livre 15 sols 6 deniers. Vers cette époque commence V
donc le jeton rémunérateur et historique, et dix an- ^' '^ nées plus tard nous lisons dans le registre des délibérations des Etats :
« Parce que l'introduction de la distribution d'une i/ bourse de centjetoirs d'argent, pour une fois, pendant la triennalité, a été faite afin de reconnoitre les Elus des peines qu'ils ont prises durant le temps de leur élection aux assemblées extraordinaires, selon Foccurrent des choses, ainsi que pour la vérification des états des receveurs.... »
Le jeton des Etats était donc une récompense; mais y^ le passage suivant nous apprend qu'en 1 584 on s'en servait aussi comme de jetoir :
« Les élus ont encore fait entendre qu'ayant scu v que, pendant chaque triennalité, l'on faisoit des jects d'argent pour être distribués à chacun d'iceux, ils en avoient fait faire également et aussi acheter d'autres pour le service du bureau... »
Quand le duc venait au bureau, il calculait les sommes avec des jetons d'or et les officiers du conseil avec des jetons d'argent. Les princes de Condé, gouverneurs de la Bourgogne, recevaient à chaque tenue des Etats une bourse de cent jetons d'or, offerte au nom de la province. Pas un seul en ce métal n'a pu être retrouvé. Les jetons d'argent ont en grande partie disparu; on s'en console en pensant que ceux de
cuivre que l'on recueil le facilement étaient frappés aux mêmes coins.
Le jeton des Etats présentait toujours, k quelques
exceptions près, les armoiries de Bourgogne; le revers variait au contraire à chaque triennalité, et ce sont ces variétés qui constituent des pièces historiques. Pour donner à ces pièces un plus grand prix honorifique, et par économie, les trois Elus des Ordres et les députés de la chambre des comptes étaient les seuls qui en reçussent ; mais, en i 573, une délibération du 16 janvier porte : « On fera faire 550 jetoirs d^argent qui seront mis en onze bourses de 50 chacune. »
En 1 581 , il y eut une augmentation de quatre bourses, et le nombre des jetons qu'elles contenaient fut porté de 50 à 100, nombre qui n'a plus varié.
Au dix-septième siècle, pour éviter des abus, on décida que la distribution des jetoirs d'argent ne serait faite qu'à la fin de la deuxième année d'exercice. A la même époque, MM. les Conseils et Syndics des Etats convoitaient les jetons honorifiques, et, après des hésitations diverses, l'assemblée de 1648 ordonna qu'il n'en serait accordé qu'aux Elus des trois Ordres, aux députés des comptes dans la Chambre des Elusgénéraux, à l'Elu du roi, aux greffier et receveur général, à chacun une bourse d'argent et une de cuivre, ainsi qu'aux avocats de l'assemblée. Les procureurssyndics et le commis des greffiers furent taxés seulement à une demi-bourse chacun.
Les prétentions n'en continuèrent pas moins : eu 1 679, il y eut 1 2,000 jetons de toute espèce, et plus encore dans le cours du dix-huitième siècle.
L'intendant de la province obtint une bourse en 1 71 8*:
H. de La Briffe était alors en fonction; on en accorda une à ceux qui étaient députés pour faire aux Chambres les compliments d'honneur. « Et sur ce qui a été représenté, que de tout temps les chambres qui composent les Etats avoient nommé des députés pour faire aux Chambres des compliments d'honneur; et qu'il conviendroit de faire une reconnoissance à ceux qui sont chargés de les adresser; les Etats ont décrété qu'à commencer de la présente année, il seroit offert à celui de chaque chambre qui sera chargé de faire les compliments d'honneur aux deux autres une bourse de jetons d'argent, comme aux rapporteurs des enquêtes, à condition qu'il n'y aura qu'une personne pour chaque chambre, laquelle encore ne pourra être en même temps rapporteur (}es enquêtes. »
Un sentiment d'antipathie peut seul expliquer pourquoi les Alcades avaient été jusqu'alors tenus à l'écart. Quoi qu'il en soit, ils profitèrent d'un voyage en cour pour faire entendre leurs plaintes, en i 751 ; les Etats rendirent le décret suivant :
« Vu la demande formée par les commissaires alcades, les Etats ont décrété d'accorder une bourse à chacun des dits commissaires présents et à venir, conformément aux intentions de S. M. »
C'était une augmentation de 700 jetons. Nous les avons vus atteindre à peine le chiffre de 550, et au moment de la Révolution il était de 6,550. On donnait en outre 100 jetons d'or au prince de Condé, et 10,900 jetons de cuivre à ceux qui avaient déjà les
i64 ÉTATS
bourses d'argent, et peut-être à quelques employés subalternes non désignés.
