‹ Manuel de l'anatomiste, ou traité méthodique et raisonné sur la manière de préparer toutes les parties de l'anatomie, suivie d'une description complète de ces mêmes partiesChapitre 220 sur 281 · DE LA PEAU · texte numérisé non relu

DE LA PEAU

Siluation et rapports. La peau , enveloppe générale du corps, en occupe toute la surface extérieure. En dehors, clle est en rapport avec l'air ambiant : en dedans, elle répond à diverses parties plus ou moins solides , telles que des muscles, des tendons , des aponévroses , des 05 , des vaisseaux de toute espèce, etc.

DE L'ANATOMISTE. 42% Une couche de tissu cellulaire graisseux , dont la densité et lé- Paisseur varient , est toujours interposée entre la peau et les parties subjacentes.

Structure et usages. La peau offre trois parties distinctes, qui sont le chorion , le corps réticulaire et l’épidernte : à ce dernier, il faut joindre les ongles et les poils.

Le premier de ces objets porte encore le nom de euir ou de chorion ; il est placé au-dessous des deux autres; c’est la partie qui reste après les diverses préparations qu’on fait subir à la peau. Le second a été appelé corps muqueux ou réticulaire : des expé= riences ont prouvé que ce corps n’était qu’un lascis de vaisseaux placés entre l’épiderme et le chorion , €t dans lequel résident toutes les propriétés de la peau. Le troisième et dernier est connu sous le nom d’épiderme.

Les poils ont recu différens noms - appelés cheveux à la tête, ils sont connus sous le nom de cils aux yeux, et de barbe au menton. On distingue dans les poils, en général, une tige et une racine : la première est la portion qui se montre au dehors ; elle est allongée, cyhudrique, et paraît composée de deux membranes , dans l’intérieur desquelles se voit un pelit canal cylindrique; la racine est renfermée dans une espèce de bulbe ou sac nembraneux implanté dans le chorion.

Les ongles ne se veient qu'aux doigts des pieds et des mains ; Is se présentent sous la forme de lames dures , blanchôtres et ransparentes, On leur distingue une racine qui est implantée ans la propre substance dela Peau ; un corps, qui en forme toute a portion visible, jusqu’à l'extrémité, qui en est la terminaison. a couleur rougeâtre que présentent ordinairement les ongles ne eur est point propre; elle dépend des vaisseaux qui sont placés u-dessous.

Les usages de toutes ces parties sont nombreux et très-variés : À peau, en général, défend la surface extérieure du corps , de impression trop forte que Pourraient y faire les objets environans. L’épiderme > €n particulier , en modère la trop vive sensa- >n , et permet que nous puissions approcher et saisir certains jets ; dont la présence immédiate sur le chorion serait trop dou

loureuse. La pean est l'organe du toucher, dé la sécrétion de la sueur, de l’insensible transpiration et de l'absorption cutanée. Les ongles et les poils paraissent destinés à modérer l'impression des corps durs et solides, et à prévenir leur trop vive percussion sur Le corps. ”

D gr QE

DE L'ANGÉIOLOGIE.

EXPOSITION PRÉLIMINAIRE

L’angéiologie est la partie de l’anatomie qui traite des VAISSEAUX :

sanguins, On divise ces vaisseaux en artériels et en veineux : les: premiers partent du cœur pour se porter à toutes les parties du: corps, en se divisant à l’infini ; les seconds naissent des extrémités capillaires des premiers, et se rendent ainsi vers le cœur, en réunissant leurs nombreuses divisions en deux troncs principaux: Les artères recoitvent du cœur et transmettent au loin, avec une rapidité extraordinaire, un sang vermeil, léger, chargé d’oxygène, et dont les propriétés ne laissent rien à désirer pour l’entretien de la vie. Les veines, au contraire, rapportent avec lenteur, vers l'organe principal de la circulation, un sang noir, épais, privé d'oxygène et surchargé d’azote et d'hydrogène : l’ur contient les élémens de la nutrition et de la vie, l’autre ne ren: ferme que des agens destrucleurs de cette précieuse faculté. Ii marche du liquide présente aussi des considérations importantes Ea sortant du cœur, il est poussé par des secousses vives el pé riodiques , qui se font sentir également, et presque en mème tems: dans toutes les parties du corps. Ce mouvement porte le nom d sistole quand le cœur se contracte et chasse le sang au loin ; o: Jui donne celui de diasiole quand il se relâche. Ce mouvemer alternatif se fait également sentir dans les artères ; c’est ce qu constitue leurs pulsations. Le pouls n’est autre chose que le x

DE L’'ANATOMISTE. &23 suliat de ces pulsations. Les veines n’ont point de mouvement sensible au toucher ni à la vue, comme les artères : chez elles, le cours du sang se fait d’une manière lente et insensible.

