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Fig. 10. — Évolution du groupe des kurgany appelés zalniki dans les de Gdov (gouvernement de Pétersbourg).
les Slaves avaient depuis longtemps leurs propres jours des morts {zadusnica, pominky, dziady, etc.), mais ils n'en ont pas moins emprunté le rituel des fêtes gréco -romaines en même temps qu'ils en adoptaient les noms.
Au temps où la crémation était encore en usage, le mort, une fois transporté au cimetière avec les rites décrits plus haut, était placé sur le bûcher et brûlé. Le bûcher se trouvait soit près de la tombe, soit à côté du cimetière, en un endroit réservé à cet usage. On recueillait les cendres, et on les déposait (soit telles quelles, soit dans un vase) à même le sol ou encore sur un remblai en forme de tumulus. Aune époque ultérieure, après l'abandon de la crémation, !e corps non brûlé était enseveli dans les mêmes conditions, ou bien déposé dans une fosse rectangulaire.
Le tumulus même (mogyla, gomila), appelé en Russie du nom turcotatar de k.urgan (KypraH'L-) \ était de dimensions variées, la moyenne allant de 1 à 2 mètres de hauteur environ. A. Spicyn pense que la hauteur relativement plus grande des tumuh russes est due à l'influence des Russes Scandinaves qui en exécutaient du même type dans leur pays. Les tumuli des Slaves de Russie sont, de fait, généralement plus élevés que ceux des Slaves de l'Ouest, encore que cette règle n'aille pas sans quelques exceptions 2.
Mais, dans le Sud de la Russie, les Slaves avaient eu sous les yeux, bien avant l'arrivée des Scandinaves, des modèles de grands tumuli, ceux des Scythes et desSarmates qui avaient occupé le pays3 ; et c'est pourquoi je n'attribuerai volontiers pour ma part à l'influence Scandinave que les grands tumuli de hauteur anormale qu'on trouve dans le gouvernement de Novgorod et qu'on appelle sopka (coriKa) *. La forme des tumuli est arrondie
de Vienne, 1864), et, sur la radunica, l'étude précitée de M. Murko (pp. 144 et 152). La question est reprise ci-dessous, au chapitre VI.
1 Du turco-kuman £un?an (cf. persan gurchâna, qui signifiait d'abord un endroit retranché derrière un fossé et un rempart, ensuite une tombe avec tumulus. Voir Ziv. star. Slov., I, p. 374. Les Slaves avaient eux-mêmes pour cette forme de remblai le mot mogyla à côté de gomila (cf. Berneker, Etym. Wôrt., I, p. 326, II, p. 69; Miklosich, Etym. Wôrt. p. 199; Ziv. star. SloV., I. p. 303).
2 Ziv. star. Slov., I, pp. 307-308.
3 Manuel de l'antiquité slave, I, p. 173 ; Ziv. star. Slov., I, p. 309.
4 Ziv. star. Slov., I, p. 313.
ou encore, à l'époque la plus ancienne, dans la Russie des Krivitches, oblongue : ce sont les 4.iiiHHi»ie KYpram.i, les tumuli « allongés » des archéologues russes. Parfois encore sur les tumuli on fichait des pieux sur lesquels on fixait les urnes ' ; ou bien l'on dressait des pierres dans des positions bizarres, ou des sortes de tables, de petits toits et des espèces de guérites pour le repos des âmes ; on signale aussi des troncs d'arbres (Justes) chez les Slaves poméraniens 2. Plus tard, sous l'influence des Pétchénègues et des Koumanes, des statues de pierre représentaient les morts 3. Autour du tumulus il y avait un tout petit fossé et parfois un cercle de grosses pierres 4.
1 Chronique, version Laurentinc, p. 12.
2 Ebbo, I, 12. Contrairement à ce que j'ai écrit autrefois (dans Ziv. star. Sloo., I, p. 327), je pense aujourd'hui que ces fus tes étaient probablement des perches et des troncs d'arbres, comme on en met encore aujourd'hui sur les tombes ; ils portent le nom de iiapylïu en Polësje.
3 Voir plus loin, chapitre XII, et Ziv. star. Slov., I, pp. 327-328, III, p. 654.
4 Pour tous autres détails concernant la construction de ces tumuli, leur nombre, la position et l'orientation des corps, l'évolution du cercueil, etc., js m puis que renvoyer le lecteur désreux d'étudier ces questions à fond à l'édition tchèque de mon ouvrage, Ziv. star Slov., I, pp. 303-375. Le caractère con:is que je tiens à garder au Manuel de l'antiquité slave ne me p:-rmet pas de m'étendre ici plus longuement.