‹ Manuel de l'amateur de jetonsChapitre 10 sur 102 · MONT-CENIS · texte numérisé non relu

MONT-CENIS

Il serait facile de citer des exemples analogues, mais celui-ci nous a paru intéressant comme importation. N'oublions pas qu'une petite, pièce très épaisse, sans légende, présentant la tête d'un animal entre quatre fleurs-de-lis, — au revers, les lettres M et C

séparées par une quinte-feuille ayant au-dessus trois larmes et au-dessous une étoile entre deux tours, est attribuée à la ville de Tours, comme étant un méreau d'ouvriers employés à des travaux publics. D'autres variétés dues au maire Morin, conseiller du roi pour l'année 1631, portent ses armoiries (trois têtes de maures), et au bas deux tours.

Le véritable sens attaché aujourd'hui au mot méreau, celui, du moins, sous lequel nous le considérerons exclusivement ici, est le sens de Pièce de Chapitre et de monnaie conventionnelle des hommes d'église.

A une époque éloignée, c'est-à-dire avant les bénéfices réguliers, il y avait dans les chapitres trois espèces de revenus, savoir : les gros fruits, les distributions quotidiennes qui étaient la rétribution du service ordinaire, autrement dit de l'office canonial, et les petites distributions qui se payaient à cause d'un office extraordinaire, par exemple, pour la fondation d'anniversaires, obits et autres semblables. Les actes

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de ces fondations portent quelquefois que le revenu qui y est destiné ne se paierait qu'aux présents, et que même la portion des absents leur accroîtrait.

D'après cela, à l'entrée des chanoines au chœur, on leur remettait une pièce représentative qu'ils devaient, à des époques périoâiques, rapporter au trésorier qui en acquittait la valeur indiquée ordinairement par un ou plusieurs chiffres placés dans le champ. A'Chalon, les distributions étaient peu considérables ; elles ne montaient guère qu'à huit ou dix ♦ livres; aussi, chacun mettait-il ses plombs dans un petit coffre dont il avait la clef, et deux fois l'an on les rapportait pour remporter en argent la valeur qu'ils représentaient.

Les méreaux de plomb étaient employés dans beaucoup d'autres églises, notamment à Arras, et par suite, les chapelains, comme ceux d'Amiens, appelaient messes et obits à plomb les offices pour lesquels on faisait une distribution en ce métal. Distributiones inplumbo.

Une charte de \ 480 dit : « Cantor sive presidens plumbos interessentibus horis distribnet. »

L'abbé Trouflaut rapporte qu'en faisant refaire les stalles de l'église de Nevers, il y trouva des méreaux de plomb sur chacun desquels* étaient gravés ces mois: Ave Regina, qu'on donnait, à l'issue de prime, à chaque, chanoine assistant à la station dans la nef.

La fusibilité du plomb, son peu de résistance, sont ^ sans doute cause que les pièces en ce métal sont les plus rares.

70 HÉREAUX,

La destinatiun des méreaux est clairement indiquée par les légendes :

DE CAMPILLia. — DI3TRIBVTI0. PRO. BBNEFICUTI8.

(St' Ma rtJD-des- Champs da Paris.) PHESBNTIBVS DABITVH, Ho, BCC. SitNTI. AVDOHAHI,

(Hëreau de St-Omer.)

Jusqu'à présent, on ne sait pas au juste quand a commencé l'usa^je des méreaux, dans te sens que nous donnons à ce mot. M. Cartier, s' appuyant sur le sens plus ou moins certain d'une charte, croit que l'on connaissait à Tours les nummi matutinales dès 12i6; M. Rouyer a peine à remonter au-delà de HOi .

Ce qui paraît certain, c'est que cet usage fut fréquent au quinzième siècle et général au seizième. Ce que nous savons encore, c'est qu'en 1657, lors du passage- à Mâcon des conseillers généraux delà cour des monnaies, Aymery et de RibéroUes, il ftit défendu aux chanoines de cette ville, quoiqu'ils prétendissent

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avoir ce droit depuis p/m dejrois à quatre cents ans, de laisser cours dans la cité à des pièces ou jetons de plormib que les doyen, chanoines et Chapitre de ladite ville faisaient distribuer par leur benestier, pour le paiement des choristes ou autres prestres servant en ladite église, sous peine d'être expositeurs et faux-monnayeurs.

Vingt ans plus tard, à Autun, le même fait se reproduit, les piles et trousseaux sont saisis; mais, sur appel porté au parlement, la cour fit main-levée aux appelants des piles, trousseaux et méreaux saisis et mis es coffres du roi, pour en user, par les appelants, aux distributions ordinaires, et leur fit défense en même temps de les exposer ni de s'en servir pour d'autres usages.

