‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 28 sur 90 · LA COUR · texte numérisé non relu

LA COUR

maisons de construction légère 1. Ils avaient aussi d'autres mots indigènes désignant àl'origine la maison, comme le vieux slave chramû, russe XOpOMï>, attesté dans plusieurs textes dès la fin du IXe siècle, et le slave commun kçtja, vieux slave k'jsta 2, lequel a peut-être désigné à l'origine l'habitation slave à une seule pièce 3. Le sens de certains vocables s'est modifié au cours de l'histoire, soit qu'il ait été réduit à la désignation de la seule istûba, soit qu'au contraire (comme le nom même de Yizba) il ait été étendu à toute la maison. Le mot chrdm, en tchèque, désigne à présent l'église ; de même XpaMt, en russe, signifie « le temple ».

La

cour.

Les bâtiments affectés aux besoins agricoles formaient avec la maison une cour (vieux-slave dvorù), qui était entourée d'une haie vive ou d'une clôture de lattes ou de branches (ograda, zagrada, plotû, oplotû) , et à laquelle un portail (vrata) donnait accès. Les annexes étaient essentiellement, à l'origine, les fosses pour les céréales, les fosses pour les détritus provenant de la cuisine et le parc pour les bestiaux. Nous suivons les traces de ces diverses installations dans toute l'Europe centrale au cours de la période préhistorique. A la fin de l'époque païenne, cependant, les Slaves étaient depuis longtemps déjà sortis de cette phase primitive. Ils se servaient encore parfois, il est vrai, aux Xe et XIe siècles, de fosses souterraines pour les provisions 4 et pour les déchets de la cuisine, mais ils avaient aussi à cette époque des magasins élevés au-dessus du sol et des étables couvertes pour le bétail ; la grange même avait fait son apparition chez eux, avec son aire, ainsi que le séchoir pour les grains et les fruits : c'étaient là autant de bâtiments indépendants.

Les magasins étaient soit des constructions faites de branches de buissons entrelacées autour de pieux (kosï) , comme celles que l'on voit de nos jours encore dans les Balkans et dans la partie petit-russe de la Galicie, soit des

1 Voir les détails sur ces appellations dans Ziv. star. Slov., I, pp. 792-797 '. Le mot slave kotû est apparenté lui aussi avec l'iranien k^ta ; on le regarde parfois comme un terme issu, parallèlement au mot iranien, du fonds indo-européen.

2 Ne faut-il pas encore citer ici les continae des Slaves poméraniens (Herbord, II, 32)? Voir plus haut, p. 111.

3 Voir plus haut, p. 103.

4 Ces fosses à grains aux murs passés au feu se sont conservées jusqu'à présent par exemple dans le Banat et en Bulgarie. Maurikios les signale dès l'antiquité (Strat., XI, 5). Il en est question également chez Helmold et dans la PyccKan Ilpaïua.

constructions en terre glaise ou bien en poutrelles de bois solidement jointes ensemble. Ils avaient toujours une porte et étaient fermés au moyen d'une clef. Leur nom est, suivant les diverses langues slaves, indigène ou emprunté 1. Le terme de zitnica nous est attesté à l'époque ancienne (à partir du Xe siècle), ainsi que le slave commun sosé^tï, désignant des compartiments de cette construction ou bien divers coffres à grains. La zitnica finit tantôt par se confondre avec la klëtî ou le srub des Slaves de l'Ouest 2, tantôt par se constituer en bâtiment agricole indépendant où l'on battait le blé.

Il y avait cependant, pour cette opération, un emplacement spécial qui, à l'origine, se trouvait dans la cour même, en plein air : on l'appelait gumïno, mais, comme le blé non encore battu devait être abrité de la pluie, on avait bâti de bonne heure, à côté de l'aire, un auvent sous lequel, naturellement, on abritait aussi le grain. C'est ainsi que la zitnica a pu se fondre avec l'aire. Le nouveau bâtiment a gardé le nom de l'ancienne aire : gumïno ; ou bien il a reçu un nom allemand, celui de stadal (tchèque stodola) ou ceiui de scheune (slovène et croate sfaedenj, skadanj). Ces annexes à l'aire sont mentionnées dans des textes latins du XIIe siècle (horreum) 3.

