TONS
pense certaine ne nourrir et policer lesdits pauvres.
Il y a aussi un baillif ou juge des pauvres auquel appartient la capture, emprisonnement, connoissance et correction de tous ceux qui sont trouvés mendiant dans Paris; car il est défendu à toute personne d*y mendier sous peine du fouet, pour inconvéniens divers, joint que plusieurs bélistres et cagnardiers, par impostures et déguisemens de maladies, prennent r aumône au lieu des vrais pauvres, et aussi que les pauvres étrangers y viennent de toutes parts pour y bélistrer.
Le baillif a aussi sous sa charge douze sergens à petits gages qui sont commis pour prendre et constituer prisonniers tous ceux qu'ils trouvent mendiant parmi les rues et églises; en outre, ce est pareillement enjoint à tous marguilliers, gouverneurs et ministres d'icelles églises, de faire le semblable de ceux qui mendient parmi leurs églises; chacun est requis de les aider à faire lesdites captures et emprisonnemens pour le bien des vrais pauvres.
Il y a aussi un huissier dudit bureau, lequel a charge d*aUer solliciter messieurs les prélats, chapitres, couvens, collèges et communautés, de payer leurs aumônes et cotisations.
Plus un médecin et un chirurgien élus chacun an, pour visiter les pauvres malades et leur ordonner ce qui leur est nécessaire.
Davantage tous les maîtres barbiers de la ville et des faubourgs sont tenus de servir sans gages ladite poKce, pour visiter les pauvres qui se présentent au
bureau. Néanmoins, il y a un barbier ou chirurgien qui a quelques petits gages pour plus soigneusement et ordinairement visiter, panser et médicamenter ceux qui lui sont envoyés par le bureau et qui sont de longue et diflBcile cure.
Outre lesdits officiers, il y a, en chacun des seize quartiers de Paris, un receveur particulier ou collecteur qui va chaque semaine recevoir Taumône d*un chacun paroissien par les maisons, selon le rôle signé du greffier.
Il y a aussi, en chacune grosse paroisse et quartier, un distributeur de ladite aumône, lequel distribue chaque semaine ce qui lui est mandé par les commissaires, par les rôles et billets signés du greffier. Le commissaire du quartier est tenu d'assister à la distribution qui se fait publiquement.
Quant aux pauvres qui désirent être mis à Taumône, pansés de leurs maladies, logés en quelques hôpitaux, ou bien leurs enfants, ils présentent leurs requêtes aux commissaires en leur bureau, sont promptement interrogés sur icelles, et si mestier est, visités par . lesdits barbiers et chirurgiens ; néanmoins est leur requête baillée ou envoyée au commissaire du quartier, pour visiter lesdits pauvres et leurs biens en leurs chambres, soy informer sommairement, avec trois ou quatre voisins, de leur pauvreté, nombre et charge d*enfans, maladie ou nécessité, et s'il y a longtemps qu'ils sont demeurans à Paris; car s'ils n'y avoient demeuré deux ou trois ans auparavant et qu'ils y fussent venus expressément pour y mendier, comme font
iiO JETONS
plusieurs, ils seront renvoyés en leur pays, afin d'obvier aux abus et soulager ladite aumône, laquelle ne pourroit suffire pour tous les pauvres qui y viennent de toutes parts du royaume. Ce fait, le commissaire transmet son rapport au bureau.
Quant aux pauvres honteux, messieurs les curés et marguilliers de leurs paroisses, qui les connoissent, leur distribuent l'aumône secrètement des deniers qui sont quêtes par eux en leurs paroisses et selon qu'ils connoissent leur pauvreté.
Les autres pauvres de Paris qui sont valides et assez sains pour gagner leur vie, et qui néanmoins ne trouvent pas qui les veuille employer, sont enrôlés et employés à divers travaux d'utilité publique, plus pour empêcher que tels gens oisifs ne mendient et s'adonnent à dérober, ains s'accoutument à travailler, que pour la besogne qu'ils font.
Et néanmoins parce que en si grand nombre de pauvres qu'il y a ordinairement, plusieurs sont incorrigibles et si accoutumés à bélistrer que l'on ne les peut distraire ne garder, quelque aumône qu'on leur distribue, ne diligence que le baillif ou juge desdits pauvres et les sergents de la police puissent faire de les chasser, emprisonner, faire fouetter et châtier : même plusieurs ayant enfans entre leurs bras et à leurs queues, qui bien souvent ne sont à eux, mais les empruntent et louent, les faisant mourir de faim et froid parmi les rues et églises où ils aiment mieux bélistrer que gagner leur vie ou travailler, ne se contentent de l'aumône ordinaire, laquelle ils veulent
prendre par forme de prébende et vivre sans rien faire, a été établi et édifié un hôpital pour y loger, enfermer et nourrir sobrement lesdits hommes et femmes, vieils et décrépits, et autres pauvres incorrigibles ou invalides et impotens, les hommes séparés des femmes.
