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Aussi bien, Kosmas nous parle-t-il des coussins brodés de Libusa, et Herbord des chemises brodées des Slaves de Poméranie ; d'autre part, les échantillons de broderies ne manquent pas non plus dans les kurgany russes1. Il va de soi, cependant, que les vêtements véritablement précieux, faits d'étoffes de prix et brodés d'argent et d'or avec des dentelles d'or2, étaient tous de provenance étrangère : les princes se les procuraient notamment pour les circonstances où ils avaient à paraître devant leur peuple à l'occasion de grandes solennités. Nous ne voyons, au reste, ces vêtements somptueux que chez les Slaves de l'Est et du Sud au début de l'époque chrétienne ; mais on ne saurait douter que, dès avant l'adoption du christianisme, ceux-
Fig. 24. — Collet brodé des tombes de Nabutovo.
ci aient connu quelque tenue analogue, en raison de leurs relations si étroites avec l'Orient et Constantinople. Les premiers costumes de parade connus des princes balkaniques et russes ne sont, à quelques détails près, qu'une imitation des vêtements de cérémonie de la cour de Byzance, ainsi que l'a montré Kondakov dans son étude sur les portraits des princes russes 3. Les princes mettaient sur leur tête une couronne, soit le stemma, fait d'un bandeau métallique par dessus lequel deux autres bandes surmontées d'une croix formaient un arc, soit un magnifique bonnet bordé de fourrure et orné d une croix (voir fîg. 25). Ils portaient une longue tunique (SiSyjttqiïiov)
1 Kosmas, 1,4; Herbord, II, 27 ; Samokvasov, MortUlU pyccK. 3PMJIH, p. 209. On exportait déjà au XIIe siècle les serviettes russes brodées (Kondakov, ^peBHOCTH, VI, p. 7).
2 Les restes de dentelles qui ont été découverts sont en général de provenance étrangère (Ziv. star. Slov., I, p. 515).
3 Kondakov, H.3u6pa;keniH pyccKofi i;mivI;ivi;oiï cenbH in, MKHiaTiopaxi, XI h. Cm'i.. 1906. Voir aussi le livre de J. Ebersolt, Les arts somptuiires de Byzance, Pans, 1923, pp. 139, 142.
percée d'une ouverture pour la tête, garnie d'une large bordure et serrée à la taille par une ceinture, et un manteau de pourpre (■/kuy.ûç, aâvcov, 5x73jjlqcvtiov) boutonné sur l'épaule ou sur la poitrine. Les princesses portaient, elles aussi, le costume patricien de Byzance avec sa lourde et splendide écharpe qui faisait le tour du corps en passant par dessus le bras gauche (Xûpcc), et elles avaient sur la tête une couronne x. Nous ne trouvons pas trace en Occident de cette imitation du cérémonial byzantin. Là, à en juger par les miniatures et notamment par le manuscrit de Wolfenbùttel, les princes slaves ont toujours eu un costume plus proche de celui de leur
Fig. 25. — Bonnet princier attribué à Vladimir Monomaque.
peuple. Ce costume était, il est vrai, d'étoffe plus précieuse, mais d'une coupe plutôt légère et courte.
Je ne saurais terminer ces considérations sur le vêtement sans ajouter qu'il n'est aucun costume slave d'aujourd'hui, quelque apparence primitive qu'il puisse offrir, que nous soyons en droit de faire remonter sans plus à l'époque que nous étudions. Il est vrai que les costumes de certaines régions montagneuses très éloignées des centres, comme les Balkans et les Carpathes, ont gardé des particularités anciennes : sandales, pantalon, caleçon, chemise, tabliers de femmes, voiles de tête ; mais, à côté de ces détails, ils en présentent
1 Voir Ziv. star. Slov., I, p. 524; Kondakov, op. cit., p. 16, et le portrait du prince Jaropolk et de sa femme Irène dans le Codex Gertrudianus (voir plus haut, p. 66).
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beaucoup d'autres qu'on ne peut imputer à un passé ancien. Il reste seulement que, dans leur ensemble, ils donnent en effet une impression de haute antiquité, et qu'on peut imaginer qu'un paysan des Carpathes occidentaux, par exemple, a, de nos jours encore, à peu près l'apparence d'un Slave du Xe siècle.
