J. DE FONTENAY
AutuD, !•' mai la^S.
1 LA crainte de faire quelque chose d'incomplet, si lachance de tomber dans des erreurs étaient des obstacles à ce que chacun émît publiquement le résultat de ses recherches, de combien d'ouvrages importants ne serionsnous pas privés ! Nul jalon ne serait planté, nulle route ne serait Jracée; et quel est Thomme assez aventureux pour se lancer quand il ignore si le terrain est solide sous ses pieds?
Celui, surtout, qui n'a pas à sa disposition de riches bibliothèques, des dépôts d'archives, des collections
telles que les capitales seules les possèdent, resterait inactif; la province serait déshéritée; et cependant elle produit, car enfin elle a senti sa puissance, elle a réuni ses forces. Elle s'est dit, entre autres choses : — ^ A toutes les époques on a écrit Thistoire sur le bronze; le bronze est un des Uvres qu'il faut lire jusqu'à la dernière page.
Trop longtemps, les cufiéwc, comme on les appelait autrefois, ont négligé de recueillir les monuments métalliques qui n'avaient pas une odeur de grec ou de romain ; ou bien, insoucieux de l'histoire de leur propre pays, ils ont enseveli sous la poussière de leurs cabinets leurs trésors A' antiquaires.
Il faut aujourd'hui repousser ces deux qualifications : le mot de numismate même a été remplacé par celui, moins français du reste, de numismatiste. ^ Ce dernier s'applique particulièrement à l'école moderne qui fait de l'histoire avec des pièces de métal, qiii a révélé de quel secours peuvent être les portraits, les noms, les allégories, les emblèmes et les devises qu'on y rencontre.
Quelques auteurs, cdmine je le dirai tout-à-l'heure, avaient déjà écrit sur les médailles et au moyen des médailles, mais pas toujours avec cet esprit consciencieux qui ne doit avoir pour auxiliaires que des yeux exercés et de l'intelligence. Ils ont systématiquement repoussé l'immense quantité de jetons qui se trouvaient dans toutes les mains et qui offrent la mine la plus riche (Jue l'on puisse exploiter. Ils ont atteiidu que le temps eût jeté son voile épais sur des repré-
sentalions abrégées, sur des paroles concises qu'il devient parfois si diflicile d'expliquer.
C'est dans ce chaos qu'à plusieurs reprises j'ai cherché à porter la lumière. Puissent mes efforts être secondés par ceux qui collectionnent.
MM. Hermand, Hucher, Cartier, Rouyer, de Lonpérier, Leber, Rigollot, Morel-Fatio, Duchalais, de Soultrait, Robert, Dancoisne, Delanoy et tant d'autres savants n'ont pas regardé comme au-dessous d'eux d'étudier des jetons et des pièces modernes; mais il reste tant à faire qu'une vie d'homme serait loin d'y suffire, surtout si, comme je le crois nécessaire, un dessin exécuté par l'auteur lui-même devait toujours accompagner le texte. Cette méthode longue et coûteuse a l'avantage de parler aux yeux et de dispenser d'une description minutieuse qui finit par fatiguer.
Je recevrai avec reconnaissance toutes les observations et les communications qu'on voudra bien me faire. Elles me mettront à même d'écrire peut-être un jour un traité plus complet et plus digne du sujet.
A juger par le nombre des membres inscrits sur les listes des Sociétés scientifiques, de la quantité de personnes qui, en France, s'occupent d'archéologie et de numismatique, on serait porté à croire qu'à aucune époque le goût de ce genre d'études ne fut plus répandu.
Les esprits, il est vrai, sont tournés vers la science historique appuyée sur les monumeijts construits, sculptés ou frappés, mais les rangs des hommes qui prennent part a la lutte ne sont pas aussi serrés qu'ils le paraissent. On se fait honneur d'appartenir à une Compagnie académique sans, malheureusement pour cela, prendre l'engagement de concourir à ses travaux; ou mieux encore, si on en a eu la volonté,
bientôt elle a faibli en présence des obstacles qui s'attachent principalement aux débuts. Il faut en chercher la raison dans le manque d'ouvrages rudimentaires. Depuis que Tillustre fondateur de llnstitut des Provinces et de la Société Française pour la conservation et la description des monuments historiques a publié son Cours d'archéologie, son Bulletin monumental, depuis surtout qu'il a institué et soutenu avec tant de persévérance et d'habileté les congrès qui tiennent leurs assises tantôt dans une ville, tantôt dans une autre, le nombre de ceux qui, à première vue, peuvent assigner une date à un édifice, s'est accru dans des proportions extraordinaires. Pourquoi cela? — C'est que les ouvrages auxquels ont donné naissance ces réunions d'hommes, comptant depuis le plus savant jusqu'au plus novice adepte, contiennent, outre les principes élémentaires, le compte-rendu des discussions publiques où chacun â pu émettre son avis, et enfin la solution des questions les plus controversées.
