Cicùgnara, Mcmoru
INTRODUCTION m
Lorsque vous aurez fondu l'argent avec- le cuivre, remuez également avec un charbon; aussitôt versez-y le plomb et le soufre du petit vase de cuivre, derechef mêlez fortement avec le charbon et transvasez en hâte dans l'autre creuset à fondre sur le soufre que vous y avez mis. Déposant le petit vase avec lequel vous aviez versé, prenez celui dans lequel vous avez versé et mettez au feu jusqu'à liquéfaction; remuant de nouveau, coulez dans un moule en fer. Avant (pic cela ne se refroidisse, battez un peu, chauffez modérément, battez encore; vous continuerez jusqu'à ce qu'il s'amincisse tout à fait. Car la nature du nielle est telle, que si on le bat à froid, il se liquélic bientôt, se brise et se réduit; il ne doit pas être chauffé au rouge, pane qu'aussitôt il se liquéfie et coule en cendres. Quand vous avez aminci le nielle, mette/, dans un vase profond et épais, l'arrosant d'eau et le broyant avec un marteau rond, jusqu'à ce qu'il devienne très menu ; ôlez-le, faites sécher ; mettez dans une plume d'oie ce qui est broyé, et bouchez. Quand à ce qui est plus gros, meltez-le dans le vase et écrasez ; ayant fait sécher de nouveau, mettez dans une autre plume. »
Le nielle étant ainsi préparé à l'état de poudre, voici la manière dont on l'appliquait sur le métal : « Lorsque vous aurez rempli plusieurs plumes, ayez de la gomme appelée barabas, broyez-en une parcelle avec de l'eau dans le même vase, de manière que l'eau en devienne à peine trouble ; avec cette eau humectez d'abord la place que voub voudrez nieller ; et, prenant une des plumes, à l'aide d'un fer léger, faites-y tomber avec soin le nielle broyé jusqu'à ce que vous couvriez entièrement : vous ferez ainsi partout. Réunissez en abondance des charbons allumés, et, après y avoir mis le vase avec précaution, couvrez-le de sorte qu'aucun charbon ne touche le nielle qu'il ferait tomber. Lorsqu'il sera liquéfié, tenez le vase avec des tenailles et tournez de tous les côtés où vous verrez couler, mais en tournant ainsi prenez garde que le nielle ne tombe à terre.
xx INTUODUCTION
Si après ce premier len tout n'est pas rempli, humectez de nouveau, replacez comme auparavant, et prenez bien garde qu'il n'y ait plus besoin de recommencer. »
Plus tard, ces procédés ont été perfectionnés, mais le principe en est toujours resté le même.
Au quatorzième siècle, l'art de nieller parait avoir été un peu négligé. Si l'on n'en rencontre pas de nombreux échantillons en Fiance, où nous n'avons à citer que la reliure d'un évangéliairc donné par Charles Y à la Sainte-Chapelle en 1379, et conservé aujourd'hui à la Bibliothèque nationale, en revanche il était encore en vogue en Italie, où nous pouvons citer nominalement plusieurs nielleurs célèbres. De Tan I32(> est un ostensoir en bronze doré, orné de plaques niellées, et dont une inscription révèle l'auteur «le cette œuvre commandée par frère François de Ronore ; c'est (îirardo, fils de Jacques Cavalea de Bologne. Cet ostensoir appartient à l'église de Santa-Maria di Mercato à Sanseverino. Vasari cite, parmi les meilleurs orfèvres -nielleurs. Forzore Spinelli, d'Arczzo, qui florissait vers 13.r>0 et qui exécuta plusieurs beaux travaux pour la cathédrale de sa patrie. A Cividale on voit un buste d'argent orné de nielles avec ligures de saints, exécuté en 1374 pour l'église de San Donato, par un orfèvre local, nommé : Maestro Donadino quondam Brimorio. A Osimo, est une croix ornée de nielles, œuvre de Pietro Vanini, d'Ascola, datant de 1379 environ.
Duchesne, on le voit, s'est donc singulièrement mépris en affirmant « qu'on ne connaît plus rien des nielles antérieurs à la Renaissance »; et il y aurait assurément à citer encore de nombreux objets niellés de la même période, mais cela appartient à l'histoire de l'orfèvrerie et excéderait le cadre de notre travail. Ce qui précède n'a pour but que de montrer l'ancienneté et la continuité de cet art à travers les siècles. Pour en olfrir quelques exemples typiques du moyen âge, nous avons décrit avec détails, dans un appendice qui
INTRODUCTION
suit crttc introduction, plusieurs spécimens importants, empruntés à des contrées et ù des époques différentes.