La parure.
On pourrait s'étendre longuement sur les bijoux slaves de l'époque qui va du IXe siècle au XIe, car il nous en a été conservé un nombre considérable d'exemplaires. Les objets parvenus jusqu'à nous suffisent à établir que les anciens Slaves, tout comme les autres peuples, prenaient soin de leur parure, de la parure féminine surtout, autant que le leur permettaient leurs moyens. I! n'y a pas de chapitre de leur civilisation matérielle dont on puisse pousser aussi avant le détail que celui de cette industrie d'art.
Mais les proportions et le caractère de ce livre nous interdisent d'étudier aussi minutieusement toutes les espèces de diadèmes, de boucles d'oreilles, d'anneaux, de colliers, de bracelets, de bagues et autres ornements. Cette étude ne serait possible d'ailleurs qu'avec un appareil important d'illustrations que nous ne saurions donner ici. Aussi me vois-je obligé de renvoyer le lecteur à la partie de mon ouvrage en tchèque qui traite de manière approfondie de toute cette question \ Je me bornerai ici à des indications de caractère général dont certaines, comme celles qui concernent l'orfèvrerie et l'émaillerie, seront complétées dans les chapitres suivants 2.
Il faut d'abord constater que nous ne connaissons pas aux Slaves d industrie d'orfèvrerie remontant à l'époque la plus ancienne. Presque tout ce qui caractérise leurs bijoux à la fin de l'époque païenne n'apparaît que du VIIIe siècle au XIe, alors qu'ils commencent à subir fortement les influences byzantine, orientale, nordique et de plus, dans les pays de l'Ouest, 1 influence franque. La pauvreté la plus complète était jusqu alors leur lot. Les cimetières du Ve siècle et des trois siècles suivants sont encore en grande majorité si dépourvus d'industrie et de bijoux qu'ils trahissent un dénûment de civilisation résultant sans doute des mouvements de migrations et des bourrasques de cette époque et de la précédente. C'est seulement à partir du VIIIe siècle, et surtout du IXe, que l'on commence à découvrir dans les tombes slaves des bijoux étrangers ou indigènes, de plus en plus nombreux. La civilisation matérielle se révèle, dès lors, en progrès.
1 Ziv. star. Slov., I, pp. 529-682.
2 Voir plus loin chaP. IX, pp. 211-232, et chap. XII, pp. 316-322.
Il faut noter ensuite qu'à dater du IXe siècle les bijoux slaves offrent une remarquable variété. A peu d'exceptions près, il n'y a pas unité ni d objets, ni de formes, ni de techniques. Les divers pays slaves se différencient déjà sensiblement les uns des autres, ceux de l'Ouest, en particulier, de ceux de l'Est \ Dans ces derniers les styles byzantin et oriental s'implantent fermement avec leurs techniques. Le caractère oriental est prépondérant au IXe et au Xe siècles, et le caractère byzantin à partir du XIe. L'argent, apporté par les Arabes, est devenu le métal le plus usuel des bijoux slaves, encore que, parmi ceux-ci, on en trouve également de bronze, de cuivre et d'or. Le type le plus répandu est celui de l'objet d'argent, mince et léger, en filigrane. C'est celui qui caractérise le goût des Slaves des Xe et XIe siècles et les différencie de leurs voisins, le filigrane étant d'ailleurs d'origine étrangère. La femme slave de Russie, en particulier, se distinguait nettement, grâce à ses élégants bijoux d'argent, de la femme finnoiseouletto-lituanienne.
Les bijoux qui doivent appeler principalement notre attention sont les bagues, les bracelets, les colliers massifs, les boucles d'oreille. Ils nous apparaissent en grand nombre et sous les formes les plus variées. L'agrafe et la boucle, par contre, si importantes à l'époque la plus ancienne, deviennent rares et n'offrent pas un grand développement de formes 2.