En assistant à ces assemblées périodiques, j'ai compris que les rapports qui s'établissent entre les personnes s'occupaht de travaux analogues font plus pour l'avancement de la science, pour le perfectionnement de chacun, que les plus beaux traités sortis du silence du cabinet. Jattiais les amateurs de médaillés tie se donnent rendez-vous peur des sessions exclusives ; aussi la phalange des archéologues est puissante t^ar le noràbre et le savoir, tandis que les numismates sont faciles a compter, surtout si l'on
exclut de leurs rangs cetix qui en usurpent le titre pour servir d^enseigné k leur industrie.
Je ne sache pas qu1l existe un livre de faulnismatique tel que je Tai entetidu désirer par tous ceux qui commencent l'étude de cette science, c'est-à-dire fait véritableiîient dans le but d'initier .à des Connaissances qui exigent beaucoup d*t)bseriati6ns. Pour moi, j'avcltiè tjiié je me suis heurté à des difficultés que quelques lignes àul^àiëht facilement levées. En réfléchissant tin peu, j'ai i-ecôiliiii, à part tbut traité, que la pratique et IfeS cbmparaisdhs pouvaient seules i / conduire à une connaissance parfaite. Il faut donc i des maîtres patients et cotnplaisants.-^Dù lés trouvet-on? — Nulle parti — Lés vrais contiaissèiirs s'assemblent-ils pour discuter et s'éclairer mutuellement? — Jamais!
Et cependant j'aimais ces pièces de métal auxquelles s'attachent tant de souvenirs. J'ai parcouru leurs différentes séries et, arrivé au bas dé l'échelle, j'ai remarqué ùrie lacune. Dès ce inomêht, moh parti hit pris; j'essayai de la combler.
Avant d'entamer le sîijet que je reprends aujourd'hui pbiir la troisième fois, voyons les degrés où la science peut faire halte. Il est des branches nombreuses dans l'histoii^ des médailles. Sans compter les pièces grecques si belles par le module et par le dessin, mais étrangères à nos contrées, nous trouvons :
1** Les gauloises ou celtiques.
2"" Les médailles consulaires.
3" Les médailles romaines se subdivisant en médaillons d'or et d'argent, module ordinaire d'or et d'argent, grand bronze, petit bronze et quinaire des trois métaux, jusqu'au module lenticulaire en bronze.
i** Les byzantines,
5° Les sous d'or, les tiers de sous d'or ou triens (sixième et septième siècles).
6® Les deniers carlovingiens et leurs oboles.
7** Les monnaies épiscopales et baronales.
8° Les florins, francs, gros, parisis, tournois, blancs, écus, etc., etc., etc., et les testons qui nous conduisent à la renaissance du médaillon qu'on appelle alors médaille moderne, et aux différents systèmes monétaires des derniers siècles.
9** Pièces non classées, bractéates, obsidionales, etc.
10 Médailles modernes, jetons, etc., etc.
Les gauloises en or, en électnim, en argent, en potin et en bronze affectent généralement la forme concave d'un côté et convexe de l'autre. On les reconnaît facilement à leur dessin rudimentaire, et si quelques-unes font exception, elles le doivent à l'influence, de l'art grec. Le type le plus fréquent est le sanglier, le cheval en liberté et le bige conduit par un personnage debout. Les accessoires ou différents sont très variés.
Ces médailles sont, pour la plupart, muettes ou anépigraphes. Quelques-unes portent un nom de chef ou de lieu. Divers types bien déterminés et suffisam-
ment étudiés permettent d'attribuer d'une manière à peu près certaine à un peuple des pièces muettes. 1" période, style barbare.
