‹ Manuel de l'amateur de jetonsChapitre 18 sur 102 · IBCT. DS. LA. CHAMBRE. DE. VILLE. DE. BAR · texte numérisé non relu

IBCT. DS. LA. CHAMBRE. DE. VILLE. DE. BAR

Ecusson ducal de Bar. 1650.

PLvs fbuskb qve dire.

Trois pensées posées 2 et 1 .

Dans le dix-septième siècle, on s'est appliqué à les perfectionner, et finalement on les a employés à mar-

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quer les comptes de jeu. On en a fait ce que nous appelons des jetons.

En résumé, pierres ou pièces de métal, les jetoirs acquératient une valeur numérique suivant l'ordre dans lequel ils étaient disposés, ce qui a fait dire à Charon : « que les rois font de leurs sujets comme des jetons, et les font valoir ce qu'ils veulent, selon l'endroit où ils les placent. »

Depuis les temps les plus reculés, jusqu'au règne de Louis XV et peut-être plus tard, les membres des chambres de finances, les employés des bureaux dans les administrations et les marchands eurent un meuble particulier que nous allons essayer de décrire. C'était un comptoir, nommé abaque, qui fit remplacer le mot de calculi par celui de abaculi.

L'abaque, en forme de table, se composait d'une y surface plane divisée par des liteaux peu saillants qui formaient des rainures ou cases. Chaque case se terminait par un trou rectangulaire donnant ouverture dans un tiroir également divisé par de petites cloisons correspondant aux liteaux. Ce comptoir était destiné à l'emploi des jetoirs comme éléments de calcul. Il admettait tous les systèmes de niAnération ; mais nous choisirons pour exemple le système décimal; d'abord, parce qu'il est le seul adopté aujourd'hui, et ensuite, parce qu'il est le plus commode, étant basé sur la structure anatomique des mains, seule ressource du calculateur dans les premiers âges.

Cela posé, lorsqu'un marchand venait de faire une vente, il prenait des jetoirs et en déposait dans cha-

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que case, eo commençant par la gauche, autant qu'il y avait, dans le prix de sa vente, d'unités, puis de dizaines, de centaines, etc. Lorsqu'il manquait une ou plusieurs unités décimales, le zéro dont nous nous servons dans ce cas était remplacé par le vide.

Après cela, pour se rendre compte du résultat du trafic pendant une journée, ou tout autre laps de temps, on ouvrait le tiroir et on prenait dans le premier compartiment à gauche tous les jetoirs. On en ôtait dix autant de fois que possible, en y laissant le reste, et on plaçait dans le compartiment suivant des jetoirs en nombre égal à celui de fois dix retirés du premier. On continuait ainsi pour chaque compartiment, en marchant de la gauche vers la droite. En un mot, on faisait une véritable addition mécanique, et en définitive, on avait le nombre d'unités, de dizaines, etc., exprimant le produit de la journée. Il était aussi facile, et on trouvera peut-être ce mode meilleur, d'opérer dès le début par la droite; dans ce cas, le résultat trouvé est le nombre total représenté par les pièces, exactement dans l'ordre où nous plaçons nos chiffres.

On conviendra que ce système était fort avantageux dans un temps où l'instruction était peu répandue, puisqu'il exigeait pour toute science de savoir compter jusqu'à dix. Le marchand qui procédait par vingtaines pour le premier compartiment, par dizaines pour le second, avait en fin de compte, dans le premier les sous, dans le second les livres ou francs, puis les pistoles, etc.

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Quoique les écoles primaires aient fait de nombreux élèves en arithmétique, beaucoup de petits marchands auraient encore besoin de l'abaque; el d'ailleurs si des jetoirs modernes étaient bien composés, ils serviraient parfaitement à répandre les notions d'histoire. Sur les anciens, l'homme assis à son comptoir est souvent représenté, et la légende qui l'accompagne le plus ordinairement, — rechen meis- TER, — ne laisse pas d'équivoque quant à l'action de ce personnage, qui est un maître à compter, faisant manœuvrer les jetoirs sur l'abaque où l'on remarque encore la bourse destinée à les renfermer.

Le jeton dont il se sert, se nommait : "'<""'•'■ ■ ■' '

HSCHEK PPBDinG. (Lianli compter de Nurembers.) >iv.j.n(.7 i\^t«ti.^,^r

U'k<w^ 'Uj-y.i LH>c(-jn.

cmapître il

La classification des jetons présente de grandes difficultés ; ils sont tellement variés, les causes qui les ont fait frapper sont tellement nombreuses, qu'une infinité de méthodes se présentent à Tesprit, sans qu'on puisse décider quelle est la meilleure.

