‹ Manuel de l'amateur d'estampes (volume 2)Chapitre 71 sur 119 · AVEC · texte numérisé non relu

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A quelle date, dans quel pays et par qui ont été exécutées ces quatre éditions anonymes? Aucun document positif et à l'abri de toute contestation n'est encore venu jeter la lumière sur ce problème important qui, depuis plus de deux siècles, a passionné tant d'esprits émine nts. A force d'amonceler, autour de cette question, une quantité énorme de volumes et des dissertations contradictoires, on Ta considérablement embrouillée.

Le premier écrivain connu qui fasse mention du Spéculum est Adrien do Jongho (qui latinisa son nom en celui de Junius), né en 1511 ou 1512, mort en 1575, historiographe de la Hollande. Dans son ouvrage intitulé Batavia, qu'il composa de 1565 à 1569, mais qui ne fut publié qu'en 1588, il déclare qu'un Spéculum nostrœ salutis, avec texte hollandais, a été imprimé vers 1440, à Harlem, par Laurent Coster, et que c'est à lui aussi que l'on doit l'invention des types mobiles, et par conséquent de l'imprimerie proprement dite. Voici d'ailleurs la traduction de son récit, tiré du chapitre XVH; nous omettons quelques passages sans importance pour le sujet qui nous occupe.

« Il y a cent vingt-huit ans, mourut • à Harlem, dans une maison

I. C'est ainsi que M. P*eile traduit le mol habit avit, que d'aolrea avaient rendu par: a habité ou demeurait. La précision dans la date semble indiquer en effet que l'auteur a eu en tuo de marquer le erme de l'etisleaee de cet homme, et elle légitime la première acception.

assez splendide, et qui existe encore aujourd'hui entière, sur la place du Marché, vis-à-vis le palais du roi, Laurent fils de Jean, surnommé Coster, c'est-à-dire sacristain ou marguillier (parce que la famille connue sous ce nom possédait par droit d'héritage cette charge, alors lucrative et honorable), celui-là même qui, par une légitime revendication, rentre maintenant dans la jouissance de l'honneur Savoir inventé la typographie, honneur injustement possédé et usurpé par

d'autres En se promenant dans un bois voisin de la ville,

comme font après le repas, ou les jours de fête, les bourgeois qui ont du loisir, Laurent s'amusa à tailler en forme de lettres de petits morceaux d'écorce 4e hêtre ; avec ces lettres, il imprima sur du papier de courtes sentences pour l'instruction de ses petits-fils. Cet essai ayant réussi, comme il était d'un esprit vaste et pénétrant, il dirigea ses méditations sur un objet plus relevé, et, avec l'aide de son gendre Thomas fils de Pierre, lequel eut quatre fils presque tous revêtus plus tard de la charge consulaire, il inventa une encre nouvelle plus visqueuse et plus tenace que l'encre ordinaire, qui s'étendait et maculait le papier par sa fluidité ; avec cette encre il imprima des gravures en y ajoutant un texte ; et dans ce genre j'ai vu des revers de pages imprimés par lui, ébauches informes de ses travaux, imprimés d'un seul côté et nullement opistographes : ce livre, écrit en langue vulgaire par un auteur anonyme, portait le titre de Miroir de notre salut ; les feuillets étaient collés l'un à l'autre par leurs côtés blancs. Plus tard, pour ses caractères il se servit de plomb au lieu de bois de hêtre, et ensuite d'étain, afin que la matière en fût plus solide, moins flexible et de plus de durée. On voit encore aujourd'hui des vases à vin très anciens fondus avec les restes de ces caractères dans

la maison de Laurent Comme c'est l'ordinaire, le public

accueillant avec faveur l'invention nouvelle, marchandise que personne n'avait vue jusqu'alors, attirant de tous côtés les acheteurs et procurant les plus beaux bénéfices, l'amour de l'inventeur pour son art s'agrandit en même temps que se développaient ses travaux; il adjoignit des ouvriers étrangers aux membres de sa famille ; mais là fut la première cause du mal : l'auteur avait, parmi ses ouvriers, un certain Jean,

surnommé Faust (ainsi qu'on le suppose) Cet homme donc,

initié, sous la foi du serment, aux travaux de l'imprimerie, après avoir

ttt LIVRES XYLOGRAPHIQL'ES

appris l'assemblage des caractères, le secret de la fonte des lettres et tout ce qui a rapport à l'art, choisit un temps opportun qu'il ne put pas trouver plus favorable que la nuit de Noël, pendant laquelle tous les chrétiens assistent à l'office divin, s'introduisit avec effraction dans le magasin des types, fit un choix des instruments inventés avec tant d'art par son maître, et chargé de son larcin s'enfuit do la maison.