La même instruction prescrit les mesures à prendre pour secourir les enfants abandonnés, ceux dont les parents sont misérables, etc.
Les malades et les infirmes peuvent compter sur une assistance assurée ; les teigneux qui étaient alors en grand nombre sont l'objet de soins particuliers.
Un refuge commence à s'ouvrir pour les glorieux débris de nos armées; les aveugles sont recueillis, les pèlerins reçoivent l'hospitalité; enfin, les secours religieux ne manquent en aucun cas.
Plus d'un demi-siècle auparavant, Charles- Quint, souverain des Flandres, voulant réprimer la mendicité efmettre un terme aux ravages des troupes de pauvres qui allaient de ville en ville, créa une institution publique en faveur des indigents de la ville de Lille.
La bienfaisance privée avait pris l'initiative; et lorsqu'elle vit l'autorité entrer dans ses vues, elle devint son auxiliaire, et mieux encore, sa rivale généreuse, en augmentant la bourse commune des deniers que la confiance publique versait entre les mains de ses commissaires.
La charité religieuse craignit un instant de voir le riche moins aumônieux, lorsqu'il croirait pouvoir se reposer sur une administration légale qui éloignerait
Mi JETONS
de sa vue la mendicité errante et criarde. 11 ne fallut pas moins, pour faire taire ses scrupules, (jue les décisions des facultés de théologie et de l'Université de Paris, que le dévouement des citoyens les plus reeoinmandables dont douze d'entre eux prirent le nom de ministres généraux des pauvres. La charité individuelle et la bienfaisance légale vécurent en sœurs; elles s'entendirent et combinèrent leurs œuvres. Les comptes étaient rendus deux fois l'an à l'Hôtel-de-ville, en présence des ministres, des curés et du peuple appelé au son de la cloche.
Les bureaux de charité étaieut au nombre de sept, égal à celui des paroisses; en y ajoutant le bureau de bienfaisance (administration centrale], les assemblées générales comptaient les délégués de huit administra:tions. C'est ce qu'indique l'exergue— octo. parochii-
HVM. COMITIA. Quant à la devise : — hoc i>vi:e tvt.^, elle s'applique à Louis XIV qui, en 1647, avait confirmé l'existence de la bourse commune.
Le lion de Flandre se lève menaçant pour défendre le trésor dont la clef est posée en pal derrière lui. Entre les deux et au-dessus, on voit une contremarque en forme de palme.
Ce développement des institutions de bienfaisaiiue
RELIGIEUX. M'i
présageait la venue du véritable apôtre de la charité, saint Vincent-de-Paul, qui compte en ce moment de si nombreux disciples. Paris surtout et les grandes villes de France se distinguent aujourd'hui comme toujours par un ardent amour pour les pauvres. Partout où s'accumulent les misères physiques et morales, les cœurs s'ouvrent, l'esprit évangélique s'y échauffe au contact du vice et de l'indigence, la vertu y puise des trésors pour les répandre sur l'infortune. C'est ce que le graveur a su exprimer si bien en quelques traits sur le jeton cité plus haut.
La religion réformée fournil de nombreuses pièces religieuses représentant des scènes de l'Ecriture sainte et d'autres sujets. En voici une d'un genre particulier frappée probablement sous Jean-Georges, premier électeur de Saxe, à l'occasion du premier Jubilé de la réforme luthérienne.
Elle porte :
VBBBVH DUMI. HAHBT IN ATBR.
La légende dH revers :
HartIhVs LVtkerVs tkeoLogIs I>.
offre le chronogramme de sa fabrication :
lU JETOIRS.
JETOIRS.
Les jetoirs furent dans l'origine des pierres, des coquillages, des noyaux. Hérodote nous apprend qu'à rinstar des Grecs, les Egyptiens se servaient de cailloux pour compter. Lorsque le luxe s'introduisit dans Rome, les calculi furent remplacés par des jetons d'ivoire; mais on conserva, dans le même sens métaphorique, les expressions : ponere calculas et calculum detrahere .
