IV. — NIELLES-ESTAMPES, LEUR CARACTÈRE TRAVAUX SUR CETTE MATIÈRE
Le mot servant d'abord à désigner l'émail noir a été ensuite appliqué aux objets ainsi émaillés et aux épreuves sur papier tirées sur des plaques préparées pour recevoir la niellure. Cette classe
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partit ulièrc d'estampes n'est ronnue. comme nous l'avons dit, que depuis le eoinmeneenient de ce siècle, et eela grâce à la découverte faite par l'abbé Zani. L'intérêt que cette révélation lit naître dans le monde des iconophiles fut considérable, la passion pour les nielles alla croissant, et son intensité est loin de faiblir. Successivement on a fait entrer dans ce domaine une quantité de gravures qui n'y ont point droit de cité. En elTet, la démarcation n'était point facile à faire entre les véritables nielles, c'est-à-dire entre les épreuves sur papier provenantdes plaques non destinées à l'impression, et les estampes ayant seulement les caractères généraux et l'apparence des nielles, tels (pie les nombreuses petites gravures à fond noir également, mais n'ayant pour but que de servir de modèles aux nielleurs, aux ciseleurs, aux bijoutiers, gravures exécutées surtout au seizième siècle.
Sans pouvoir indiquer des signes infaillibles permettant de dis cerner ebacune des pièces de ces deux catégories, nous allons noter les traits particuliers qui caractérisent les nielles. Prenant pour point de départ que les plaques niellées n'avaient pas pour but de fournir des estampes, mais de constituer par elles-mêmes des images ou de servir à la décoration des objets, il est évident que ces images, destinées à être vues dans leur sens réel, ne pouvaient se présenter à l'impression que dans leur sens opposé. C'est ainsi, par exemple, qu'une plaque représentant Dieu bénissant, de la main droite naturellement, le montre sur l'épreuve faisant ce signe de la main gauebe ; il en est de même d'un cbcvalier combattant avec une épée ou une lance, etc. Cette remarque, cependant, ne saurait servir de pierre de touche, attendu que d'abord, dans une foule de compositions, on ne trouve aucune attitude où ce trait caractéristique puisse être observé, et qu'ensuite, même dans beaucoup de gravures ordinaires, on rencontre celle même particularité, attendu qu'on n'a commencé à graver au miroir qu'assez tardivement.
De celle interversion de compositions niellées sur les épreuves
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il résulte également le fait que les inscriptions, lorsqu'il y en a, se présentent à rebours, ce qui constitue un signalement assez déterminé, bien qu'on rencontre aussi des estampes ordinaires où les inscriptions sont à l'envers, de même que quelques nielles où elles sont dans le sens droit, par suite d'une erreur de la part des graveurs.
Il y a ensuite a observer le travail de gravure particulier aux nielles. Les plaques en étant d'or ou d'argenl, les tailles y sont fines et serrées; les hachures du fond, dont le but unique était de produire dans le métal des aspérités en vue de l'adhérence complète de l'émail, n'avaient pas besoin d'être parfaitement régulières, comme dans une estampe ordinaire, où elles jouent un rôle réel. La couleur de l'encre des épreuves de nielles apporte aussi fréquemment un témoignage en faveur de leur authenticité, surtout pour des nielles italiens : les plus anciens sont rarement imprimés avec une encre encore bien noire, mais plutôt d'une nuance grise, bleuâtre ou verdàtre.
Les dimensions et la forme de l'estampe peuvent également fournir une preuve subsidiaire. Les véritables nielles, en dehors des Paix, sont de dimensions restreintes, souvent très exiguës, les plaques dont ils proviennent ayant généralement orné des objets peu volumineux, portatifs même. Lorsqu'elles étaient destinées à constituer entièrement les plats de reliure d'un livre de grand format, ces plats n'étaient point formés d'une seule plaque niellée, mais de plusieurs, ce qui permettait d'en combiner l'emploi avec d'autres genres de décoration, d'éviter ainsi la monotonie et de rehausser la beauté de l'objet. Leur forme était variée à l'infini, pour en accroître le charme et les subordonner aux contours de l'emplacement qu'elles devaient occuper; le plus souvent elles sont en médaillons ronds ou ovales.
Rarement un seul de ces traits caractéristiques suffit pour qualifier un nielle; mais lorsqu'il y en a plusieurs qui se réunissent dans une même pièce, le doute n'est plus permis. La difficulté est
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relativement moindre lorsqu'il s'agit d'une composition à figures, où l'on peut souvent surprendre quelque marque particulière dans la nature du dessin ou dans les accessoires; elle est sérieuse dans des pièces de pure ornementation, qui ne comportent ni inscriptions, ni tailles spéciales, ni rien qui puisse guider un iconophilc. C'est surtout dans cette catégorie de petites estampes qu'on rencontre le plus grand nombre de celles qui ne sont probablement pas des nielles, tout en en ayant l'aspect.
Ce qui constitue un signe propre aux véritables nielles, c'est la marque des trous faits dans le métal pour fixer la plaque, avec de petits clous, sur l'objet auquel elle était destinée. Il est évident que le graveur n'avait pas à en figurer la place dans une estampe ordinaire devant servir de modèle aux nielleurs.