« Il so rendit d'abord à Amsterdam, de là à Cologne, enfin à Mayence, comme en un asile sacré où il put, hors de la portée du trait, demeurer en toute sécurité et recueillir, en ouvrant un atelier, les bénéfices abondants de son insigne larcin. Il est certain que ce fut un an environ après ce vol, vers l'année 1442, que parurent, avec les types qu'avait employés Laurent, le Doctrinale d'Alexandre Gallus, grammaire fort en vogue à cette époque, et les traités de Pierre

d'Espagne Voilà ce que j'ai entendu jadis de la bouche de

vieillards fort âgés et dignes de toute créance, et qui avaient recueilli cette tradition, comme un flambeau ardent qui se passe de main en main. . . Il me souvient que Nicolas Galius, le précepteur de ma jeunesse, homme d'une mémoire prodigieuse et qu'une longue vieillesse rendait vénérable, m'a raconté que, dans son enfance, il avait entendu plus d'une fois un certain relieur nommé Gornelis, vieillard de plus de quatre-vingts ans (qui avait travaillé dans l'atelier de Laurent), rappeler avec tant do véhémence la suite des événements, la marche do l'invention, les progrès et le développement de cet art d'abord grossier, en un mot tout ce qui s'y rattachait, que, malgré lui et par l'indignation que lui causait cette conduite infâme, il se répandait en larmes amères toutes les fois qu'on venait lui parler de ce vol. . . qu'il maudissait et exécrait les nuits qu'il avait passées plusieurs mois dans le même Ut que ce scélérat. Ce récit concorde entièrement avec celui que Quirinus Talesius, consul, m'a dit avoir entendu autrefois lui-même de la bouche de ce relieur. »

Déjà avant Junius, plusieurs historiens de diverses nationalités s'étaient fait écho, quoique avec moins de précision, de cette tradition hollandaise. Le témoignage qui offre assurément le plus d'importance est celui d'Ulrich Zell, premier imprimeur de Cologne ; c'est en même temps, le plus ancien de tous. Voilà comment il est rapporté dans une

MlllOIR DU SALUT HUMAIN

chronique anonyme, imprimée à Cologne en 1499, chez Jean Koelhoff, sous le titre do : Cronica van der Hilliger Stal van Coellen. Il y a là un chapitre sur l'imprimerie : « Quand, où, et par qui fut inventé l'art prodigieusement ingénieux d'imprimer les livres? » Dans ce chapitre le chroniqueur dit : « Item cet art admirable fut d'abord inventé en Allemagne, à Mayence, sur le Rhin ; et c'est pour la nation allemande un honneur insigne qu'on puisse trouver chez elle des hommes aussi ingénieux. Et cela nous arriva vers l'an de Notre-Seigneur 1440. Et depuis ce temps-là jusqu'à l'année L, cet art et tout ce qui s'y rapporte fut perfectionné, et dans l'année de N.-S. 1450 qui fut une année d'or (année du Jubilé), on commença à imprimer, et le premier livre qu'on imprima fut la Bible en latin, et elle fut imprimée avec les gros caractères dont on se sert maintenant pour l'impression des missels. Bien que cet art ait été inventé à Mayence de la manière qui est maintenant oénéralement en USAGE, cependant sa première ébauche a été réalisée en Hollande dans les Donats gui ont été imprimés dans ce pays avant ce temps, et de ces Donats date le commencement du susdit art. Et l'art actuel est beaucoup plus magistral et plus subtil que ne l'était la première manière, et avec le temps il s'est perfectionné davantage. »

Le chroniqueur réfute ensuite l'assertion formulée par Omnibonus Leonicenus (dans une édition de Quintilien de 1471), que l'imprimerie à été inventéo par Nicolas Jenson, et il ajoute :

