‹ Manuel de l'amateur de jetonsChapitre 4 sur 102 · AUXERRE · texte numérisé non relu

AUXERRE

LEVEDGISOLVS MONTAT.

Lieu incertain.

M MONEÏ.

BELENO FIT.

AVDO MONET.

AVTIXIODUIO.

BANNIACIAOOFIT.

Les monnaies mvales françaises ont trouvé dans Le

Blanc, gentilhomme du Dauphiné, mort à Versailles en 1698, un interprète d'autant plus méritant, que le sujet qu'il se proposait de traiter avait à peine été abordé avant lui, et que, désirant éviter toute conjecture hasardée, il lui fallut secouer et déchiffrer bien des manuscrits poudreux. Son ouvrage a servi jusqu'ici de vade mecum aux amateurs qui se sont occupés de la recherche des monnaies produites par dix siècles de monarchie.

Tout vieillit en ce monde et devient incomplet. Des découvertes, comme je l'ai dit plus haut, se font chaque jour; aussi a-t-on regardé comme une bonne nouvelle l'annonce d'un Traité mis au niveau des connaissances actuelles et dû à la laborieuse persévérance de M. Berry, conseiller à la cour de Bourges.

La probabilité à peu près certaine des attributions ne commence guère qu'à Charles le Chauve; et encore, si on donne à ce prince de nombreuses monnaies, on ignore le lieu positif où quelques-unes furent frappées. Pour ma part. Je ne suis pas encore édifié sur ce denier que l'on prétend attribuer à Curtisson.

F. CïHTISASO-

En cherchant bien, on découvrira sans doute un lieu moins contestable. — Auxonne, par exemple. A Carloman commence le monogramme du mot

RBX.

Le type se maintint sans grandes difTérences jusqu'à la troisième race, mais alors on entre dans cette variété de pièces si différentes par le module, le poids et le dessin , flont on trouve les noms principaux au numéro 8 de la classification et dont je m'abstiendrai de parler.

Quand la main de Charlemagne se glaça, les fils de la vaste organisation qu'elle tenait se brisèrent; la féodalité reçut le jour et avec elle un nouveau système de monnaies.

L'évëque Modoinus qui, dès 838, eut l'administration du comté d'Autun, fit battre monnaie, et on a pensé pouvoir lui attribuer, quoiqu'elle paraisse d'une époque postérieure, la pièce suivante :

Il Tant plus naturellement la donner à l'évëque Jonas qui obtint de Charles le Chauve le privilège de monnayage en même temps que d'autres grands privilèges pour l'église de Saint-Nazaire.

Croix à branches égales — Honogramme de Lharleit le Chauve.

yuoi qu'il en soit, les comtes qui s'étaient déclarés indépendants, les prélats, princes dans leurs diocèses, les abbés, maîtres dans leurs monastères, usèrent de tous les droits de souveraineté; ils eurent leurs coins et leurs ateliers monétaires. Des types particuliers ne leur sutlirenl pas toujours, et pour assurer le cours de leurs espèces, il leur arriva de copier, en les altérant, les types des rois et des empereurs, en sorte que ce fut un vrai déluge de monnaies épiscupales et batonales.

Vers la lin du dernier siècle, Tobiésen Duby entreprit une œuvre que Le Blanc n'avait pas eu le temps d'achever. Les difficultés ne l'arrôtèrent pas, el il tressa un canevas sur lequel on a brodé nombre de monographies provinciales et locales. C'est ainsi que M. Cartier a écrit un volume entier sur le type ehar- Irain, que M. A. Barthélémy a donné la série si importante des ducs de Bourgogne, dans laquelle je me bornerai à citer Hugues IV et Robert II.

XONKTA HVdUNI

Ëeu de Bourgogne. —Croix canlonnée d'un annelcl.

L'auteur du Traité des monnaies des barons a embrassé l'ancien domaine de la France, et conséquemnient il a dû donner la Navarre, la Flandre, le Hainaat, la Lorraine, la Savoie, etc., etc.

Voici deux pièces qu'il ne cite pas et qui se rapportent à la domination espagnole. Elles m'ont paru intéressantes à cause de leur rapport avec l'ordre de la Toison-d'Or.

Briquet de Bourgogne orné de deux têtes de bélier et faisant jaillir des étincelles d'un caillou. Au-dessus, la couronne impériale romaine.