Bien que la grande majorité des nielles soient à fond noir, de sorte qu'on s'est habitué à regarder comme tel toute petite gravure avec ce fond, il y en a cependant où il est entièrement blanc, ce qui est motivé soit par ce fait que la gravure de la plaque n'était pas achevée au moment du tirage, soit parce que le fond de la plaque était destiné à être doré et non pas niellé, ce qui dispensait de le creuser.
Dès que l'existence des nielles eut été révélée par l'abbé Zani, en 1802, on se mit avec passion à les collectionner. On fouilla les cartons des dépôts publics pour en extraire tout ce qui parut pouvoir être rangé dans cette catégorie, et sous ce rapport notre Cabinet des estampes se montra du coup passablement riche; les iconophiles en recherchèrent aussi à l'envi, et quelques-uns d'entre eux parvinrent rapidement à des résultats brillants. Nous parlerons plus bas, avec détails, de ces collections publiques et privées, nous bornant ici à signaler celles qui ont donné lieu à des travaux sur cette matière.
Après Zani, c'est Bartsch' qui a le premier décrit un petit
1. Voir à la suite do celto introduction le clwpitrc : mbtiogi-aphte, pour le* titres des ouymso* et des «Ufllnsu..-* dont il 4ern ici question.
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nombre do nielles d'après «les fac-similés faits pour le comte Durazzo, et Ottlcy fit passer ce chapitre dans son Inquinj, en l'augmentant légèrement ; plus tard il y ajouta, dans sa Collection of fac-simiks, la description de quelques pièces de plus, et simultanément il en fit connaître un grand nombre dans le catalogue du cabinet de Sir Masterman Sykes. Cest encore à la même époque que Hegnault-Delalande décrivit plusieurs nielles de la collection Hossi et que le marquis Malaspina publia la description de ceux de la sienne.
Duchesne eut «dors l'idée de rassembler tous ces membres épars et de dresser un inventaire des nielles connus, pour combler une fâcheuse lacune dans l'iconographie. Il fit un voyage d'études en Angleterre, il se fit adresser de l'Italie des renseignements circonstanciés, et, grâce au riche fonds de notre Cabinet des estampes, il put mener à bien la publication de son lissai, accompagné de reproductions des pièces les plus importantes. Malgré certaines de ses doctrines, qui ne sont plus soulcnablcs aujourd'hui, et abstraction faite des imperfections et des lacunes, inévitables dans un premier travail de défrichement, ce n'en est pas moins un livre capital sur la matière. « On ne saurait, dit M. le vicomte II. Delaborde', sans injustice, sans ingratitude même, contester l'importance et l'utilité de l'ouvrage publié par M. Du- ■chesne, il y a plus d'un demi-siècle déjà. Ce livre n'eùt-il d'autre mérite que celui d'avoir précédé, au moins en France, toute dissertation, tout ensemble de documents sur un pareil sujet, il faudrait encore en faire grand cas et reconnaître l'influence particulière qu'il a eue sur le progrès des études relatives à l'histoire de la gravure. »
Lorsque Duchesne écrivait cette phrase : « .le suis fondé à croire qu'il existe bien peu d'autres nielles que ceux qui se trouvent décrits dans le catalogue qui va suivre », il ne se rendait évidem-
i. La Grnvttre rn Italie avant Marc- Antoine, p. 22, notn.
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ment pas compte de l'activité des artistes du quinzième et du seizième siècle. Aussi le comte Léopold Cicognara eut-il beau jeu de le reprendre sur ce point, dans une dissertation spéciale1, et de lui signaler une quantité de plaques et d'objets niellés qui avaient échappé à ses investigations. En outre, contrairement à l'assertion de Duchesne, il démontra que la niellurc d'une plaque peut être aisément enlevée au moyen des dissolvants caustiques*.
Plus tard, il donna la description, accompagnée de fac-similés, de sa propre collection de plaques niellées, au nombre de cent vingt-quatre, description que Zanetti résuma en français, dans le catalogue complet du cabinet Cicognara.
La découverte faite par L. Alvin, en 1857, à la Bibliothèque royale de Bruxelles, de vingt-neuf nielles, dont trois inconnus jusqu'alors, redonna un regain de popularité à cette branche de l'iconophilie, qui était tant soit peu tombée dans l'oubli. Passavant la fit revivre dans son complément à l'ouvrage de Bartsch, en donnant la description de près de quatre cents nielles nouveaux ou des pièces qu'il regardait comme telles, d'après les renseignements qu'il avait recueillis au Brilish Muséum, dans les cabinets des estampes de Vienne, de Munich, de Dresde, de Berlin, dans des notes manuscrites de Duchesne, dans les ouvrages de Cicognara, d' Alvin et ailleurs. Mais il ne parvint pas à identifier certaines pièces et il commit ainsi de nombreux doubles emplois.
Depuis celte date (18G0), les ventes des collections Wellesley, Marshall, Durazzo, et de celle du marquis Salamanca, pour ne parler que des principales, ont fait connaître un bon nombre de nielles qui n'avaient pas été décrits, de sorte qu'un nouveau travail sur la matière s'imposait au dévouement d'un iconophile.
1. DtirOriginr, compotizionf. e dteomposizione dei nitlli; Veneria, 1827, io-4. — Réimprimé avte développements dans «es Memorie ; Pralo, 1831.