2= période, imitation grossière du type macédonien, du bige au revers de la tête d'Apollon, avec symboles accessoires qu'il faut étudier.
On est convenu aujourd'hui d'attribuer aux contrées gallo-kimriques de l'ouest et du nord des Gaules le cheval à tête humaine ou androcépbale foulant aux pieds Typhon.
3* période, les légendes paraissent, la tête d'Apollon s'efface devant celle de Diane on devant la tête alléporique de la cité ou du peuple. C'est ainsi que le
noip d'ORGETiRix, chef de la ligue éduenne, se trouve écrU sous m ours et au revers de la tête de Diane phare trée qu'accompagne le noqi ^e peupli^ edvis.
Bouteroûe, Lelewel, Lambert, Pellerin, Mionnet, Duchalais, Akerman, de La Saussaye, de Lagoy, Chaudruc de Crazanne, Jeufrain et Brelier doivent être comptés parmi les principaux auteurs qui se sont occupés de Tétude, de la classification et de Tattribution de ces médailles si longtemps négligées.
On entend par médailles consulaires, non des pièces frappées par les consuls, mais bien par des descendants de ces familles illustres qui se trouvèrent à la tête du monnoyage et rappelèrent les hauts faits de leurs ancêtres. Elles portent presque toutes, en entier ou en abrégé, les noms de ces familles dont on connaît au moins cent quatre-vingts, sans compter les incertaines.
Il faut consulter à leur sujet Ursinus, Patin, Vaillant, Morell, Mionnet et Riccio.
La numismatique impériale a, jusqu'à ce jour, tenu le premier rang, tant par son importance que par la longue période qu'elle occupe daçs l,es annales de riiistoire. Son étude est attrayante, car les pièces ,qui la composent téflioigpent d'abord du degré de p.er-
PHÉPACE. 15
fectioD auquel était alors parveav l'art monétaire. On assiste graduellement à sa décadence en suivait le cours des siècles, et chemin faisant on s'initie aux événements les plus importants de chaque règne; on voit les grands détails de l'administration, les libéralités exercées envers le peuple, les voyages faits par les empereurs, les guerres qu'ils ont entreprises, leurs victoires, leurs conquêtes, leurs traités de paix et enfin leurs apothéoses. N'est-ce pas d'ailleurs un grand mérite des médailles, que d'offrir des portraits qui ont en quelque sorte un caractère d'authenticité, puisqu'ils ont été exécutés par ordre de l'autorité?
On ne comfH-end pas bien comment il se fait qu'on ait attaché plus de prix à la rareté de certains revers qu'à la 'beauté et à la conservation de la tète; aussi on revient de ce travers, et tout homme de goût convient que l'histoire sans l'art a perdu son charme le plus précieux.
J'avoue que je ne saurais me lasser d'admirer un médaillon recouvert de cette patine si douce à l'œil de t'anliquaire, cachet du temps qui, semblable an vernis, fait ressortir les beautés du tableau.
6 HRÉPACK.
C'est une belle chose aussi qu'un );rand bronze bien
Il D'est pas donné à tout le monde de fonner une série de pièces d'or et de posséder, comme le c^diiaet de la ville d'Autun, un Postume à quatre tètes.
Une Salonine inédite.
Une tète à l'avers et une ou plusieurs au revers indiquent généralement une pièce peu commune.
Les collections de pièces d'argent se rencontrent pi us fréquemment, et pour peu qu'elles soient importantes on doit y trouver des pièces telles que :
MARTI VLTOHl.
JVNO REGINA.
BALBIN OOHDIKN.
Sons le haut-empire, riche par le dessin, le grand bronze abonde; le moyen bronze est aussi remarquable; le quinaire ne se montre que peu. On y rencontre des pièces fourrées, celle-ci par exemple :
DIVA AUGVSTA
Sous le bas-empire, le moyen bronze, le quinaire
surtout, dominent. C'est à cette époque aussi qu'on trouve immensément de médailles mucén; elles commencent à Gallien pour finir à Dioclétien.
Onvoit avec regret l'art décroître en même temps (|ue la monnaie s'altère; cependant il faut encore citer :
>r.iiSiEH avec le revers inédit *nnona *
POSTtiHE avec le
-s (^xlemenl jnëdil hbbcvli homano.
