‹ Manuel de l'antiquité slave (volume 2)Chapitre 39 sur 90 · LA SOCIÉTÉ · texte numérisé non relu

LA SOCIÉTÉ

provoquer en s efforçant d'asservir, d'anéantir et de dénationaliser les Polabes et les autres Slaves \

En face des esclaves, les hommes libres jouissaient de tous les droits. Ils participaient aux assemblées et, en temps de guerre, servaient dans les rangs des combattants réguliers. Ils possédaient tous les droits d'un sujet et pouvaient, en particulier, acquérir des biens et se lier par des contrats. Les hommes libres étaient appelés chez une partie des Slaves de l'Ouest (Tchèques et Polonais) dëdici ; chez les Polabes et les Slaves de l'Est, smerdi, « zmurdones, smardones » 8. Certains historiens du droit ont considéré ces smerdi comme n'étant pas non plus de condition libre, mais, à en juger par quelques données, il est préférable de les tenir pour une classe rurale libre 8.

Il y avait une troisième classe, supérieure aux deux précédentes, et due à l'organisation même des familles et des clans. Dans cette organisation, le chef était naturellement quelqu'un qui jouissait d'une grande considération et avait une grande influence. Aussi ne faut-il pas s'étonner qu'à la longue il ait acquis avec ses descendants une certaine supériorité à l'égard des autres membres de la famille, du clan ou du district. La même différenciation se produisit plus tard, sous le régime de la propriété individuelle, lorsque les liens familiaux se relâchèrent : le membre le plus âgé et le chef du district cherchaient à s'assurer un lot plus considérable que les autres. C'est cette classe plus influente et plus riche qui a donné naissance à une partie de la noblesse slave. Elle existait déjà au VIe siècle, car, dès cette époque, on trouve dans les sources les termes de primates, primi, priores, primores, proceres, praestantiores, meliores, seniores *. Parmi ces nobles, les uns, lorsqu 'était apparu le système monarchique, appartenaient à la compagnie du prince (druzina) , avaient pris en mains le commandement de l'armée et l'administration de l'Etat et s'étaient installés dans les places les plus en vue autour du prince. D'autres, dans certaines régions, appartenaient aussi à la compagnie du prince, mais ils étaient d'origine étrangère,

1 Voir le chapitre XIII, pp. 338-341. Chez les Tchèques les rapports n'étaient pas non plus très pacifiques au commencement de l'époque historique (Kosmas, III, 23, 62).

2 Voir plus loin, p. 1 72.

3 Kadlec, Encyclopedya poissa, p. 71.

4 Voir Slov. star., II, p. 371 ; III, p. 105. Les « primates » slaves sont mentionnés pour la première fois chez les Antes auprès du prince Boz (Jordanis, Get., XLVIII, 247) et ensuite chez les Slaves de Valachie auprès du prince Dauritas au VIe siècle (Menander, XVI, éd. Niehbuhr, 404.) Dans ce dernier passage ils sont appelés : « o't èv téXei toO à'8vou; », « Aaupttac xïi oi yiyê|jlÔv:; ».

et ils n'avaient fait qu'accompagner celui-ci jusqu'en pays slave, l'aidant à conquérir le pays et à s'emparer du pouvoir : tel était au moins le cas des Russes-Varègues de Rurik en Russie et des Bulgares d'Asparuch en Bulgarie (c'étaient ceux que les Grecs appellent (âotXàSsç, PeXtdfôsç, les Slaves 6o^lHpiiHri>, avec l'épithète honorifique de fa^aïcûp) ; et il est fort possible qu'ailleurs aussi la compagnie du prince ne fût pas toute d'origine slave, mais se composât d'éléments étrangers (ainsi en Pologne).

C'est de ces compagnies pnncières, indigènes ou étrangères, dispersées dans les châteaux ou du moins dans des camps fortifiés, qu'est issue une noblesse vivant partie dans 1 entourage immédiat du prince, partie sur le reste du territoire. La classe des vitëzi (polabe *vicaz, slave d'église vitezï, lat. vithasii, vethenici, ail. witsezen ou ^nec/ife), attestée dans le pays des Serbes de l'Elbe à partir des XIe et XIIe siècles, n'était autre chose qu'une petite noblesse militaire, servant à cheval, qui avait fait partie des anciennes compagnies princières1. De même les zupani, que nous voyons à la même époque chez les Serbes du Sud et chez ceux du Nord, et ailleurs encore, appartenaient à cette vieille noblesse 2.

Le droit de propriété.

La propriété des biens immobiliers était d'abord collective. L'individu n'y pouvait participer qu en tant que membre d'une communauté : famille ou clan. Ces groupes, fondés sur la parenté, étaient les premiers sujets titulaires de droits, et c'est à eux seuls originellement qu'appartenaient les immeubles. Tous les membres de la famille travaillaient la terre : ils défrichaient la forêt, labouraient, semaient, levaient les récoltes, et tous les produits étaient le bien de leur collectivité familiale ; chaque membre, marié ou non, en avait la jouissance commune. C'était là le régime de la zadruga slave, encore vivant chez les Slaves méridionaux, et qui portait autrefois, chez les Tchèques et les Polonais, le nom de rodinny nedil « indivision familiale ».

1 Voir Thietmar, Chron., V, 6 (« satellites dicti slavonice vethenici). Une charte du monastère de Lautenberg de l'année 1181 distingue chez les Daleminci serbes les classes suivantes : 1° semores villarum, quos lingua sua supanos vocant ; 2° « in equis servientes id est tvithasii » ; 3° «ceteri liti, videlicet hoc est zmurdi » ; 4° « hi qui censuales ecclesiae vel proprii sunt ». Voir encore une charte du monastère de Kaltenbrun de l'année 1122 qui distingue « eldesten, knechte, zmurde, lazze, heyen » (Knothe, Archiv fur sâchs. Gesch., IV, 1883, 3). Sur l'origine du mot vitezï voir plus loin, chap. XI, p. 269, et Ziv. star. Slov., III, pp. 487 et suiv.

2 Voir plus loin, pp. 180-182.

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