HISTORIQUES
Quelques faits historiques étaient déjà empreints sur des jetons, lorsque TAcadémie des inscriptions et médailles comprit que le meilleur moyen de populariser des traits saillants et de répandre la connaissance des grands événements d'un règne, était d'en confier la représentation à des pièces d'une valeur presque nulle, afin que toutes les classes de la société pussent en faire usage, depuis les salons dorés jusqu'à l'antichambre; aussi ne dédaigna-t-elle pas d'en composer elle-même les devises. Seulement, les jetons destinés aux grands étaient en or et en argent ; ceux du peuple, en cuivre jaune ou rouge.
On mit au revers le portrait du prince, ou les armes de la province et de la ville, avec les légendes les plus variées. Les rois de France recevaient des jetons d'or pour leurs étrennes; on en donnait aux différentes' notabilités qualifiées par leur naissance ou par leurs charges.
En les examinant, nous avons acquis la conviction que lorsqu'on sera parvenu à former, s'il est possible, la collection complète des jetons, il sera facile d'écrire, par leur moyen, l'histoire de France pendant plusieurs siècles, non-seulement pour les faits généraux, mais encore dans ses moindres détails. Les figures et les armoiries des personnages qui ont joué un rôle quelconque, les devises, emblèmes et symboles révéleront '^W sans doute des faits/peu connu§/ou oubliés et servi- fKc^ïuïttf ront d'illustrations plus intéressantes et plus instructives que celles puisées, pour l'ordinaire, dans l'imagination ou le caprice des historiens et des dessina-
leurs. On comprendra que, par toutes sortes de inotils, une telle tâche nous est impossible. Nous nous bornerons donc à citer quelques exemples puisés ailleurs que dans des pièces offrant des sujets reproduits sur de nombreuses médailles déjà publiées.
Dès le début de cet article, nous tombons dans »n grand embarras : à quel règne faut-il attribuer le jeton semé de croissants fleurdelisés?
A en juger par le type, nous le donnerions à Henri II; mais ta devise, vive, frange, et. son. alience., nous rappelle l'alliance secrète faite par François I" avec les Turcs. Quant au revers, il offre le chiffre ou blason mercantile d'un négociant qui dit : en. se fatsent le temps viendra. Il y a là une énigme que nous n'avons pu pénétrer. Le basard dira peut-être le dernier mot.
Voici trois jetons ayant un même avers, dont l'ovale nous rappelle la fabrique dijonnaise de cette époque.
30LVII. DKVH. AD0RABI3. BT. ILLI.
Un premier revers porte quatre dauphins et quatre fleurs-de-lis disposés en croix, plus une croisette en cœur avec cette devise : son. deo. honor. et. fiLORU. 1553.
Un second revers offre la lettre H couronnée que supportent deux dauphins appuyés eux-mêmes sur une base où est inscrite la date de 1551. Deux couiorex de Milan accompagnent l'initiale de Henri. Il faut sans doute voir dans cette addition d'armoiries étrangères le souvenir du mariage du roi avec Catherine de Médicis, qui avait eu lieu en 1533.
La légende, initivm. sàpientie. timor. dni., a, ainsi que les deux précédentes, un caractère religieux que nous retrouvons dans le troisième revers.