Quoique, dès le quatorzième siècle, Paris eût fourni des jetons à la chambre des comptes, concurremment avec Jean d'Ouges, demeurant à Dijon, on doit noter les voyages des Elus au nombre des causes de cette étrange manie qui n'admet rien de bien, rien de bon que ce qui se fabrique au loin et surtout dans la capitale. Bien qu'il y eût à Dijon une monnaie, et dans le reste de la province de vieux ateliers monétaires, les Elus profitaient de l'occasion du voyage d'honneur pour commander leurs jetons. Nous citerons un de leurs marchés :
« Cejourd'hui 18 décembre 1679 a été convenu que moi, Jean-Baptiste Dufour, ancien tailleur de la monnaie de Paris, demeurant rue Saint-Germain-l'Auxerrois, promets et m'oblige de fournir à MM. les Députés généraux des Etats de Bourgogne coins et carrés pour monnoyer les jetons d'or, d'argent et de cuivre, bien et duement gravés, d'un côté des armes de la province avec l'inscription ordinaire : comitia BURGUNDiiE, et le millésime 1680; et de l'autre côté, pour corps, un oltvter chargé de feuilles et de beaucoup de fruits, et pour devise : opibusque juvabo...»
« A aussi été convenu que je ferai fabriquer tous les jetons d'or, d'argent et de cuivre, pour lesquels il sera payé 400 fr. pour chaque marc d'or, et 16 fr. pour la façon de chacun des marcs, dont il y aura seulement deux bourses d'environ 4 marcs, 3 ou 4 onces. »
De bourgogne. itfS
« Sera payé pour chaque marc de jetons d'argent 33 fr., la façon comprise, et en sera fabriqué 2,700, la bourse d'environ trois marcs deux onces, et dix écus pour chaque miUier de cuivre au nombre de 9,000. »
On voit que la date des jetons n'est pas celle de l'ouverture des Etats et qu'ils portaient exclusivement le blason traditionnel et la devise triennale. Il nous reste à faire connaître dans quelles bourses on les renfermait.
« Cejourd'hui 17 décembre 1688 M. Henry Tresneau, marchand boursier de la ville de Paris, demeurant proche l'horloge de Palais, à l'enseigne de la Bourse-Royale, a promis à MM. les Elus généraux des Etats de faire fournir dans quinze jours la quantité de bourses ci-après, sçavoir : neuf bourses de velours bleu de Gênes, doublées de satin de Gênes, couleur de rose, parsemées de fleurs-de-lis d'or, au fond desquelles seront élevées en broderie, à deux bourses, les armes de leurs Altesses Sérénissimes Mgr le Prince et Mgr le Duc, et aux sept autres, les armes de la province de Bourgogne avec des cordons et houppes d'or, le tout pour le prix de 24 livres pour chaque bourse. »
HL Plus fera ledit Tresneau une bourse de satin rouge de Gênes, en dedans et en dehors brodée en broderie d'or, au fond de laquelle seront élevées les armes de la province, en broderie, pour le prix de 17 livres. »
« Plus, il fera trente-six bourses de velours, moitié cramoisi et vert, doublées de satin rouge de Gênes,
k cordons et houppes d'or et de soie, pour le prix de quatre livres 40 sols chacune. »
« Plus six-vingts bourses de cuir avec cordons de soie, pour le prix de 10 sols chacune. »
Il est une seconde espèce de jetons des Etats qu'il ne faut pas confondre avec ceux de la province proprement dite ; c'est le jeton personnel , propre aux officiers de la Chambre. Celui-ci porte toujours le blason du personnage qui avait été honoré d'une bourse des jetons provinciaux. Les frais en étaient supportés par le destinataire auquel on permettait seulement de prendre l'une des faces du coin provincial. Nous donnerons dans un paragraphe particulier cette série moins importante que la première sous le rapport historique, mais qui ne sera pas sans intérêt sous le rapport héraldique.
On a supposé que Louis XT fit supprimer les registres des Etats de Bourgogne quelque temps après la réunion du duché à la couronne, à cause du caractère d'indépendance et de liberté qui régnait dans les délibérations. Ce qu'il y a de certain, c'est qu'à la fin du règne de François P' de nouveaux registres furent tenus avec soin, et en même temps les jetons commencèrent à se montrer. Pendant la dernière triennalité , à la veille de la Révolution française, quoique les jetons ne servissent plus aux comptes , on en dis-
tribuait plus que jamais. Aujourd'hui, on peut encore retrouver facilement les anciens, tandis que les modernes sont devenus rares; et cependant dans la dernière moitié du dix-huitième siècle, on en frappa 1 00,000
DE BOURGOGNE. i67
eo argent et 170,000 en cuivre. Il faut encore voir là un effet de ce grand mouvement politique dont un des caractères fut de s'attaquer avec fureur à tout ce qui rappelait ie régime tombé, à tout ce qui portait l'image du souverain. D'ailleurs, les Tamilles de ceux qui possédaient ces pièces d'honneur furent dispersées par la tourmente, et souvent leurs enfants oublièrent de conserver ce qu'elle avait épargné.
Nous ne connaissons aucun monument métallique des Etats antérieur à 1575. A dater de cette époque, nous avons pu former une série à peu près complète et nous la diviserons en trois catégories : i" de 1575 à<630; — â^de 4630 k 1737; — 3° de 1737 à 1789.
