LA COIFFURE
chez les Slaves de l'Est et du Sud, nous voyons (surtout chez les princes), dès le Xe et le XIe siècles, des bonnets plus ou moins hauts (voir notamment l'image qui se trouve en tête de ilzbornik de Svjatoslav), bordés de fourrure, avec des oreillettes et, en avant, une gaine à plumet \ Certains types au moins de ces couvre-chefs étaient particuliers aux Slaves : c'est ce que nous apprend Ebbo en notant que l'allemand Heriman, voulant s'introduire dans le temple de Triglav à Stettin, avait pris un manteau et un bonnet slaves (« pilliolum barbaricum ») 2. Mais il va sans dire que les Slaves avaient aussi emprunté et portaient des coiffures d'origine et de forme étrangères. C'est ce qu'indiquent au moins deux des noms du chapeau communs à toutes les langues slaves, à savoir : f^lobukû, dont l'original turc est kalpak> et qui est attesté chez les Slaves dès le XIe siècle, et d'autre part capka, saplia emprunté au latin médiéval cappa 3. Les données archéolo-
Fig. 21. — Anciens bonnets russes et bulgares tirés des miniatures.
giques sont malheureusement peu nombreuses. Il faut retenir surtout, malgré l'époque relativement tardive (xile siècle), le beau bonnet du prince Vladimir Monomaque .
Les jeunes filles avaient la tête découverte ; leurs cheveux étaient tressés en nattes 5, et leurs seuls ornements étaient des diadèmes, des bandeaux et des anneaux pendants, le plus souvent en argent 6. Les femmes, au contraire, avaient la tête couverte soit d'un voile ( namëtuka, zavoj, povoj, ubrusû) , dont les coins tombaient sur la poitrine, soit d'un bonnet (cepïcï, cepecï) , qui couvrait entièrement les cheveux coupés. Ce bonnet, au moins
1 Ziv. star. SIov., I, pp. 499-500, et la planche II extraite de Ylzbornik.
2 Ebbo, II, 13.
3 Ziv. star. Slov., I, pp. 503 et 504. Dans la Vie de Théodose écrite par Nestor, il est fait mention de kjobuki tressés ; ailleurs hlobuk. indique les bonnets de parade, et dans les traductions de l'Ecriture il rend le grec xt'Sagi? ou tt'apa.
4 Sur ce bonnet, voir Ziv. star. Slov., I, p. 522, Kondakov, Jpii:. pyccKÎa, V, p. 40, et dans les ^peBHOCTH Puer. Foc, II, planches 1-2.
B On a trouvé dans les tombes des nattes tombantes ou enroulées autour de la tête (à Radim, en Bohême).
6 Voir plus loin, p. 88.
dans la portion orientale du domaine, devait subir fortement les influences de Byzance et de l'Orient (ainsi pour la Kima et le kokoiiihiike. russes, etc.). Les peines les plus sévères étaient réservées à qui aurait osé enlever le bonnet ou le voile d'une femme.
Fig. 22. — Bonnet féminin trouvé à Bëlgorodka (gouvernement de Kiev).
Les femmes savaient confectionner elles-mêmes les vêtements peu compliqués qui viennent d'être décrits. Elles se servaient, pour cela, d'aiguilles
LÉ
Fig. 23. — Aiguilles et porte-aiguille des tombes russes.
en fer ou en os dont on a trouvé nombre d'exemplaires dans les tombes. Elles savaient aussi orner leur vêtement si simple de broderies de diverses couleurs : nous n'en saurions douter pour la raison que les types de broderies si extraordinairement finis et stylisés, que les paysannes slaves font encore de nos jours, n'ont pu être obtenus que par des siècles de préparation.