Pertinax, selon Capitolin, était puer calcula inibutus. Les maîtres d'arithmétique s'appelaient primi nutnerorum arenarii. Les jurisconsultes les nommaient calculones lorsqu'ils étaient esclaves ou nouvellement affranchis. Dans une condition plus élevée, on leur donnait le nom de calculatores ou de numerarii. Ordinairement, il y avait un de ces maîtres dans chaque maison considérable, et le titre de sa charge était à calculis, à rationibus. Au rapport de Cicéron, les suffrages se comptaient par le moyen de pierres blanches ou noires dans les assemblées délibérantes. Dans celles du peuple et du sénat, on employait des jetons de bois mince, poli et frotté de cire. L'unanimité s'exprimait par les mots omnium calculatis.
Nous ne fouillerons pas davantage dans l'antiquité et nous avouerons que, malgré nos recherches, les
JETOIRS. 125
traces indiquées au dixième siècle nous échappent. Les noms donnés aux jetoirs, sous la forme qui nous occupe, sont ceux de gectoirs, gettoirSy jettouers, giets, gets, giétons, etc. Carpentier, dans son supplément au Glossaire, donne comme synonymes les mots jactator, calculm, jettouers.
Le mot gita a le même sens ; de là vinrent les noms de gitay gette, gepte, giest, donnés à certaines impositions de deniers, et les verbes giter et getter, pour dire asseoir, répartir une taille, une redevance, parce que les geltouers étaient le principal moyen employé dans cette répartition. Enfin, depuis deux siècles, nos pièces s'appellenty^^^on* ouj^^om. Tous tirent leur étymologie de Faction de compter en jetant, àjactUy comme le pense Ménage. Dans les administrations, la chambre des comptes, par exemple, chaque conseiller ou auditeur, muni d'une bourse de jetons, suivait attentivement la lecture qui était faite et exprimait les chiffres en jetant devant lui, dans un ordre détermine, les pièces que contenait la bourse. Ensuite il faisait Taddition, c'est-à-dire, qu'il déjetait. C'est ce qu'exprime une devise : povr bien jeter et dejister, faut bien entendre et po parler; c'est-à- -^*^ dire, pour bien compter, il faut de l'attention et du silence.
Nous ne pensons pas qu'on connaisse des jetons de j» {- ,^^ v compte antérieurs à saint Louis. Plus ils sont anciens, "^
plus ils sont curieux par leurs types et par leurs légendes ordinairement françaises et très souvent obscures, surtout jusqu'au règne du roi Jean. On ne s'en
1S6 JETOIRS.
étonnera pas en songeant que, aux treisième et quatorzième siècles, la l»)gue n'était pas encore Tormée. Les vieux jetoirs, que Saumaise appelle jacti oujactones, donnwent des avertissements ; Entendez bien et loyatancnt aux compte»; — Gardez-vous de metcompte; — Gette$ tenrement; — Qui bien jettera le compte trouvera.
*U JETBR MIIR*I SI LB COHriK iST TUAI.
Ainsi il est bien constant que le compte se faisait par le jet, et que le jetoir était un instrument de calcul infaillible, calcvla ne dedpiaris ; mais pour cela, il fallait connaître sa valeur, son emploi, en un mot la manière de s'en servir.
CitHRnA : COBFTTORVM : REGIOHTH.
mWCBKbA : fesT :
Tel est le véritable sens de la devise qui a été le sujet de jeux de mots lorsqu'on l'a mise en regard du croissant de la lune comme sous Henri II. [ci elle se trouve sur nn jelnn de Louis Xlt, et tes astres qu'on
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y voit ne sont que des ombres de soleil, type de ses monnaies.
Le comptable était responsable de ses erreurs.
AV9. TKES0RIE8. LR. PBRD.
Perda, perditum, ou plus souvent perdita, est un mot du langage Téodal qui se rencontre souvent dans les ordonnances.
Plus tard on.revient à l'expression romaine svhducendis rationibus. — <600.
HTIIBRQ. glAHT. OmU. CBBTO.
Les quatre éléments, la terre, l'eau, l'air et le feu, sont représentés; la légende fait allusion aux règles certaines qui régissent leur existence et les rapports qu'ils ont entre eux. Pour compléter l'allusion, il arrive que l'on met le chiffre lin sur le globe terrestre.
A la désignation générale — pour les comptes, s'ajoutaient les indications particulières :pottr /es ^wflïtceg : — Jetoirt pour le bureau de telle ou telle vHle,
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de telle ou telle administration. — Caméra compvrtorum regiorum; — Curia monetarum Franciœ; — jfirarvum regium; — Mdificia regia; — Ediftciorum régis; — Chambre a'wi deniers du roi,
£TERNiTAS (Corno d'abondance dans un serpent en cercle).