« Mais le premier inventeur de l'imprimerie a été un bourgeois de Mayence, qui était natif de Strasbourg, et qui se nommait messire Jean Gudenbusch. Item de Mayence, cet art se répandit d'abord à Cologne, puis à Strasbourg et ensuite à Venise. L'origine et les progrès du susdit art m'ont été racontés par honorable homme, maître Ulrich Tzell de Hanauwe, actuellement encore imprimeur à Cologne, en cette année M.CCCCXCIX, et par qui cot art a été importé à Cologne. »

Voici d'autres témoignages antérieurs à la publication de l'ouvrage de Junius :

Dierich Coornhert, pensionnaire de Harlem, affirme, dans la dédicace de sa traduction hollandaise des Offices de Cicéron, imprimée en 1563, « qu'il a entendu dire que l'art de la typographie avait été d'abord

?Î4 LIVRES X YLOGH APHIQUES

découvert dans la ville de Harlem, bien que d'une façon tout à Tait grossière, mais que cet art, ayant été transporté à Mayence par un valet infidèle, y fut rapidement amélioré ; de plus cette ville ayant eu l'honneur de le divulguer et do le répandre la première, elle eut le nom d'avoir fait la découverte. ... ».

Jean Van Zuyren, mort en 1591, jurisconsulte de Harlem, dans un dialogue sur l'invention de l'imprimerie, dit que c'est dans la ville de Harlem « qu'ont été jetés les premiers fondements de ce superbe édifice, fondements grossiers sans doute, mais cependant les premiers » ; il finit en disant « qu'elle s'est enfin donnée à connaître au monde dans la ville de Mayence, où elle est en peu de temps arrivée à un tel degré de grandeur qu'elle succombe presque sous le poids de sa gloire ».

En 1567, Louis Guicciardini, dans son livre : Descrizione di tutti i Paesi Bassi, dit qu'à Harlem « on tient pour certain que l'art de typographie et d'imprimer les lettres et les caractères sur le papier de la même manière qu'on le fait aujourd'hui, y fut premièrement inventé. Toutefois l'inventeur étant venu à mourir avant que l'art fût perfectionné et divulgué, son serviteur, ainsi qu'on l'affirme, allant demeurer à Mayence et y faisant connaître cette science, y fut accueilli avec la

plus grande bienveillance Qu'y a-t-il de vrai dans ce récit? Je ne

puis ni ne veux m'en constituer juge ».

En 1573, Georges Bruyn, chanoine et doyen de Notre-Dame de Cologne, disait, dans son livre intitulé Civitates orbis terrarum : « II existe dans Haarlem et dans tout le pays des Bataves une tradition constante qui assure que l'art de l'imprimorie y fut d'abord inventé »

L'année suivante, Abraham Ortelius, dans le Theatrum orbis terrarum (Anvers, 1574), s'exprime ainsi sur Harlem : « Les habitants et les citoyens de cette ville sont persuadés que l'art d'imprimer les livres fut d'abord inventé chez eux. »

Michel von Eytzing, noble autrichien, dans la traduction allemande de son Léo Belgicus, imprimée en 1584, dit : « D'un autre côté, on trouve aussi que dans cette ville de Harlem fut découvert premièrement l'art de l'imprimerie, selon notre manière actuelle d'imprimer avec des lettres et des caractères, sur papier ou autrement, mais qu'ensuite,

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après la mort du maître qui fit cette découverte, l'art fut divulgué par son valet et amené par celui-ci à une plus grande perfection dans la ville électorale de Mayence. »

De nouveaux témoignages vinrent après Junius appuyer la même thèse, mais la plupart ne sont que des répétitions de ceux des écrivains ci-dessus. Il y a lieu, toutefois, de distinguer celui d'un allemand, Mathias Quad (Quadus), tant en raison de sa nationalité qu'à cause de sa profession. Quad, mort en 1575, était graveur et s'adonnait plus spécialement à des études sur la gravure et l'art d'imprimer les estampes. Il ne dit rien de plus de Guicciardini, mais il a pu puiser ses renseignements à d'autres sources. Voici ce qu'on lit dans son ouvrage Europœ totius terrarum partis prœstantissimœ cfcsmptfo (Cologne, 159t): «D'après les témoignages des juges les plus entendus, c'est à Harlem que l'on doit l'invention de l'art typographique. Or, ils disent que, prévenu par la mort, l'inventeur ne put perfectionner sa découverte, et que son serviteur se retira a Mayence, où, par une pratique continuelle, l'art fut conduit à la perfection, en sorte que Mayence est la nourrice et Harlem la mère de cet art. »

