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LES PARTIES DU VETEMENT

tunique plus courte que le rubas, et les bords en étaient souvent plus richement ornés l. Ainsi encore la robe dite suknja, sukno, sukûmanû, était, comme son nom l'indique, une tunique « de drap » assez grossier. La chemise (kosulja, du latin casula) était un vêtement de dessous, une chemise qui, bientôt, dans les classes aisées, remplaça le cechlûet le rubasù d'autrefois2. Le chroniqueur Kosmas cite déjà au début du XIIe siècle le proverbe bien connu : « camisia proprior sit corpori quam tunica »3. Les petites agrafes, cependant, sont en voie de disparition du IXe siècle au XIe : la kosulja, la sraka et la suknja se fixent au cou à l'aide de rubans ou encore de boutons. Herbord signale des chemises brodées (« camisiae aurifigio ornatae >') chez les Slaves de Poméranie*.

Par dessus ces vêtements légers, les Slaves en mettaient de plus lourds. La robe (sukno) devait être employée à cet usage en raison même du drap dont elle était faite, et nous savons que, plus tard, dans certaines régions, elle l'a été en effet. Il y

Fig. 13. — Saint Venceslas vêtu de la sraka brodée (Codex de Vysehrad).

1 Le terme sraka (slave commun *sorka) semble emprunté au moyen latin sarca (cf. aussi le germ. serkr, *sarko). Voir Ziv. star. Slov., I, pp. 446-447, où l'on trouvera d'autres précisions sur la sraka et la suknja. Le mot suknja est passé par la suite en Occident (vieux français soucanie, sousquenie, etc., ail. suckenîè), en Grèce (souxavta) et en Hongrie (szoknya).

2 Le terme kosulja commence à apparaître dans les documents à partir du XIe siècle. Il apparaît aussi à la même époque certain genre de tunique appelée kotysa (du lat. cotuca « tunica clerici »), ceci dans les sources orientales et méridionales. Voir Ziv. star. Slov., I, pp. 450-451.

3 Kosmas, III, 58.

4 Herbord, II, 27.

avait, en outre, toute une série de vêtements de dessus, de « surtouts », avec ou sans manches, fendus par devant, ou avec une simple ouverture pour laisser passer la tête. Des boutons ou des brandebourgs les fermaient sous le menton. Parmi ces vêtements lourds et faits d'étoffes grossières, il faut nommer d'abord la svita slave, longue veste d'origine indigène dont le nom, dans les plus anciennes traductions slaves, rend le grec ytxwv, bôv-ç et aussi [portôv. Ce vêtement avait des manches : il se portait au XIe siècle en Russie, où il s'est maintenu jusqu'à présent (du moins en Petite Russie) ainsi que dans les Balkans \ Les Barbares de l'ancienne Dacie, représentés sur le monument d Adamkilissi, comme ceux que nous voyons à Rome sur la colonne Trajane, portent des vêtements semblables à la svita : le professeur P. Bierïkowski a conclu de là que c'étaient des Slaves. La chose n'est pas impossible en soi, mais l'argument invoqué est insuffisant2.

Dès les Xe et XIe siècles, les Slaves avaient encore, sous les noms de kabatû et zupanû, d'autres surtouts, de type long, à col droit ou rabattu, fermés à l'aide de brandebourgs ou de boutons, et munis d'une ceinture. Les noms sont d'origine étrangère : orientale ou grecque 3. On a trouvé dans des tombes russes, avec des boutons et des cols provenant de ces surtouts, des restes d'étoffes étrangères, bordées et brodées : il est évident que ces formes de vêtements étaient venues aux Slaves de l'étranger, tant de Byzance que de l'Orient. Les Bulgares du Ménologe du Vatican, comme ceux du Psautier de la bibliothèque de Saint-Marc, portent également ce costume avec des brandebourgs et des ceintures ; on en voit des spécimens particulièrement jolis dans une série de portraits des princes russes et de leur famille, et dans la miniature déjà mentionnée de

Fig. 14. — Diable vêtu de la srak^a (codex de Vysehrad).

Voir les précisions dans Ziv. star. SIov., I, pp. 453 et suiv. Kosmas mentionne des svity bariolées au Xe siècle (Arfav za pov. jugosl., IV, 84).

~ Bienkowski, dans les Comptes-rendus du IIIe Congrès des historiens polonais (Cracovie, 1900).

Kabatû est un mot commun à toutes les langues slaves, emprunté au grec xaëâSiov, xa6dt8/jî, xaêâSi et à l'osmanli kobâ (il est déjà dans Constantin Porphyrogénète, De ceremoniis, II, 52 ; voir Ebersolt, Les arts, p. 76) ; zupanû est tiré du grec Çmoûvi et de l'osmanli zubun.