Les étables pour la garde du gros bétail étaient d'abord, et partout, de simples enclos sans toit. Mais la rigueur du climat rendit de bonne heure nécessaire la construction d'une baraque en bois avec des parois latérales et un toit. Cette baraque porte dans toutes les langues slaves le nom de chlëvù, qui a été emprunté au gothique hlija (<nc^vYj) ou hlaiw (xiyoq).. Il s'agit donc là d'une innovation due à cette influence germanique qui a été très forte. Il faut remarquer d'ailleurs que le slave chlëvina désignait à l'origine et la maison d'habitation et l'abri pour le bétail4.

Le séchoir était une annexe importante et intéressante : destinée aux céréales et sans doute aussi aux fruits, elle portait en Russie et également ailleurs le nom d'oBHHt. On y plaçait à l'intérieur, sur des claies, les céréales humides et probablement les fruits, et l'on allumait du feu par dessous ; les gens du peuple, jusqu'au XIIe siècle, accompagnaient cette opération

1 Voir Ziv. star. Slov., I, pp. 800 et suiv.

2 Voir plus haut, p. 109.

3 Ziv. star. Slov., I, p. 807. Le mot stodola se trouve dans une charte silésienne du duc Boleslav II de 1244.

4 Les deux sens sont attestés dès le Xe siècle dans les plus anciennes traductions de l'Ecriture et dans les écrits du prêtre bulgare Kosmas. Voir Ziv. star. Slov., I, p. 808. Deux autres vieux mots slaves désignaient le parc aux bestiaux, à savoir : staja (de stati « être debout ») et skptnica (de skptù « bétail »).

Fig. 40. — Maison grand-russe et plan d'une cour (dvorù) à Majnema (gouvernement d'Archangelsk).

de prières d'après une ancienne habitude païenne \ La disposition de cet ovinù devait être celle des séchoirs primitifs que l'on trouve encore en Russie : une fosse pour le feu et, au-dessus, une construction rudimentaire où les paysans, de nos jours encore, vont volontiers s'asseoir et dormir auprès du feu.

Un dernier élément autonome de la cour doit être encore mentionné : c'est 1 odrina, attestée en Russie dès le Xe siècle. On peut se la représenter, avec beaucoup de vraisemblance, comme une sorte de toit destiné à abriter le foin, et sous lequel aussi l'on pouvait coucher, de telle sorte qu'en russe O^piiHa et 04p'b ont pris le sens de « chambre à coucher » et de « lit ». Tel n'était certainement pas le sens primitif de ces mots, car nous ne saurions supposer l'existence de véritables chambres à coucher pour l'époque

Fig. 41. — Coupe d'un séchoir (BaTpa « feu », jiïra « soupente en claies »).

païenne, à moins d'identifier Y odrina avec la ^/etf. D'après son étymologie le mot r>4prb indique une construction en bois d'une certaine hauteur : il semble être d'origine nordique 2.

Les découvertes faites à Staraja Ladoga et à Bëlgorod montrent qu'à l'intérieur de la cour, et à une place convenable, on creusait des puits dont les parois étaient ensuite revêtues de bois. Bëlgorod offre un puits carré de quinze mètres de profondeur qui date de Vladimir le Grand. Ces puits, dans les plus anciens documents, sont appelés soit du nom purement slave de studenïcï, soit du nom d'origine gothique de k^dqzï, k^denïcï (de *£a/dinga).

1 D'après le Règlement ecclésiastique du prince Vsevolod (1125-1136) et d'autres recueils russes plus récents de caractère moral. Voir Ziv. star. Slov., I, p. 81 1.

2 La Chronique de Kiev, à l'année 946, rapporte que dans la ville des Drévlianes les pigeonniers, les ktëti et les odriny brûlèrent ; c'est la première mention que nous ayons des poulaillers. Quant à l'étymologie de Oflpi», voir plus loin, p. 124.

