INTRODUCTION
était puissante ; les ennemis du Vésale s’en servirent pour lui faire éprouver les plus grandes amertumes, On rapporte que le chagrin bâta ses jours, et qu'il mourut à son retour d’un voyage de la Palestine, qu'il avait été contraint de faire pour expier de prétendus crimes
que la calomnie lui avait suscités.
A 2 # Q A-peu-près à la même époque naquirent une foule
‘de grands hommes , qui, cultivant à l’envi l'Anatomie
avec le plus grand succès, lui firent faire les progrès les plus rapides. Les plus célèbres furent Colombus, Fallope , Fabrice d’Aquapendente , Casserius, Eustache, Sylvius, etc.
Quatrième époque. Les premières époques de l’Anatomie ne nous ont encore montré cette science qu'au berceau et réduite, pour ainsi dire, à un très-petit nombre de faits, qu'il était facile de graver dans sa mémoire , sans le secours d'aucune méthode: mais à mesure qu’elle s’est enrichie de nouvelles découvertes | à mesure que les descriptions ont été et plus fidèles et plus détaillées, on a senti le besoin d’une méthode qui présentât la science sous un point de vue général , et qui la débarrassât des entraves qui jusque-là s'étaient opposées à son étude et à son ayancement. Ce fut l'illustre
Bacon qui eut la gloire de démontrer et de convaincre
INTRODUCTION. xx) qu’on ne pouvait fare de progrès dans les sciences, et particulièrement en Anatomie , sans le secours d’une bonne méthode. Ce qu'il conçcut, Winslow l’exécuia avec un succès dont la gloire ne s’est point affaiblie depuis, maloré les beaux travaux des anatomistes ino= dernes. Je date donc la quatrième époque de Anatomie du milieu du siècle dernier. L'ouvrage immortel de Winslow la conservera et la rendra à jamais mémorable. Personne , avant lui, n'avait présenté l’Anatomie sous un Jour aussi lumineux: beauté et élégance de descriptions , méthode ingénieuse , ordre , elarté et exactitude , son livre renferme tout ; et,sous ce rapport, l’'Anatomie
descriptive au moins est parvenue à la perfection. :
Dans le long intervalle de temps qui s'est écoulé entre Vésale et Winslow, plusieurs hommes d’un grand métitefirent de l' Anatomie l’objet de tous leurs travaux et l'ont enrichie de faits nombreux et de découvertes importantes. La reconnaissance de la postérité ne se Jassera: point de répéter les noms de Sanctorius, de Riolan, deSpigel , de Harvey , de Pecquet , de Glisson , de Stenon , des deux Bartholin, de Willis, de Vieussens ,,de Ruisch, de Malpighy, de Morgagny, de Palfin, d’Albinus, d’'Heister , de Duverney, de Lieutaud , de Senac , et de tant d’autres savans anaïomistes
dont shonore:la science de l’homme
xxi) INTRODUCTION.
Mais une cinquième époque se prépare, plus grande : plus philosophique , plus majestueuse dans sa marche, plus intéressante dans ses résultats. Ce sera sur tout
‘aux travaux immortels des Haller , des Buffon , des Daubenton, des Vicq-d’Asir, des Sabatier et des Desault, que nous en serons redevables ; et leurs dignes successeurs, Cuvier, Walter, Boyer, Sœmmering, Chaussier, Blumenbach , Zänn, Scarpa , Bichat, Dumas , Laurñonier , Meckel ; Portal, Duméril, Richerand, Dupuytren, Ribes , Larrey , etc. , justifiant les hautes destinées qui les attendent , imprimeront au siècle présent un essor
, dontle but Sera la connaissance complète de la nature.
4°. Mode d'étude et d'enseignement.
À l’époque actuelle de la science anatomique, il est. très-difficile d'indiquer quel est le meilleur mode d’étude et d'enseignement à suivre pour la cultiver et en hâter les progrès. Cette branche de la médecine prend un tel essor, ses découvertes sont si nombreuses, ses faits si multipliés , les points de vue sous lesquels on peut l’envisager sont si féconds , qu'on ne peut encore offrir
- que des règles générales. Cependant dans cette espèce, non pas de confusion, mais d'incertitude, il serait
peut-être plus ayantageux qu’on ne pense que les ana-
INTRODUCTION. XXI} tomistes modernes voulussent s'entendre sur cet objet. L'enseignement de Anatomie n'ayant pour but que l'instruction des élèves, un pareil motif devrait les engager à adopter un plan , une méthode uniforme , dont ces mêmes élèves retireraient les plus grands avantagés. Car si les anatomi tes modernes , dans leur noble enthousiasme et leurs brillantes conceptions , ne posent pas un but vers lequel désormais tous leurs travaux doivent se diriger , alors je crains que , de tant d'efforts réunis pour arriver à une perfection si désirée , il ne reste que la douloureuse certitude d’avoir méconnu les véritables moyens d'y arriver. Je désire ardemment que mes craintes à cel égard soient chimé-
riques.
