‹ Manuel de l'amateur d'estampes (volume 2)Chapitre 51 sur 119 · Le Peintre-gmwur, t. I", pp. 112-113 i-t · texte numérisé non relu

Le Peintre-gmwur, t. I", pp. 112-113 i-t

"!. S<tr te Manusrnt intitulé: Spiritiiile Pomtrium, Bnucile*, 1^64. (KUr.itt il. s Bulletins de l'Académie roi/aie de Belgique, .l-'Uiirim- *.'ri«>, t. XVII.)

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collées. Une légende on vers léonins, gravée au bas de chaque planche, en paraphrase le sens mystique. La rubrique placée au bas de la préface est ainsi conçue (nous transclivons sans abréviations) : Editant est hoc spirifnale poineeiutn per hmiùle,n fratrem Henricum ex Pomerio, canonial n\ regularem in monasteria Marie Viridis Vallis. L'auteur do ce traité est Henri Pomerius (nom latinisé de Bogaert, ou Van den Bogaerdo, signifiant du Verger), chanoine régulier de l'ordre de Saint-Augustin au prieuré de Groenendael, dans la forêt de Soignes, à deux lieues de Bruxelles. Né en 1 :1S2 . à Louvain, il mourut on l 'AV.), laissant de nombreux travaux ascétiques et mystiques. Le manuscrit du Spirifnale Pomerinm est un do ceux-là et c'est l'original même provenant du prieuré de Groenendael. Ce qui le rond particulièrement précieux, c'est cette date qu'on lit à la fin du traité : Explieit spiritnale pomerinm editnm anno dni M 0 CCCC XL" (1440), date répétée encoce après l'oraison finale : Erplirit, ut supra, spiritu.ale pomerinm edilma et completum anno dîù M° CCCC" XL".

Aucun doute n'étant permis à l'égard do l'authenticité de cette date de 1440, il est clair que les gravures qui font corps avec le texte, ayant été appliquées sur des places réservées, sont bien certainement contemporaines, et c'est en même temps la plus ancienne date qu'on ait rencontrée dans un livre xylographique.

Une fois ce point acquis, l'horizon s'élargit et s'éclaircit. Les facsimilés de cette oeuvre rapprochés de la seconde édition de YExercit'mm super Pater noster permettent do constater aisément la communauté de leur origine et la eontemporanéité de leur exécution. Les

gravures de l'une et de l'autre sont en effet d'une même main : c'est le mémo style du dessin, la même manière de tailler le bois, les mêmes caractères dans les légendes gravées. Bien mieux, l'écriture même du texte qui les accompagne est encore du même calligraphe. Ce qui confirme cette démonstration, c'est que le chanoine Henri Bogaert, auteflr du Spirifnale Pomerinm, est en même temps l'auteur du texte de YExercititun super Pater noster, ce qui résidto de la liste do ses ouvrages conservée dans un document authentique, écrit vers la fin du quinzième siècle par le chanoine Gilles Van der Hecken, et intitulé Gazophylacinm Sognianum, sire historia saera nemoris Sogniœ (Bibl. de Bruxelles). On y trouve jusqu'à cinq traités sur l'Oraison

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dominicale, dont l'un porto le titre de Figuralis exposilio super Orationem dominicain, le même précisément que celui de la paraphrase latine manuscrite qui accompagne l'exemplaire de la Bibliothèque nationale (voir plus haut). Il résulte également de l'identité d'écriture des deux volumes, que ce dernier exemplaire provient aussi de la bibliothèque du prieuré de Groenendael, et que probablement il a été exécuté aussi sous les yeux de l'auteur. Il en serait de même de l'exemplaire unique de la première édition avec texte flamand : M. Alvin affirme que c'est l'original même du traité de Bogaert, et que Sanderus, dans la Bibliothcca belgica manuscripta, signale ce livre comme étant encore présent sur les rayons de la bibliothèque de Groenendael en 1641.

La seconde édition de ï Exercitium super Pater noster ayant ainsi été exécutée à une date très voisine de 1440, les gravures de la première édition sont antérieures d'au moins vingt ans, sinon de beaucoup plus, ce qui, comme nous l'avons déjà dit, résulte mémo à priori du genre de costumes qui y sont reproduits. Et, à ce propos, il est bon do noter que quelques personnes ont cru voir, dans les deux mauvais chrétiens de la planche V de la seconde édition, Charles le Téméraire et Louis XI, le premier à cause de son costume bourguignon, le second à cause de son chapeau en forme de casquette. Les taches dont ils sont couverts feraient allusion aux longs démêlés de ces deux princes. Cette hypothèse, qui ne saurait même tenir devant la simple logique, tombe en présence de la date de cette œuvre. Les costumes mêmes sur lesquels on a voulu l'asseoir s'y opposent.

Reste à savoir à qui l'on doit l'exécution de ces xylographies. Rien ne prouve qu'elles aient été l'œuvre do l'auteur mémo du texte, comme le veulent plusieurs iconographes, mais il paraît incontestable qu'elles ont vu le jour dans le cloître même de Groenendael. Il suffit, en effet, de rappeler ce que nous avons dit plus haut, que l'idée des gravures de l'Oraison dominicale, complétant celle du traité mystique auquel elle servait d'illustration, est essentiellement d'origine monastique et tendant à un but spécial et restreint ; il est non moins important de remarquer que la première planche de la seconde édition du Pater noster représente un couvent situé au milieu d'une forêt, ce qui s'applique à merveille à l'un des trois prieurés de la

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magnifique forêt de Soignes, habités au quinzième siècle par les chanoines réguliers du même ordre, et plus particulièrement à celui de Groenendael, le plus important des trois. Les éléments nécessaires pour associer les arts du dessin aux lettres sacrées ne manquaient pas dans cette maison. Co couvent avait, en effet, été habité par les Frères de la vie commune qui se vouaient à la propagation des doctrines religieuses au moyen de livres, et les chanoines réguliers de Saint-Augustin procédaient directement d'eux. Au surplus, on a des preuves que de nombreux artistes venaient y faire retraite, entre autres les célèbres peintres Dirk Steuerbout et Hugo Vander Goes. On est donc autorisé à admettre que les travaux xylographiques dont il s'agit y ont été exécutés soit par des frères, soit avec le concours des artistes, hôtes du monastère. Il est présumable que les estampes qui constituent la conception originale du Pater noster étaient dues aux Frères de la vie commune, et que le prieur Henri Bogaert, les trouvant trop arriérées comme art, mais cependant utiles comme idée, les a fait redessiner et regraver avec l'adjonction d'un texte, pour en faire un livre plus régulier.

Deux feuillets anopistographes d'une Bible des Pauvres xylographique se trouvant reliés avec le Spirituale Pomerium, il ne serait pas impossible que celle-là eût aussi une même origine. En tout cas, il semble légitime de conclure de tout ce qui précède qu'il faudrait attribuer plus d'une des xylographies néerlandaises aux Frères delà vie commune et aux moines de la forêt de Soignes, comme certains iconographes l'ont supposé non sans raison.

Troisième édition.

Elle est tirée sur les mêmes planches que la seconde, avec l'addition, au bas de chaque page, de trois lignes de texte flamand gravé, dont les caractères sont identiques avec ceux du texte latin.

On n'en connaît que l'exemplaire conservé à la bibliothèque do la ville de Mous, incomplet des deux derniers feuillets.

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