C'est par le commerce romain que la plupart des diverses fibules avaient pénétré dans les pays slaves : la provenance en était d'ailleurs généralement provinciale. Entre le Ier et le IVe siècles après J.-C, elles avaient été répandues largement des pays de l'Elbe et du Danube jusqu'à l'intérieur des régions occupées alors par les Slaves. A partir du IVe siècle, les fibules dites gothiques (que j aimerais mieux nommer autrement) avaient commencé à pénétrer du littoral de la Mer Noire jusque dans la Russie centrale, où leurs dérivés se maintinrent au moins sporadiquement jusqu'aux VIIe et VIIIe siècles. Il arrivait en même temps du pays de la Baltique quelques échantillons de fibules de forme et de technique particulières, en émail notamment, et enfin, au IXe et au Xe siècles, il venait de Bornholm des fibules Scandinaves, apportées pour la plupart par les compagnies des princes russo-varègues. Dans l'ensemble, cependant, la fibule est très rare à la fin de l'époque païenne, et les Slaves ne s'en sont pas créé de type nettement différencié. Ils donnaient visiblement la préférence aux boutons et aux bran-
1 Les Slaves des Balkans, à l'exception des Croates, nous ont fourni jusqu'ici peu de matériaux, mais il n'est pas douteux qu'ils aient incliné également vers l'Orient.
2 Voir tous les détails sur l'évolution des formes de ces bijoux, avec les planches qui s y rapportent, dans Ziv. star. Slov., I, pp. 529-679, et planches XX-XLI.
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Fig. 26. — Tête coiffée d'un diadème et ornée de pendentifs, trouvée à Brovarki (Poltava).
Fig. 27. — Crâne d'une tombe slave de Kaldus (Poméranie).
debourgs. C'est uniquement chez les Slaves des Alpes qu'on trouve avec quelque fréquence un type de fibule arrondie offrant un motif original (type de Kettlach) ; mais j'incline à voir là plutôt des produits de l'industrie franque.
La boucle et l'agrafe étaient plus répandues. La boucle était également de provenance romaine : on s'en servait pour les ceintures et les cuirs en général. Elle ne s'est pas maintenue, à vrai dire, chez les Slaves de l'Ouest ni chez ceux du Sud (du moins les tombes en fournissent peu d'échantillons). Mais elle est restée très en faveur chez les Slaves de l'Est tant sous la forme slave proprement dite que sous diverses formes étrangères d'origine baltique, Scandinave, finnoise et turco-tartare. Il ne m'est malheureusement pas possible d'examiner ici dans le détail ces différents types d'agrafes : on en trouvera la description dans « La vie des anciens Slaves » \
Parmi les bijoux destinés uniquement à la parure, ce sont surtout les diadèmes qui sont caractéristiques pour les Slaves. Nous avons déjà vu plus haut 2 l'importance qu'avaient et qu'ont encore aujourd'hui, dans la vie des jeunes filles, la couronne et le diadème, symboles de la virginité. L'archéologie nous fournit une série d échantillons intéressants de ces parures, trouvés presque exclusivement en Russie. Ce sont notamment les tombes du gouvernement de Poltava qui ont livré les échantillons les plus curieux de véritables ceintures de tête auxquelles sont suspendus de menus coraux, de petits anneaux et des coquilles. On en a trouvé de plus beaux encore, en or et en émail, dans quelques trésors découverts à Kiev et à Sachnovka près de Kanev, mais ceux-ci sont généralement d'origine byzantine et appartiennent déjà à une époque plus tardive, aux XIIe et XIIIe siècles.
Les boucles d'oreilles abondent aussi dans les tombes : elles sont de genres très variés. Aux Xe et XIe siècles, ce sont surtout des boucles d'oreilles en filigrane, qui se composent de fines paillettes d'or ou d'argent entrelacées et de petites boules ajourées. La région de Kiev, les Balkans, la Dalmatie sont, à cet égard, particulièrement riches ; mais on en trouve aussi, au moins sporadiquement, dans les autres pays slaves, en Bohême notamment et en Pologne.
Les colliers trouvés dans les tombes slaves sont de deux sortes : d'abord des colliers de perles de verre mêlées à des perles de métal et d'ambre, d'autre part des colliers métalliques massifs de formes très différentes appelés grivïny (le mot grivïna figure déjà dans les documents du Xe siècle). Il faut
3 Ziv. star. Slov., I, pp. 557 et suiv.
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y joindre, comme objets du même style, des bracelets et de fines bagues de modèles très variés, que je ne puis malheureusement étudier ici en détail, et dont quelques-uns sont des pièces fort intéressantes l.