KVRGVNDIE. 1550.

K couronné. — Crois de Suinl-André hée pur le briquet.

Il n'est pas nécessaire d'insister sur l'importance que présente l'étude de cette branche de la numismatique ; on la conqirend facilement en voyant le médaillier dérouler la nomenclature des souverainetés

féodales, les dominations successives, les empiétements et en quelque sorte les luttes qui troublèrent fréquemment la paix.

Malgré les progrès de la science, il y a encore un grand nombre de pièces non classées ; deux entre autres, trouvées à Autun, offrent à mes yeux un grand problème.

Lqs Bractéates sont tellement minces, que le dessin frappé au repoussoir paraît en relief au revers ; elles ont existé depuis te moyen-âge jusqu'à une époque très rapprochée de nous. Perpignan et le Roussillon

en général en offrent des exemples; on en a découvert dans des fouilles faites à Saint-Martin d'Avallon; la Suède est, dit-on, le pays où Ton en rencontre le plus. Je ne sache pas que Ton se soit occupé sérieusement de leur étude.

Le nom de monnaies obsidionales (nummi obsidionales, — nummi castrenses) a été improprement donné k tout fragment de métal ou de toute autre matière frappé ou marqué pendant un siège ou dans un camp, afin de suppléer à la vraie monnaie qui

manque, pour servir aux troupes et aux habitants de signe représentatif d'une valeur intrinsèque spécifiée.

La plus ancienne pièce de ce genre est celle du siège de Leyde (1474); les plus récentes sont celles d'Anvers et de Strasbourg (1 81 4-1 81 5) .

Il existe un traité bien incomplet, quoique portant le titre de Recueil général des pièces obsidionales et de nécessité^ publié par Michelet d'Ennery d'après les manuscrits de feu Tobiésen Dubuy.

Un sommeil de mille ans pesa, à part Tarchitecture, sur les arts en général et sur Fart monétaire en particulier, mais son réveil fut un triomphe. Ce n'est qu'en 1 41 5 que Ton vit la première médaille moderne, celle de Jean Hus; en 1438, celle de Jean Paléologue, dernier empereur de Constantinople, gravée par Pisano ; dix ans plus tard, en France, celle d'Alphonse, roi d'Aragon ; la ville de Lyon attendit jusqu'à 1 494 pour offrir à Charles VIII et à Anne de Bretagne une médaille à leur effigie. Les produits de Bolduchi et d'autres artistes commencèrent à être recherchés.

La renaissance produisit assez pour que, sous le titre de Sillage nvmismatvm elegantiorvm, Luckius ait pu former un gros volume de ce qui parut dans le* dix-septième siècle. Le célèbre Benvenuto Cellini nous raconte lui-même, dans ses Mémoires, qu'il se livra à la gravure des médailles.

Jacques de Bie, calcographe, publia, en 1634, un grand nombre de médailles avec quelques explications; mais on ne peut avoir confiance en cet auteur, car, bien qu'il dise n'avoir rien dessiné que sur les

30 PRl^FACE.

/ originaux, il n'est pas donlenx qu'il n'ait donné un large essor k son imagination. D'après les lignes précédentes, il devient impossible d'admettre sa pièce de Pharamond ainsi que les suivantes qu'il attribue aux dix premiers siècles de la monarchie française. Il a sans doute pensé que, puisque Phidias avait bien fait un Jupiter en s'inspirant des vers d'Homère, il pouvait bien, lui, inventer les têtes de nos vieux rois. A la vérité, Maximilien d'Autriche fit frapper des médailles au nom de ses ancêtres , et, le 20 thermidor, an X, Bonaparte, honteux des produits de l'art républicain, ordonna de confier k de nouveaux graveurs toutes les opérations importantes de la Révolution, en commençant par celles qui avaient eu lieu depuis le 18 brumaire; mais on doit considérer comme bonnes seulement les pièces du temps, c'est-k-dire celles frappées du vivant de l'homme dont elles offrent l'image et au moment de l'événement qu'elles retracent.

y/ Le degré de gloire auquel la France était parvenue sous les règnes de Henri IV, de Louis XIII et particulièrement après la paix des Pyrénées suivie du matiage de Louis XIV, nécessitait le soin de consacrer sur le marbre et sur le bronze le souvenir des actions les plus brillantes et des événements les plus remarquables.