Il faut aussi mentionner l'opinion de Jean François Le Petit, greffier de Béthune en Artois, qui, en 1601 {La Grande Chronique. . . de Hollande), reproduisait le récit de Junius, en y ajoutant une particularité merveilleuse. Coster, selon lui, avait suivi des marchands hollandais qui, naviguant dans le Levant, avaient franchi l'isthme de Suez, et par la mer Rouge étaient allés jusqu'en Chine. Dans ce pays, Coster aurait trouvé des livres imprimés qu'il aurait recueillis, sans néanmoins sacoir comment ils auraient été faits, dont depitis il aurait tiré l'art de l'imprimerie. Jean le voleur, en emportant les caractères de Coster, n'avait pas manqué de s'emparer de ces livres, et de les remettre aux mains de Gutcnberg. Le Petit en conclut que l'art d'imprimer est parvenu des Chinois jusqu'à nous.

La critique ne s'empara de cette question que très tard. La revendication de Junius en faveur de sa patrie ne rencontra d'abord, et seulement cinquante ans après, que de rares contradicteurs. On lui opposa alors une fin de non-recevoir, en déclarant que le Spéculum ne

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fut point imprimé en caractères mobiles, mais bien en planches xylographiques. Les pièces à conviction n'étant point ou étant mal connues, l'opposition s'arrêta là. et la cause do Harlem parut avoir le dessus. Ottley constate que cette opinion prévalut jusqu'à la seconde moitié du siècle dernier, du moins en Angleterre, qui jusqu'à ce jour, d'ailleurs, ne cessa de lui être favorable.

Meerman remit la question sur le tapis par la publication de son grand ouvrage : Origines typographie»; (1765), dont la conclusion, contraire au récit de Junius, est que Costcr n'inventa que les caractères mobiles en bois, avec lesquels furent imprimées les éditions du Spéculum. Cette opinion trouva de chauds partisans, mais en même temps la restriction qu'elle apportait aux revendications de la Hollande devait forcément avoir pour conséquence de provoquer les attaques de la part de ceux qui, par patriotisme, ne pouvaient que se constituer les champions de Gutenberg. La guerre bientôt s'alluma.

Ce fut le baron de Heineckcn qui descendit le premier dans l'arène pour faire table rase du récit de Junius et des réclamations des Hollandais, confisquant au profit de l'Allemagne tous les livres xylographiques, et même les incunables dont les typographes ne s'étaient pas fait connaître. Seulement Heinecken n'apportait, pour la défense d'une thèse aussi excessive, que des affirmations mais point de preuves. La Sema Santander se rangea de son côté avec plus de violence encore.

Les Hollandais ripostèrent, et à leur tour ils poussèrent jusqu'aux dernières limites les revendications en faveur de Coster, en lui attribuant encore l'exécution de la majeure partie des xylographies, ce qui n'était appuyé par aucun document. En première ligne, il faut citer J. Koning, dont l'ouvrage, couronné par la Société des sciences de Harlem, a été traduit en français*. Depuis cette époque, la lutte devint de plus en plus ardente, et elle se poursuit sans relâche entre les deux camps rivaux. Ce n'est pas ici la place d'énumérer les nombreux travaux publiés de part et d'autre. Gutenberg et Coster comptent tous deux parmi les défenseurs respectifs de leur cause des hommes d'une grande autorité ; parmi les premiers nous citerons : Umbreit, Wetter,

1. Ditiertation iur (origine, l invention et le perfectionnement de r imprimerie. Amsterdam, 1819. Id-8.

MlHOIR DU SALUT IH MA1N

Schaab, Dauoou, Renouard, Guichard, Ainbroise Firmin-Didot,Ruelens, Van der Linde, A. Quantin, etc.; les seconds s'appellent : Ottley, le comte Léon de Laborde, A. de Vrics, Brunet, Aug. Bernard, Ch. Paeile, le vicomte Henri Delaborde.

