Lut Plaqurite* rfc In HenaMtnct: Pari», 1886, pp. 18M
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lacopo du dessin, et on doit y reconnaître l'initiale de lacobus. Quant à la lettre F, sa position intermédiaire ne permet pas de la traduire par fccit et, après ce que Ton vient de lire, il me semble que le nom Francia s'impose absolument; on doit donc traduire la signature de la plaquette par les mots : lacobus Francia Pcregrinuft ou Jacnpo Francia Pcf/egrino, à supposer que l'inscription soit en italien. Je sais que la lettre P pourrait à la rigueur se traduire par Pic/or, si l'on admettait une tradition qui veut que les Francia aient signé leurs travaux d'orfèvrerie en faisant suivre leur nom de la qualification de peintre, suivant en cela l'exemple d'artistes tels que Vittore Pisano; mais, si dans leurs tableaux ils prennent constamment la qualification iïanrifaber, je n'ai pu contrôler par moi-même si la tradition était exacte en ce qui concerne les œuvres d'orfèvrerie ».
Plusieurs objections importantes se présentent à l'esprit contre la tbèsede M. K. Molinicr. Tout d'abord, Giacomo Francia, dessinateur excellent, ne saurait être identifié avec l'auteur des dessins du Musée de Lille, qui révèlent « une main d'ouvrier », de copiste avant tout, selon la remarque judicieuse de M. Gonse. Mais, en dehors des raisons d'ordre esthétique, il y en a d'autres qui s'y opposent également. Le mot pelcgrino, de l'inscription de ces dessins, ne peut en aucun cas être regardé ni comme nom patronymique ni comme surnom de Jacopo de Bologne : c'est un simple substantif, lequel, pour être bien compris, ne saurait être séparé ni de son épithète pave m, ni du complément : da la mia infelirc adolesentia, qui l'accompagne. Dans ce membre de phrase, l'artiste en question consigne tout simplement qu'il fut malheureux depuis son adolescence, et que, obligé de quitter sa patrie, par suite de circonstances que nous ne connaissons pas, il dut errer comme « un pauvre pèlerin » ; et, en effet, lui qui était de Bologne, il se trouvait en 1516 à Sulmona, dans le Napolitain (et non pas à Sermonela, près Frosinonc, comme l'a supposé M. Gonse), à cent lieues de son pays natal. Rien de tout cela n'est applicable à Gia-
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conio Francia. Celui-ci, fils d'un artiste jouissant d'une haute situation à la cour de Bologne, ne dut nullement être malheureux dans son adolescence, ni depuis. Kn 15 16, âgé de trente ans environ, il avait encore son père, et il ne fut point alors à Sulmona, où probablement il n'a jamais mis le pied, mais toujours à Bologne. Il était déjà lui-même un artiste distingué, et Marc-Anloine, son condisciple, quoique son aîné de dix ans, n'avait pas cru depuis longtemps indigne de son talent de graver d'après ses dessins. Par conséquent il n'avait pas, à cette date, à faire des études d'écolier comme le « povero pelegrino », et deux ans plus lard, il signa deux tableaux que l'infortuné Jacopo de Bologne aurait été incapable d'exécuter. Le nom patronymique de celui-ci, ou plutôt, ce qui est le cas habituel, le prénom de son père, se trouve dans la partie à demi effacée de l'inscription des dessins de Lille, à la suite du mot piclor, partie où M. Gonse a lu, avec hésitation : f/t Antonio ('.'), mais où on ne saurait lire : tli Franccsco. D'ailleurs le fils aîné de Francia signait habituellement ses tableaux en employant le surnom glorieux de sa famille : Jacobua Francia. De tout ce qui précède, il faut conclure que l'auteur des dessins de Lille était un artiste bolonais très secondaire, dont les historiens n'ont pas cru devoir transmettre le nom à la postérité.
Reste maintenant à savoir si la plaquette représentant la Itc'surrection et l'estampe identique, signée de Percgrini, peuvent être d'une même main. Nous ne le croyons pas. Selon M. Molinier, c'est cette dernière qui a servi de modèle à l'autre; le contraire cependant est tout aussi légitime, et nous sommes tentés de le croire plutôt, et voici pourquoi. Il nous semble que rien ne s'oppose de regarder la signature I F. P. de la plaquette comme signifiant : Jacobus Francia piefor, et indiquant qu'elle a été exécutée sinon par lui-même, du moins d'après un dessin de lui, et dans l'atelier de son père, qui fut aussi un médailleur des plus habiles. La signature toute différente de l'estampe démontre clairement que l'auteur en est un tout autre artiste, car il est impos-
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sible d'admellrc que G-iacomo Francia se soit, même accidentellement, affuble du pseudonyme «le Peregrinus (appliqué à lui, ce surnom n'aurait aucun sens), au mépris du nom célèbre qu'il portait. Certes il ne l'a jamais fait, cl les quelques estampes qu'il a gravées portent ses véritables initiales : I. F. Par contre, il est très compréhensible que Percgrini, élève de Francesco Francia, ait gravé sa planche de la Résurrection d'après un dessin ou une plaquette de Giacomo, qui était sans doute son camarade d'atelier. Enfin, ce qui s'oppose encore à l'identification de ces deux artistes, c'est que d'abord Francesco Francia était natif de Bologne même, tandis que Percgrini se déclare originaire d'une localité dont le nom commence par Ce; et qu'ensuite il parait très probable que la première des initiales S C O F que portent certaines de ses pièces indique le prénom de Percgrini, Stefano ou tout autre commençant par une S, mais qui ne saurait être Giacomo ou Jacopo.