Le bijou le plus caractéristique, parmi ceux qui étaient en usage chez les Slaves, est l'anneau pendentif retombant sur les cheveux, des deux côtés de la tête, devant et derrière les oreilles (d'où le terme archéologique de zausnica, d'après usi « les oreilles »), sur les tempes ou même jusque sur les épaules. Les anneaux de cette sorte étaient sans doute suspendus à un bandeau ou à un diadème enserrant la tête, à moins qu'ils ne fussent accrochés librement aux boucles des cheveux. Les bijoux qui s'en rapprochent le plus sont les chaînettes suspendues aux couronnes et diadèmes byzantins 2.
Ce genre de parure pour la tête est certainement ancien, mais il ne nous est attesté chez les Slaves qu'à partir du IXe siècle.
Aux XIe et XIIe siècles, il offre une grande variété de formes, dont les unes sont communes à tous les pays slaves et les autres propres à certains d'entre eux seulement ; en particulier, il fournit, dans le domaine oriental, un moyen de différenciation archéologique des régions (ce sont les biicomhlih K eu tu, a des archéologues russes).
Il y a un autre type fondamental de bijou, qui accompagne partout les Slaves, et qui est devenu comme un des signes certains de leur costume et permet de définir les limites de leur habitat entre le VIIIe et le XIIe siècles : c'est l'anneau en S, à savoir un anneau plus ou moins grand, habituellement en bronze et souvent plaqué d'argent, dont l'une des extrémités est ter-
1 2iv. star. Stov., pp. 545, 614, 648, 663 et 670.
2 Voir Ebersolt, Les arts somptuaires de Byzance, p. 34 : ces chaînettes s'appellent /.«TaasKiTi.
Fig. 28. — Les anneaux pendentifs d'une miniature de la bible de Velislav.
Fig. 29. — Types divers d'anneaux temporaux.
LA PARURE
Fig. 30. — Types divers d'anneaux temporaux. (Les figures 12-15 présentent ces anneaux accrochés à un bandeau de cuir).
minée par un plein et l'autre battue et retournée en forme de S (fig. 27-30). Ce type d'anneau est répandu depuis la Save, les Alpes et la Saale jusqu'au fond de la Russie ; mais la statistique des fouilles montre qu'il était surtout fréquent dans l'Ouest, où il avait également atteint sa plus grande perfection. C'est là, en Occident, que, selon toute apparence, il faut en chercher l'origine. Cette origine pourtant est encore obscure. Je suppose, pour ma part, que les Slaves ont dès longtemps porté dans leurs cheveux de simples anneaux, mais qu'ils n'ont connu les anneaux terminés en forme de S qu'à une époque plus tardive, dans les marches septentrionales de l'Empire romain, où l'on en trouve, en effet, les premiers spécimens avant 1ère chrétienne, spécimens de plus en plus nombreux durant les siècles suivants (en Bosnie, en Istrie, dans le Tyrol) : ces anneaux leur ont plu, et ils leur ont témoigné une telle faveur qu'ils en ont fait avec le temps un bijou purement slave. Du reste, ce cas de (1 nationalisation a n'est pas isolé. Les choses se sont passées à peu près de même pour la céramique romaine, que les Slaves ont empruntée au moins en partie et qu'ils ont transformée en une céramique typiquement slave \
Le simple anneau en S atteignit d'ailleurs, par endroits, un développement nouveau. Il se transforma, compliqua son incurvation ou son extrémité ; on y enfila des perles de verre ou de métal ; on lui donna des dimensions diverses ; on lui appliqua une technique différente. Dans les pays de l'Ouest, jusqu'au XIIIe siècle, on en portait un ou plusieurs (de huit à dix) suspendus à un bandeau sur les côtés de la tête. De l'Occident, la mode se répandit vers l'Est, jusqu'en Russie : c'est ainsi qu'on le rencontre fréquemment dans le bassin du Dnieper. Mais, là-bas, loin vers l'Est et le Nord, l'anneau pendentif subit une évolution locale encore plus poussée : ce n'est plus, dans la Russie des XIe et XIIe siècles, le simple cercle battu que nous connaissons, mais un anneau dont la partie inférieure se change en un disque articulé en forme d'étoile ou de spatules (palettes). Ce modèle, généralement en argent, nous est offert surtout par le pays des Radimitches et des Viatitches russes 2. Mais on trouve aussi, dans d'autres parties de la Russie, des anneaux pendentifs de formes variées et aberrantes, qui ne sont d'ailleurs nulle part aussi riches que dans le bassin de l'Oka (fig. 31).
