L. HONTE
Dans l'appendice au règlement fait en 1 354 par les ouvriers et monnayéurs du serment de France, il était dit que, lors de leur réception, ils seraient obligés de distribuer à chaque membre de la compagnie un certain nombre de jetons d'argent du poids de deux gros. Nous croyons que cette obligation a reçu son effet jusqu'au règne de Louis XVI, époque où la corporation du serment dé France a cessé d'exister. Quoi
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qu'il en soit, voici un exemple iln milieu du dix-septième siècle.
M lit H IR II ghandceiip.
Lïs otivniBns et MonnoïRHS de la monnoib d. fARis.
Les jetons eurent des destinations nombreuses. Signes représentatifs, instruments de calcul, marques d'honneur, pages d'histoire à l'usage de tous, souvenirs d'unions, ils remplirent tous les rôles, jusqu'à devenir l'accessoire indispensable des tables de jeu.
Avant d'essayer de les classer, nous allons examiner leurs divers éléments. Le rébus et le calembourg y occupent une large place. Les armoiries et les emblèmes qui les décorent peuvent donner lieu à d'intéressantes recherches ou dissertations, et il nous paraît convenable de consacrer à ces représentations quel- ' ques lignes préliminaires.
Les armoiries ou armes sont des marques ou emblèmes propres à chaque état, à chaque ville, à chaque corporation, et héréditaires dans les maisons nobles OQ de distinction. Les premières de ces maisons avaient seules le droit d'armoiries; mais Charles V ayant anobli les bourgeois de Paris, leur permit de porter des écussons, et, à leur exemple, les plus nota-
bles bourgeois des autres villes en prirent aussi. Nous n'avons pas à nous occuper ici de Torigine et de Fancienneté des signes héraldiques; nous admettons qu'ils naquirent des cottes d'armes et que bien auparavant on avait symbolisé les noms comme on le fait encore aujourd'hui.
Le symbole est généralement confondu avec l'emblème, et il serait difficile de les définir exactement d'une manière tranchée. L'un et l'autre ont donné le
jour à l'allégorie ou sorte de langage fondé sur un usage reçu. Ainsi, personne n'ignore que le temps est représenté par Saturne, vieillard tenant une faulx; que Jupiter est armé de la foudre avec un aigle à ses côtés ; que Neptune, dieu de la mer, porte un trident, et Mercure, dieu du commerce, un caducée.
Les règles de l'allégorie sont fixes : cependant Rubens et Lebrun ne les ont pas toujours observées; mais depuis, leurs inventions ont été consacrées. Les vertus se caractérisent facilement, comme, par exemple, l'innocence par la colombe, la foi par l'ancre. Un animal placé à côté d'un personnage, le désigne sufiisamment : tels, l'homme pour saint Mathieu, le lion pour saint Marc, l'aigle pour saint Jean, le bœuf pour saint Luc. Quand il s'agit d'hommes moins connus, de familles et d'alliances, c'est alors que le blason devient nécessaire. Si le sujet se complique, il faut absolument ^recourir à l'allégorie. Louis XIII avait un fils qui, depuis, fut Louis XIV; mais il pouvait lui arriver malheur, la France n'était qu'à demi rassurée : le roi a un second fils, et de toutes parts on répète : ad
5i JETONS.
SPEM SPES AUDiTi GALLis, et le Dauphin enlace une ancre.
L'état de l'âme peut, jusqu'à un certain point, se rendre par les traits de la physionomie, mais plusieurs faits et gestes distincts ou successifs présentent une difficulté que l'allégorie surmonte. Ainsi, on représentera, dans l'espace le plus restreint, la prise de plusieurs villes, par la victoire avec ses attributs, tenant en main les armoiries des villes conquises ou écrivant sur un bouclier les noms de ces forteresses.
L'histoire puisera ses traits dans l'attitude des personnages. L'Espagne, au temps de sa splendeur, sera une femme superbe; la Franche-Comté soumise, une captive tremblante aux pieds de son vainqueur; le Rhin, un vieillard qui se lève épouvanté à la vue du monarque doutTarmée traverse ses flots, et qui, dans son effroi, laisse tomber son gouvernail.
La légende que nous nommons devise vient ordinairement aider à l'explication des figures. La guerre a besoin d'hommes et d'argent; la force ou la corruption amènent la paix; ou, pour mieux dire, si l'épée est le moyen de faire la guerre, l'argent en est le nerf.
Tels sont les mois qui donnent un sens nel et aiivU' à nne épée nue, la pointe en haut et à côlé d'un coffre-fort ouvert. Sans la devise, la figure serait suscep-] / tible de raille interprétations vagues. ' "*
Parfois, il reste encore quelque chose à deviner. SIC FVLGET INTEB LILIA. 1657,
Une rose accompagnée de quatre autres plus petites alternées de fleurs-de-lis. Mais quelle est cette rose brillante et princiéreî probablement mademoiselle dp Montpensier.
Au revers, une oie avec cette vieille plaisanlerit' : MON OIE FArcT TOVT [mounoie fait tout),
La devise donne des avertissements sévères, de nobles préceptes.
L'es[mt facétieux ne respecte rien; il parodie les paroles de saint Luc au chapitre xxiv, dans lequel est racontée l'apparition aux disciples d'Emmaiis de Jésus-Christ qui, au chap. xv de l'Evangile selon saint Jean, s'était comparé à une vigne, vilis; au chap. xiv, avait dit : Ego sum via, veritas et cita. Sur le jeton.
nous voyons le Sauveur, accompagné de deux disciples, se rendant à Emmaiis à travers une vigne, et les paroles qu'on lui prête sont : m vu vins veritas