Planche II — Svjatoslav avec sa famille (d'après Ylzbornik peint pour ce prince en 1073)

LE VÊTEMENT EN GENERAL

Vlzbornik de Svjatoslav (1073). La fresque de l'église Sainte-Sophie de Kiev qui représente la famille du prince Jaroslav, les portraits anciens des princes Boris et Glëb et d'autres encore nous offrent des modèles de ce costume \ Fadlân, à son tour, constate qu'au Ve siècle les Slaves russes se distinguaient des marchands Scandinaves par de longs surtouts 2. Il n'est pas douteux que les Slaves de l'Ouest tenaient

Fig. 15. — Les Bulgares du Ménologe basilien (Bibliothèque du Vatican).

leurs chemises et leurs surtouts plus somptueux de l'Italie et de l'Allemagne, comme ceux de l'Est et du Sud avaient reçu les leurs de Byzance et de l'Orient. Quand Otto de Bamberg alla en Poméranie pour y baptiser les Slaves de cette région, il apportait avec lui, entre autres présents, des étoffes et des vêtements précieux qu'il distribua à ses néophytes, ainsi que des ceintures dorées et des chaussures ornées de broderies 3. L idole d'Arcona portait une riche tunique, et la statue dite de Svantovit, qu on voit

1 Voir les reproductions dans 2iv. star. Slov., I, pp. 432 et suiv.. et 454.

2 Harkavi, CKasanbi, p. 94.

3 Herbord, II, 28, 29, III, 1.

sur une colonne de l'Académie de Cracovie, porte un long kaftan muni d'une ceinture 1.

D'une façon générale, l'influence étrangère sur le costume des Slaves fut très forte à partir du moment où ils se trouvèrent en relations avec Rome, Constantinople et, en Orient, avec les Bulgares, les Khazars et les Pétchénègues. Les classes aisées s'y prêtèrent le plus volontiers ; elles laissèrent l'ancien costume au peuple, bien qu'à vrai dire celui-ci fît aussi accueil aux produits étrangers. Les vêtements de drap d'or, de brocart et de soie, en particulier, venaient du Midi et de l'Orient, et avec eux toute une nomenclature de vêtements, d'étoffes et d'objets de toilette : nous retrouvons les mots et les objets dans les siècles qui suivent 2. En outre, comme nous le verrons plus loin (p. 83), les princes slaves avaient emprunté à la cour de Byzance tous les costumes de cérémonie.

Les surtouts dont nous venons de parler étaient également bordés de fourrures ; ils en étaient même doublés et formaient ainsi de véritables pelisses auxquelles les Slaves donnaient, à côté du nom indigène de kozuchû le nom oriental de suba3. La pelisse se portait beaucoup chez les Slaves, alors même qu'elle n'était plus en usage chez les autres peuples. Ceci explique les paroles dédaigneuses de l'empereur Nicéphore II (963^969) à l'adresse du prince bulgare : « Dites à votre chef vêtu de peaux de bêtes... » . Ces différents vêtements étaient tous munis d'une ceinture sans boucle (si. pojasû, opasu), fixée à la taille par un simple nœud, et à laquelle étaient suspendues des armes, une bourse contenant un briquet et un couteau, et un nécessaire de toilette (fig. 15). La besace (vieux-slave BpTiTiime) était l'attribut typique du paysan slave. Il faut noter ici que les gants (rukavica) sont attestés chez les Slaves dès le XIe siècle.

Le simple peuple se protégeait contre le froid ou les intempéries en s 'entourant le corps d'une grande pièce de laine grossière ou d'une peau de mouton, d'ours ou de loup convenablement préparée. Les anciens Slaves

1 Saxo Gram., éd. Holder, p. 565 ; Ziv. star. Slov., Il, pp. 144 et 145. Voir la figure plus loin, au chapitre VI.

2 Voir Ziv. star. Slov., I, pp. 414, 456 et 460-461. Les anciens termes panslaves pour désigner les boutons : gombù, pogy, pogva viennent également du grec xôp.6oç et ttovyy'i latin médiéval punga. Savvaitov a recueilli beaucoup de matériaux sur ce sujet dans son OnHcaHie.

! Kozuchù, de koza « peau » ; suba est venu, par l'intermédiaire de l'allemand, de l'arabe dzubbah que Kardîzî applique au vêtement des Burtas et des Magyars (éd. Bartold, pp. 121, 122).