Structure et aménagement intérieur de la maison.

Quant aux détails de la structure et de l'aménagement intérieur de la maison, nous n'avons que peu de données sur la période qui précède le XIe siècle. La nature du climat décidait, pour chaque tribu, du choix des matériaux : terre glaise agrégée, claies enduites de glaise l, ou poutrelles de bois solidement jointes, comme on en voit dans les vestiges d'anciennes constructions découvertes par V. Chvojka à Kiev et à Bëlgorod. La manière de joindre ensemble les poutres était variable, et il est difficile, à ce qu'il me paraît, de savoir si tel procédé est indigène et tel autre d'origine germanique ". Cependant il est indiscutable que le procédé de fixer les poutres l'une à l'autre en les entaillant à leurs extrémités (voir fig. 37, 40) est très ancien chez les Slaves. Les fenêtres étaient fort exiguës, simples fentes agrandies entre les poutres, et il est curieux de remarquer à cet égard que le vieux mot slave qui les désigne, à savoir ofano, coïncide avec okp, le nom de l'œil. Seuls les palais des princes avaient, dès le Xe siècle, des fenêtres plus grandes et, mieux que cela, pourvues de vitres verdâtres importées de Byzance ou d'Italie, comme nous en offre le palais d'Aboba ou le plus ancien palais princier de Kiev3. Les portes (dvïrï) se fermaient déjà, vers la fin de 1 époque païenne, soit à l'aide d'un loquet soit au moyen d'une serrure munie de clef 4. On a trouvé un assez grand nombre de ces clefs et serrures (kljucï, zamùku) : ce sont, en général, des imitations des modèles romains. Le toit (vieux-slave strëcha) offrait toujours une inclinaison assez prononcée pour assurer l'écoulement de la pluie et de la neige, ainsi que Ibn Rosteh l'avait déjà remarqué au Xe siècle. Les détails de cette construction ont une nomenclature fort ancienne et commune à toutes les langues slaves5. Les toits étaient recouverts de gazon ou de paille.

1 Helmold (II, 13) signale des constructions de ce genre chez les Slaves de la Baltique (« casas de virgulis contexunt »). La construction en glaise pétrie était caractérisée par le verbe zïdati (d'où *zïdi « mur de terre glaise », en tchèque zed' « mur »).

2 Voir là-dessus Ziv. star. SloV., I, p. 822.

3 Ziv. star. SloV., I, p. 833.

4 Herbord dit en effet des Slaves poméraniens (II, 41) qu'ils ne connaissaient pas les serrures et ne mettaient pas leur bien sous clef, parce qu'ils avaient confiance les uns dans les autres ; mais nous ne pouvons généraliser cette observation. Elle ne saurait être appliquée à la Russie, comme l'attestent et les lois russes de l'époque, et ce que nous savons des magasins de blé, et enfin les découvertes de clefs et de serrures confirmées encore, notamment, par les tombes et les cimetières russes des Xe, XIe et XIIe siècles (Ziv. star. SIov., I, P. 838).