Il faut cependant reconnaître, en faisant le bilan de ces vêtements et de ces bijoux, que l'ensemble est loin d'être somptueux. La parure des Slaves
1 Voir Ziv. star. Slov., I, pp. 591 et suiv., et ici même, plus loin, pp. 225-230.
2 Voir Manuel de l'antiquité slave, I, p. 222, et pour les détails archéologiques, Ziv. star. Slov., I, pp. 603 et suiv.
LA PARURE
F; 3, Types divers d'anneaux pendentifs des tombes russes
(Fig. 10-12 et 14 : anneaux des Radimitches et des Viat.tches ; hg. l>-IO
anneaux non slaves).
restait encore pauvre à la fin de l'époque païenne et au commencement de la chrétienne, si nous la comparons avec celle de certains domaines voisins. Elle procède de la simplicité générale du peuple. En ce temps-là, l'industrie de l'or et de 1 argent avait commencé sans doute à se développer mais elle restait limitée à quelques centres peu commerçants et éloignés les uns des autres : Prague, Prëslav, Kiev, Suzdal et Novgorod. Si les habitants de ces quelques villes vivaient plus richement et se paraient avec plus de luxe, par ailleurs, tant en Bohême qu'en Pologne et en Russie occidentale, les Slaves restaient pauvres en or et en argent. Les tombes de la
Fig. 32. — Anneau pendentif des tombes du gouvernement de Moscou.
fin de l'époque païenne que l'on trouve dans ces pays se signalent, en général, de l'avis commun des archéologues, par leur grande pauvreté, si on les compare aux tombes germaniques ou turco-tatares contemporaines. Le luxe de la parure n'a pris plus de développement que là où les Slaves se trouvaient en contact immédiat avec des voisins finnois, turco-tatars, prusso-lituaniens et nordiques : c'est là seulement que l'on constate dans les tombes une plus grande abondance et une plus grande variété de bijoux, et notamment une évolution plus riche des anneaux pendentifs, des diadèmes, des boucles, des bagues, des bracelets, des fibules, qui, ailleurs, sont très pauvres. Aux X1' et XIe siècles, l'argent de l'Oural est la matière préférée, et le filigrane constitue le type d'ornementation le plus apprécié. Si nous considérons, par exemple, la tombe d'un certain prince eu boïar russe du
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X° siècle trouvée à Taganca, près de Kiev, nous n'y voyons presque que des objets en argent ou plaqués d'argent l. Et, en 1209 encore, nous lisons au début de la première chronique de Sophie à propos des habitants de Kiev : « Ils ne donnaient pas d'anneaux d'or à leurs femmes, mais celles-ci en portaient d'argent ».
Il en est tout autrement, à la même époque, chez les peuples Ietto-lituaniens, finnois et bulgares, sur l'Oka, la Kama et la Volga. Nous trouvons là bien plus de bijoux, mais, il est vrai, plus lourds, plus gauches et de goût inférieur ; nous apercevons des parures de tête disgracieuses, de pesantes
FJg. 33. — Pendeloque en forme de lune ornée de filigrane granulé, trouvée à Gnëzdovo.
pendeloques bruyantes ; nous rencontrons la technique de l'imitation des cordelettes tressées ; nous voyons des colliers massifs (parfois superposés les uns aux autres), de grosses agrafes et des fibules aux formes bizarres, d'énormes bracelets (parfois dix au même bras). C'est, en un mot, un tout autre monde, dont la parure luxueuse fait contraste avec la simplicité slave, mais c'est aussi un monde dont le sens artistique est moins affiné. Les jeunes filles et les femmes slaves, avec leurs bijoux d'argent légers, gracieux et délicats, soutiennent parfaitement la comparaison avec leurs opulentes voisines.
• 1 Voir fig. 133 dans Ziv. star. Slov., III, p. 575, et, ici même, plus loin, fig. 103. 2 IIo.iHoe coôpame pyccK. jrÈToriHcefi, V, p. 87.