4 Léon le Diacre, IV, 5.

LE VETEMENT EN GENERAL

avaient déjà, pour cette espèce de manteau, le nom de plastï et, pour le manteau de parade en fourrures, celui de krzno^ kurzno : les deux mots sont attestés dans des documents du Xe siècle et du XIe. Le deuxième terme est particulièrement intéressant, car des chartes d'Otton II, datées de 937, 970 et 983, nous apprennent que les Slaves polabes payaient aux Allemands la dîme en \rzno (crusina, crusna) l.

Le krzno slave fut adopté volontiers en Allemagne (kiirsen) et en Europe occidentale, où il fut plus tard connu sous le nom de sclavina, sclavonica, franc, esclavine, ail. slavenîe. Il est clair d'autre part que les Slaves empruntèrent à leur tour divers modèles de manteaux étrangers, en particulier ceux qu'on portait dans les armées byzantine et romaine de basse époque. La .iyrJ,a russe (c. lûda) vient du nordique lodha ; le mhtl^il russe du grec jj.avrr,/.'.cv ; le slave KyKCUt, KyK^ia, du latin cuaillus ; le slave guna vient du latin-grec ycuvva ; et le serbo-bulgare cail, caa, caiilie n'est pas autre chose, comme l'a montré Kondakov, que le vieux latin-grec sagum, aay.cv2.

Ces manteaux se portaient attachés à l'épaule ou sous le menton par une agrafe, un bouton ou une boucle.

La riza slave est ancienne, mais d'origine et de forme incertaines. Le mot est attesté à partir du Xe siècle, comme désignant un manteau large, de couleurs variées, et garni d'une ceinture.

Il est entré dans le vocabulaire de l'Eglise slave d'Orient où il corres'

Fig. 16. — Le prince Bons

(dans le manuscrit des Bescdy

de Jean Chrysostome).

1 Voir les détails dans Ziv. star. Slov., I, p. 471,

2 Ziv. star. Slov., I, p. 473.

pond au grec <paiiévY)ç (d'un ancien çaivioAr,?) venu lui-même du latin

paenula. Plus tard, il a été appliqué par les diverses langues slaves à des

vêtements différents1.

Le vêtement des femmes se composait d'abord, comme celui des hommes,

du rubasû, longue chemise de toile grossière de lin ou de chanvre qui était sans doute le plus souvent leur unique vêtement, comme c'est encore aujourd'hui le cas, en été, dans certaines régions des Balkans. La coupe de cette chemise n'est pas exactement connue, mais il s agissait probablement d'une pièce d'étoffe cousue qui faisait le tour du corps et était retenue sur les épaules par une ou deux bandes. Tel est l'aspect qu'a de nos jours le rubâs des femmes des Carpathes3. Par-dessus le rubasû les femmes mettaient en cas de besoin un vêtement de dessus à savoir : sur la partie inférieure jpfc du rubasû, une sorte de tablier qui descendait de la ceinture devant et derrière et, sur la partie supérieure, diverses espèces de souquenilles ou casaquins3. Parfois il n'y avait guère de différence entre ces vêtements et ceux des hommes, et il est probable qu'à l'origine la coupe et l'ornementation étaient identiques

pour les deux sexes. Le mot ancien oplecie, commun Fig. 17. — Jeune fille , . ■ i i i j, •

, „ . . . a toutes les langues slaves, désigne partout une pièce

en rubas (miniature , . . . . , . .,

tchèque du xive siècle). de vêtement féminin qui couvrait les épaules : il

est donc probable que les femmes portaient cette

pièce — gilet ou tour de cou — dès l'époque slave commune ; mais toute

preuve positive fait défaut sur ce point.

Au reste, la femme étant astreinte au travail tout le long du jour, son vêtement de dessus devait être tel qu'il ne gênât pas la liberté de ses mouvements ; et, de fait, il est demeuré longtemps très élémentaire. Il ne se portait d'ailleurs, je le suppose, et pour la même raison, que rarement.

1 Voir les détails dans Ziv. star. Slov., I, pp. 476-480, et dans Jagic, Entstehungsgeschichte Jer k^chenslavischen Sprache, 2e éd., pp. 321 et suiv., et 392.

2 Des miniatures tchèques du XIVe siècle offrent des échantillons de ce rubâs (Ziv. star. Slov., I, p. 481).

3 La sukpja des femmes passa également en France sous le nom de souquenille (v. fr. sousquanie), comme nous en avons la preuve dans les auteurs des XIIe et XIIIe siècles (Partonopeus de Blois, Guillaume de Loris, Gautier de Coincy, etc.). Voir Ziv. star. Slov., I, P. 483.

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