5 Ziv. star. SloV., I, pp. 825-826.

C'est la construction en bois que nous devons considérer comme ancienne et typique tant pour les villages que pour les villes et les palais1. Les Slaves ne pratiquèrent pas la construction en pierre jusqu'au Xe siècle, à l'exception de celles de leurs tribus méridionales qui étaient arrivées vers le VIe siècle dans les Balkans et sur les confins de l'Italie, où elle avaient eu sous les yeux des spécimens d'architecture byzantine et romaine. Ce n'est que plus tard, au IXe siècle, que la construction en pierre commença à gagner vers le Nord, où elle reçut, en raison de sa provenance, le nom dopas romanum. L'usage, ainsi qu'il est naturel, en fut d'abord restreint aux bâtiments d'une importance exceptionnelle, comme les églises chrétiennes et les palais des princes. Il en était ainsi à Kiev du temps de Vladimir et dans la Bulgarie du début du Xe siècle (le palais d'Aboba, près de Sumen, était en pierre). En Bohême, Ibn Ja'kûb, au Xe siècle, admirait la ville de Prague « bâtie en pierre »2, mais Kosmas nous apprend, d'autre part, à quel point la chose était nouvelle : le peuple, écrit-il, refusait de bâtir autour du château de Boleslav un mur de pierre opère romano. Les gens disaient au prince : « Nous ne le savons pas, ni ne le voulons, car nos pères ne faisaient rien de pareil » 3. C'est vraisemblablement avec le christianisme qu'était arrivée la nouvelle mode : Saint Venceslas avait fait venir de l'étranger, pour la construction de l'église de Prague, « artifices lapidum »4. Il dut en être de même ailleurs, chez les Slaves du Nord par exemple ; il arriva partout des ouvriers qui enseignèrent les procédés nouveaux5, et l'on ne s'étonnera pas qu'ils aient apporté avec eux les termes particuliers qu'impliquaient ces procédés, notamment ceux de stëna « mur » (nord, sten, got. steins) et cigla « brique » (lat. tegula)6. Avant d'avoir reçu les leçons de ces étrangers, les Slaves ne bâtissaient en pierre, tout au plus, que les

1 Voir Herbord, II, 24, III, 30, sur Rujana et Julin ; Kosmas, III, 40, 45, sur Kladsko et Vysehrad ; Léon le Diacre, VIII, 7, sur Prëslav. J'ajouterai ici qu'à Korenica, dans l'île de Rujana, il y avait, d'après Saxo Grammaticus (éd. Holder, p. 577), des maisons ayant jusqu'à trois étages.

2 Ibrâhîm, éd. Westberg, p. 53. Le chroniqueur de Kiev (années 945 et 989) parle des constructions en pierre du palais de cette ville ; cela est confirmé aussi par les découvertes récentes. La première enceinte fortifiée en pierre nous est attestée pour la Russie en 1044 à Novgorod la Grande (Ilo.iHoe coôp. pyccKHXii jr&TOnHceft, III, 211).

3 Kosmas, I, 19.

4 Légende Oportet nos fratres..., éd. Pekar, p. 403.

0 De même à Kiev en 889 (Chronique, version Laurentine, p. 1 19), et à 1 occasion de la construction du palais du prince croate Ljudevit, en 820 (Annales Einhardi, 820, 821) et du palais de Pribina en Pannonie, 850 (Conversio Bag. et Carant., 11).

6 Ziv. star. Slov., I, pp. 824, 831 . La stëna est attestée à partir du Xe siècle.

fondements, posant les pierres à sec ou sur de la glaise, mais ils n'employaient pas le mortier.

Dans l'aménagement intérieur de la maison, c'est le foyer, ou plus exactement le four, qui jouait le rôle le plus important. Le foyer primitif était découvert. Le four, par contre, comporte comme un socle, où l'on allume le feu, et, surmontant celui-ci, une voûte en terre glaise : cette voûte, une fois surchauffée, ne retient pas seulement la chaleur à l'intérieur, de telle sorte qu'on puisse y faire cuire divers aliments, mais elle la fait rayonner tout autour et chauffe ainsi toute la pièce plus régulièrement et plus longtemps qu'un feu découvert.

C'est un fourneau de ce genre que l'on trouve, à partir du IXe siècle, dans la vieille chambre à feu de la maison slave en Russie et dans les pays de l'Ouest; et, comme le nom même distûba, emprunté au germanique stuba1, nous apparaît à date aussi ancienne que cette chambre elle-même, nous sommes amenés à penser qu'il s'agit là, pour la chose comme pour le mot, d'un emprunt à l'Occident germanique qui, lui-même, n était sur ce point que le débiteur de la civilisation romaine. Cet emprunt, pourtant, n'est pas aussi certain qu'il paraît à première vue. Il est frappant, en particulier, que le slave possède, à côté du germanique istùba-stuba, le vieux mot indigène pecï, pestï2 « four », de pesti « cuire », et les trouvailles faites en Russie et en Pologne attestent la présence d'une espèce de four dans les habitations indigènes longtemps avant le Xe siècle 3, ce qui nous amènerait à admettre que les Slaves se sont bâti des fours à l'imitation des modèles romains avant de connaître la stuba germanique. C'est là, d'ailleurs, un problème qu'on ne pourra résoudre tant qu'on ne disposera pas d'une quantité suffisante de matériaux datés avec précision. Le premier four slave semble avoir été le four à cuire le pain, qui a d'ailleurs conservé son nom proprement slave.

