LA NAISSANCE ET L ENFANCE
' à assurer l'isolement, la protection et la purification de l'enfant l. Le cérémonial de purification proprement dit comportait : une ablution, la sortie rituelle de l'isolement, l'accueil des hôtes et la visite rendue ensuite à ceux-ci.
Un certain temps après la naissance, on accomplissait encore une importante cérémonie ayant une signification sociale : la réception solennelle de l'enfant dans le cercle de la famille et de la communauté dont il devenait ainsi juridiquement membre. Cette réception était accompagnée de divers rites appropriés : l'enfant était placé soit sur le sol, soit sur le seuil, soit encore sur le foyer de la maison, puis de là porté autour de la chambre ; on l'embrassait, on lui donnait son premier bain dans lequel, en guise de cadeaux, on jetait du grain, du cumin, du sel, et par la suite des pièces de monnaie, etc. 2. Durant la cérémonie, les parrains (vieux slave kumu) jouaient un rôle capital, et dont l'importance a été conservée jusqu'à nos jours en beaucoup d'endroits. Toutes ces pratiques, jusque dans les détails, étaient-elles déjà usitées à l'époque païenne? Il est difficile de le dire, mais je pense que tout ce cérémonial, en son ensemble, et quant au fond, était déjà tel. On ne saurait douter, en particulier, du caractère païen des moyens employés pour protéger la mère et l'enfant contre l'action des mauvais esprits.
Nous n'avons de témoignages directs et anciens que sur deux des coutumes relatives à la première enfance des nouveau-nés, à savoir la suppression des enfants qui étaient de trop et le rite des postriziny ou « coupe des cheveux ».
La coutume de tuer les enfants est surprenante au premier abord, si l'on considère que la vie de famille des anciens Slaves était par ailleurs douce et paisible. Cette coutume est attestée cependant de façon précise pour
durant la grossesse et l'accouchement ; les interdictions pour la femme de participer aux travaux domestiques et d'avoir des rapports avec d'autres personnes, la défense de franchir le seuil de la maison, de traverser les ponts, de franchir les bornes des champs et les clôtures ; la recherche d'un endroit spécial pour l'accouchement ; la hache, l'aiguille ou le couteau placés sur le seuil de la maison ou dans le lit, les nœuds dénoués et les serrures ouvertes avant l'enfantement ; la réclusion des femmes et l'obligation pour elles de se cacher derrière un voile durant leurs relevailles ; la défense de marcher pieds nus, de filer, de coudre, de prêter quoi que ce soit de la maison. On a trouvé quelques faibles traces de la « couvade » (kuvada) chez les Petits-Russes et les Grands-Russes. Les objets qui avaient servi à une femme durant sa grossesse ou ses relevailles devaient aussi être purifiés.
1 Ainsi tous les moyens employés pour écarter « les sorts », c'est-à-dire les dommages causés à l'enfant par « le mauvais œil ». C'est la raison pour laquelle on ne montre pas l'enfant aux étrangers.
2 Voir les détails chez Bystrorî, op. cit., pp. 76 et suiv.
certains Slaves baltiques, les Pomoriens et les Luticiens : la mère, chez ces peuples, étouffait les nouveau -nés du sexe faible lorsqu'elle en avait déjà plusieurs, et cela, disait-on, pour pouvoir s'occuper avec plus de soin des autres enfants. « Hoc nefas maxime inter eos vigebat », notait Ebba ; et l'évêque Otto de Bamberg.en 1 124, se donnait beaucoup de mal pour déraciner cet abus \ Un passage bien connu du Pseudo-Césaire de Nazianze, tout étrange qu'il soit par ailleurs, semble indiquer aussi que les Slaves qui déferlèrent sur les Balkans au VIe siècle commettaient également de semblables meurtres 2. Enfin, dans un traité vieux-russe, le Slovo de Grégoire le Théologien, il est question « de la mise à mort des petits enfants qui se pratiquait en Taunde », et que le traducteur impute aux Slaves 3. Quelle était la principale raison de cette coutume? Il est difficile de se prononcer à cet égard. Chez les autres peuples primitifs où elle était ou est encore en usage, elle s'explique par des mobiles divers : religion, hygiène, conditions sociales. Le mobile principal semble être la crainte de ne pouvoir subvenir que péniblement aux besoins de l'enfant et de la famille. Mais cet argument ne saurait guère être admis pour les Slaves, car la venue d'une fille dans la famille représentait, au contraire, une force de plus, le père étant assuré de recevoir une indemnité lors du mariage : c'est pourquoi, au Xe siècle, Ibrâhîm ibnjakûb dit des Slaves de l'Ouest que pour eux la présence de nombreuses filles équivalait à la richesse 4. Peut-être existait-il dans les pays de la Baltique une vieille tradition qui présentait les filles comme des êtres de moindre valeur ; peut-être aussi dans les villes, où les hommes tombaient sans cesse dans les combats et les expéditions, l'excédent de la population féminine rendait-il difficile l'établissement des filles. La coutume, en tout cas, était pareillement en vigueur chez les voisins germains et lituaniens, de même que chez d'autres peuples de l'ancienne Europe 5.
1 Ebbo, I, 3 ; Herbord, II, 18, 33. Voici ce que dit Herbord : « Si plures filias aliqua genuisset ut ceteris facilius providerent aliquas ex eis iugulabant ». Voir aussi Ekkehard, Chron., année 1125 (Pertz, Auct. ant., VI, pp. 263-264).
2 Pseudocaesarius, Dialogi, 110 : " les Slaves, dit-on, assomment leurs enfants, comme des rats, contre les rochers .
3 Tichonravov, jlt/roiuini pycc. .iinep., IV, ch. III, p. 98 (M., 1862). Par contre, la mention faite par Léon le Diacre (IX, 6) de la mise à mort d'enfants russes devant Durostol, en 972, me paraît se rapporter plutôt à un sacrifice funéraire.
4 Ibrâhîm, éd. Westberg, p. 55.
5 Hirt, Indogermanen, p. 718. Sur l'usage chez les Lituaniens, voir Pierre de Dusbourg, Chron. terrae Pruss., III, et Ibrâhîm, éd. Westberg, pp. 32, 56 (Brùckner, Archiv fur slav. Phil, XXI.p. 23).