■ HP, PISO PRVGI P.
LE niVlH NIGRINII
nONSERKlTIO.
CONSTANTIN; un labaruiD surmonté d'une croix lumineuse.
coNSTANTiNOPOLls, au revers duquel on remarque le monogramme
du Christ.
ANTHEHivs, petit quinairo de bronze. vicroRiA avg.
La manière dont j*ai noté ces pièces indique assez que je n'ai pas voulu les décrire, mon but n'étant pas de faire un traité de numismatique ancienne.
Qui ne connaît les ouvrages de Vaillant, Patin, Goltzius, Mionnet, Banduri, Musellius, Havercamp, Vico, Eckhel, l'abbé Kell, et de tant d'autres dont la plume patiente et savante nous a fait connaître l'origine et les révolutions des Etats, les noms de familles illustres, les divinités du paganisme, les instruments des sacrifices, les ornements des pontifes, des augures et des sacrificateurs; les noms et les machines de guerre des anciens, la pompe de leurs triomphes, les couronnes qui servaient de récompense pour les services rendus à la patrie, les autels,. les temples, les théâtres, les cirques,4es arcs-de-triomphe et enrgénéral toute sorte
(i*édifices et de monuments que le temps a détruits, que le vandalisme a nivelés, et que Tor, l'argent , le bronze nous ont conservés.
On croirait qu'après tant d'écrits, après de si longues recherches, le sujet doit être épuisé. Il n'en est rien cepenéant, car il reste toujours à faire des rectifications, des observations et des additions nouvelles. La terre n'a pas encore rejeté de son sein tout ce \
qu'elle a enfoui, et la science est loin d'avoir dit son J
dernier mot. Il suffit, pour s'en convaincre, de lire la Revue numismatique dirigée par MM. de la Saussaye et Cartier, d'Amboise. Depuis nombre d'années elle ne cesse de donner des pièces inédites, des aperçus nouveaux sur toutes les branches de l'art monétaire. Ajoutons à cela les travaux particuliers, les Mémoires des sociétés savantes, et nous devrons conclure qu'il n'y a pas plus de repos pour la pioche que pour la plume de l'antiquaire.
Les médailles byzantines ou de l'empire d'Orient à légendes grecques ne se trouvent pas en France.
Voir les ouvrages de du Cange, Banduri, Hardouin,
Eckhel et Beauvais.
La domination franque amena un nouveau mon-
ii PRÉFACE.
nayage dans la période qui s'étend de la première moitié du sixième siècle à la fin du septième. L'or fut presque exclusivement employé dans cette fabrication, et le triens ou tiers de sou d'or fut très répandu.
Personne n'ignore que, chez les Romains, les triuminrs-monétaires étaient des magistrats ou officiers fort considérables tirés du corps des chevaliers, et j'ai cherché à prouver, il y a quelques années, que les monétaires de l'époque dite mérovingienne, ayant le droit d'inscrire leurs noms sur les pièces courantes, occupaient une charge du premier ordre. Elle ne devait donc s'accorder qu'aux courtisans le plus en faveur, et c'est ce que confirment les noms de Magrioaldus, de Vintrio, de Sigoaldus et d'une foule de puissants seigneurs qui jouèrent, comme eux, un rôle important dans les événements du règne de Brunechilde.
Nous connaissons également les lieux inscrits au datif sur les pièces qu'ils firent frapper. — AvgvstodvnOy CdbillonnOy SinernvrOy de même que Beleno et Avtixiodvro; mais combien d'autres n'ont été découverts que depuis que l'on étudie sérieusement la numismatique, et combien sont encore inconnus. On en jugera en consultant les ouvrages de Bouteroûe, Le Blanc, Comberouse, de Lagoy, Robert, Renault, etc., etc. Il est donc important, sous le rapport géographique, de poursuivre les recherches si intéressantes auxquelles ont déjà donné lieu les observatipns faites sur les petites pièces que Ton désigne par le nom de triem, ou plus communément par celui de
monétaires. On pourra encore, en examinant les produits des lieux divers signés du même personnage, en suivant les officiers monétaires dans les tournées qu ils étaient obligés de faire pour convertir en espèces les lingots donnés en échange de marchandises, reconnaître les pays soumis à une communauté d'administration et leur plus ou moins d'importance sous le rapport commercial.