La structure des artères et des veines n’est point la même; lears fonctions expliquent cette différence. Le sang, poussé avec violence dans les artères ,exigeait que leurs parois fussent plus fermes et résistantes ; les eines , au contraire, destinées seulement à contenir ce liquide , qui n’exerce aucune puissance sur elles, n'avaient pas besoin d'offrir des parois aussi solides. Aussi, observe-t-on que celles des artères sont composées de plusieurs tuniques posées les unes sur les autres, sur le nombre desquelles les anatomistes ne sont pas d'accord ; la plupart admettent une tunique extérieure, celluleuse, fournie par le tissn cellulaire voisin, mais qui ne parait pas faire partie essentielle des parois des artères. Au-dessous se trouve ce qu’on appelle la tunique membraneuse, de couleur. jaunâtre, qui repose sur une troisième, regardée comme musculeuse; enfin, une quatrième et dernière, appelée tunique interne, mince, rougeâtre, lisse et polie. On compte bien le même nombre de tuniques aux veines; mais, outre que. chacune d’elles est infiniment moins épaisse, leur existence n’est pas même admise par tous les anatomistes.

Nous suivrons, dans l'exposition de l’angéiologie, l be suivant : d’abord nous nous occuperons des artères, et nous passerons ensuile aux veines. Les artères elles-mêmes seront décrites dans l’ordre de leur naissance des troncs principaux; c’est ainsi que les artères carotides et leurs divisions seront étudiées les premières; les sous-clavières les suivront; celles du tronc viendront après, et nous terminerons par celles des membres inférieurs. La dissection de ces parties, l’étude anatomique observée dans les amphithéâtres, ne permettent point de suivre une autre marche. Les veines demandent une exposition différente; celles de la têle et des membres supérieurs, enfin, touies les FRE de la veine çave supérieure ou ascendante seront d’abord décrites , el On passera ensuite à la portion du système veineux, appartenante à la veine cave inférieure ou descendante. Le système de la ‘Yeine-porte terminera l’angéiologie; on pourrait même la con-

sidérer, jusqu’à un certain point, comme une partie séparée et distincte de la veinologie, puisque ses diverses ramifications ne communiquent point directe nent avec la veine cave inférieure.

Dissection particulière de l’'anctiolovie.

L’angéiologie et la névrologie sont les parties de l’anatomie qui exercent le plus la patience et la dextérité des élèves , sur-tout quand ils veulent pousser loin la dissection des plus petites divisions de ces parties de l'anatomie. Ii est vrai que la matière grossière que l’on injecte dans les vaisseaux , soit artériéls, soit veineux» pour les rendre plus apparens, en facilite singulièrement Pétude ; malgré cet avantage, il n’est point de parties que les élèves dissèquent plus mal et abiment davantage. Voyez, en effet, une préraration d’angéiologie faite par celui qui n’a point enœre acquis l'habitude de la dissection; autant de coups de scalpél, autaut d’artères coupées ; les troncs sont divisés à leur origine; les branches dans leurs divisions, et les rameaux ne reconnaissent plus les artères principales ditfheltés ils appartenaient.

Pour bien disséquer l’angéiologie , il faut avoir déjà montré de Vhabileté dans la myologie : plusieurs artères traversent des muscles, ou se perdent dans leur tissu : ; sion ne connait pas bien ces derniérs, et qu’on ne les ait pas préparés avec soin, la dissection des artères en sera bien plus pénible et embarrassante. Jai déjà observé que les instrumens mécessaires pour l’angéiologie, au moins pour Les petites artères , divaleit être plus fins et plus déliés que ceux qui servent pour la myologie. Certaines artères sont destinées pour les os, traversent leurs trous ou conduits ; il faut les suivre avec la scie, le maillet et le ciseau : on peut également , pour rendre ces vaisseaux plus sensibles, plonger les os dans certains réactifs, qui, en les dépouillant de la matière terreuse, laissent , pour ainsi dire, à nu, à travers leur parenchyme , les vaisseaux des os , ou au moins la trace des matières colorantes dont on Îles à pénétrés; mais ce mode de préparation des vaisseaux pe peut guère êlre employé par des élèves ; le tems leur manque , ainsi que les ingrédiens nécessaires pour un pareil travail. Tous les