On sait que les artistes italiens de ce temps-là signaient et se servaient bien rarement de leur nom patronymique, mais presque toujours soit de leur prénom suivi de celui de leur père avec la préposition <ti, ou bien du nom de leur lieu d'origine; soit de leur surnom. C'est pourquoi il nous parait que le nom porté en premier lieu par Percgrini devait être Stefano ou Siato (ou tout autre prénom commençant par une S) du Cesena ou da ( csio, etc., et que Pcregrintis n'est qu'un surnom. Sa signification serait forcément qu'il était étranger à la ville de Bologne, où il apprit et où il exerça son art, et alors la forme italienne de ce surnom ne pouvait être Percgrini, comme le veut Duchesnc et ceux qui l'ont suivi, mais bien Prttegrt'no ou Peregrino, comme l'écrivent les auteurs italiens. Ce surnom d' « étranger », que l'artiste l'ait adopté luimême ou qu'il lui ait été donné par ses camarades, ne serait pas suffisamment explicable s'il était originaire d'une localité peu éloignée de Bologne, et cette raison fait pencher du côté du auteurs qui lui assignent pour patrie Cesio, dont les natifs pou-
PKHK<;niNI Vivaient passer pour des étrangers aux yeux des Bolonais. Nous ferons remarquer cette coïncidence singulière que le peintre-graveur Martino da l'dine (ville du Frioul, comme Cesio), qui fut élève de Giovanni Bcllini à Venise, reçut de son maître le surnom de Pcllcgrino. Ce fut aussi celui d'Aretusi da Modcna, élève de Raphaël.
Tout en différant sur le lieu d'origine de Percgrini, les auteurs qui se sont occupés de lui n'ont pas du moins contesté son existence, jusqu'à M. \\. Kishcr, qui le qualifie de « niellaleur imaginaire1 ». inventé par les faussaires vénitiens, dans le premier quart de ce siècle, pour permettre une interprétation de monogrammes mystérieux P, O.P.D.C. etc.. signales d'abord par Bartsch. Nous avons déjà vu que le même écrivain regarde comme un pastiche moderne le célèbre nielle de 1 Adoration tirs Ma^rs (notre n*1 ;Wv; il exprime la même opinion à l'égard de la lirsurrrrlioii tir Jrsits-Clirist portant la signature de Peregrini.
or L'absence du caractère sacré \ii rrvrrrru e), dit-il, dans la ligure du Sauveur ressuscité, et la rudesse d'expression dont la composition entière est empreinte, de même que sa discordance au point de vue du sentiment qui caractérise la manière primitive des Florentins, démontrent (pic cette pièce est un travail moderne, malgré toute l'habileté du graveur à lui donner une apparence d'ancienneté. » Cette appréciation ne sera certes pas adoptée par des iconophiles impartiaux. Dans tontes ses accusations de supercherie (car M. Fisher prétend que « plusieurs des pièces de Peregrini n'ont vu le jour que dans les années 1820 à 182'» » ). il lire ses arguments de considérations purement esthétiques, genre d'analyse parfois décevant, connue cela s'est déjà vu. Le fait matériel que l'estampe de la Ursurrrvtion a figuré à la vente Silvestre en 18 U a gêné bien entendu les démonstrations de l'iconographe anglais, qui ne fait remonter les supercheries vcm-
I. Introduction lo a catnfa'jvr. nf thr ttii li/ ittdi tn /» i«/.v m thr Britith M i.<ïti»i ; l.nn l\.n, IK86, pp. Sl i-2, 81-82.
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tiennes qu'aux années 1820-1824; mais il ne l'a pas arrêté: se croyant là-dessus mieux renseigné que ne pouvait l'être Duchesne, il ne se fait pas scrupule de lui donner un démenti, et d'affirmer que cette pièce provient « sûrement » (no daubt) non pas de la vente Silvestre, mais des « acquisitions considérables » {large purvhase) d'épreuves de nielles faites pour le Cabinet des estampes de Paris chez des marchands de Venise. Nous sommes étonnés et affligés qu'un connaisseur aussi distingué que M. H. Fisher se soit laissé entraîner aussi loin par son scepticisme préconçu. L'authenticité de la Résurrection signée de Peregrini, reconnue parZani, Woodburn, Sykes, Ottley, Duchesne, W'ilson, Renouvier, Passavant, Wellesley, MM. G. Duplessis et le vicomte If. Delabordc, peut défier toute attaque. 11 suffira, en plus, d'ajouter qu'on n'en connaît encore que quatre épreuves, et, certes, un faussaire aurait essaye d'en répandre davantage.
11 reste à savoir si les pièces dues au burin de Peregrini sont des nielles véritables. Avant la publication de l'ouvrage de Duchesne, époque où ce genre d'estampes était encore peu connu, le sagacc Ottley1 a déjà constaté que ces pièces « étaient sans doute exécutées dans le but de servir de modèles aux artistes inférieurs». Il n'y trouvait pas, en effet, les signes qui caractérisent les épreuves des plaques destinées à la niellurc , au contraire : aucune ne présente la trace de clous au moyen desquels le nielle original était habituellement fixé sur un objet ; tous les personnages représentés font leurs mouvements de la façon normale ; enfin, les inscriptions et les monogrammes y sont toujours dans le sens naturel et jamais à rebours. Duchesne, qui tenait les estampes de Peregrini pour des nielles véritables, a essavé de défendre son opinion en ces termes : « Je ne crois pas qu'on doive rejeter comme douteuses les épreuves de nielles qui, ayant tous les autres caractères que j'ai indiqués précédemment, présentent des lettres ou des inscriptions dans le sens ordinaire
i. Collection of fac-timile*, 1826, p. VI.