Dans diverses églises, il y avait des méreaux différents pour chaque genre d'office.

A Meaux, il fut décidé que l'abus pratiqué en l'égUse de ladite ville, de bailler un seul méreau à chaque chanoine pour toutes les sept heures canoniales qiii se disent de jour, en assistant par lui à l'une d'icelles, serait réformé et que ledit méreau, qu'on appelait horœ, serait divisé en sept espèces qui seraient distribuées, à chaque heure canoniale, aux chanoines qui y assisteraient. — Que les distributions dues aux grands chapelains, montant à 1 3 sous 2 deniers pour chacun jour, savoir : 3 sous pour l'assistance à matines, 1 sou pour celle de prime, 9 deniers pour celle de tierce, 3 sous pour celle de la messe, 9 deniers à chacune des heures de sexte, none et complies, et

3 SOUS pour celle de vêpres, fixées, régulées et évaluées par chacune des heures, grandes et petites, à l'effet que Ton pût connaître de quelle distribution ils devaient être privés, lorsqu'ils manqueraient d'assister à l'une desdites heures; et que pour le connaître, en cas qu'ils ne pussent être payés à la fin de chacune des heures auxquelles ils auraient assisté, il fut ordonné que, pour prévenir et éviter toute erreur, affectation et surprise en la manière en laquelle se faisait la ponctuation, le Chapitre serait tenu de faire tenir un registre, par date de chacun jour, des noms des présents ou des absents, au choix desdits du Chapitre, lequel registre serait visé et paraphé, à la fin des grandes et petites heures, par celui qui aurait présidé au chœur et communiqué auxdits grands chapelains; si mieux n'aimaient lesdits du Chapitre faire délivrer par leur ponctuateur, à la fin desdites heures, à chacun des chapelains qui auraient assisté, un méreau sur lequel serait gravé le nom de l'heure, lesquels méreaux seraient réunis par les grands chapelains à la fin de chaque jour ou de chaque semaine, ou même de chaque mois, en leur payant les assistances marquées par lesdits méreaux; sauf auxdits du Chapitre, pour éviter le grand nombre de méreaux, de reprendre à la fin de chaque jour ou de chaque semaine les méreaux qui auraient été donnés par chacune des heures ; et, en ce faisant, leur délivrer d'autres méreaux qui marqueraient lesdites assistances complètes d'un jour ou d'une semaine.

Différentes prières sont indiquées par les méreaux.

ORATB DEVH PRO VIVIS.

Leur but particulier se trouve aussi exprimé.

MOHBTA. ANNIVEHSAHIORVH. — HEUVIESCART. IN. (

M. Hermand cite, dans un compte des actes capitiilaires de l'année 1434, le montant de la somme dépensée pour le rachat des méreaux distribués à ceux qui avaient assisté à l'anniversaire d'un Deprofnndis fondé à la mort d'un chanoine de Saint-Omer.

« Payé au petit boursier, pour racater les méreaux du sieur Miquiel Ficeface, 7 I., ^^ s., 8 d. »

Le De profundis que l'on disait annuellement pour cet ex-chanoine Ficeface, était un petit anniversaire.

'li HÉRE&UX.

11 y avait trois sortes d'obits uu anniversaires, solennels, les grands et les petits.

OBIT SOLENEL.

Les Tondations, si fréquentes autrefois, constituaient un office particulier et spécial.

POVn. LA. FONDATION. DE — M'. lEHAN. BARIOT.

IL D. Tournois -1557. — S. 0. initiales de sainte Oportune, patronne de l'église dans laquelle la fondation était faite.

La manière de payer tes distributions au sortir de l'office fondé, et comme on disait : en argent sec de la main à la main, avait fait donner aux méreaux employés dans cette circonstance le nom de Manuel.

MARVEL. 1634. — VI - DE ni

MÉRËAUX. 75

Dans d'autres églises, pour la plus grande commodité du Chapitre, on ne payait ces petites distributions qu'à la fin de Tannée. Pour cela, on avait soin de faire des feuilles de chaque office fondé, sur lesquelles on marquait les présents et les absents, afin de ne rien donner à ces derniers.

Nous avons dit que les* pièces de Chapitre étaient remboursées en monnaie courante au jour fixé par les statuts, et il est clairement établi, par divers passages de la Réf. de la sainte chapelle par Charles YI et François P^ que chacun venait chez le trésorier pour ce remboursement. Il nous reste maintenant à entrer dans quelques détails sur le mode de distribution des méreaux et de leur valeur dans quelques églises.