préceptes que l’on pourrait donner à cet égard seraient doncà-peuprès perdus. 11 faut l’avouer aussi, les préparations les plus minutieuses et les plus recherchées n’ont ordinairement pour but , que de poursuivre et detâcher de voir des parties dont la connaisssance est au moins superflue pour l'élève qui commence l’étude de l’anatomie. Plus avancé et plus instruit , il pent se passer de conseils , son expérience et son génie le serviront mieux que les livres. M. Duméril, qui est entré dans des détails très-étendus sur tous les points de l’art de l’anatomiste, observe, en parlant de la variété et des corrections des instrumens, que « ces corrections pourraient » paraître minutieuses : elles dépendent de l’expérience de l’ana- » tomiste, et des circonstances où il se trouve forcé de les » imaginer. »

L'élève aura donc rempli complètement la tâche qui lui est imposée, sil parvient à bien disséquer les artères principales, celles, par exemple, quise portent aux viscères et les pénètrent, et sur-tout celles qui parcourent la longueur des membres. Si ces dernières ne sont pas les plus difficiles à poursuivre et à mettre à découvert, elles sont au moins les plus intéressantes à connaître ; et , sous ce rapport, on leur doit plus de soins et d’attention. Pour les préparer avec une sorte de propreté, et pour ne point les couper, ni.changer leur situation et leurs rapports, il faut commencer par une dissection assez soignée des muscles, couper en travers ceux dont la présence peut nuire à la préparation des artères, écarter ceux qui ne font que les cacher , et poursuivre ensuite les artères, des troncs aux branches, des és aux rameaux, en isolant ces derniers de tout ce quiles cache à Ja vue, et en s'appliquant à ne jamais les saisir avec les pinces pour les soulever et les écarter du lieu qu’ils occupent, car on les déchire infailliblement; on peut LE faire quelquefois avec le manche du scalpel, mais il vaut encore mieux ne pas y toucher.

Il me reste à dire un mot sur Ja matière des injections et sur a manière d’injecter en général; cet objet, d’ailleurs, demande prelques précautions, et n’est point exempt de plusieurs inconréniens qu'il ne sera pas inutile de noter ici. Tous les sujets ne Onviennent pas, à beaucoup près, pour faire l’'anséiologie, et les

“ae

désavantages, qu’ils présentent sont relalifs à la difficulté de Îles injecter, d’une part , et à celle de les disséquer, de l’autre. 11 n’est point de partie de l’anatomie qui soit accompagnée de plus

; er ; , . : , .

d’embarras que I angéiologie; c’est le sujet qui ne vaut rien, c’est

Pinjection qui a manqué, ou bien, poussée avec trop de force,

elle a rompu Îles artères du bas-ventre, s’est épanchée dans cette

= « 2 5 o Ée cavité, et n'est point parvenue jusqu'aux artères des membres

inférieurs, Les sujets trop gros, infiltrés et d’une forte stature, sont, le plus souvent, inconvenables. 11 est rare que l'injection

pénètre également dans toutes les parties; outre ce premier inconvénient, ces sujets sont embarrassans, difficiles à disséquer

€t prennent trop de tems, d’ailleurs, pour poursuivre les artères ;

ee ) e : à , . à Car 1c1 ce nest ni la grosseur, ni l'étendue des vaisseaux qu’il

importe de connaître le plus; leur situation, leurs rapports et leurs distributions, voilà ce qu'ils présentent d'intéressant ; et comme il fut plus de tems pour mettre à nu, par exemple, l’arière brachiale d’un membre supérieur très-long, que celle d’un bras maigre et petit, on conviendra qu'un jeune sujet, toutes choses égales d’ailleurs, est plus favorable pour faire l’'angéiologie, qu'un individa d’une haute et forte stature. Choisissez donc, s’il est possible, un sujet maigre, jeune, depuis six, huit, douze, jusqu’à dix-huit ans. Les parties, en général plus molles, plus flexibles, permettront à la matière de l'injection de parcourir plus librement les artères principales et leurs nombreuses divisions,

La Saison pendant laquelle on étudie l'anatomie, est froide en général ; celte circonstance nuit encore à la facilité des injections. Les parties sont roides, resserrées, quelquefois même plus ou moins gelées; dans ce cas, Pinjection est arrêtée dans sa marche, et remplit à peine les grosses branches artérielles. C’est pour ceite raison qu’on est dans l’habitude, autant quon le peut, de plonger le cadavre que l’on veut injecter, dans l’eau chaude : alors les membres deviennent souples, toutes les parties se ramollissent et l'injection arrive sans peine jusqu'aux plus petites divisions. Lorsqu'on ne peut jouir de cet avantage, il faut y suppléer , au moins en partie, eh agilant le cadavre dans tous les sens, en le