La base du four était faite en paitie de bois, mais recouverte de terre glaise

1 Voir ci-dessus, p. 105.

2 Attesté depuis le IXe siècle dans la Vie légendaire de Méthode et ensuite chez le prêtre bulgare Kosmas (Ziv. star. Slov., I, p, 845).

3 On a trouvé, par exemple, des fours à cuire le pain à côté d'habitations datant de l'époque romaine, à Podbaba près de Prague (Ziv. star. Slov., I, p. 843), à Jarocin et à Kistrzyn (Praehist. Zeitschr., VI, p. 303 ; Przeglad arch., 1919, p. 143). Il est donc certain que le four était connu, entre le Ier et le IVe siècle après J.-C. bien au nord du Danube. Les découvertes faites par Chvojka à Leticevo, en Podolie, ainsi que le fourneau de Lepesovka près de Kremenec (ILsis. apx. kom.XXIX, 57), nous font remonter pareillement jusqu'aux IIe-IVe siècles. II s'agit seulement de savoir si ces trouvailles sont slaves.

ig. 44. — Anciens fours russes trouvés à : Monastyrisce (1) ; Kiev (2, 3, 7) ; Vitacevo (4) ; Eëlgorcclka (5) ; Konanca (6). Le n° 8 présente la reconstitution d'un four avec sa cheminée.

pour éviter l'incendie (qui, du reste, se produisait parfois). La partie supérieure 1 avait une forme arrondie ou conique, ou encore celle d'une caisse carrée comme l'ont montré les découvertes russes. On faisait d'abord le feu dans Vistûba, sur le devant du four ; ce n'est qu'ensuite, sous l'influence de la maison franque, qu'on transporta le foyer pour cuire les aliments dans la pièce froide (sënï) , d'oùl'on entretenait le feu du four placé dans la pièce chaude. Le type ancien du foyer et du four s'est conservé jusqu'à présent dans les cabanes des montagnards des Carpathes, en Pologne et en Russie2. Seule l'antique huca yougoslave n'a pas de four, mais uniquement un foyer, ce qui donne à penser, nous le savons3, que les Slaves du Sud s'étaient mis en marche du Nord vers le Sud avant l'adoption du four ou du poêle. Le four apparaît, ainsi que nous l'avons vu, derrière la Warta et les Carpathes, avant le IVe siècle, mais les Slaves n'ont pas dû l'adopter largement avant le Ve siècle. Je ne vois pas d'arguments suffisants en faveur de l'antiquité plus reculée du four slave, telle que la suppose K. Rhamm.

L'introduction du four eut peut-être pour résultat de déterminer une manière nouvelle de faire la cuisine ; on peut supposer que l'usage de pots placés auprès du feu se substitua à celui de la suspension des aliments au-dessus du feu, mais ce n'est là qu'une hypothèse.

A la fin de l'époque païenne, on allumait le feu à l'aide d'un simple briquet. La forme des briquets d'alors est bien connue, car on en a trouvé un assez grand nombre dans les tombes de cette époque.

Le briquet slave se distinguait d'abord de celui des nomades de l'Orient dont on trouve fréquemment des échantillons en Russie méridionale et en Hongrie. Mais ce dernier ayant régulièrement une forme circulaire, quelquefois cubique, le briquet slave4, par la suite, a pris aussi cette forme. Le mot slave primitif était *krësilo, *krésalo, de kjesaii « battre le briquet ».