A Montbrison, les distributions furent multipliées dans le seizième siècle et n'avaient lieu qu'à la fin des offices, savoir : pour matines, à la bénédiction; pour les grand'messes , après VAgnm Dei; et pour les vêpres, après le Salve.

A Saint-Omer, en 1428, les chapelains ne recevaient de méreaux qu'autant qu'ils étaient arrivés avant la fin delà lecture du martyrologe, et qu'ils ne s'étaient pas retirés avant la fin de la grand'messe. En 1434, il ptait ordonné au boursier distributeur de ces pièces, de ne les remettre qu'à ceux qui auraient été présents aux offices, dès le Gloria Patri. En 1 523, les vicaires les recevaient dans la neif de l'église lorsqu'on chantait Y Ave regina cœlorum. Dans tous les cas, le but que l'on voulait atteindre, c'était la cons-

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tatation d'une présence complète, et pour l'ordinaire, il se trouvait toujours dans le chœur une personne chargée de noter ceux qui étaient présents et ceux qui étaient en retard ou qui s'absentaient. Il arrivait même que des feuilles faisaient foi et dispensaient de l'emploi des méreaux. La charge de pointeur exigeait une certaine rigueur et était peu enviée, car elle excitait de petites haines.

L'usage de pointer s'observait sévèrement au commencement de la Révolution française. Les chanoines de Paris étaient tenus de venir chanter matines à minuit et de se présenter en bonnet de nuit, afin de prouver, autant que possible, qu'ils n'avaient pas veillé pour attendre l'office, mais qu'ils s'étaient levés, chose bien plus méritoire. On notait leur arrivée, car, bien qu'ils eussent un traitement &te, ils avaient encore droit à un bénéfice d'assistance proportionnel à leur exactitude. Actuellement, dans quelques cathédrales, on pointe encore les chanoines et on fait sur leur canonicat une retenue qui est distribuée au bas-chœur. Ceci rappelle que, dans d'autres temps, on abusa de ces retenues faites au Chapitre de Toul, au point de les employer à traiter l'évêque des Innocents et ses acolytes le lendemain de leur fête.

A la Sainte-Chapelle de Paris : « Percipiebant canpniei diebus privatis, 12 den.; in dominicis et festis 9 lectionum, 16 den.; in festis quae cum semiduplo celebrantur, 18 den.; in festis, 2 sol; in festis annualibus, 3 sol.

Suivant un ancien tarif manuscrit, que Charvet a

méreàUX. 77

tiré des archives de Vienne et que rapporte Duby, ta demi-livre était pour le bas-chœur, et la palette est évaluée à un demi-liard. La demi-livre des prêtres est un chapelain, et il en fallait huit pour faire cinq liards.

La livre entière était une tête.

siAVRicivs HAn. ibsa. — ubra

Les quatre faisaient cinq liards.

La demir-livre pour les chanoines, chevaliers, quartiniers et coadjuteurs était un chanoine à pied, dont les huit font sept liards.

SANCTVS lAVRICIVS. ■. I5&S. -

* CANONICORVH ÏIBKKK.

(Croix pommetée dite d née de quatre annelets.)

Saint-Maurice et canton-

78 MÉREAIX.

La livre entière, pour les mêmes, était un chornoine à cheval,

SANCTVS «AVRICIVS MARTI R.

dont les quatre marques font sept liards.

Quoique ces pièces fussent appelées chanoines, on remarquera que le personnage représenté est saint Maurice lui-même, tantôt appuyé sur sa lance, ayant son bouclier à ses pieds, tantôt l'épée haute, montant an cheval au galop, caparaçonné, tel enfin qu'on représentait les princes ou les dignitaires sur les sceaux au moyen-âge.

Dans un autre manuscrit intitulé : Règlement pour les boursiers, mais dont Charvet a également négligé de dater l'époque, on trouve les évaluations suivantes : un sou d'église \a.al tieuf deniers ; six deniers d'église font trois petites palettes; deux deniers d'église valent une petite palette ; cinq sous d'église valent trois sous neuf deniers tournois; trois sous d'église font Tieuf liards; un florin d'église vaut dixhuit sous, etc.

Le même auteur cite encore un autre méreau que nous n'avons pu nous procurer.

SANCTVS SEVERVS VIENNE.

MÉRËAUX. 79

Image en pied de saint Sévère, vêtu d'une aube et d'une chasuble qui tombe jusqu'à terre sur le derrière, et terminée en pointe, tenant de la main gauche un démon enchaîné, par allusion à la destruction du panthéon viennois, sur l'emplacement duquel s'élève l'éghse dont il est patron, et donnant de l'autre la bénédiction.