Ottley, mort en 1830, a consacré à l'examen de ce problème insoluble un gros volume qui ne fut publié que vingt-sept ans plus tard Cet ouvrage, peu connu en France', est le résumé le plus complet de tout ce qui avait été publié sur le différend qui existe entre Mayenco et Harlem.

Auguste Bernard, grâce à sa compétence comme typographe, a fait justice d'un bon nombre d'affirmations hasardées, mises en avant de part et d'autre, et il a élucidé quelques points techniques d'une grando portée, même en tant qu'hypothèses.

M. Ch. Paeile a défendu la causo de Harlem avec chaleur, éloquence et grande clarté d'exposition.

Le plus fougueux parmi les adversaires des Hollandais est aujourd'hui M. A. Van der Linde, quoique de même nationalité, et cette indépendance lui fait certainement honneur, qu'on se range ou non à ses idées. Une première série de ses articles a été traduite en français et publiée sous ce titre : L'Invention de l'imprimerie, dans lo Bibliophile belge, 1870. Ce travail fut ensuite considérablement développé et parut en hollandais, en 1870, sous ce titre : De Haarlemsche Costerlegende. B a été traduit en anglais par M. J.-H. Hessels (Tlie Baarlem Legend of the Invention of Printing; London, 1871), qui y ajouta une introduction fort instructive. Enfin, après avoir essayé de démolir la légende costérienne, M. Van der Linde a consacré à la défense des droits de Gutenberg un volume de plus de 700 pages [Gutenberg : Geschichle und Erdichtung\ Stuttgart, 1878; in-8;, très diffus, extrêmement passionné et pas toujours exact, qui a valu à la science un travail rectificatif, et, mieux que cela, une nouvelle enquête, faite de première main, sur les documents ayant servi à attribuer à Gutenberg l'honneur d'avoir été le premier typographe. Ce dernier travail, intitulé : Gutenberg

i. An Inquiry concerning the Invention of printing. London, 1863. In-L

S. Il oe faut pas le confondre arec on ouvrage du même auteur, relatif à l'b'trtoire de* origine* de . la gravure, et que nous avons déjà cité à plusieurs reprise* {A n inquiry info the origin and early hittory of engraving. London, 1816. 2 toI. in-*). Il s'y trouve également un très long chapitre sur le

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a-t-il intenté V imprimerie? {Gutenberg : Was he the inventor of printing? London, 1882 ; in-8), est dû au traducteur même de l'ouvrage précédent de M. Van der Linde, 1 à M. J.-H. Hessels. Nous en reparlerons plus loin.

Sans entrer dans les développements que ne comporte pas le caractère spécial do notre publication, nous croyons devoir exposer, aussi brièvement que possible, l'état actuel de cette question si controversée des origines de l'art typographique.

Le temps a fait justice de beaucoup de prétentions diverses, mais en ce moment deux villes sont encore en présence : Harlem et Mayence ; deux hommes sont encore en face l'un de l'autre : Laurent Janszoon Coster et Gutenberg.

En abordant l'examen des pièces à l'appui, on se trouve arrêté par un fait bien surprenant et à jamais regrettable, c'est qu'il n'existe aucune impression portant soit le nom de Gutenberg, soit celui de Coster comme typographes. Tout se réduit donc, pour l'un comme pour l'autre, à des témoignages des tiers, dont les données imparfaites et souvent contradictoires suscitent naturellement des critiques et provoquent des doutes qu'il n'est point aisé de dissiper.

Si, en faveur d'un inventeur hollandais anonyme, il y a un certain nombre de témoignages directs ou indirects, il n'y en a qu'un au profit de Coster : c'est celui de Junius, copié par d'autres, tandis qu'au moins l'exercice de la typographie par Gutenberg est constaté d'une manière bien authentique. Mais en ce qui concerne l'invention ellemême, la certitude disparaît. Les obscurités, les rélicences et les contradictions des écrivains sur lesquels on s'appuie sont telles que de part et d'autre on rejette en bloc les arguments des adversaires. Les partisans de Coster ne voient dans la prétendue découverte par Gutenberg qu'un larcin ; les partisans de Gutenberg, de leur côté, ne trouvent dans les prétentions de Harlem, et dans le récit qui leur sert de base, qu'une fable ridicule.

