‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 32 sur 90 · LES DIEUX COMMUNS A TOUS LES SLAVES · texte numérisé non relu

LES DIEUX COMMUNS A TOUS LES SLAVES

(xil° siècle) de la traduction de la Chronique de Jean Malalas (traduite au Xe siècle) appelle Svarogù l'Héphaïstos grec et nomme le soleil, son fils, Dazibogù : si même il s'agit là, comme on le croit, d'une interpolation russe étrangère à la traduction vieux-bulgare, il n'en reste pas moins prouvé que la tradition russe connaissait le nom de Svarogù. et son dérivé Dazibogù, ainsi que le confirment d'ailleurs certaines instructions ecclésiastiques des XIe et XIIe siècles1. Ces instructions nous apprennent encore que le peuple russe priait et se prosternait devant le feu en l'appelant Svarozic, c'est-àdire « fils de Svarog » 2. La Chronique, d'autre part, cite Dazïbog parmi les dieux placés, en 980, par le prince Vladimir sur la colline de Kiev 3. Svarozic est également attesté à date ancienne, et du même coup Svarog avec lui, chez les Slaves baltiques. A Radgost (Rethra), suivant Thietmar, il était honoré à côté d'autres dieux (« dii quorum primus Zuarasici dicitur »), et l'évêque Bruno le mentionne comme dieu païen (« Zuarasiz diabolus ») dans une lettre à Henri II, datée de 10084.

En présence de tant de témoignages, et dignes de foi, il ne saurait y avoir de doute sur l'existence de Svarozic et, par le fait même, sur celle de Svarog dans les croyances des Slaves du Nord, et je ne puis, pour ma part, admettre l'hypothèse suivant laquelle les témoignages russes ne procéderaient que de pures inventions ou auraient été artificiellement apportés par des auteurs ecclésiastiques, comme le soupçonnaient Jagic ou Anickov 5. Les Slaves, à mon sens, adoraient de toute évidence la personne du soleil et de tels de ses dérivés comme, par exemple, le feu qui flambait sur l'autel ou dans le foyer domestique, et ils donnaient à cette personne le nom de bog Svarog et à ses dérivés celui de Svarozic, c'est-à-dire ('fils de Svarog ».Des influences étrangères, d'ailleurs, avaient pu contribuer à créer cette généalogie.

Le nom de Svarog est obscur, surtout quant à son origine, mais il semble désigner le soleil flamboyant et se rattacher à la racine indo-européenne svar « ardeur, chaleur, éclat » 6. Le nom de Dazibogù signifie « dieu dona-

1 Voir Mansikka, Religion, I, p. 66.

2 Voir Ziv. star. Slov., II, pp. 105-106.

3 Chronique, version Laurentine, 77. Voir plus haut, p. 137.

4 Thietmar. VI, 23 ; Bielowski, Mon. Pol hist., I, p. 226.

5 Jagic, Archiv fur slav. Philologie, IV, p. 418; Anickov, JfefcïMeCTBO, pp. 8 et 291.

6 Voir Ziv. star. Slov., II, pp. 107, 108. Si comme le pensait F. Kors, le nom de Svarog a été pris aux Aryens orientaux, nous devrions regarder Svarog comme une divinité empruntée à une époque ancienne par les Slaves à quelqu'un de leurs voisins iraniens, Scythes, Sarmates ou Alains (article de F. Kors dans le Zbornik. u slavu Vatroslava Jagica, P. 254).

teur » (deus dator) : c'est vraisemblablement une désignation russe locale de Svarog, le soleil qui fait mûrir les moissons et fertilise les champs.

Dans les pays slaves du Sud, Svarog n'est pas attesté. Il ne le serait que si l'on démontrait que l'interpolation de la Chronique de Malalas se trouvait déjà dans la traduction bulgare originelle de ce texte, et non pas seulement dans la copie russe qui en a été faite au XIIIe siècle. Dazïbog non plus n'est pas directement attesté, mais il a du moins comme correspondant un Dabog, qui désigne dans les traditions populaires serbes le dieu de la terre par opposition au dieu qui réside dans les cieux ; il n'est pas impossible que nous ayons en la personne de Dabog (*Daj~bog) un écho de l'ancien Dazïbogû .

Vêles, Volos. — C'était là un troisième dieu dont le culte était assez largement répandu chez les Slaves : Vêles ou, sous la forme russe, Volos.

En 907 et en 971, la suite russe du grand prince prête serment devant Perun et Volos, « dieu du bétail w1 ; deux autres sources russes, la Vie de saint Vladimir et celle de saint Abraham de Rostov, mentionnent une tradition sur les idoles de Vêles qui se trouvaient à Kiev et à Rostov. D'autre part, le Dit de la compagnie d'Igor qualifie le chanteur Bojan de « petit-fils de Vêles ». Enfin, plusieurs noms de lieux de Russie témoignent combien était répandu le culte de ce dieu ; d'après la Chronique, il avait pour attribution essentielle de protéger les troupeaux (cKOTiw 6or"b) et les bergers 2. Vêles figure de même dans une tradition tchèque des XVe et XVIe siècles sans attributions nettement définies, mais, à n'en pas douter, comme un génie procédant de l'ancien dieu païen3. Il n'est pas attesté chez les Slaves du Sud. C'en est pourtant assez des données russec et tchèques pour nous autoriser à considérer Vêles comme ayant une grande expansion parmi les Slaves, sinon même comme un dieu panslave.

Mais comment définir le rapport entre les deux formes du nom de ce dieu : Vêles et Volos? Il me semble, quant à moi, que la forme primitive doit être Vêles, que nous trouvons dans le tchèque Vêles et dans le lituanien vêle « imago mortui » (cf. aussi vélnas, vélnias « diabolus »), et que, d'autre part, la représentation originelle de cet être surnaturel est celle d'un génie de la catégorie des pénates plus particulièrement préposé à la garde de l'exploitation rurale et des troupeaux4, mais par la suite, en raison de

1 Voir plus haut, p. 138.

2 Voir Ziv. star. Slov., II, p. 112.

'Ibidem, II, p. 114.

4 Dans une copie russe tardive d'une homélie de saint Jean Chrysostome, on voit

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