EJVS LIERA ECCLESIiE. 1524.

Il est à croire que l'on doit la beauté des méreaux de Vienne à ce que les archevêques de cette ville jouirent, depuis des temps très reculés, du droit de battre monnaie. L'époque de la concession est difficile à préciser, mais on connaît les plaintes que Burcard porta contre les faussaires dans les premières années du onzième siècle. Si Charvet eût été antiquaire, il nous eût laissé de précieux détails dans son histoire de Vienne. Les chanoines avaient droit à la sixième partie de la monnaie fabriquée. Le décri de la monnaie viennoise au profit de celle du roi et des dauphins anéantit, sous Charles VIII, en 4485, le privilège des prélats. Depuis cette date, il ne sortit du vieil ateher monétaire que des méreaux et probablement des jetoirs.

Les condamnations encourues par les chanoines, vicaires et chapelains de Saint-Omer, étaient toutes fixées en argent courant, en parisis, et celles des écotiers étaient seules déterminées en méreaux.

Ces écotiers ou escotiers (scot signifie portion) étaient de pauvres clercs menant la vie commune. Depuis Pâques jusqu'à la Toussaint, ils recevaient

chacun quatre méreaux pour assistance aux offices divins ; un pour les matines qui avaient lieu avant le dîner, deux pour la messe et un après le repas. Depuis la Toussaint jusqu'à Pâques, il leur en était donné cinq, dont deux aux matines au lieu d'un. Indépendamment de cela, ils en recevaient du petit boursier, le premier vendredi de chaque mois, ainsi que pour assistance aux anniversaires et aux processions de différents jours. Ils en donnaient quotidiennement au receveur de la maison qu'ils habitaient, deiuc pour le dîner et un pour le souper. Il était défendu aux écotiers, sous des peines très sévères, de vendre, céder ou donner leurs méreaux. Le vice-receveur du Chapitre répondait de la fidélité de sa gestion par un serment annuel.

Lorsque, par extraordinaire, dans un Chapitre ou dans une Collégiale, on ne faisait pas usage de méreaux,. il y avait, de toute nécessité, un pointeur. Dans le Maine, les distributions manuelles avaient été

f fixées par Charles d'Anjou, frère de saint Louis, mais

les pièces capitulaires n'y parurent qu'au quinzième siècle. Voici comment les choses se passaient encore,

' en 1 535, à la Collégiale du Mans, où il ne parait pas

que les habitudes aient changé.

« Premièrement, pour la distribution d'aucuns de messigneurs ; savoir est de monseigneur le doyen et autres chanoines résidens qiji ont été présens au service chacun jour, ainsi qu'il apert par le papier de celui qui a poincté les résidens durant le temps de ce

L présent compte, lesquels par l'ordonnance faite en

Chapitre doivent avoir distribution d'un denier tournois pour chaque heure de matines et messe et vêpres, par chacun jour des jours fériaulx, et trois deniers es fêtes de neuf leczions, et six deniers tournois es fêtes demi-doubles, et aux fêtes doubles par chacune heure douze deniers, »

Nous terminerons les citations relatives aux tarifs des méreaux par la copie suivante d'un manuscrit que nous avons trouvé, et à laquelle sa date assez récente donne de l'intérêt.

« Mémoire des distributions que les chapelains de l'église de Paris gaignent en assistant à l'office de ladite église, en faisant leur entrée au chœur aux messes d'obits et fondations, auparavant l'épitre jusqu'à la fin, et aux vespres de fondation auparavant le Gloria Patri du premier psalme, et aux vigiles des morts des obits manuels, auparavant l'anthienne Dirige jusqu'à la fin.

Aux vigiles 61 d.

A la messe 61 d.

Aux Libéra de 2 s. chacun . . 111 d.

A ceux de 3 s. chacun 61 d.

Aux fêtes fondées pour chacune assistance . ' 111 d.

Aux bits de 200 liv. aux vigiles à. , 1s.

A la messe. 1s.

Pour le Libéra à recommandacion 1 s.

Aux processions 1s.

Pour les 00 au premier et dernier . 1 s.6d.

Aux autres 9 d.

82 MÉREÂUX.

Aux matines de Noël, pour les trois

nocturnes, laudes, et deux messes. 61 s.

Pour les matines et laudes de TAssom-

ption 4 s.

Pour Y Ave Regina pendant toute Tannée '''''' 64 s.

Aux matines des dimanches et fêtes semi-doubles a neuf leçons, pour les

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