‹ Manuel de l'anatomiste, ou traité méthodique et raisonné sur la manière de préparer toutes les parties de l'anatomie, suivie d'une description complète de ces mêmes partiesChapitre 3 sur 281 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

(BA doit considérer dans l’étude de l'Anatomie , 1°. sa définition ; 2°. son origine; 3°. ses progrès; 4°. son mode d'étude et d’enseignement; 5°, ses divisions

générale et particulière.

to. Définition.

Préparation des parties constituantes des animaux ;

étude et connaissance de ces parties ; science de l’orga-

nisme animal.

On parvient à ce triple but par des travaux constans et soutenus sur le cadavre , par des analyses chimiques des substances animales , par des expériences sur les animaux Vivans; enfin, par la comparaison et le rapprochement des mêmes parties dans divers animaux, d’où résulte la connaissance parfaite des lois de la nature pour le maintien de la vie et l'exercice des fonc-

tions qui l'entretiennent'; c’est l'objet spécial de l’Ana-

sir INTRODUCTION.

tomie : considérée dans l’espèce humaine , son but est

la conservation de l’homme en santé.

Origine.

L'origine de l’Anatomie , comme celle de toutes les autres sciences, se perd dans la nuit des tems. Cet objet , d’ailleurs, ne peut inspirer qu'un médiocre intérêt par l'obscurité qui l'enveloppe. Seulement on dit qu'Apis, prince ‘égyptien, favorisa l'étude de l'Anatomie ; mais qu'Âcméon, qui vivait quelque tems avant Hippocrate , fut le premier qui s’en occupa d’une manière particulière ; les connaissances qu’il devait avoir en Anatomie étaient très-bornées, comme on doit le présumer, car il croyait que les chèvres respiraient par les oreilles. Cependant cette opinion, toute singulière qu'elle paraît au premier coup-d’œil, n’est pas aussi dénuée de fondement qu'on pourrait le croire, et M. Cuvier observe très-judicieusement qu'Acméon

auroit bien pu être conduit à cette erreur par la communication de la trompe SERRE dans le pharynx ; en admettant, ilest vrai, la possibilité du passage de l'air extérieur à travers les diverses parties de l'oreille

interne.

Empédocle , Anaxagore le suivirent ; mais il ne nous

reste rien d'eux. Démocrite d'Abdère vint ensuite ; une

INTRODUCTION. XY vie extrémement retirée et les études les plus approfondies sur toutes les parties de la science de la nature, lui donnèrent une telle célébrité , que ses contemporains, éblouis de ses grandes connaissances, el le croyant atteint de folie, consulièrent Hippocrate qui leur dit : Celui que vous croyez atteint de folie, est le

plus sage d’entre vous.

Aristote , qui vivait à-peu-près à cette époque, s’occupa beaucoup de l'étude des animaux ; mais ses travaux, principalement dirigés vers l’histoire naturelle,

ne firent point faire de véritable progrès à l’Anatomie humaine proprement dite. C’est à Dioclès que l’on doit les premières notions sur l’aft de disséquer les animaux, quoique les ouvrages de ce médecin, que l’on croit avoir été contemporain de Platon , ne soient point parvenus jusqu'à nous. Tels sont les hommes qui ont fixé, pour ainsi dire , l’origine de lAnatomie. Mais comme ce sont ses progrès qu'il importe sur-tout de connaître, je vais en présenter ile tableau; pour mettre plus d'ordre et de clarté dans cette exposition, j'assignerai à l’Anatomie quatre époques mémorables, époques pendant lesquelles, cultivée avec beaucoup d'éclat et

de succès , elle a fait des progrès véritables.

xvj INTRODUCTION.

. | 30. Progrès.

Première époque. Elle se rapporte au tems d'Érasis- | trate et d’'Hérophyle. Ces deux célèbres médécins ; contemporams d'Hippocrate , mais que quelques personnes font naître long-tems après Le père de la médecine , s’occupèrent beaucoup d’Anatomie. Ils furent Vun et l'autre poursuivis et persécutés pour avoir disséqué des hommes. On dit même qu'ils portèrent la hardiesse, ou, pour “mieux dire , l'enthousiasme de l'Anatomie, jusquà disséquer les hommes vivans ; cel une erreur accréditée } ar l'ignorance des tems où vécurent Hérophyle et Erasistrate , et par cet amour du merveilleux, partage ordinaire de la multitude. Comment concevoir , en effet , que des hommes aussi éclairés que l’étaient Hérophyle et Erasistrate , foulant aux pieds tout sentiment d'humanité, se fussent ainsi exposés à la fureur de leurs contemporains , pour qui la simple violation des dépouilles mortelles était un

crime que la mort seule devait expier ?

