LES PARTIES DU VETEMENT
Les parties du vêtement.
Le vêtement des Slaves n'était pas ample et ne permettait pas au corps de manifester la beauté de ses proportions et de ses mouvements. Il adhérait aux membres et était, somme toute, assez lourd : ce n'est que par la suite que les influences italo-grecques lui donnèrent plus d'ampleur et de légèreté.
Le vêtement masculin se composait depuis les temps anciens d'un pantalon, d'une sorte de chemise et d'un manteau qui recouvrait le tout. Le pantalon était retenu à la taille par une corde, et plus tard par une ceinture de cuir. Il était serré par un lien au-dessus de la cheville. Il était très étroit et collant : c'est ainsi que sont "représentés les pantalons des Barbares du Nord dans les sculptures, les fresques et les miniatures anciennes, et nous en trouvons encore de nos jours de tout à fait analogues dans les Balkans et dans les Carpathes. Les chroniqueurs arabes parlent des larges pantalons que portaient les Russes, attachés sous le genou, et il semble qu'en Bohême aussi la mode se soit introduite de bonne heure des culottes courtes de type romano-germanique, pareillement attachées sous le genou. Le mollet était protégé par des jambières ou par des bandes. Le pantalon s'enlevait pour la nuit 1. Trois mots anciens et d'un usage général le désignaient : nogavica, gasti (slave commun *gatja) et saravary. Le premier terme désignait plutôt toute sorte de pantalons, de préférence les pantalons étroits ; le deuxième, d'origine problématique, les pantalons larges ; le troisième, d'origine orientale, probablement 2 iranienne, désignait aussi des pantalons larges fortement plissés, tels qu'Ibn Rosteh et le Géographe persan nous les décrivent chez les Russes, et tels qu'en portaient aussi, d'après le témoignage du pape Nicolas (en 866), les Slaves des Balkans à l'exemple des Bulgares de la Volga 3. Le nom de saravary s'est conservé d'ailleurs chez tous les Slaves.
Les anciens Slaves avaient, pour la plupart, le dos et les épaules nus : suivant Prokopios, c'est même ainsi qu'ils allaient au combat ; mais le
1 Kosmas, I, 36. Le latin a pour cette pièce du vêtement les termes braccae et jemoralia. Les caligae étaient une espèce de chaussures, mais, par la suite, le mot a pris en tchèque le sens de « pantalon » (kalhoty). De même le russe iiopTM désignait le vêtement en général et aussi une couverture (Ziv. star. Slov., I, p. 436).
2 Julius Polydeukes, VII, 59, X, 168. Voir aussi Hesychios, s. v. ; Isidorus, Origines, XIX, 23.
3 Responsa Nicolai, LIX, éd. Mansi, Sacr. conc, XV, p. 421.
4 Voir plus loin, p. 276.
milieu dans lequel ils vivaient les avait forcés cependant à adopter un vêtement qui leur couvrît aussi le haut du corps. De fait, nous trouvons vers la fin de l'époque païenne, toute une série de mots qui désignent précisémentdes vêtements de ce genre : rubù, cechlù, svita, sraka, sufanja, kosulja, kotyga ; nous savons mal du reste en quoi ces divers vêtements se distinguaient les uns des autres, et nous ne pouvons que supposer qu'il s'agissait de différences dans la longueur, la coupe, la forme des manches, la nature de l'étoffe. Ces mots, dans les plus anciens documents slaves, traduisent indifféremment le grec pâxoç, is6r(r, ôSovvj, y/'twv, ïjxâx-.ov et le latin vestis, tunica, camisia.
Le principal vêtement de dessous était le rubu (si. c. robù, russe py6axa) : c'était une sorte de chemise grossière, de chanvre ou de lame, qui descendait jusqu'au genou. La coupe en était certainement très simple, à peu près celle que nous connaissons chez les Germains du IVe siècle après J.-C. avec des manches et une ouverture pour la tête 1. Les données fournies par la littérature du XIIe siècle, la forme analogue constatée dans le vêtement des Barbares du monument d'Adamklissi et le rôle que le rubas joue aujourd'hui chez les paysans slaves, par exemple aux enterrements, montre la haute antiquité de ce vêtement de dessous. Il en est de même du cechlû dont le rapport avec l'antique rubasû n'est pas clair, mais dont le sens était probablement le même 2.
A partir de l'époque romaine, il apparaît, dans les pays au nord des Carpathes, quantité de petites agrafes de fabrication romaine, et qui attestent qu'on y portait un vêtement d'étoffe légère fixé par une fibule sur 1 épaule ou bien sous le menton ; il est vraisemblable que le vêtement pour lequel étaient faites ces agrafes métalliques avait pénétré en même temps que celles-ci dans le pays : ce devait être une tunique courte et légère. Il ne faudrait pas conclure de là que les Slaves ne connaissaient pas auparavant les vêtements courts. A vrai dire, nous n'en savons rien. Il est seulement certain qu'à partir de l'époque romaine, sous l'influence de Rome ou, dans les pays de l'Est, sous celle de Byzance, la tunique courte, légère et ample est devenue peu à peu à la mode chez les Slaves en même temps sans doute que d'autres sortes de vestes et mantelets. Ainsi la sraka, sracica, dont il est fréquemment question dans les textes du XIe siècle, était déjà une
1 Voir une représentation de ce vêtement dans Heyne, Deutsche Hausaltertùmer, III, p. 257. Voir aussi les tuniques grecques primitives (Studniczka, Beitrage zut Geschichte des allgriech. Tracht, Wien, 1886, p. 13).
- Voir Ziv. star. Slov., I, p. 444.