Nous avions d'abord songé à écrire, autant que possible, l'histoire métallique de chaque règne, et cette méthode eût fait disparaître l'embarras de trouver une place plutôt qu'une autre pour des pièces qu'on peut faire entrer dans plusieurs combinaisons; mais il y aurait eu pénurie dans certains temps et surabondance dans d'autres; puis comment faire quelque chose de complet? On pourra plus facilement y réus-

sir si on embrasse un horizon moins vaste. Toute réflexion- faite, nous voudrions qu'on écrivît par provinces, non des numismatiques ou des histoires monétaires, mais des histoires métalliques comprenant les diverses époques. Les amateurs de tel ou tel genre de collections trouveront sans doute à cela un inconvénient; mais pour nous, nous ne voyons pas en quoi des jetons dépareraient un cabinet, car, comme le dit y M. Duchalais : « En France, quand le monnayage fut enlevé aux possesseurs de fiefs, quand l'ordonnance de 1 31 5 les força de fermer leurs ateliers monétaires ou de les vendre au roi lorsqu'il daignait les acheter, ce droit cessant de devenir productif commença dèslors par être déconsidéré, par devenir pour ainsi dire régalien. On se dédommagea d'une telle perte en faisant des jetons sur lesquels on consignait ses titres et ses dignités ; les artistes les plus distingués du temps étaient requis, leur talent était mis à contribution; aussi, sous le rapport de l'art, les jetons des quinzième et seizième siècles rivalisaient avec les monnaies de la même époque, si même ils ne les surpassaient pas. »

D'après notre idée, quelqu'un de convenablement placé, c'est-à-dire pouvant, par exemple, explorer à loisir les cabinets de Paris, se chargerait de la série des jetons concernant le pays tout entier; puis, chaque collectionneur d'une province se mettrait à l'œuvre pour décrire ce qu'il possède, ce qu'il conaait. Les pièces considérées comme provinciales fourniraient le sujet du premier chapitre, celles de la capitale de

la province, le second, et successivement les villes, par ordre alphabétique ou par ordre d'importance, compléteraient ce que nous appellerons la table des matières. On agirait par rapport à elles d'une manière analogue, c'est-à-dire que les jetons municipaux passeraient les premiers et les autres viendraient selon leur degré d'intérêt. Pour mieux faire comprendre notre pensée, nous consacrerons le IIP chapitre de ce Manuel à la série des jetons du centre-est de la France, et dans celui-ci, nous allons citer tes types divers que le hasard nous a fournis.

Avant d'entrer en matière nous dirons un mot d'une des causes qui psoduisirent un nombre considérable de jetons. Cette cause est le droit de noblesse personnelle et souvent héréditaire accordé aux titulaires de certaines fonctions, notamment aux maires. Comme la plupart des villes importantes de France eurent, depuis le seizième siècle, l'habitude d'émettre des jetons employés en honoraires de présence aux délibérations municipales ou en distributions, dans diverses circonstances, aux échevins, conseillers et autres personnes attachées à l'administration; ces personnes, fières d'une distinction honorable, se montrèrent jalouses d'en consacrer le souvenir. Elles mirent donc, au revers des armes de la ville, leurs armoiries propres, octroyées le plus souvent à l'occasion de leur entrée en fonctions, et créèrent ainsi une espèce de titre durable pour leurs descendants. €eci est tellement vrai, que lorsque le >droit à la noblesse n'existait pas, les jetons municipaux ne portaient que

l'écu royal el celui de la ville; ou bien, quand il était supprimé, on cessait de frapper des jetons, ainsi que cela arriva à Tours en 1664. Malheureusement le nom de la cité ne se voit pas toujours sur ces sortes de pièces, et nous ne savons à laquelle attribuer celle où se lit autour d'une entrée de ville :

8ALVVH * FAC ' DOMINE * CIVITATBH * HANC.

Et au revers, un écusson avec rette devise :

HENRI DBQVARHONT LA. 1S31.

Les maires étaient ordinairement nommés pour un an, souvent pour trois ans et quelquefois à perpétuité, comme le constate le jeton de la famille Raimbauld ;

PR. RAIKBAVLD. BOVES. MAIOR. PERP. AN. IX. 1701.

Le revers présente un bel et vaste édifice avec cette légende : colleg. andino ^dific.

Qui payait les jetons municipaux? Il est probable

CLASSEMENT IW

qu'il n'y avait rien de fixe; mais on sait qu'une délibération du conseil municipal de la ville de Moulins, en date du 1 6 décembre 1 766, ordonna que les étrennes que recevaient ordinairement les maires etécbevins seraient converties en un nombre déterminé de jetons d'argent frappés aux armes de la ville.

Dans quelques administrations royales, le jeton affectait un grand luxe et devenait un petit armoriai. Sous en citerons un exemple :

MAISTKGS. DBS, RRQVKSTBS. ORDINAIRES.

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