Tous deux se déterminèrent à faire le voyage d’Alexandrie, pour y exercer leur profession, et sur-tout : pour y jouir de la facilité d'y disséquer des cadavres , sous la protection des rois d'Egypte,

INTRODUCTION. xvi

Hippocrate , qui appartient à la première époque , joignit également à ses grandes connaissances celle de l’'Anatomie. On trouve dans ses ouvrages un Traité im-

complet , il est vrai, sur cette science , mais étendu

pour le tems où il vivait. »

S’il est vrai qu'Hippocrate ait vécu long-tems avant Hérophyle et Erasistrate , il n’a pu connaître les beaux travaux de ces derniers sur l’Anatomie ; et ce qu'il

nous a laissé sur cette matière, dans les écrits que nous possédons de lui , en devient encore plus précieux.

Entre ces hommes si recommandables et Galien, c'est-à-dire, pendant l’espace de près de sept cents ans, l'étude de l’'Anatomie fut peu cultivée et ne fit que des progrès médiocres. On rencontre seulement quelques faits épars çà et là, mais qui étaient loin de donner une face nouvelle à la science. Il fallait qu'un homme également doué d’un génie actif et de connaissances étendues , se livràt tout entier à l’Anatomie et résolüt

d'en reculer les bornes. Ce fut Galien qui en eut la gloire.

Deuxième époque. Médecin de l'empereur Marc-Auréle, Galien donna un nouvel essor à l’histoire des êtres organisés. Il voyagea beaucoup, et rapporta de ses voyages de grandes connaissances , dont il enrichit

avi INTRODUCTION

sa patrie. 1 l avait beaucoup d'adresse dans les dissec-

Uons, et faisait très-habilement des expériences sur les

animaux : on peut en juger par la facilité avec laquelle

il éteignait la voix, par la section nette et prompte du nerf récurrent. Cependant on ne doit lire ses descriptions qu'avec une certaine réserve , parce qu'il n’employa le plus souvent que des animaux dans ses recherches anatomiques , des singes sur-tout. On peut s’en convaincre par l'étonnement qu'il montra à la vue d’un squelette d'hommes De son tems on faisait le voyage d'Alexandrie: pour voir des os humains, qu'il eût été plus facile de préparer à Rome, comme le remarque Vicq-d’Azir. Mais on connaît le respect religieux que

les Romains avaient pour.les morts, et le soin:qu'ils

prenaient de leurs funérailles. Les efforts que fit Galien pour multiplier ses connaissances en Anatomie, n’en

‘ sont que. plus recommandables par conséquent. C’est \

dans son livre intitulé de Usu partiun que se trouve

consigné le résultat de ses travaux anatomiques.

Les médecins les plus recommandables, dont les noms se rattachent à cette époque , sont Asclépiade,

Thémison , Thessalus , Celse et Cælius Aurelianus.

Après Galien un voile épais se répandit sur toutes

les sciences, Les guerres continuelles que firent les

INTRODUCTION. xiX peuples des extrémités opposées du globe , la descente des Goths et de tous les peuples du Nord dans les pleines fertiles et tempérées du Midi, et sur-tout le saccage de Rome, amenèrent la plus horrible barbarie , et les sciences furent entièrement plongées dans l'oubli. L'anatomie sur-tout l’éprouva plus que toutes les autres, et on est forcé de parcourir un espace de près de quatorze siècles p@ur la voir renaître et briller Lio nouvel éclat. Les médecins arabes, occupés des rêveries de lalchymie et d’astrologie judiciaire, négligèrent l’Anatomie, qui ne fitaucun progrès entre leurs .

mains.

Troisième époque. C’est du seizième siècle que date la troisième époque. On la doit à Vésale, qui fut, à. juste titre , nommé le grand Vésale , le père et le restaurateur de l'Anatomie. Il professait à Pavie, ville célèbre par son université. Ses connaissances étaient immenses. Son grand ouvrage fut fait à vingt-neuf ans. Tous ses travaux roulent sur l'anatomie de l’homme, Ses descriptions sont claires etexactes, etpour ainsidire complètes, au moins pour ce qui regarde les os et les muscles. Son ouvrage est orné de planches magni-

fiques.

Comme Erasistrate , il fut accusé d’avoir porté le

scalpel sur un homme vivant, La famille du mort

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