2 e + « ° . ° A e + étrissant, pour ainsi dire, et en faisant jouer vivement toutes > PF ; ]

ses articulations : alors on le place horizontalement sur le dos, on

soulève légèrement les épaules, au moyen d’un corps solide placé

dessous, de manière à ce que la tête puisse facilement se renverser en arrière , et par là permette à l'injection de parcourir plus facilement les arières des parties supérieures; on écarte les membres supérieurs du tronc, les inférieurs Pun de l’autre, en portant les pieds en dehors, et on se dispose à injecter. Dans quelques écoles des départemens, on est dans l’habitude d’injecter en deux tems; ce procédé est mauvais et présente de grands inconyvéniens : On injecte, à Paris, en un seultems ; et cette méthode, préférable sous tous les rapports, n'offre que des avantages. Pour cela on enlève, avec le ciseau et le maillet, une portion du sternum dans sa partie supérieure , dans Pétendue de quatre à cinq pouces sur sa longaeur, et d’un pouce et demi sur sa largeur; on évite dé porter l'instrument trop profondément, dans la crainte d’intéresser l'aorte, qui se trouve précisément sous la portion du sternum enlevée, et pour ne point couper également les’artères mammaires internes qui rampent sous les cartilages inter-costaux, tres -près de leur articulation avec le sternum. Le premier objet qui se présente est le péricarde, qu'il faut diviser avec précaution, pour soulever ensuite l'aorte et l’artère pulmonaire, que leur différence de tissu et de grosseur fait aiséffient réconnaitre. La première est ordinairement placée sur la seconde; mais, pour ne point se iromper et prendre quelquefois lune pour l’autre, on n’a qu’à

tirer légèrement sur l’une des deux , afin d’apercevoir dans quelle

direction se portent les tractions que l’ôn exerce; quand ontire

réellement sur l’artere aorte, les parties latérales du col sont plus ou moins agilées , ce quivient du tiraillen ent des carotides, On passe ensuite un scalpel entre ces deux artères , dont la supérieure , plus grosse, plus épaisse, et l'aorte, que l’on divise sur sa Iongueur, le plus près possible du cœur, dans une étendue de six à huit ligues. C’est dans cette ouverture que doit être placé Île tube sur lequel l'artère est liée, et dans lequel on ajoute le canon de la seringue, remplie d'injection. Celle-ci est faite de matières

grasses, auxquelles on ajoute quelques parties solidifiantes, telle

428 - : VE FÉMANUEL: .: à: que la colophane et toutes les espèces de résines. Voici une recelte publiée par M. Duméril, qui est peu dispendieuse et facile à se procurer. : 2.

UE en Dratehes, LE Ra ee At ue 5 parties, Poix de PhbégoEne., re nn St SUR in

Huiie d'olive Cu dehors REA net 2 Térébenthine liquide et matière colorante, dissoute

NS PER cite 1

Dans tous les amphithéâtres particuliers, on met encore moins d’apprèêts : 2 livres de suif ,» 6 onces de résine ou poix de Bourgogne, un gros de noir d'ivoire, composent la matière des injections ; quelquefois on délaie le noir d’ivoire dans trois ou quatre onces d’huile de térébenthine , que l’on injecte en premier lieu, pour colorer les parois dés artères; on passe ensuite linjection bouillante à travers le linge qui a servi à recevoir l'huile de térébenthine et la matière colorante : de cette maniere, sa couleur er noir est toujours assez prononcée , pour qu’on puisse suivre Îles divisions artérielles. . Quel que soit le mode d’injection qu’on adopte , et les matières qui forment la base des injections, il faut toujours passer le liquide bouillant à travers un linge assez serré

pour relenir les parties grossières, qui, poussées sans celle pré-

caution dans lesartères , arrêter: at la matière de l'injection , et , Je )

causeraient souvent la rupture des vaisseaux dans lesquels elles auraient pénétré, Quand on veut faire des injections très-soignées , il faut en varier singulièrement les ingrédiens; je crois devoir passer cet objet sous silence, parce qu'il m'entraînerait dans des détails qui ne peuvent trouver place ici, et pour lesquels on pourra evnsulier l’ouvrage de MAI

Le.

4 Daméril, qui ne laisse rien à désirer à

de M. Marjolin.

cet égard , ainsi que celui

Page 1