LA NAISSANCE ET L ENFANCE I I
On ne sait dans quelles circonstances ni pour quels motifs l'avortement était en usage chez les Slaves. Mais il l'était. Le Recueil d'homélies d'Opatovice et une défense de Bretislav, en Bohême, en 1039, y font allusion ; de même que les Réponses de Nifont en Russie (xile siècle) l. Les femmes allaient trouver les sorciers et ceux-ci leur donnaient certaines herbes qui amenaient le résultat souhaité.
La « tonsure » est le complément d'une cérémonie déjà mentionnée plus haut. Reçu solennellement dans la famille au lendemain de sa naissance, l'enfant était d'abord confié aux soins de sa mère ; quelques années plus tard, à un moment qui variait suivant les habitudes des différents groupes et tribus, l'enfant de sexe masculin était, par un rite spécial, enlevé à la tutelle de sa mère et confié à son père ; et son éducation se poursuivait dès lors dans le sens des occupations qui conviennent à un homme. Le rite même consistait en ce que le père, ou un parent, ou encore un hôte de marque, pendant une fête de famille accompagnée d'une réception, coupait quelques mèches de cheveux de l'enfant 2. Les termes techniques désignant la chose étaient, je crois, postrigy ou postriziny. L'usage de la tonsure n'est pas, il est vrai, attesté directement dès 1 époque païenne, mais nous possédons sur ce sujet quelques renseignements des premiers temps de 1 époque chrétienne, du XIe siècle au XIIe, et il est hors de doute qu'il existait déjà avant l'évangélisation des Slaves. Il s'est maintenu du reste juqu a nos jours, et même incorporé aux rites de l'église, chez les Slaves du Sud 3.
Dans le domaine tchèque, nous avons sur la tonsure du prince Venceslas des témoignages qui remontent au commencement du Xe siècle. Chez les Russes, la Chronique signale, pour les années 1 192 et 1 194, les HOCTpiirbl de Georges et de Jaroslav, fils du prince Vsevolod. Une tradition polonaise du XIIe siècle présentait la tonsure comme un rite appartenant directement au paganisme 4. Le fait que l'époque où avait lieu la cérémonie variait
1 Kosmas, II, 4 ; Homélies d'Opafovice, éd. Hecht, p. 82 ; IIoTop. Bn6.iioTei;a, VI, p. 58. Voir aussi une prohibition du métropolite Grégoire et des défenses yougoslaves postérieures, du XIIIe siècle (Starine, VI, p. 118).
2 Les premiers cheveux de l'enfant étaient offerts en sacrifice par les sages-femmes aux Rozanicy. Mansikka, Religion der Ostslaven (Helsingfors, 1921, I, p. 307).
3 Chez les Serbes : cTpaskôa, oTpur, iiniuiaibe, y3HMaH>e Koce ; chez les Bulgares : CTpuskôa, Han.ïHTaniie ; chez les Russes du Sud : MacTpnjkKii. Voir la bibliographie du sujet dans Ziv. star. Slov., I, p. 64, et WI. Abraham, Zawarcie malzeiistwa (Lwôvv, 1925), P. 221.
4 Legenda o sv. Vâclavu (Pastrnek, Vëstni'k kjàl. spoi, 1903, VI, p. 42); Chronique, version Laurentine, années 1192, 1194 (voir aussi l'année 1212); Gallus, I. 1, Bielowski. Mon. Pol. hist., I, pp. 395, 398). Voir Ziv. star. Slov., I, pp. 63 et suiv. Cette question de
sensiblement en rend difficile la pleine intelligence... La solennité avait lieu chez les Polabes dans la septième année de l'enfant ; chez les Tchèques, plus tard, comme on peut le voir dans la légende rappelée plus haut ; chez les Russes, au contraire, dans la troisième ou la quatrième année, à en juger par le texte de la Chronique; chez les Serbes, de nos jours, elle a lieu d'ordinaire un an après la naissance, ou même plus tôt.
Ce désaccord contribue à obscurcir la question. Si la tonsure avait été pratiquée régulièrement sur les enfants à un âge assez avancé, nous pouirions à bon droit la tenir pour une cérémonie par laquelle ils prenaient place parmi les adultes, comme cela avait lieu chez les Germains \ Mais précisément les plus anciennes sources slaves nous montrent ce rite appliqué à des sujets en bas âge, de telle sorte qu'il ne reste d'autre solution que de l'interpréter comme un symbole du passage de l'enfant de la tutelle de la mère à celle du père, sinon en tant que pleinement adulte, du moins en tant qu'appelé à le devenir. C'est pourquoi, dans l'ancienne Russie, on choisissait ce moment pour asseoir pour la première fois le jeune prince en selle, de même que, jusqu'à présent encore, dans la région du Don,. lorsqu'on coupe les cheveux à un enfant cosaque, on lui met en main un sabre et on le salue avec tous les égards dus à un Cosaque 2.
Nous n'avons pas de témoignage concernant le rite de la tonsure appliqué aux filleo chez les anciens Slaves, mais nous savons qu'il est pratiqué de nos jours dans les Balkans, chez les Bulgares et les Serbes, et aussi en Ukraine 3.
La vie sexuelle.
Lorsque le jeune homme et la jeune fille ont atteint la puberté, tout le rituel de leur vie physique est commandé par les phénomènes d'ordre sexuel.
Nous ne savons rien des usages liés à la reconnaissance de la puberté
l'ancienne tonsure chez les Slaves a été étudiée surtout par : K. Potkanski, « Postrzyzyny u Slowian i Germanow » (Rozprawy de l'Académie de Cracovie, 1895, série II, tome VII), Fr. S. Krauss, « Die Haarschurgodschaft bei den Sûdslaven » (Intern. Arch. /. Ethnol., 1894, p. 163), A. Naegle, « Die feierliche Haarschur und Haarweihe des heil. Wenzel » (Mittk. des Ver.f. Gesch. Daitsch. in Bôhmen, LV, p. 110, 1917).
1 Potkanski, op. cit., p. 334. Le fiancé est également soumis à la tonsure lors du mariage chez les Blancs-Russes.
2 Chronique de Kiev, année 1 192, et le témoignage rapporté par Dovnar-Zapolskij dans Sraorpaij). OGosphnie, 1894, IV, p. 38.
3 Voir les détails dans Ziv. star. Slov., I, p. 66.