‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 22 sur 90 · LA CHAUSSURE · texte numérisé non relu

LA CHAUSSURE

L'hiver, femmes et jeunes filles s'enveloppaient dans des pelisses ou dans une espècede couverture, la ponjava, dont le nom est attesté dès le XIe siècle ; ce mot, de nos jours encore, dans certaines régions de la Russie, désigne un large tablier attaché par derrière et tombant sur les côtés 1.

La chaussure.

Nous sommes plus riches en données historiques et archéologiques sur la chaussure. La chaussure primitive était certainement l'escarpin, un morceau de cuir dont les bords légèrement relevés étaient maintenus réunis par la tille, ou par une bandelette, ou par une lanière de cuir, tel en somme que le portent encore les Slaves de certaines régions des Carpathes

Fig. 18. — Souliers de tille russes.

ou des Balkans. Le nom de cette chaussure était sans doute krPce (vieuxslave krùpa) 2 ou encore opanky (vieux-slave opïnùky). La chaussure de tille s'appelait, par contre, et depuis longtemps, lapûtï (pluriel lapûti). Cette chaussure est attestée dès le XIe siècle par les chroniques, et la tradition tchèque, consignée par Kosmas, chaussait le prince Premysl de lapti de tille 3. L'escarpin, au sens actuel du mot, est cependant déjà attesté lui aussi au Xe siècle par Constantin Porphyrogénète qui l'appelle du nom de ffipêouXa, simple transcription grecque du slave cervïjt, bulg.

1 2iv. star. Slov., I, p. 485.

Le mot krùpa a son ancienneté attestée par ses correspondants indo-européens : gr. xpiyidç, lat. carpisculum, lett. kùrpe. Le mot obuvï « la chaussure » est aussi ancien et slave commun.

Chronique, version Laurentine, p. 82 (à l'année 985) ; Kosmas, I, 7.

11,'JbpBy.lH \ Ce sont peut-être aussi ces souliers montant jusqu'à la cheville que signalent le Géographe persan et Kardîzî. Suivant les vieilles légendes, saint Venceslas et saint Vojtëch (Adalbert) portaient des escarpins. Kosmas parle d'escarpins à lanières de cuir en pays polabe pour l'année 1087 et en Bohême pour l'année 1090. Les mots latins employés sont : coturni, calcei, calciamenta 2.

Le simple peuple n'avait pas de meilleures chaussures. Mais la fabrication étrangère avait fourni de bonne heure aux riches des escarpins brodés et des souliers bas fendus, comme nous en voyons dans les miniatures du Xe siècle. Le trésor de saint Venceslas qui se trouve dans l'église de Starâ Boleslav renferme des escarpins brodés sans doute pareils à ceux que 1 évêque Otto de Bamberg distribuait aux seigneurs de Poméranie 3. On a trouvé des souliers fendus par devant et munis d'oeillets dans les sépul-

Fig. 19. ; — Escarpin de cuir trouvé à Sargorod (gouvernement de Kiev).

tures de l'ancien camp fortifié de Sargorod, près de Vasil kov (gouvernement de Kiev).

Outre les escarpins et les souliers bas, on portait déjà au Xe siècle des souliers hauts non fendus et qui couvraient tout le mollet, c'est-à-dire des bottes. Nous avons pour les désigner deux vieux mots : le premier, sapogû, attesté au Xe siècle dans le Paterik de Rome, dans les plus anciennes traduc-

De adm. imp., 32. Nous lisons Mpec.ia pour vnoô-^oLra dans le Paterik de Rome du IXe -Xe siècle, et qepeBHH dans des documents russes du XIe siècle (voir Ziv. star. Slov., I, p. 488).

2 Kardîzî, éd. Bartold, p. 123 ; le Géographe persan, éd. Tumanskij, p. 135 ; Fontes rer. bohem., I, pp. 131, 241 et 318 ; Kosmas, II, 39, 42.

3 Herbord, II, 28.

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