Voici les objections qu'on fait à la déclaration de Junius hérissée de difficultés.

On n'est d'abord pas d'accord sur la date à laquelle il a écrit le chapitre relatif à l'imprimerie, et par conséquent sur la question de

savoir à quelle époque il faut fairo remonter les cent vingt-huit ans antérieurement auxquols Laurent Coster aurait vécu : les uns opinent pour 1562, d'autres pour 1567, d'autres encore pour 1568, ce qui mettrait l'autre terme à l'une des années suivantes : liai, 1439, 1440. Or, on a trouvé à Harlem, dans des livres de comptes, à la dato de 1439, la mention de l'enterrement d'un Laurent ou Lourens Janssoon, qu'on identifie avec Laurent Coster, ce qui est nié par M. Van der Linde. Il soutient que l'individu décédé en 1439, et auquel U attribue à la fois la qualité d'aubergiste, de magistrat, d'échevin, de trésorier et de directeur d'hôpital, n'a jamais été sacristain ou marguillier et qu'il ne s'est jamais appelé Coster, tandis qu'il a réellement existé à Harlem une ou plusieurs familles de ce nom, parmi lesquelles on trouve un Louwerijs Janszoen Coster, fabricant de chandelles, vivant en 14i8, et un autre homonyme, celui-là aubergiste, qui a vécu jusqu'en 1475, peut-être même jusqu'en 1483. Il faut convenir que des essais d'identification ou de négation en présonco de tant d'homonymes ne sauraient être probants, car rien ne prouve que le Coster de Junius doive se trouver parmi les individus précités. Est-on bien sûr de posséder encore tous les actes d'archives de Harlem?

Le nom de l'inventeur écarté, on objecte qu'il est bien difficile de supposer que, dans l'espace de la messe de Noël, Jean le voleur ait eu le temps d'enlever les types nécessaires et de désorganiser complètement uno imprimerie. Il lui fallait forcer la porte et choisir avec une lumière tout ce qui lui était nécessaire et proportionner le fardeau à ses forces. On répond à cela que par les mots instrumentorum supelleclilem il faut entendre un assortiment d'outils portatifs, dont la soustraction et le transport offraient peu de difficultés.

On fait remarquer ensuite qu'un pareil larcin n'a pu se faire, sans qu'une plainte, sans que des poursuites aient été dirigées contre le voleur qui était alors à Amsterdam; or on n'en trouve réellement aucune trace. Même pendant longtemps, aucune réclamation n'est faite, aucun écrivain contemporain ne parle de la prétention de Harlem, et la Hollande depuis 14o9 a joui d'une tranquilité inaltérable pendant plus de cent vingt ans encore. On répond à cela que sur le moment l'on était retenu par la crainte de divulguer le secret d'où provenaient beaucoup de bénéfices, et que si, plus tard, lorsque l'imprimerie n'était

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plus un secret pour personne, et que la réclamation de Harlem pouvait se produire en toute sécurité, elle n'a pas été faite, c'est que les produits des presses de Mayence étaient tellement supérieurs aux essais informes des Hollandais, que ceux-ci n'osaient formuler aucune revendication, qui eût été sans aucune portée pratique, et qu'au surplus celui ou ceux qui y étaient directement intéressés n'étaient plus de ce monde. D'ailleurs, ajoute-t-on, l'abandon d'un droit historique ne saurait entraîner la perte de ce droit, qui n'admet aucune prescription, et la chronique des inventions fournit de nombreux exemples de renoncements analogues de la part des inventeurs qui se sont laissé ravir la gloire de la première conception par des perfectionneurs plus habiles, plus heureux ou plus audacieux.

