‹ Manuel de l'amateur d'estampesChapitre 2 sur 144 · HISTOIRE DU NIELLE AU MOYKN ACE · texte numérisé non relu

HISTOIRE DU NIELLE AU MOYKN ACE

Qu'est-ce qu'un nirlle .* Si ce mot, dans sa forme actuelle, est relativement nouveau en France, la chose est bien ancienne, puisqu'elle remonte tout ai; moins aux premiers siècles du moyen âge. On désignait alors, sous le nom latin de nii;ellurn, un émail noir (niger), composé d'argent, de cuivre, de plomb et de soufre noir, <|u'on introduisait dans des creux gravés sur des métaux, dans un hut décoratif. L'origine de cette invention est inconnue, mais elle dérive nécessairement de l'emploi des émaux, qui déjà dans l antiquité étaient en usage. De par la loi des oppositions des couleurs, un émail noir était tout indiqué |>our faire ressortir le mieux l'éclat de l'or, et surtout pour rehausser la pâleur de l'argent. Cet émail tantôt figurait lui-même différents dessins, tantôt, et le plus souvent, il servait de fond, de repoussoir et d'ombres à des sujets gravés. Les objets ainsi émaillés étaient désignés en latin à l'aide des adjectifs nouveaux nigellalns ou niellatns. Tous ces mots eurent en vieux français leurs correspondants : néel . nocl, noie/. /<rV7c, noele, noilel , nvelurc, dont l'emploi disparut presque complètement dès le quinzième siècle. A l'époque de la renaissance des arts, les orfèvres italiens ont formé, du latin nigellum, par voie de contraction, le mot niella, qui a été francisé au commencement de ce siècle, et dont l'acception a été étendue de la matière à l'objet éinaillé lui-même et à ses dérivés.

Le plus ancien document que nous ayons sur les travaux niellés nous est fourni par Helgaud, moine de l'abbaye de Saint-Benoit-

IMHODI CÏION

sur-Loire, mort on lOiS. Dans son ouvrage consacré au roi Hubert, il rapporte que Léodebodc, abbé de Saint-Aignan d'Orléans, sous Clolairc II, au septième siècle, légua à ce monastère <r deux petites coupes dorées de Marseille qui ont des croix niellées au milieu1 ». Lcssing, le premier des écrivains modernes qui aient parlé des nielles, ne veut voir dans cette expression qu'un terme de blason : croix nifli'i-s ou ancrées , oubliant que les signes héraldiques n'existaient pas encore à l'époque mérovingienne. Le fait que ces coupes niellées venaient de Marseille semble prouver que l'art de nieller y avait été importé de Byzanec, qui, à une époque bien postérieure, le transmit aussi à d'autres pays. Nous voyons, en effet, qu'en 811, Nicéphorc, le patriarche de Constantinople. envoya au pape Léon III une croix pectorale d'or dont un côte était décoré de cristal enchâsse, et dont, l'autre était iiictlr*. Plus tard, les portes de bronze de la basilique Saint-Paul boi s les Murs à Rome, ornées de nielles assez grossiers, ont aussi été exécutées à Constantinople, en 1070.

Nous apprenons dans la Vie de saint Odon, abbé tic Gluny de Îr27 à 9fr2, que cet illustre prélat lit revêtir d'argent et décorer d'un beau travail de nielle les colonnes du sanctuaire de cette abbaye1.

Le Trésor de Conques (Aveyron) possède un autel portatif en porphyre rouge, orné de plaques à figures en argent niellé et d'une inscription, également niellée sur deux bandes d'argent, qui nous fait connaître que cet autel a été exécuté en 1 10<> par ordre de Ponce, évèijue tic Barhaslro en Aragon, et ofl'ert par lui à Bégon, abbé de Conques. On estime que c'est un travail français.

Les œuvres des trouvères du douzième et du treizième siècle témoignent (pie les travaux niellés étaient alors fort abondants

1 . « Scuulijs II mmnrtà ma^ilicnsfa .ieiuraU» qua; babent iu mciiiu entecs nidlatas. » Ce |uis-a|;t> a élé relevé j,ar Ducait^a- ilnu* «on GlosMure, au moi Stelhtut.

2. « Eucolpiuiu auroura, cuju* uiia faci« cmUllum iucluaum, altcia pula nfjdlo «t. » Baroniu-, Annales, iuinôe 811, n« :.H.

3. « C<iju« «Intimas veMml ar-nnlo, <-,im nvjdt; pukio operc d«ùnila>. »

INTRODUCTION

en France, et que déjà à celle époque la uiellurc était appliquée à des objets d'orfèvrerie civile, tels que poignées d'épées. coupes, bagues, etc.

Voici quelques citations :

Il trait l'espéc au poing d'or noilet ■

(Itaoul de Cambrai.)

D'or avait [la coupe] descure un oUel A tri loi re et à nètl.

if lare et Manche/h tu I

A granl mervclle Lune coupel fut bien faite Et moult soutiunicnt porlraitc l'ar nèelure menue.

(Ibidem.)

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