La première, à part deux exceptions, est caractérisée par ta devise salvs popvli svpreha lex esto.
La seconde a pour indication la légende comitia bvrgvmdI:* ou ses variétés.
i68 JETONS DKS ÉTATS.
La troisième porte les mêmes mola, mais le basle du roi en rend en quelque sorte les revers uniformes en leur ôtant leur caractère historique.
Ces différences trouvent une explication dans la politique des trois époques.
PRBMIËRR PÉRIODE.
Le 31 janvier 1575. Henri III, traversant la Bourgogne, arriva à Dijon au milieu des plus grandes réjouissances. Les Etats se réunirent quelque temps après et ordonnèrent de frapper un jeton sur lequel on voit trois couronnes. Deux sont posées à terre pour rappeler que Henri III est à la fois roi de Franc* et de Pologne; la troisième est au ciel parmi les étoiles : c'est une conquête à faire
PHEHIËRE PÉRIODE.
Les disseasiODS religieuses appelaient aux armes les partis opposés. La Bourgogne avait accueilli avec enthousiasme le jeune duc de Mayenne pour son gouverneur. On voulut le représenter sous les traits de Mercure entraînant la province figurée par un personnai^e portant une bourse, par allusion aux privilèges du pays dont l'un consistait à voter l'impôt. Ce personnage, tout en gardant la bourse, confesse son impuissance, abandonné à lui-même..
B6ET. ARTE. RBGENTIS. — U
La délibération contient : « Le 28 mai 1580, M. Pierre Micbel, après avoir fait entendre sommairement le succès de ses poursuites en coui, a déclaré qu'il avait, à sondit voyage, fait faire des bourses de jetoirs d'argent et de copeKe, en chacune desquelles
ilO JETONS DES ÉTATS,
y avait cent jetoirs du poids de deux marcs selon qu'il est déclaré, lesquels jetoirs les Elus oui ordonné être distribués à Mgr d'Autan, Elu de l'Elat ecclésiastique; à H. de Hontperroux, Elu de la ?(oblesse; à MM. Petit, vicomte-majeur de Dijon, et Bretaigne, Elus du Tiers-Etat; à d'Esbarre, Elu par te roi; au premier président de la Chambre des comptes; Colin et Hilières, maîtres des comptes; de Monthelon et Horin conseillers des Etats; Maillard, receveur; Souvert, greffier; Joly, administrateur du greffe, avec ledit Souvert, chacun une bourse, et une bourse à partager par moitié entre les deux syndics des Etats, ayant égard aux vacations extraordinaires. »
Dans ce temps, comme de nos jours, les événements marchaient vite. Les Etats s'assemblèrent estraordinairement et publièrent un nouveau jeton indiquant qu'au moment où ta guerreétait sur le point d'éclater, on a cherché à s'éclairer sur les tendances des partis.
Arcbimède plonge dans l'eau la couronnne du roi de Syracuse, afin de reconnaître si elle ne contient point d'alliage.
PREHIÈBE PÉRIODE, iH
Bien que Henri III ne fût plus autant aimé, on sentait le besoin de se serrer autour de lui, et le jeton, voté en mai 1584, porte une niche dont l'essaim s'envole en entourant la reine des abeilles, avec la devise
PLEBIS. AVOR. RKCIS. CTSTODIA. -
exprimant plutôt un désir qu'une réalité.
Le duc de Joyeuse, amiral favori du roi, avait été tué; cette perte fut vivement sentie, et ie jeton frappé quelques mois plus tard rappelle sa mémoire.
KELIVS. MBLIORA. 3BCVTIS. — 1587.
L'ancre entourée de deux branches de chêne et surmontée d'un aigle aux ailes éployées, c'est l'amiral triomphant. Bien qu'il soit mort, la palme n'en restera pas ntoins aw meilleur parti. II faut peut-être voir daas cette représentation le symbole de la foi.
Malgré l'annonce de la paix, le parti des Guise ne
27i JETONS DES ÉTATS.
s'en fortifiait pas moins. En vain, le 33 décembre 1588, Henri III fit-il assassiner à Blois le duc et le cardinal de Guise ; Mayenne leur frère fut proclamé lieutenant généra) du royaume et protecteur de l'Eglise.
Tandis que le parti des rois se retranchait sur les plateaux de Flavigny et de Semur, le reste de la Bourgogne était ligueur, à peu d'exceptions près, et Dijon devint le centre de la résistance, le quartier-général de la Sainte-Union.
Au milieu de la guerre civile, la division était complète entre les parlements et les Etats, entre les membres d'une même familte, car le comte de Tavannes était en Bourgogne le lieutenant des rois, et le vicomte le lieutenant de la Ligue.
Aux Etats ligueurs assemblés en octobre 1590, on jure de vivre et de mourir dans la sainte foi, serment que consacre le jeton suivant.
SEKVBT QVAV PRIMA RBCBPIT.
La Bourgogne gardera la foi qu'elle a reçue la première, et qu'elle a donnée aux rois francs.
Au revers, une couronne surmontée de la croix, avec accompagnement de palmes victorieuses; le tout