIT (29 juin 1786) le titre envié de «Peintre du Roi» avec quinze mille réaux d’appointements qui furent portés par Charles IV, en 1799, à cinquante mille ; quelques années auparavant (1780), l’Académie de San-Fernando, qui ne l’oubliait pas non plus, l'avait reçu au nombre de ses membres.

En dehors de Goya, l'Espagne ne compte pas d’artistes, à proprement parler, dans le domaine de la gravure : quelques bons ouvriers, tels que Manoël Salvador Carmona (1730+1807), Blass Ametler, Pascal Molès ; quelques peintres-graveurs de très modeste envergure, comme Carlos Casanova (....+ 1762), Ramon Bayen y Subias (1746 + 1793), Luis Paret d’Alcazar (1747+1799), Don Josef Espinos (1721+1784). Goya, on le voit, brille seul en Espagne au xvirie siècle.

Les dernières lignes que nous pouvons encore consacrer à la gravure, le seront à la Hollande et à la Russie. Chez ces deux puissances, nous sommes obligés de constater l’absence de génies particuliers. En Hollande, l’on ne rencontre au xvire siècle que de très lointains imitateurs de Rembrandt, d’Ostade, de C. Visscher ou de Picart. Nous nous contenterons alors de citer des noms plus que des œuvres; non pas que quelques graveurs n’aient fait montre

d’une grande habileté de métier, comme Houbraken,

Pc. LXXXIII.

Prudh

EN

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