On rejette enfin la déclaration de Junius relative à l'impression de Mayence, en Ui2, avec les types inventés par Coster, d'un Doctrinale d'Alexandre de Ville-Dieu, surnommé Gallus, d'abord parce que l'existence, à cotte date, d'une imprimerie à Mayence n'a jamais été constatée, et ensuite parce qu'on n'a pas produit d'exemplaire de ce livre. En ce qui concerne la dernière objection, M. Aug. Bernard répond qu'on a retrouvé de nombreux fragments d'une édition de ce Doctrinale « dont les caractères ont une ressemblance frappante avec ceux du Spéculum » ; quant à la première, on invoque le témoignage d'un contemporain de Gutenberg, de Jacques Wimpfeling, qui déclare, dans son Catalogus Episcoporxim Argcntinensiuui, que Gutenberg en arrivant à Mayence, vers 1445, y trouva déjà plusieurs personnes s'occupant d'imprimerie (cum is Mogunliam descendent, ad altos in hac arte investiganda similiter laboeanles), ce qui peut s'appliquer entre autres à l'ouvrier infidèle de Coster.

On convient du témoignage d'Ulrich Zell, confessant que l'idée première de l'art typographique a été réalisée en Hollande, mais on n'est pas d'accord sur l'interprétation de ces paroles, et par conséquent sur leur portée. Cependant toute la question est là.

Ulrich Zell parait avoir été initié à son art, les uns disent par Schœffer, selon d'autres par Gutenberg lui-même, ce qui est présumable attendu qu'il ne parle pas de Schœffer et qu'il attribue tout l'honneur à Gutenberg. Ce témoignage est d'abord précieux pour Gutenberg, puisque tenant de lui-nV>me que la première ébauche a eu lieu en

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Hollande, ce dernier no peut plus être soupçonné du vol commis chez Coster, sans cela il eût gardé silence sur la Hollande et ses premières ébauchos 1 . « C'est, dit M. de Lahorde, le seul émané d'un témoin qui, tout en étant initié à la marche de l'invention, n'a aucun intérêt dans les contestations auxquelles l'honneur de cette conquêto de l'adresse de l'homme donne lieu, n'ayant aucune prétention ni pour lui, ni pour sa ville natale, ni pour les siens. »

Maintenant, que signifient ces mois : La première ébauche de Fart, tel qu'il est pratiqué aujourd'hui, a été réalisée en Hollande dans les Donats qui ont été imprimés dans ce pays avant ce temps, et de ces Donats date le commencement du susdit art?

Les adversaires de la cause de Harlem disent qu'il ne s'agit que des Donats xylographiques, et se retranchent derrière une note écrite par Mariangelo Accorso {première moitié du seizième siècle) sur un Donat imprimé à Mayence, et qu'avait possédé Aide le jeune, note où il déclare que l'inventeur de la typographie « avait évidemment été instruit par un Donatus, imprimé auparavant en Hollande, sur planches fixes [in tabula incisa)». Ce témoignage, cependant, ne saurait être invoqué sérieusement, car, dans la même note, Accurse attribue l'invention de l'imprimerie à Jean Fust! D'un autre côté, Aug. Bernard soutient qu'il n'a pas été imprimé de Donats xylographiques avant l'invention de la typographie, pour des raisons suivantes : 1° parce qu'on ne connaît pas un seul fragment de ce livro qui soit imprimé à la détrempe, et par conséquent au frotton, quoiqu'on en possède beaucoup d'exécutés avec des planches de bois; 2° parce que le frotton n'a jamais pu servir à imprimer le vélin et que presque tous les plus anciens Donats trouvés sont tirés sur vélin ; 3° parce que la presse à imprimer est tout au plus contemporaine des caractères mobiles dont elle était le complément indispensable ; 4° parce que tous les Donats xylographiques qu'on a sont imprimés des deux cotés en belle encre noire et portent des signatures, qui ne furent introduites que fort tard dans la pratique typographique; 5" parce que, enfin, il n'y a pas un seul Donat xylographique dont on puisse prouver l'antériorité à l'invention des caractères

1. Au temps de Juniu», on noupctmnait Jean Faust (Fust) d'être l'auteur du larcin, mais il e»t giinénlemi nt admit qua ce soupçon eut iuju»tc. Meerman veut que ce »oil Jean Gutenberg lui-même qui »nit l'auteur du vul. M. Paeile dit que cette opinion n'i'ft pa* «outenable. De* document» découvert! depui» que Meerman écrivait établirent en faveur d« (Jutenberv un alibi qui l« disculpe.

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