L'éclairage était assuré, outre le feu qui se trouvait sur le devant du four, par des roseaux ou des bûches enflammées (lucï) . La bougie de cire, en

1 Cette partie était faite de briques de terre cuite. Quant à la voûte en carreaux de faïence, les Germains l'avaient empruntée de bonne heure à l'Italie, avant même le VIe siècle, mais on ne peut dire quand ce genre de construction passa chez les Slaves : ce dut être beaucoup plus tard.

2 Voir Ziv. star. Slov., I, pp. 848 et suiv.

3 Voir ci-dessus, p. 120.

4 Pour les détails, voir ïiv. star. Slov., I, p. 866.

Fig. 45. - Briquets trouvés dans les pays slaves (depuis la période romaine jusqu'au XII* siècle).

slave commun *svëtja, était aussi d un usage ancien : elle est attestée à partir du Xe siècle1.

Nous savons fort peu de choses sur le reste de l'organisation de la maison. Contenait-elle une table, et cette table était-elle d'abord une simple planche posée sur le sol et autour de laquelle on se réunissait? La table sur pieds élevés est en tout cas une • acquisition postérieure 2. Les bancs (lava) étaient nombreux : ils servaient de sièges et de lits. Il y avait aussi des coffres où l'on déposait les vêtements et même, en certains endroits, des lits spéciaux (loze) faits d'un assemblage de poutrelles, et pour lesquels nous avons des noms russes anciens venus de l'étranger. Ces noms prouvent que les Slaves avaient vu des sortes d'échafaudages de bois spécialement affectés à cet usage tant chez les Germains que dans les maisons grecques. On explique le mot O^pt par un emprunt au nordique etar ; le mot petitrussien iio.it. n'est pas autre chose, selon Rhamm, que le nordique pallr au sens d'échafaudage dans la pièce à feu ; par contre, le grand-russe no- ASlTH, qui a le même sens, est une déformation évidente du grec iraXa-iov emprunté avec divers sens par les Slaves du Sud et par ceux de l'Est. Le russe KpOBaTB est également un vieil emprunt au grec •/.paéêâfi(ov)4. Quant à la chronologie, o^pt. apparaît déjà dans les plus anciens monuments littéraires, n< >.ib et no.mTii seulement plus tard, mais leur ancienneté n'est pas douteuse non plus5. L'origine nordique de no.rt- est discutable.

Le sol de la maison était de terre battue. Seules, les maisons riches avaient un plancher (*dolga) ou même un carrelage. V. Chvojka atrouvéàBëlgorod des carreaux émaillés non seulement dans 1 église des Saints Apôtres, mais encore dans une maison particulière ; il a fait des trouvailles analogues sur l'emplacement de la forteresse de Sargorod. Les modèles en étaient venus du Sud ou de l'Orient, mais on les imitait déjà au XIe siècle à Kiev6.

1 Dès le IXe siècle, les Slaves polabes fournissaient comme tribut de la cire pour la fabrication des bougies. Voir le capitulaire De villis, de Charlemagne, 59, 62.

2 Dans les meilleures maisons de boïars et de princes il y avait pourtant dès le XIe siècle une table haute ; en Bulgarie plus tôt encore (Ziv. star. Slov., I, p. 879). Pour l'histoire de la table chez les Slaves, voir Murko, Gesch. slav. Hauses, III, p. 120.

3 Voir A. Preobrazen^ki], 3tiimo.i. ciouapi. pycCK. A3., pp. 640-641, et ci-dessus, p. 1 16.

4 A côté du slave commun loze (de lezaii« être couché »), il y avait encore, dès le Xe siècle, le terme postelï, postelja (de stïlati, étendre). Sur le lit on mettait, outre les peaux, des nattes et des coussins de plume.

5 Ziv. star. Slov., I, p. 873.

6 Voir plus loin le chapitre IX.

Enfin, on ornait aussi les murs intérieurs et extérieurs de couleurs dont on a relevé des traces, par exemple, en Russie.

Fig. 46. — Briquets orientaux trouvés en Russie et en Hongrie.

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