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BIBLE DES PAUVRES 89
Bible des Pauvres, éditions qui auraient probablement été publiées par des éditeurs différents, on trouverait fréquemment, dans des ouvrages illustrés des premiers imprimeurs hollandais, des gravures de cette provenance, et surtout des interprétations plus ou moins différentes d'un même sujet, tandis qu'avant M. Berjeau les bibliographes n'avaient encore découvert que deux de ces bois employés comme frontispice dans la traduction hollandaise du célèbre traité Bonum universale, de Thomas de Cantimpré, intitulée : Der Bien Boeck, et publiée à Zwolle, par Peter van Os, 1488, in-folio, découverte à laquelle M. Berjeau a ajouté celle qu'il a faite de la présence de soixante-dix-sept bois originaux de la Bible des Pauvres dans un autre ouvrage hollandais, publié en 1489 par le même imprimeur : Die Passye ende dat liden ons heren Ihesu Cristi. M. Weigel a depuis signalé doux nouveaux bois sur le titre du volume : Dat Vaterboeck (La Vie des Pères), trois bois dans lo livre : Dit sijn die vier ontersten{Le Livre des dernières quatre choses), et plusieurs bois dans un Kalendarium^ et, ce qui est à remarquer, ces trois volumes sont sortis, comme les deux précédents, des presses du même Peter van Os, imprimeur à Zwolle, le premier en 1490, le second en 1491, le troisième en 1501.
M. Berjeau n'a donc d'abord reconnu qu'une seule édition hollandaise, dont il attribue les dessins à Jean van Eyck et la gravure à Laurent Coster, comme nous l'avons dit plus haut.
Toutefois, déjà deux ans après \ il abandonna sa première opinion pour se rapprocher très sensiblement de celle de Sotheby. « Nous avions, reprend-il ailleurs, acquis la certitude qu'il existait, au contraire, un assez grand nombre de copies de l'édition originale, et nous étions arrivé à cette certitude par l'inspection minutieuse d'un plus grand nombre d'exemplaires que ceux qui s'étaient trouvés à notre portée au moment do la publication de la reproduction de 1859». »
L'édition originale, dont les dessins et la gravure sortent, selon M. Berjeau, du même atelier que les planches de YArs moriendi, in-quarto, du Cantique des Cantiques et du Spéculum humanœ salvationis, serait celle que Sotheby indique comme la cinquième (E) et dont
1. Spéculum httmmœ tafvationis ; Londrw, 1861. Io-fol., p. xxtiii, note 2.
2. Catalogue illustré des livres xylogrophiquti ; Londres, 1865. In-8, p. 24.
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il n'a connu que l'exemplaire du Cabinet des estampes du Musée britannique, auquel M. Rerjcau ajoute celui de la collection de Mgr le duc d'Aumale. Il appuio cette hypothèse sur ce que le travail de la gravure y est plus délicat, et aussi sur la particularité suivante : « Le triptyque central de la Bible des Pauvres, dit-il, est divisé ou formé par quatre colonnes qui sont tantôt ombrées, tantôt sans ombres, suivant les éditions. Le plan de l'édition originale était sans doute d'ombrer les trois premières colonnes, et do laisser la quatrième blanche, car le plus grand nombre des feuillets de cette édition n'offro que trois colonnes ombrées. »
C'est à ce point do vue que M. Berjeau a étudié dix exemplaires de ce xylographe ; en dehors du détail précité, il a noté le nombre des hachures qui servent à ombrer lo dessous de l'architrave du dessin central, et il a indiqué si le rond central de la moulure de l'abacus de chacune des deux colonnes centrales est blanc ou ombré. Parmi ces dix exemplaires, M. Berjeau en a distingué trois parfaitement dissemblables : 1* celui qu'il dit représenter l'édition originale, conservé au Cabinet des estampes du Musée britannique; 2* celui du même Musée, provenant de lord Grenville (édition C de Sothcby) : « c'est une copie, dit-il, par un graveur beaucoup moins habile que celui de l'original; un certain nombre de colonnes sont ombrées par des lignes très obliques, tandis que dans toutes les autres éditions les lignes d'ombres sont horizontales ; » 3* celui de la bibliothèque Bodléienne, à Oxford (édition F de Sotheby) : « copie plus grossière encore de l'original, a généralement les quatre colonnes blanches ; les moulures de l'abacus des deux colonnes centrales sont carrées, quand elles sont rondes ou triangulaires dans les autres éditions. »
M. Berjeau n'établit point de classement méthodique pour les éditions de la Bible des Pauvres, mais se borne à signaler les différences qui permettent, selon lui, de distinguer les copies de l'original. Toutefois, il a essayé do les classer par ordre de mérite, suivant l'habileté des copistes, et voici le résultat de son travail :
1" édition [l'original] (édit. E de Sotheby);
2 e édition : exemplaire de la bibliothèque royale du Musée britannique, ancien Gaignat, n° 113 (édit. B de Sotheby);
3* édition : autre exemplaire de la même bibliothèque, ancien Lucca (édit. B de Sotheby, mais un autre exemplaire) ;
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4 e édition : un autre exemplaire de la même bibliothèque, ancien Grenville (édit. C. de Sotheby);
5' édition : exemplaire de la bibliothèque Bodléienne , à Oxford, ancien Douce (édit. D de Sotbeby) ;
6 a édition: autre exemplaire do la même bibliothèquo (édit. F de Sotheby) ;
V édition : exemplaire Holford (édit. A de Sotheby) ;
8 e édition : exemplaire de la bibliothèque de Vienne (4* édition d'Heineckcn, non admise par Sotheby) ;
9' édition: en cinquante planches {5' édit. d'Heinecken ; 8* édit. de Sotheby) ;
10* édition: exemplaire décrit par Marbach (dans le Achrenlesc auf dent Fclde der Kunst; Leipzig, 1836, p. 87), où le promier alphabet des signatures serait suivi d'un point, et le second, de deux points, excepté les lettres n, o, r, 0 ; où Moïse porterait deux cornes sans la tiare, ot où toutes les moulures de l'abacus à gaucho seraient uniformes et sans ombres.
Enfin, M. Berjeau constate que les bois tirés d'une Bible des Pauvres et employés, en 1489, par Peter van Os, dans la Passye (voir plus haut), se rapportent à une édition xylographiquo spéciale, dont M. Six van HUleghom, d'Amsterdam, possède un exemplaire complet, édition qui se rapprocherait de la première de Sotheby.
Tel est en ce moment l'état de cette question embrouillée, au sujet de laquelle nous nous abstenons de formuler une opinion, n'ayant pas la possibilité de l'étudier sous toutes ses faces, d'autant plus que cette étude serait encore compliquée par ce fait, que dans tous les exemplaires de la Bible des Pauvres il y a des pages appartenant à des éditions ou, si l'on veut, à des tirages différents, au point qu'on n'en trouverait peut-être pas deux qui fussent identiques. Il est vrai qu'on pourrait se guidor à cet égard sur los filigranes des papiers.