Jusque-la, les monuments métalliques avaient été abandonnés au caprice de leurs auteurs qui oubliaient trop souvent les règles et le bon goût dont l'antiquité nous a légués de si nombreux et si brillants modèles.

Le roi sentit la nécessité de créer une Académie chargée de travailler aux inscriptions, aux devises, aux médailles, et de leur rendre cette noble simplicité qui en fait le véritable prix.

Pendant le ministère de Colbert et sous la direction de cet homme habile, on entreprit de constituer par médailles une histoire suivie des principaux événements du règne de Louis XIV. La tâche était difficile, car le faire des anciens n*avait pas encore été étudié avec assez de soin. On marchait lentement, dans TimpossibiHté d'arriver tout d'un coup k la perfection, lorsque le ministre mourut.

Louvois, nommé à sa place surintendant des bâtiments, continua avec ardeur une entreprise qui, à juste titre, lui semblait belle. Le travail fut repris et plusieurs médailles de différentes grandeurs furent frappées.

En 1691 , Sa Majesté remit le département des Académies à M. de Pontchartrin, alors contrôleur général et secrétaire d'Etat, ayant le département de la maison du roi. Ce nouveau ministre donna une attention particulière à la Petite Académie (c'était son nom vulgaire), qui devint plus connue sous le titre d'Académie royale des Inscriptions et Médailles.

Il confia l'inspection de cette compagnie à M. l'abbé Bigiîon, son neveu, dont le génie et les talents étaient déjà appréciés.

Un nouveau plan ayant été définitivement arrêté, les médailles frappées et les dessins faits du temps de Louvois furent revus avec soin; on en réforma plu-

^U.Sk /t»t?^-<9 V

sieurs, on en ajouta beaucoup, et toutes les médailles reçurent le même module. L'histoire métallique fut ainsi poussée jusqu'à Tavènement de Mgr le duc d'Anjou à la couronne d'Espagne.

M. de Pontchartrin fils succéda à son père nommé chancelier au mois de septembre 1 699 ; mais celui-ci avait fortement à cœur l'histoire du roi par médailles qu'il avait conduite et avancée avec un soin particulier, aussi il retint l'inspection de cet ouvrage qui fut achevé et publié avec un luxe jusqu'alors inconnu. La première édition est de 1702; la seconde, de 1723, est plus complète, mais elle n'a pas de préface.

On trouve dans les Annales de la monarchie française un grand nombre de médailles qu'il ne faut guère prendre au sérieux que depuis Henri IV ; elles nous conduisent jusqu'au sacre de Louis XV.

Bizot, sous le titre d'Histoire métallique de la République de Hollande, a donné les plus belles médailles de Louis XIV, représentant des faits de guerre dans les Pays-Bas (Paris 1688). Ce recueil fut augmenté dans la suite.

Le P. Ménestrier fit, pour les Enfants de France, Y Histoire de Louis le Grand, par les médailles, emblèmes, devises, jetons, inscriptions, armoiries et autres monuments publics (Paris 16J^JÔ). f ^ . •>

Fleurimont acheva un ouvrage, déjà commencé* sur les médailles du règne de Louis XV.

Ces recueils manquent d'un texte suffisant, et on ne doit les considérer que ôomme des albums.

L'anglais Snelling et le hollandais Van-Loon ont

écrit sur les médailles modernes et même sur les / jetons. Je n*en parle que par ouï-dire. Il en est ainsi à l'égard d'autres auteurs étrangers.

De Renesse a publié un catalogue de 40,000 arti- / clés, mais sans explications historiques.

La Napoléonide chante en vers les exploits du héros des temps modernes, triste manière de faire de la numismatique.

Dans ces dernières années, j'ai publié deux ouvra^ / ges spéciaux, l'un intitulé Fragments d* histoire* métallique, l'autre. Nouvelle Étude de Jetons. On doit à M. Rossignol, de Dijon, une histoire très intéressante, écrite à ma soUicitation et sur mes dessins, ayant pour titre : Des Libertés de la Bourgogne d'après les Jetons de ses États.