L'Anatomie ne pouvant plus être isolée de la physiologie , et celle-ci étant le résultat des connaissances que fournit la première , il faut absolument que le | “professeur d'anatomie chargé de diriger les études des élèves , réunisse ces deux branches d’une même seience. Mais les faits qui appartiennent à l’une et à l'autre ont si nombreux, qu'il serait très-dificile de faire mar-
cher de front l’enseignement de l’une et de lautre.
Cette vérité a été sentie par tous ceux qui s'occupent
de l’enseignement de l’Anatomie ; e’est pourquoi cette
| xsiv INTRODUCTION.
dernière et la physiologie forment chacune un corps de doctrine distinct et séparé, ayant le même but, mais procèdant par des voies différentes. Je n'agiterai point ici la question de savoir s'il est plus avantageux pour la science et plus utile pour l'instruction que la physiologie soit enseignée à part ou réunie à l’enseignement de l’anatomie : le temps et l'expérience décideront en faveur de l’une ou l’autre méthode, dont
le succès justifiera l’éxcellence.
Comme je n’ai point l'intention de donner un Traité complet d’Anatomie, mais seulement un Essai sur les préparations anatomiques , et que, dans la partie des-
criptive des objets , j'ai tenu une marche différente de celle qu'ont adoptée les anatomistes les plus modernes, il était assez peu important que je Suirvisse moi-même telle ou telle méthode ; "Où pour mieux dire, j'ai dû en imaginer une qui mie füt particulière , adaptée .. d’ailleurs au genre de travail que je soumets au public. En effet, je n'ai de commun avec les autres ouvrages d'Anatomie que la matière qui y.est traitée. Le butn’est plus le même. Cependant je dois annoncer ici que , si javais un travail de longue -haleine à publier, ét dans lequel je voudrais faire entrer tout ce qui a rapport à la science de l’homme , je donnerais la préférence au
plan proposé par le professeur Chaussier , et dont il a
INTRODUCTION. XXV ofert de si beaux développemens dans ses Tables synoptiques. Mais n'ayant en vue que la plus grande utilité des élèves , et les ouvrages qui leur servent de guide dans leurs travaux anatomiques ayant un autre plan, jai dû me rapprocher de ces derniers. Je marcherai sur-tout sur les traces de Winslow , dont le travail me paroît inappréciable. Desault, qui a de si juste droits à notre reconnaissance , a, selon moi , manqué le véritable but, en s’éloignant du plan et de la méthode de Winslow. C’eût été pour lui une idée très-heureuse de prendre Winslow pour type de ses lecons, d’en donner une nouvelle édition corrigée et augmentée du fruit de ses propres connaissances , et d’unir ainsi son nom à unouvrage que le sien n’a point fait oublier , et qui
vivra aussi long-tems qu’on cultivera l’Anatomie,
5°, Divisions générale et particulière.
Les anciens divisaient l’étude del’Anatomie en Squélétologie et en Sarcologie. Dans la première, ils traitaient spécialement des os, mais ils ÿ faisaient entrer également l'étude des cartilages , des ligamens , du périoste, de la synovie , de la moelle et du suc médullaire. La seconde comprenait l'histoire de toutes les parties molles, qu'ils subdivisaient en Myologie , en Splanchnolosie , en Angéiologie , en Névrologie et en Adénologie, Cette
ce
xSYi INTRODUCTION.
division , tour-à-tour abandonnée et reprise par les anatomistes modernes, a été suivie en partie par
Sabatier: Desault et Bichat l'ont négligée ; mais le
professeur Chaussier l’a conservée dans toute sa pureté.
Nous la croyons exacte et très-raisonnable; c’est celle
que nous préférons. Winsiow , en suivant servilement
le plan de Vésale , a donné une preuve d’une coupable condescendance , et la division générale de son Æna-
tomie présente quelques vices. Mais sous le rapport
des descriptions particulières , tout en l'égalant, les
anatomistes modernes n'ont pas mieux fait que lui.
M. Portal s'en est beaucoup rapproché dans son 4na-
tomie médicale , et son ouvrage lui doit la plus grande