Ce sont ces trois livres, fruits d'une même pensée, que je vais refondre en un moule unique, en ayant soin d'élaguer tout ce qui est conjectural ou inutile, de rectifier des faits ou des appréciations , et enfin d'ajouter bon nombre de pièces que j'ai étudiées depuis.

Avant d'entrer en matière, on me permettra encore quelques réflexions.

Mon admiration est grande pour tous ces chefsd'œuvre numismatiques du hàut-empire romain qui, après avoir bravé une longue suite de siècles, témoignent encore du degré de perfection auquel était alors parvenu l'art monétaire. Au temps de la décadence, l'artiste doit fermer les yeux, mais la tâche de l'historien n'est point achevée, car les lettres survivent dif^ ficilement à Tart, et dans ces transitions fâcheuses,

tes monuments métalliques, quelque imparfaits qu'ils soienl,n'ensontpasmoinstrèsutilespourexpliquerdes faits obscurs; ils acquièrent une véritable importance.

En général, les arts ont eu, comme la civilisation, des périodes caractéristiques. Ouand un Etat est grand et florissant, les œuvres qu'il voit éclore sont belles. Quand la discorde agite la société, les oeuvres sont, à peu d'exceptions près, maigres, sans style et comme produites à la bâte dans l'incertitude du lendemain. En veut-on un exemple? on n'a qu'à comparer le médaillon frappé à l'occasion de ces admirables travaux qui préludaient à la cbute définitive des barrières provinciales, avec cette médaille coulée pour perpé-tuer l'eEEgie de l'ignoble père Duchêne.

Il s'agit, dans le premier, des trois canaux du Charollais, de la Franche-Comté et de la Bourgogne, formant une triple jonction des deux mers à travers ta France. Quelle gracieuse composition ! quelle pureté

de dessin I La Saône sous la figure d'une femme cou-

ronnée ayant à ses pieds l'écusson de la province, comme elle en avait les fleurons sur la tèle. Sa main droite élève l'emblème du commerce, tandis que sa gauche s'appuie sur une corne d'abondance. Les eaux de cette puissante rivière se mêlent amoureusement k celles de la Loire, de la Seine el du Rhin, trois vieux fleuves couchés sur leurs urnes au milieu des roseaux. Dans la seconde, quelle figure canaille ! quelle caricature I quelle légende de taverne I Elle fait partie du recueil publié par M. Hennin, sous le titre â' Histoire numistnatique de la Révolution française. Celle de notre Révolution de février ne lui eéde en rien.

Si ce n'est pas par amour du beau que nous recherchons une grande partie des médailles romaines et les monnaies du moyen-âge, pourquoi négligerions-nous une foule de pièces plus récentes qui, présentées sous leur véritable jour, sont bien propres à piquer la curiosité? Ces pièces modernes peuvent être divisées en fleox classes : I" celles cnnnues sous le nom de

médailles, variant beaucoup dans le module, mais d'une épaisseur notable ; 2° celles d'un diamètre à peu près uniforme et généralement minces, auxquelles on donne le nom de^^^om.

Les unes et les autres offrent des dessins appréciables a tous les degrés, représentant des portraits, des armoiries, des emblèmes politiques et religieux, des allégories, des monuments, des sièges, des combats sur terre et sur mer, des triomphes, des avènements, des entrées dans les villes, des naissances, des mariages et des funérailles. Les dates que Ton voit sur la plupart, les rendent plus positives que les médailles antiques et leur donnent un intérêt qui manque à ces dernières. Les conjectures sont moins hasardées, et l'exacte traduction ou explication de leurs devises est toute une page d'histoire.

Je ne veux m'occuper que des pièces de la seconde classe dont les sujets sont en nombre infini et conséquemment deviennent intéressantes par leurs variétés, par les événements ou les hommes dont elles consacrent la mémoire et que, malgré cela, on plonge à ' profusion dans le creuset des fondeurs. Je vais essayer de les classer, de jeter du jour sur quelques-unes, et solliciter l'attention du public sur leur valeur scientifique. J'en représenterai la plus grande quantité possible, c'est-à-dire tout ce qu'il sera donné à ma patience de dessiner. Manier à la fois la plume et le crayon, n'est pas toujours chose facile, aussi je compte sur l'indulgence du lecteur et il voudra bien m'excuser en pensant à toutes les difficultés que j'ai eu à vaincre.

MANUEL

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